‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 169 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« les Bôdhisattvas. " Le lecteur est libre de choisir entre ces deux interprétations ; j'ai préféré la première, parce qu'il m'a paru plus conforme au sens général du passage, de faire du Sutra qu'on y décrit, la possession exclusive des Buddhas. En traduisant avavâda par enseignement, instruction, je ne m'éloigne que très-peu du sens de commandement , ordre, qu'a ce mot dans le sanscrit classique; mais je crois cette légère modification indispensable. La signification précise en est établie par celle du verbe avavadati, •« il adresse la « parole, ou l'enseignement, » qui est d'usage dans les deux grandes écoles du Buddhisme indien. J'en trouve deux exemples parfaitement clairs dans le Djina alamkâra pâli. Dans le premier, il est question de l'homme qui n'a que des dispositions vicieuses; après avoir exposé la nature de sa perversité, le texte s'exprime ainsi: Tarn Bhagavâ na ôvadati jathâ Dévadattaih Kôkâliyam Sanakkhattam Litclitchhavipattam yévâ pananné sattâ mitchtchhattaniyatâ. « Bhagavat ne lui adresse pas la parole [pour l'instruire] , pas plus qu'à Dêvadatta " Kôkâliya , à Sunakkhatta fils du Litchtchhavi , pas plus qu'aux autres êtres enclins au « mensonge^. » Le second passage nous montre le verbe ôvadati (en sanscrit avavadati) , rapproché du substantif 6 waVZa (pour avavâda), par une de ces répétitions familières au style antique : Tattha Bhagavâ tihkhindriyam samkhitténa ôvâdéna ôvadati madjdjhimindriyam sarhkhitténatcha vitthârênatcha ôvadati mndindriyam vitthârêna ôvadati. « Alors Bhagavat enseigne « par un enseignement abrégé celui qui a des organes pénétrants, par un enseignement et " abrégé et développé celui qui a des organes d'une force moyenne, par un enseignement « développé celui qui a des organes mous^. » Dans un autre passage, le même livre donne ce qu'on pourrait appeler la formule générale de l'enseignement du Buddha , et il se sert du terme même dont font usage les Buddhistes du Nord. Le passage est assez caractéristique pour mériter d'être cité : Atha Bhagavâ évaiii katapûrêhhattakitchtchô gandhakûtiyâ upatthâkêna pannattâsanê nisîditvâ pâdé pakkhâlétvâ pâdapûhê thapétvâ hhikkhasamghafh ôvadati: hhikkhavê appamâdêna sampâdétha dullaihô buddhuppâdô lôkasmim dullabhô manussattapatilâlhô dallabhâ khanasampatti dallahhâ pabbadjdjâ dullabam saddhammasavananti évarh Bhagavatâ Sugatôvâdavasêna vattô dhammô Dîghanikâyamadjdjhimanikâyappamânô hôti. « Alors Bhagavat, après avoir accompli de cette manière les actes qui précèdent le « repas, s'étant assis sur le siège qui lui avait été préparé par son serviteur dans la chambre " des parfums, ayant lavé ses pieds et les ayant posés sur le piédestal, adresse la parole à " l'Assemblée des Religieux : Prenez l'investiture sans délai, ô Beligieux! C'est une chose " difficile à rencontrer que la naissance d'un Buddha dans ce monde. C'est une chose >< difficile à rencontrer que l'acquisition de la condition humaine, que l'occasion du mo- " ment favorable, que l'état de Religieux mendiant, que l'avantage d'entendre la bonne «loi. C'est ainsi que conformément à l'enseignement oral des Sugatas, Bhagavat expose « la loi dont les autorités sont le Dîgha nikâya et le Madjdjhima nikâya^. » Je donnerai un autre exemple de la signification de ce mot emprunté à l'un des Edits de Piyadasi; on le trouvera au numéro X de V Appendice, où il est parlé de ces inscriptions.

