CHAPITRE V
du bonheur et des avantages, développements grâce auxquels ces êtres, au sein même des conditions visibles, deviennent heureux, pour, ensuite, après avoir fait leur temps, renaître dans les bonnes voies de l'existence. Alors ils jouissent abondamment, là où ils naissent, de tous les plaisirs; ils entendent la loi, et l'ayant entendue ils sont dégagés de toute espèce de ténèbres; et ils s'appliquent successivement à la loi de celui qui sait tout, chacun selon sa force, sa part, son objet et sa situation.
De même, ô Kâçyapa, que le grand nuage, après avoir couvert la totalité de cet univers formé d'un grand millier de trois mille mondes, verse son eau partout également, et rafraîchit également de son eau toutes les herbes, tous les buissons, toutes les plantes médicinales et tous les rois des forêts; de même que les herbes, les buissons, les plantes médicinales et les rois des forêts boivent cette eau, chacun selon sa force, sa part, son but et sa situation, et que tous ces végétaux parviennent au développement assigné à leur espèce; de même, ô Kâçyapa, la loi qu'expose le Tathâgata vénérable, etc., cette loi est la loi universelle de tous; elle est d'une seule et même nature, et sa nature, c'est celle de l'affranchissement, de l'indifférence, de l'anéantissement, en un mot c'est le terme auquel aboutit la science de celui qui sait tout. Alors, ô Kâçyapa, les êtres qui écoutent le Tathâgata exposant la loi, qui la possèdent, qui s'y appliquent, ces êtres f. 70 a. ne se connaissent pas, ne se savent pas, ne se comprennent pas eux-mêmes. Pourquoi cela.*^ C'est que, ô Kâçyapa, c'est le Tathâgata seul qui connaît réellement ces êtres, qui voit avec certitude, qui sait réellement qui, comment et quels ils sont; qui sait à quoi ils pensent, comment ils pensent, par quoi ils pensent, ce qu'ils imaginent, comment ils imaginent, par quoi ils imaginent, ce qu'ils atteignent, comment et par quoi ils atteignent cela.
De même, ô Kâçyapa, connaissant la loi dont la nature est homogène, dont la nature est celle de l'affranchissement et du Nirvâna, qui aboutit au Nirvâna, qui repose perpétuellement dans le Nirvâna, dont le terrain est homogène, qui a pour étendue l'espace, je sais, par égard pour les inclinations des êtres, ne pas déployer tout d'un coup la science de celui qui sait tout aux yeux des créatures placées chacune dans des positions diverses, basses, élevées ou moyennes, comme sont les herbes, les buissons, les plantes médicinales et les rois des forêts. Vous êtes étonnés, vous êtes surpris, ô Kâçyapa, de ce que vous ne pouvez comprendre le langage énig-
matique du Tathâgata. Pourquoi cela? C'est qu'il est difficile à comprendre, ô Kâçyapa, le langage énigmatique des Tathâgatas vénérables, etc. f yo b. Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette occasion les stances suivantes :
1. Moi qui sviis le roi de la loi, moi qui suis né dans le monde et qui dompte l'existence, j'expose la loi aux créatures, après avoir reconnu leui-s inclinations.
2. Les grands héros, dont l'intelligence est ferme, conservent longtemps ma parole; ils gardent aussi mon secret, et ne le révèlent pas aux créatures.
3. Du moment, en effet, que les ignorants entendraient cette science si difficile à comprendre , concevant aussitôt des doutes dans leur folie , ils en seraient déchus et tomberaient dans Terreur.
4. Je proportionne mon langage au sujet et aux forces de chacun; et je redresse une doctrine par une explication contraire.
5. C'est, ô Kâçyapa, comme si un nuage s' élevant au-dessus de l'univers, le couvrait dans sa totalité, en cachant toute la terre.
6. Rempli d'eau, entouré dune guirlande d'éclairs, ce grand nuage, qui retentit du bruit de la foudre, répand la joie chez toutes les créatures.
7. Arrêtant les rayons du soleil, rafraîchissant la sphère [du monde], descendant assez près de terre pour qu'on le touche de la main, il laisse tomber ses eaux de toutes parts.
8. C'est ainsi que répandant d'une manière uniforme une masse immense d'eau, et resplendissant des éclairs qui s'échappent de ses flancs, il réjouit la terre.
9. Et les plantes médicinales qui ont poussé à la surface de cette terre, les herbes , les buissons , les rois des forêts , les arbres et les grands arbres ;
10. Les diverses semences et tout ce qui forme la verdure; tous les végétaux qui se trouvent dans les montagnes, dans les cavernes et dans les bosquets;
f. 71 a. 11. Les herbes, en un mot, les buissons et les arbres, ce nuage les remplit de joie; il répand la joie sur la terre altérée, et il humecte les herbes médicinales.
12. Or cette eau tout homogène qu'a répandue le nuage, les herbes et les buissons la pompent chacun selon sa force et selon sa destination.
13. Et les diverses espèces d'arbres, ainsi que les grands arbres, les petits et les moyens, tous boivent cette eau, chacun selon son âge et sa force; ils la boivent et croissent, chacun selon le besoin qu'il en a.
14. Pompant l'eau du nuage par leur tronc, par leur tige, par leur écorce, par leurs branches, par leurs rameaux, par leurs feuilles, les grandes plantes médicinales poussent des fleurs et des fruits.