‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 272 sur 286 · SUR LA VALEUR DU TERME PRÂTISAMVID · texte numérisé non relu

SUR LA VALEUR DU TERME PRÂTISAMVID

(Ci-dessus, chap. vin, f. 110 a, p. SgS.)

Dans la note où j'ai promis quelques détails sur le terme qui fait l'objet de ces recherches , j'ai donné d'une manière inexacte l'orthographe de ce mot que je n'avais vu jusqu'alors que dans un composé. Ce composé était pratisamviddMbhî, que j'ai divisé ainsi, pratisafhvidâ et lâhht J'y avais été conduit par l'existence du mot pâli, paiisamlhidâ.

qui est, chez les Buddliistes du Sud, le correspondant du mot que je lisais praiisaitivida; en d'autres termes, je voyais de part et d'autre un substantif féminin en â. Depuis, j'ai acquis la certitude que cest pr'aiisamvid qu'il faut'lire, et j'ai trouvé ce mot exactement écrit de cette manière dans le Lolita vistara^. L'argument tiré de l'existence du mot pâli patisambhidâ n'est pas une raison concluante pour le cas actuel; car on sait positi* vement que les mots sanscrits de la troisième déclinaison passent fréquemment en oâli dans la première. Il n'y a donc rien d'étonnanl à ce que pratisamvid ait pour corresT^ondant, en pâli, un mot temainé par la formative â.

Ce qui peut arrêter davantage, c'est la différence des deux radicaux qui entrent dans Ja composition de chacun de ces mots, pratisamvid et patisambhidâ. C'est en considération des éléments étymologiques de pratisaihvid que j'ai traduit ce mot par e connaissance distincte, « connaissance distributive; » je rie vois pas de raison pour rien changer à cette interprétation en ce qui touche le pâli paiisamlhidâ , car le sens de « distinction et de distribua tion » est ici expressément rendu par la préposition. prafi et par lé mot samhhidâ. Une partie de cette idée paraît dans la version que donne Clough du pâli patisarnlhidâ, o science « universelle , capacité d'expliquer les termes relatifs à tous les genres de sciences et d'arts -. » Turnour, rencontrant le composé pahhinna patisamlhida, le traduit un peu moins clairement : « qui avait renversé l'empire du péché ec atteint aux quatre dons de la sainteté^; '•• ceci est un commentaire oii paraît le nombre des paiisamlhidâ. Spiegel n'approche pas plus près de la destination générale de ce ternie , en le rendant par « le plus haut degré « d'un Arhat*. » Il me semble que s'il est vrai, d'un côté, que les mérites qu'on désigne sous le nom de patisambhidâ appartiennent aux Arhats , c'est-à-dire aux saints du Buddhisme, il ne l'est pas moins, de l'autre, que ces mérites sont particulièrement scientifiques.

J'ai rencontré plus dune fois dans les livres du Népal, comme dans ceux deCeylan, les mots pratisamvid et patisambhidâ-, mais je n'en ai découvert jusqu'ici qu'une seule explication , encore est-elle un peu concise , et aurait-elle besoin d'un commentaire plus détaillé que celui qui l'accompagne. Je l'emprunte au Djina alafnkâra, où elle paraît au milieu d'une énumération des qualités et des perfections d'un Buddha :

« Il y a quatre connaissances distinctes Ces quatre connaissances distinctes sont : la connaissance distincte du sens [attha), la connaissance distincte de la loi [dhamma), la connaissance distincte des explications [niruiti], la connaissance distincte de l'intelligence (patibhâna.)

« Tout ce qui est produit par une cause , les conséquences des actions , ainsi que l'action, le Nibbâna et le sens des choses dites [par le Maître], ces cinq éléments se nonament le sens.

«La cause qui anéantit les résultats [des œuvres], la voie des Ariyas, les paroles [du Maître], la vertu et le vice, ces cinq éléments se nomment la loi.

' Lalitavislara, f. 6 a, man. de la Soc. asiat. et ' Mahâwanso, intr. p. xxvi et xxvii; p. 32 et /i2.

r. 2 « lie mon man. A. , * Spiegel, Anecdola palica, p. 67, et Kammuvù-

- Sinf/Jud. Diction, t. II, p. 352. fya, p. 29.

