CHAPITRE IL
36. Ces douze cents êtres semblables à moi, qui sont également parvenus à l'état suprême de Bôdbi, que le Sugata, les regardant, leur parle, et qu'il fasse f- 23 b. naître en eux une joie extrême.
Alors Bhagavat, entendant pour la troisième fois la prière que lui adressait le respectable Çâriputtra, lui dit ces paroles : Puisque maintenant, ô Çâriputtra, tu sollicites jusqu'à trois fois le Tathâgata, que puis-je répondre à la prière que tu m'adresses ainsi? Ecoute donc, ô Çâriputtra, et grave bien et complètement dans ton esprit ce que je vais dire; je te parlerai. Et aussitôt Bhagavat prononça le discours qui va suivre.
En ce moment cinq mille Religieux et fidèles des deux sexes de l'assemblée, qui étaient remplis d'orgueil, s' étant levés de leurs sièges, et ayant salué de la tête les pieds de Bhagavat, sortirent de l'assemblée. C'est que, par suite du principe de mérite qui est [même] dans l'orgueil, ils s'imaginaient avoir acquis ce qu'ils n'avaient pas acquis, et compris ce qu'ils n'avaient pas compris. C'est pourquoi, se reconnaissant en faute, ils sortirent de l'assemblée. Cependant Bhagavat continuait à garder le silence.
Ensuite Bhagavat s'adressa ainsi au respectable Çâriputtra : L'assemblée qui m'entourait, ô Çâriputtra, est diminuée de nombre; elle est débarrassée f- a. de ce qu'elle renfermait de peu substantiel ; elle est restée ferme dans l'essence de la foi; c'est une bonne chose, ô Çâriputtra, que le départ de ces auditeurs orgueilleux. C'est pourquoi, ô Çâriputtra, je t'exposerai l'objet que tu me demandes. Bien, ô Bhagavat, répondit le respectable Çâriputtra, et il se mit à écouter. Bhagavat dit alors :
Ils sont rares, ô Çâriputtra, les temps et les lieux où le Tathâgata fait une semblable exposition de la loi. De même, ô Çâriputtra, que la fleur du figuier Udumbara ne paraît qu'en de certains temps et en de certains lieux, de même ils sont rares les temps et les lieux où le Tathâgata fait une semblable exposition de la loi. Ayez foi en moi, ô Çâriputtra; je dis ce qui est, je dis la vérité, je ne dis pas le contraire de la vérité. C'est une chose difficile à rencontrer, ô Çâriputtra, que la fleur de l'Udumbara; ce n'est qu'en de certains temps et en de certains lieux qu'on la rencontre. De même, ô Çâriputtra, le sens du langage énigmatique du Tathâgata est difficile à saisir. Pourquoi cela? C'est que j'élucide la loi, ô Çâriputtra, en employant les cent mille moyens variés [dont je dispose], tels que les interprétations, les instructions, les allocutions, les comparaisons de
diverses espèces. La bonne loi, ô Çâriputtra, échappe au raisonnement, elle n'est pas du domaine du raisonnement ; aussi doit-elle être connue par le moyen du Tathâgata. Pourquoi cela? Parce que c'est pour un objet unique, ô Çâriputtra, pour un unique but, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde, pour un grand objet, en efFet, et pour un grand
f nl\ h. but. Et quel est, ô Çâriputtra, cet objet unique, cet unique but du Tathâgata, ce grand objet, ce grand but pour lequel le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde ? C'est pour communiquer aux créatures la vue de la science des Tathâgatas, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde; c'est pour leur en faire l'exposition complète, pour la leur faire pénétrer, pour la leur faire comprendre , pour leur en faire prendre la voie , que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde. C'est là, ô Çâriputtra, cet objet unique, cet unique but, ce grand objet et ce grand but, en effet , des Tathâgatas ; c'est là l'unique destination de son apparition dans le monde. Voilà, ô Çâriputtra, l'objet unique, l'unique but, et ils sont grands en effet cet objet et ce but qu'accomplit le Tathâgata. Pourquoi
f. 25 a. cela .i^ C'est que moi aussi, ô Çâriputtra, je suis celui qui communique la vue de la science du Tathâgata, celui qui en fait l'exposition complète, celui qui la fait pénétrer, celui qui la fait comprendre , celui qui en fait prendre la voie. De même aussi, ô Çâriputtra, commençant par un moyen de transport unique , j'enseigne la loi aux créatures. Ce moyen de transport, c'est le véhicule des Buddhas. Il n'y a pas, ô Çâriputtra, un second ni un troisième véhicule. C'est là, ô Çâriputtra, une loi universelle pour le monde entier, en y comprenant les dix points de l'espace. Pourquoi cela? C'est que, ô Çâriputtra, les Tathâgatas vénérables, etc., qui, au temps passé, ont existé dans les dix points de l'espace, dans des univers incommensurables et innombrables, et qui ont enseigné la loi pour l'utilité et le bonheur de beaucoup d'êtres, par compassion pour le monde, pour l'avantage, l'utilité et le bonheur du grand corps des êtres, hommes et Dêvas, après avoir reconnu les dispositions des créatures, qui ont des inclinations variées, dont les éléments comme les idées sont diverses, qui l'ont enseignée, dis-je, par l'habile emploi des moyens [dont ils disposent], tels que les démonstrations et les instructions de diverses espèces, les raisons, les motifs, les comparaisons, les arguments faits pour convaincre, les interprétations variées, tous ces Tathâgatas, dis-je, ô Çâriputtra, qui