CHAPITRE V
CONSTRUCTION DE LOGEMENTS D OUVRIERS PAR LES CHEKS d'industrie. — J. KRUI'P A ESSEN.
Les industriels ont été amenés à construire des logements pour leurs ouvriers, et cela dans un intérêt bien entendu. Ils nont pas été dans la nécessité de le faire dans les grandes villes, où il y avait toujours abondance de main-d'œuvre, où les relations entre patron et ouvrier sont moins intimes que dans les petites villes ou dans les districts ruraux.
Il est de l'avantage du patron d'avoir les ouvriers logés à proximité de l'exploitation industrielle, de leur éviter une longue route le matin et le soir, et au milieu des habitudes instables de la population salariée, il lui imporle de retenir les meilleurs travailleurs, de les garder auprès de lui, de leur voir faire souche de jeunes ouvriers, qui hériteront des aptitudes paternelles.
En France, dans une foule de localités, des habitations d'ouvriers ont été construites par des
sociétés industrielles (1), parmi lesquelles il suffit de citer Anzin, le Creusot. Commentry, Blanzy, Beaucourt. Elles se sont inspirées principalement de ce qui s'était fait à Mulhouse, la vill« qui a eu le mérite d'être en quelque sorte le pionnier dans la bonne voie. Il en a été de même à l'étranger, en Angleterre, en Irlande, où les compagnies de chemins de fer ont favorisé l'établissement de cités industrielles auprès de leurs ateliers, soit en construisant elles-mêmes, soit en encourageant la formation de building societies. Nous avons cit*' l'exemple de sir Edw. Guinness à Dublin. En Allemagne, les exemples abondent. D'après des chiffres recueillis sur la Prusse, 70 exploitations industrielles avaient construit des maisons (o29), dont leurs ouvriers pouvaient se rendre acquéreurs, 1,141 avaient construit 8, 7ol maisons pour la location. Sur 4,8o0 exploitations industrielles, 34 p. 100 avaient pourvu directement
(1) En France, d'après le i-apport du comte de Meluii (1875), dans les districts houiilers du Nord, 18 établissiments sur 23 avaient construit 7,000 maisons d'ouvriers, ayant coûté 18 millions. Le loyei- en était inférieur au loyer habituel dans une très forte proportion. — A Decize, on a vendu aux ouvriers 2,400 francs des maisons qui en avaient coûté 3,000. Après 20 ans, huit étaient encore la propriété d'ouvriers. Cinq avaient été transformées en débits de boissons et d'épiceries, le reste vendu avec bénéfice par les acquéreurs primitifs.
'hiH OIJKSTION DF.S LOGKMK.NTS
OU indirectement au logement de leurs ouvriers (507,000 hommes et 102,000 femmes) (1).
L'Etat prussien est propriétaire de mines. Afin d'asseoir le personnel de ses ouvriers, de lui procurer le bienfait de la stabilité et de la salubrité du logement, il a construit un grand nombre de cit(^s et de colonies ouvrières. Il a édifié les maisons pour son compte et les a données en location; il a vendu les maisons construites, il est venu en aide par des subventions et l'abandon du terrain aux ouvriers qui voulaient construire ou il leur a simplement avancé de l'argent. Dans le bassin houiller de Saarbruck, 3,742 maisons ont été construites; de 1842 à 1872 les caisses des mineurs ont contribué pour 2,062,000 marks, l'Etat a avancé 1,897,000 marks, sur lesquels, en 1874, 814,000 avaient été amortis. Dans les mines silésiennes, de 1820 à 1872, plus de 450 maisons comprenant des habitations pour 1.800 familles ont été bâties de la même façon.
L'entreprise la plus considérable a été celle de Krupp à Essen. Mais nous voudrions faire remarquer auparavant (jue la très grande majorité des fabricants (1,1 il sur 1,05.5 en Prusse) construisent des maisons de location et non pas des maisons à vendre p;ir annuité. Cette répugnance
(1) VoirPreuss. slat, Z^itschr. 1878. Cito par E. Keichai*lt, (]^r\ir\(iiuçie dtf Arbeiterwohnungsfrage,
s'explique de différentes manières : tout d'abord, on craint que les ouvriers une fois propriétaires ne cèdent la maison à des familles qui n'ont rien à faire avec la fabrique, que celles-ci prennent la place de gens travaillant dans l'usine ou la manufacture, que le nouvel acquéreur n'ouvre un débit de boisson ou pire encore, que l'encombrement par suite de sous-location n'envahisse la cité ouvrière.
Le libre exercice du droit de propriété sur les maisons peut avoir des inconvénients pour l'industriel. Celui-ci n'aime pas non plus à s'engager dans une vente à long terme avec son personnel. Cela n'empêche pas qu'un certain nombre d'industriels ont surmonté ces répugnances ; ils sont venus en aide à leurs ouvriers dans les agglomérations rurales, soit en leur faisant l'abandon du terrain, soit en fournissant le matériel de construction ou par des avances d'argent. Dans le cas de simple location, on remarque que les loyers sont ordinairement assez bon marché, inférieurs au taux habituel dans le pays. Le fabricant retire du capital engagé une rémunération assez peu considérable, mais il bénéficie d'autre part en s'assurant la stabilité de la main-d'œuvre.
Les ouvriers se plaignent, il est vrai, d'être bien plus dépendants de leurs patrons, qui peuvent les mettre à la porte et de la fabrique et du logement qu'ils occupent.
440 i,)L'ESTION IJES LOGEMENTS
Comme nous le disions, c'est rétablissement Fried. Krupp à Essen qui a relativement l'ait le plus pour loger son personnel d'ouvriers et d'employés. D'après le recensement de 1881, le nombre total des personnes occupées à l'établissement s'élevait à 19,605, dont 11,211 aux aciéries et 8,394 aux usines, mines, etc., le nombre des membres de famille (dont 13,083 enfants allant à l'école) à 45,776, soit un total de 65,381. — 18,698 personnes habitaient des maisons appartenant à la maison Krupp.
La ville d'Essen ne comptait en 1803 que 3,480 habitants, qui se livraient au commerce, à l'agriculture, à l'industrie, à l'exploitation des mines. La production houillère était restreinte aux besoins de la consommation domestique; on n'exportait presque pas. Avec les progrès de la technique, avec l'introduction de la machine à vapeur, les choses changent d'aspect, l'extraction augmente d'intensité et la ville grandit parallèlement.
De 1803 à 1843, la population s'élève lentement à 7,119 en 1852 à 10,475; eu 1860 elle est de 18,435, en 1865 de 33,660, on 1873 de 56,365. Elle subit alors le contre-coup de la crise économique et reste stationnaire, en 1880 elle n'est que de 56,960. Depuis lors, il y a une nouvelle marche en avant et elle est à présent de 65,000.
Avec le développement de l'industrie de la
houille, l'industrie du fer grandit également. En 1810 se fonde l'entreprise Krupp, qui eut des commencements bien modestes. En 1848, elle ne possédait que 72 ouvriers, en 1855 693, en 1860 déjà 1690, en 1863 4,031, en 1866 7,455, en 1873 11,867. De 1873 à 1879 il y eut une diminution constante, on 1879 le chiffre était tombé à 8,264. Depuis lors il s'est relevé jusqu'à 11,000. On voit que la plus grande partie de la population appartient à la classe ouvrière. Cette agglomération considérable a naturellement exercé un effet sur la densité dans les maisons.
En 1820 on comptait en moyenne par m;iison 6,-39 habitants. 1849 — 9,28 —
1864 — là, 30 —