« L'explication naturelle [de ce qu'il y a d'obscur] et dans le sens et dans la loi, est désignée par le mot de nirutti, l'explication ;' elle résulte dé la perfection de l'interprétation.

« La connaissance des trois sciences que possède celui qui, ayant pris la science coname objet de sa pensée, a eu' vue la triple science, se nommé l'intelligence (patibhânay. »

Quelques observations suffiront pour mettre cet énoncé un peu concis d'accord avec ce que nous savons déjà des doctrines fondamentales du Buddhisme. Qu'il s'agisse ici surtout de science ou de connaissance , et spécialement de la science des vérités premières de la ioi, c'est là un point qui ne peut faire l'ombre d'un doute; dans le passage du Lotns de la bonne loi où paraît l'expression que je tâche d'expliquer en ce moment, il est uniquement question de la variété et de l'étendue des connaissances du Religieux Purna auquel est attribuée la science des diverses connaissances distinctes. Les termes mêmes de chacune des quatre définitions de ces connaissances confirment cette attribution générale de la théorie des patisamhhidâ.

La première de ces définitions est résumée par le mot attha, qui signifie à la fois « ob- « jet et chose, résultat et but, sens et valeur. » Les cinq termes par lesquels est développé Y attha rentrent tous dans, ces diverses significations^ tout ce qui est produit par une cause, c'est-à-dire l'enchaînement des douze causes dites Nidânas, les conséquences des œuvres, l'action, le Nibhâna, sont autant de termes que résume l'idée d'objet, de but; la valeur de sens paraît dans le cinquième, « le sens de ce qui est dit par le maître. » Ce n'est pas faire l'éloge de la rigueur des définitions buddhiques que d'y signaler l'emploi abusif d'un même mot dans plusieurs acceptions différentes. Je remarquerai cependant que les énoncés du texte que j'emprunte au Djina alafhkâra sont plutôt des résumés que des définitions véritables. D'ailleurs, le nombre et l'étendue des significations que possèdent des termes coname attha, offrent à la pensée philosophique des tentations auxquelles il lui est difficile de résister, tant qu'elle ne s'est pas sérieusement rendue compte des nécessités de la râéthode.

La seconde connaissance distincte est résumée sous le titre de dhamma, » la loi. » Cinq éléments constituent la loi, ce sont la cause qui anéantit les résultats des œuvres, la voie des Ariyas, les paroles [du Maître], la vertu et le vice. Ces sujets expriment, en effet, mais à des titres différents, tout ce que résume le motdi^arma , « la loi ; » on y retrouve et les moyens qu'elle emploie et le but qu'elle propose : les moyens sont la -voie des Ariyas, ou dans le Nord Aryâs, les paroles du Maître ou les textes sacrés; le but est la cause qui anéantit les résultats des œuvres, c'est-à-dire l'affranchissement ou le iVi56ana,. et jusqu'à un certain point, la vertu qui peut être également envisagée^ comme un moyen. L'élément qui lui est contraire, « le vice » est un objet de la loi, en ce sens que la loi le signale et donne la force de le vaincre. Nous retrouvons , dans cette secondée définition , un des éléments quia déjà paru dans la première,. &Aasiïa7n, ce que je traduis par « les paroles du Maître; » mais ce n'est pas là une tautologie, et il y a cette différence entre l'emploi qui est fait de ce mot dans la première définition, et le rôle qu'il joue dans la seconde, que les

* Djinaalainkâra, f. 20 a, l. 2 eniemontant.

APPENDICE. — N" XVn. 841

paroles du Mm^tre sont considérées , dans ie premier cas , sous le rapport du sens , tandis que, dans le second, elles sont prises en elles-mêmes et en tant que dépositaires de la loi.

La troisième connaissance distincte est dite niratti, pour le sanscrit nirakti, « i'explica- « tion, » j'ajoute « de ce qu'il y a d'obscur dans les objets de la connaissance [atthà] et dans « la loi [dhamma) ; » sans cette addition , le mot nirntli ne serait traduit qu'imparfaitenient. Cet énoncé qui se réfère exclusivement aux. deux définitions précédentes, prouve surabondamment que la catégorie des patisafhhhidâ a particulièrement irait aux principales applications de la faculté de connaître.

Enfin , la quatrième connaissance distincte est dite celle du patihhâna ou de « i'intelli- « gence, » si l'on adopte, pour rendre paiibhâna, en sanscrit pratibhâna, le sens que j'ai proposé au commencement de ces notes ^. Il faut avouer, toutefois, que cette interprétation ne donne qu'une traduction un peu trop vague , « la connaissance distincte de l'intelli- « gence. » Heureusement le commentaire vient à notre secours en nous apprenant que le mot' pçiiibMna résume, sous le nom d'intelligence ou de sagesse, la triple science ou la science des trois vérités que j'ai déjà énumérées ailleurs^. Aussi pensè-je aujourd'hui que notre mot sagesse serait une meilleure traduction de paiibhâna, que celui à^ntelligence. En résumé, la définition de la quatrième connaissance distincte doit revenir à ceci : la connaissance distincte des trois vérités que sait pénétrer la sagesse.

Après la définition des quatre pratisafkvid ou patisambhidâ , que je viens d'emprunter au Djina alamkâra, je trouve dans le même ouvrage une énumération de soixante-dixsept sujets de connaissance dont la possession est attribuée à un Buddha. Quoique»,cette énumération soit parfaitement indépendante de celle des quaire patisatfibhidâ, j& ne crois pas inutile de la reproduire ici , d'abord parce qu'elle est courte et qu'elle n'occupera pas une place considérable, ensuite parce qu'elle montre une fois de plus quelle grande iimportance a, dans le Buddbisme, la science ou la connaissance, dont le nom i-eparaît à. tout instant dans tant et de si nombreuses catégories.

« Il y a soixante et dix-sept sujets de connaissance. Si , prenant la production successive des douze causes de l'existence qui sont l'ignotance et autres, on part de la vieillesse et de la mort, en les laissant en dehors conMne limites, et qu'on multiplie par sept chacune des onze causes, on obtient soixante et dix-sept sujets de connaissance. Gomment se produit cette connaissance que la vieillesse et la mort ont pour cause la naissance?— De cette manière : lai naissance n'existant pas , il n'y a ni vieillesse ni mort. De même pour le passé a lieu cette connaissance : la vieillesse et la mort ont pour cause la naissance; et cette autre : la naissance n'existant pas, il n'y a ni vieillesse ni mort. De même aussi pour l'avenir a lieu cette connaissance : la vieillesse et la mort ont pour cause la naissance; et cette autre : la naissance n'existant pas, il n'y a ni vieillesse ni mort. Et dans ce cas', h. connaissance de l'existence de la condition est en même temps'la connaissance ;qûe cette condition est passagère, périssable, qu'il faut s'en détacher, qu'il la faut arrêter. B en est de même de cette connaissance : la naissance a pour cause l'existence ; et de cette autre : l'existence n'existant pas, il n'y a pas de naissance; et ainsi des autres causes, jusqu'à cette connaissance :

' Ci-dessus, fol. 2 b, p. 299. — * Ci-dessus, fol. 62 b, p. 372.

842 APPENDICE. — N" XVIÏI.

les concepts ont pour cause l'ignorance; et c€tte autre : l'ignorance n'existant pas, il n'y a pas de concepts; de même pour le passé et de même pour l'avenir. Et dans ce cas, la connaissance de l'existence de la condition est en même temps la connaissance que cette condition est passagère , qu'elle est périssable , qu'il faut s'en détacher, qu'il la faut arrêter. Tels sont les soixante et dix-^ept sujets de connaissance que possède Bhagavat. »

On voit, sans que j'y insiste davantage, que cette énumération embrasse les divers points de vue sons lesquels il est possible âe' connaître le pratityasamutpâda, ou la production des douze causes successives de l'existence.

r XVIII.

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