Son corps était immobile.] Le mot dont se sert ici le texte est écrit de la même manière

' Djina alamkâra, f. 17 a. — ^ Ibid. f. 176. — ' Ibid. f. 27 a et h.

NOTES

par nos quatre manuscrits , aiiindjaniâna. Cette orthographe cependant donne lieu à une difficulté étymologique. En effet si ce participe est celui du radical îdj , « aller, » on devrait l'écrire avec un i; si, d'un autre côté, il faut garder ïi bref, c'est à nindj qu'il faut s'adresser; mais ce dernier radical ne signifie plus «aller, se mouvoir. " J'en dirai autant du mot suivant an md/fl, lequel appartient au radical quel qu'il soit d'où dérive le terme précité; il faut de toute nécessité le prendre ici pour un substantif. Cette orthographe, du reste, est peut-être le résultat de l'influence d'un dialecte populaire où il serait permis, comme en pàli par exemple, de remplacer par une brève une voyelle longue de sa nature, quand cette brève vient à être suivie de deux consonnes qui lui rendent sa quantité primitive. Il se peut aussi que ce radical idj, et avec une nasale ifidj , soit une forme ou ancienne ou populaire du radical classique êdj, « se mouvoir. » Quoi qu'il en soit, on le rencontre fréquemment dans les textes buddhiques du Nord, notamment dans le Lalita vistara. Quand le Buddha est parvenu à franchir les quatre degrés de la contemplation , on dit qu'il est dnindjyaprâpta, « arrivé à l'immobilité ou à l'absence d'émotion, » c'est-àdire à l'impassibilité ^ En pâli, et dans un passage que l'on trouvera à Y Appendice sous le n^XXI, ce mot est écrit anédjd.jappaita; ce qui semblerait nous ramener au radical édj , si édjdja ne représentait pas plutôt un primitif sanscrit comme âidjya. Avec la préposition sam, dont la nasale est souvent augmentée par l'addition fautive d'un anasvâra, ce même radical forme le substantif sanimindjana, que les Tibétains rendent par « l'action <" de se ramasser, de se resserrer, » littéralement « se mouvoir avec ou sur soi-même; » ce substantif se rencontre souvent opposé à prasârana^. Le radical indj se trouve également en pâli avec cette dernière acception , comme on peut le voir par la comparaison suivante que j'emprunte à un Sutta pâli , et que je transcris exactement d'après mon manuscrit : Séyyathâpinâma lalavâ parisô sarnmindjitamvâ bâham pasârêyya pasâritamvâ hâhani saminindjéyya. « Comme ferait par exemple un homme vigoureux qui étendrait son bras fer- «mé, ou qui fermerait son bras étendu-'. "

Manddras.] Il faut lire mandâravas , comme font les manuscrits de M. Hodgson, et comme fait ailleurs le manuscrit de la Société asiatique sur lequel a été exécutée ma traduction. Les noms de ces arbres ne diffèrent, en effet, les uns des autres que par l'addition de l'épithète mahâ. Il n'en est pas moins vrai que le sanscrit classique ne nous fournit que mandâra, qui, d'après Wilson, désigne un des cinq arbres du paradis d'Indra, lequel répond sur la terre à YEijthrina fulgens, l'une des fleurs les plus éclatantes de l'Inde. Wilson donne à la mandjûchâ, auquel répond sans doute le mandjûchaJta de notre texte, le sens de " garance du Bengale. » Ces noms reparaîtront plus bas à l'occasion des arbres qualifiés de divins, ch. XVIII, f. 192 a.

Les quatre Assemhlées.] C'est la réunion des Bhikchas ou mendiants, des Bhikchunis ou femmes qui mendient, des Upâsakas ou fidèles, et des Upâsikâs ou femmes fidèles. Ces

' Lalita vistara, f. 178 a de mon man. A. — ^ Lalita vistara, fol. i36 a de mon manuscrit A ; Foucaux, Bgya tc'her roi pa, tome II, page 249. — ^ Sakkapdïiha , dans Dîj/i. nik. f. 1 18 6.

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