DE L'ÉVÊQUE DE RIEUX
ans le tome II d'un Recueil poétique manuscrit, que son possesseur, M. Octave Uzartne, a eu l'obligeance de me communiquer, — le manuscrit, inquarto, relié en vélin, paraît être de la main de Valentin Conrart et doit provenir de ses papiers — on lit quatre prétendus rondeaux antiques, lesquels jouirent pendant le zvii* siècle d'une certaine célébrité. Ils sont écrits en l'honneur de quatre preux dont les aventures légendaires, narrées d'abord dans nos chansons de geste ou nos romans de chevalerie, se sont perpétuées dans les contes de la Bibliothèque bleue : le premier a rapport à Richard sans Peur, marié en premières noces avec un diable femelle ; le second aux amours traversées, et finalement couronnées, de Pierre de Provence; le troisième à la bâtardise de Galien Le Restoré, né, comme on sait, du commerce d'Olivier avec la fille de l'empereur de Constantisople; le quatrième à Ogier le Danois miraculeusement rajeuni par la vertu de l'eau de Jouvence, Le principal agrément de ces quatre pièces, fort semblables pour la facture et le tour d'esprit, consiste dans l'espèce de moralité, naïve et gaillarde, par où le poète conclut chacune des légendes qu'il a résumées. Ce poète relève visiblement de Marot.
Nous avons plusieurs versions de ces rondeaux. Imprimés pour la première fois en tète d'un livret rarissime, Recueil de divers Rondeaux, Aug. Courbé, 1639, ils le furent de nouveau vers la fin du siècle suivant, au tome troisième des Pièces intéressantes et peu connues du compilateur de La Place, (785; dans l'intervalle, le premier et le dernier de ces
i6% LE LIVRE
poèmes avaient été insérés par La Bruyère à la fin du quatorzième chapitre des Caractères (De quelques Usages), 1688, puis reproduits un peu plus tard dans le Menagîana (le rondeau d'Ogier dans l'édition originale de 1693, les deux rondeaux à partir de l'édition de 1694). Enfin Edouard Fournier 1 a découvert la série complète dans la deuxième partie d'un cahier manuscrit provenant des papiers Gaignières (Bibl. nat. Fr. 24,320), recueil de pièces en vers et en prose exécuté pour M m * de Villarceaux dans la première moitié du xvn e siècle.
11 n'y a pas à tenir compte du Menagiana*, qui copie purement et simplement La Bruyère. Quant au texte représenté plus ou moins inexactement par les autres versions, il n'a jamais été établi d'une façon critique; c'est à quoi du reste on ne pouvait que mal réussir sans l'aide du manuscrit Conrart, jusqu'à présent inédit. Je transcris ici les rondeaux d'après cette précieuse forme de texte, me bornant à corriger trois lapsus manifestes que je signale, à ajouter la ponctuation qui manque dans le manuscrit, et aussi la division en quatrains et en tercets, qui met en évidence la structure singulière de ces petits poèmes. On trouvera, après chaque pièce, la collation des textes imprimés de Courbé, de La Bruyère et de La Place et du manuscrit Villarceaux.