SCENE XX
CHAMPV1LUF.RS, POINCELET.
poincelit, du dehors.
Ccat très-bien , je sais le chemin , je vous remercie , ne vous dérangez pas davantage. (Il entre.)
CHAMPVILLIERS, St levant.
Je connais cette voix... Ah! c’est vous, cher monsieur Poincelet !
POmcxLKT, au comble de la joie.
Moi-môme, mon auguste député. Ah 1 quoi tolont! j’en suis émerveillé.... Quoi feu! j’ensuis ébloui,.. Quelle abondance I Permetlez-moi do m’asseoir. (Il s'assied à droite.)
CHAXPVlLLIKnS.
Qu’avez-vous donc?
POINCRLBT.
Et quelle argumentation 1 quel beau langage ! quo do forco et do sensibilité l que d’éloquence enfin I
CHAMFVILMEH9.
Mais do qui parlez-vous ?
foixcelrt, se levant.
De qui je parle? Est-ce qu’il y en a deux au mondo ? Je parlo do votre futur gendre , de monsieur Maurice; je viens do l'entendre plaider et il plaide encore 1
CHAMPVILLIERS.
Vous venez d’entendre plaider monsieur Maurice? mais dans quel endroit?
résultat , il plaido pour rien I
POINCELBT.
Comment sans résultat? Mais moi le premier je l’ai déjà choisi pour mon avocat, rien quo pour l’avoir entendu plaider cette affaire.
CHAMPVI LLIKRS.
Vous avez donc des procès , monsieur Poincelct ?
POINCELET.
Vous oubliez en ce moment que jo suis marié et que je suis venu à Paris tout exprès pour plaider contro ma femme ; je pensais vous l’avoir dit. Quel plus beau procès en adultère pourraiton offrir à monsieur Maurice ?
CHAMPVILLIERS.
Et quand l’entamerez- vous ce procès?
POINCELET.
Ah J cela no tardora pas, je n'adend* plus que lo flagrant délit, ot je l'aurai l Mais venoz, allons entendre la fin de cette admirable plaidoirie , dont à titro d’ancien avocat, d'ancien juge , i de député , vou* apprécierez cent fois mieux que moi lo mérilo cl j la rare «upériorilé.
CHAHFYILLIEItS.
J’ai le regret do vous refuser.
POINCELET.
Quoi ! vous ne m’accompagneriez pas ? mais lo tribunal est à votre porte.
CHAMPVILLIEns.
Scrail-il chez moi quo jo n’y assisterais pas davantage.
POINCELET.
Mais la raison ?
CHAMPVILLIERS.
Fût-il un Démosthène , un Cicéron , un Mirabeau , je no consentirais jamais à écouter un avocat qui plaide pour rien. C’est ma religion.
POINCELET.
Je les respecte toutes. Mais, moi aussi, j’ai la mienne, et jo , vous demanderai fa permission de me rendre au tribunal.
CHAMPVILLIERS.
Allez, mon ami, allez ! (Poineelet sort.)
sczund m.
CHAMPVILLIERS, seul.
Plaider pour rien! où allons-nous, mon Dieu ! où allons-nous? ..ans doute, je suis fier du talent do M. Maurice, mais y a-t-il du bon sens à prodiguer ainsi l'éloquence ? J/ëloquenco so vend comme autre chose. Son tailleur l'habille-! -il gratis? son proprietaire pousse-t-i] le délire do l’humanité, jusqu'à le loger pour rien? Je ne sais quel étrange intérêt lui inspire cello femme? Le jour de son arrestation chez madame de Valpin, il montrait déjà pour elle, je m’en souviens, uno pitié inexplicable dont ma femmo et ma fille furent justement blessées, lia trop de coeur pour un avocat.
LE domesteqi p, annonçant.
Madame la comtesse de Valpin.
POINCELET.
Parbleu] au tribunal. Quelle plnidoierio entraînante, animée, sublime I
CHAMPVILLIERS.
Etes-vous bien sûr d’avoir entendu plaider monsieur Maurice, qui n’est allé ce matin au palais que pour accompagner ma femme et ma fille, curieuses toutes deux d’assister à l'affaire d’un vol commis chez uno do nos amies ?
POINCELET.
C’est précisément avec votre femme et votre fille que j’ai vu monsieur Maurice, et l’affaire dont vous me parlez, le vol des diamants, est bien celle qu'il a plaidée et qu’il plaide encore, je me plais à vous le répéter ; si bien que j'accours vous prendre pour que vous veniez avec moi entondro la fin de coilo admirable défense.
. CHAMPVILl.ienB.
Mais, encoro une fois, c’est impossible ; monsieur Maurice u'éfait pas chargé de cette affaire.
POINCELET.
Et c’est là ce qui rehausse prodigieusement sa gloire. Il ne s'attendait pas plus que moi à plaider ; tout à coup lo bruit circule dans 1 auditoire que l’accusée n’a pas de défenseur : c'est mourir sans médecin. Une accusée , jeune , jolie, je ne vous lo dirai pas, son visage était caché sous un voile noir comme toutes les accusées. Pas de défenseur! monsieur Maurice lui propose d’être le sien ; il est accepté , et le voilà l'avocat d'office de cetto malheureuse femme au voile noir.
CHAMPVILLIERS.
Ah ! mon gendre futur donne dans cotte gloire creuse et sans
sciara xv.
CHAMPVILLIERS, M- DE VALPIN.
ciiampvillibrs, allant au devant d'elle.
Comment! vous n’êtcs pas au tribunal, madame la comtesse, quand on juge votre affaire?
«*• DE VALPIN.
! . Qu irais- jo faire au tribunal? mon cher monsieur de Chanipvilliers. I.c tribunal mo rendra peut-être justice, mais me rendra-t-il mes diamants?
CHAMPVILLIERS.
Pour cola non , mais vous saurez toutes les circonstances du
M®* DE VALPIN.
Est-ce quo jo no les connais pas? elles sont fort simples. J’ai ou la sottise de recevoir chez moi, sans prendre des informations, une femmo sortie de je ne sais où. Cette femme, en qui j'avais mis toute ma confiance, en a abusé pour rao voler mes diamants, de complicité avec Quoique échappé des bagnes. Voilà tout. Mon imprudence me coûte cinquante mille francs. Et vous voulez que j ajoute à ma folie le tort d'aller mo mettre devant ta foulo en présence de celle coquino? Et demain le Droit et la Gazelle Tribunaux diront à cinquante mille exemplaires mon âge, ma figure, mon costume, qu’ils trouveront souverainement ridicules, en vertu do fa liberté do 1a presse, cotto aimable personne. Allons donc!... parlons de choses plus agréables... je venais voir ces dames.
Elles
. CHAMPVILLIERS.
sont an tribunal.
it®* de mm, étonnée.
Au tribunal ?
CIIAMPVILLÏERS.
A la cour d'assises, pour votre a (Taire.
M®“ DE VALPIX.
Oh! co n’cst pas croyable.
CHAMP VILLIPRS.
Elles J sont depuis co matin... il est vrai qu’une circonstance particulière dont on vient do me faire part h l'instant, les aura retenues plus longtemps qu'elles no pensaient.
m®' DB VALPIX.
Et quelle est cette circonstance particulière?