‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableauxChapitre 50 sur 67 · LE MAJOR D’ANG LEMIRE, LANDREUIL · texte numérisé non relu

LE MAJOR D’ANG LEMIRE, LANDREUIL

le major, amenant Landrevil du fond. Jl parle avec l'accent Italien.

Jo vous remercio personnellement, monsieur le comte, do l’ac- ; cuofl gracieux quo je rencontro dans l'hôtel de votre beau-père, monsieur de Champvillicrs, b qui je dois l’honneur de me trouver ici le jour si heureux de votre mariage.

LANDREUIL.

C’est moi qui mo félicite de vous recevoir, monsieur le baron.

Il a suffi d’un mot de monsieur de Champvilliers pour que jo mo sois empressé de vous adresser une lettre d'invitation.

LE MAJOR

Jo la lui ai demandée comme une véritable faveur. Ma mission en France, il vous l'a dit, peut-être, m'a créé d’honorables rapports avec lui. Sa vieille expérience de magistrat a daigné mo guider dana le travail de législation comparéo , auquel jo mo livre en ce moment, dans un but de haute philanthropie.

LANDREUIL.

Jo regrette, monsieur, que les préoccupations de mon mariage ! m’aient empêché de prendre plus particulièrement connniRNoce du travail dont vous me parlez. Vous étudiez, jo crois, nos prisons?

LE MAJOR

Oui, monsieur la comte, jo suis envoyé en Franco par le grand duc do Toscane, pour étudier b fond votre système pénitentiaire. La question est grave; elle a soulevé des dissentiments outre Son Altesse et moi. Le Grand Duc est pour le silenco absolu du prisonnier qu’mi enferme dans les cellules; moi pour le silence partiel, c'est-à-dire que ie permets au prisonnier do parler uno fois par mois b son cnef a atelier pour les besoins du service. Je suis donc venu en Franco, où l’on omploie avec succès les deux systèmes, afin do m’assurer quel était le meilleur, pour l’appliquer ensuite b la Toscane. La question est mainlooant résolue pour moi. Lo silence absolu rend fou, tandis que le silence partiel no rond qu'imbécile. Je suis donc d'accord avec l’humanité, on préférant ce dernier silenco au sileuce absolu. On estphilauthrope ou on no l’est pas.

LANDREUIL.

Allez! la prison la plus affreuse, la punition la plus terrible ! pour l’honinio coupable sera toujours sa conscience...

le major, retenant un éclat de rirt.

Comment avez- vous dit?

LANDREUIL.

Je disais que la conscience...

le major, éclatant de rire.

J’avais bien entendu!... la conscience...

LANDREUIL.

Co rire cyniquo...

le major, parlant naturellement.

J’aime mieux un bon passe- port.

landreul, le reconnaissant.

Je ne me trompe pat.

le major.

Vous ne vous trompez pas. Le baron Morello-Morclli est l’ancien major Martingale, votre meilleur ami.

LANDREUIL.

Vous ici 1 mais vous êtes condamné b deux ans de prison.

le major.

Voilà pourquoi je les étudie, voilb pourquoi je les visite. A qui diable viendrait-il b l’esprit qu’un condamné ait tant d’audace?

LANDREUIL.

Mais, co litro quo vous prônez, ce nom?...

LE MAJOR

Ils sont bien h moi. Je les ai trouvés l’un et l’autre dans l’iotêrieur d’une diligence... sur un voyageur qui dormait.

LANDREUIL.

Vous lui avez volé son portefeuille?

, LE MAJOR

Je lui ai emprunté seulement son passe-port tout en respectant son sommeil. D’ailleurs, j’ai eu le soin de mettre lo mien b la place. En sorte que je m’attends b rencontrer un jour ou l'autre mon honnête dormeur dans les prisons quo j’inspecte... Mais b propos... vous m’avez parlé de conscience... vous prenez avec moi un ton... que signifie? vous avez été grec comme moi, mon cher... Achille, seriez-vous passé dans le camp des Troyens?

LANDREUIL.

Major... je no vous trahirai pas... mais ne comptez plus sur moi.

LE MAJOR

Très-bien! on joue dans vos salons... on joue gros jeu... j’ai perfectionne ma martingale...

Vous voudriez qu’associé encore à vos gains illicites...

LK MAJOR

Oh! illicites... puritain !... niais jo neveux pas cela; seulement vous fermerez les yeux et la bouche. Je ne veux pas le silenco partiel, entendez-vous?... mais le silence absolu... comme le grand duc de Toscane. (Ici la musique reprend.) Allez remplir vos devoirs do maître de maison, allez, mon ami... Ah ! encore un mot... en traversant vos salons j’ai aperçu le préfet do polico... vous me présenterez b lui dans la soirée... c’est uq homme charmant... il a un pou maigri... Mais allez, Anatole.

landrxl'il, à part, en se retirant.

Cet hommo est le spectro de mon passé, il me fait peur.

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