CHAPITRE XXII
Voilà, ô le meilleur des rois, le lieu de promenade sur lequel j'ai obtenu, en y restant , la méditation ; j'ai développé la force énergique d'un grand sacrifice , après avoir abandonné ce corps qui nous est si cher.
Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana , après avoir prononcé cette stance, parla ainsi à son père et à sa mère : Aujourd'hui même, ô mon père et ma mère, le bienheureux Tathâgata Tchandra...çrî, vénérable , etc., se trouve en ce monde , il y vit, il y existe, il y enseigne la loi a?x créatures. C'est de ce bienheureux Tathâgata que j'ai reçu, après l'avoir honoré, la formule magique de l'habileté dans tous les sons, et que j'ai entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, formée de î. 2ih b. quatre-vingts fois cent mille myriades de kôtis de stances, de mille billions, de cent mille billions, d'un nombre de stances dit Akchôbhya. C'est pourquoi, ô mon père, il est bon que je me rende en la présence de ce Bienheureux, et que, l'ayant vu, je lui offre de nouveau un culte. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana s'étant élevé à l'instant même dans l'air, à la hauteur de sept empans, se plaça, les jambes croisées, au sommet d'une maison à étages élevés, faite des sept substances précieuses ; puis, s'étant rendu en la présence du Bienheureux, après avoir salué ses pieds en les touchant de la tête, après avoir tourné sept fois autour de lui en le laissant à sa droite, il dirigea ses mains, réunies en signe de respect, du côté où se tenait le Bienheureux, et, l'ayant adoré, il le célébra dans la stance suivante :
0 toi dont la face est si pure , ô sage , ôTndra des hommes , l'éclat dont tu brilles resplendit dans les dix points de l'espace; après t'avoir rendu, ô Sugata, un culte excellent, je suis venu ici, ô Maître, dans fintention de te voir.
Le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana ayant prononcé cette
stance, parla ainsi au bienheureux Tathâgata Tchandra çrî, vénérable,
etc. : Tu existes donc encore, ô Bienheureux, même aujourd'hui.»^ Alors
le bienheureux Tathâgata Tchandra çrî, vénérable, etc., parla ainsi f. 2i5a.
au Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana : Le temps où je dois entrer dans le Nirvana complet est arrivé, ô fils de famille; le temps de la iin de ma vie est arrivé. Va donc, ô fils de famille, prépare ma couche; je vais entrer dans le Nirvâna complet. Ensuite le bienheureux Tathâgata
Tchandra çrî, vénérable, etc., dit encore au Bôdhisattva Mahâsattva
Sarvasattvapriyadarçana les paroles suivantes : Je te confie, ô fils de famille, ces commandements ; je te confie ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, et ces grands Çrâvakas, et cet état de Bôdhi réservé aux Buddhas, et cet univers, et ces chars divins faits de joyaux, et ces arbres de corail, et ces fils des Dêvas, mes serviteurs. Et les os qui resteront de moi, quand je serai entré dans le Nirvâna complet, je te les confie, ô fils de famille; et quand je serai entré dans le Nirvâna complet, ô fils de famille, tu devras rendre d,^grands honneurs aux Stiipas qui renfermeront mes os; et mes reliques devront être distribuées; et il faudra élever plusieurs milliers de Stupas. Alors, ô Nakchatra abhidjna, le bienheureux Tathâgata Tchandra çrî, vénérable, etc., après avoir donné ces instructions au Bôdhisattva Mahâsattva
f. 2i5 b. Sarvasattvapriyadarçana, entra complètement, cette nuit-là même, à la dernière veille, dans l'élément du Nirvâna, où il ne reste aucune trace de l'agrégation [des éléments matériels].
Alors, ô Nakchatra abhidjna, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana voyant que le bienheureux Tathâgata Tchandra çrî était
entré dans le Nirvâna complet, éleva un bûcher formé de santal, de l'espèce dite Uragasâra, et y consuma le corps du Tathâgata. Quand il vit que le corps était brûlé et éteint, il retira un os du bûcher et se mit à pleurer, à se lamenter et à gémir. Après avoir ainsi pleuré et s'être livré à la douleur, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana ayant fait faire quatrevingt-quatre mille vases formés des sept substances précieuses, y déposa l'os du Tathâgata [qu'il avait divisé], et dressa quatre-vingt-quatre mille Stupas formés des sept substances précieuses, ornés de lignes de parasols qui s'élevaient jusqu'au monde de Brahmâ et qui étaient recouverts d'étoffes de soie et de clochettes. Après avoir dressé ces Stûpas , il réfléchit ainsi : Je viens de rendre un culte aux Stûpas qui contiennent les reliques du bienheureux Tathâgata Tchandra çrî. Mais je rendrai encore à ces reliques
un culte plus élevé, plus supérieur. Alors, ô Nakchatra abhidjna, le Bô-
f. 216 a. dhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana s'adressa ainsi à la troupe tout entière des Bôdhisattvas, aux grands Çrâvakas, aux Dêvas, aux Nâgas, aux Yakchas, aux Gandharvas, aux Asuras, aux Garudas, aux Kinnaras, aux Mahôragas, aux hommes, et aux crégitures n'appartenant pas à l'espèce humaine: 0 vous tous, fils de famille, concevez tous ensemble cette pensée: