‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 170 sur 428 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Gommeot macjtome Marie» soeur du roy 4'Aagl6ierf«» arriva à Abbeville bien accompaigoée de gros seigocurs el damet d'ADgleierre, et comment le roy Louis douzième l'espousâ, et det triompbames oopccs qui feureot faicles «a 14 vitts d*ÂJt>i}eyiUe.

Le roy Louis douzième estant à Saint^G^^ main après les nopees du sieur d'Angoulesme faictes, feust adverti par les postes et par le sieur de Longueville comment le mariage de madame Marie, sœur du roy Henri d'Anglu* terre, et de lut , estoit accordé, et que ledi^ roy estoit prest pour la Caire partir. Laquelle chose entendue par le roy et son conseil, se prépara pour aller à Abbeville. ce qui jfousl faicf . Et manda lediet seigneur roy à tous lei princesde son royaume, pensionnaires, gentib^ hommes de sa maison et ses gardes eutx tro«-* ver audict AbberiMe, ce qu'ils fisrent. Et envoya le roy mdhsieur de Vandosme au^vant de 1»* dicte dame Marie. Et quand ce vint qu'eBe i^ procha à une jouméed' Abbeville , ^ voya encora de rechef monsieur d'Aleneon et aultresprincei devant elle ; et vint coucher à trois lieues dudiet Abbeville. Et le propre jour ^dle devait arri» ver, le roy envoya monsieur d'AugevAesme sur to chemin d' Abbeville là oùeUe avoit eeuéhé, bieft acoompaigAée. Et vous asseure qu'eMe ne venoit point en dame de petite étoffi ; car ^ estait bien aocompaignée de gros princes et dames el gros personnages. Et entre aultres y estoient» pour les principaux, le milort Cambrelan, lu duc de Suffolk, le indort Marquis, et le due du Nortfoik, bon vieil personnage des plus esëméu qui soit en Angleterre; et avoit sa femne avee^ ques lui , laquelle conduisoit ladicte dame Mar^i et grand nombre de dames et damoiselles. Etes* toient avecques ladicte dame, comme vous ay desjàdit, (kux mille ehevaulx angiots. Et al* loient merveilleusement en boa ordre tout lu bagage, pages et valets devant, et deux centf archers à cheval, l'arc et hk trousse à la ee^ ture, et le g«Ml et le brasselet, tous accousirte de la Kvrée du roy d'Angleterre; et après mar^ choient tous les gentishommes, en Men giaaidl nombre. El après suivoient les princes du France, devisant ensend)l&; et puig venait li royne Marie et monsieur d' AngeulesRie qui pur-' loit à die, et aultres princes et princesses, en toute? les dames après. Et estoit htcBde ruyuu sur ivae bacqu^aée, et la plupart des daaeaut

MÉMOIRES DE FLEURANGE

le résidu en chariots ; et outre ce^sui voient cent | archers anglois à la queue desdictes femmes. Et quand ils feurent à demi-lieue d'Abbeville, le roy monta sur un cheval bayart, qui sautoit; et avecques tous les gentilshommes et pensionnaires de sa maison et sa garde, et en moult noble estât, vint recevoir sa femme, et la baisa tout à cheval. Et après ce embrassa tous les princes d'Angleterre et leur fist très bonne chère ; et à Taborder, pour mieux resjouir toute la compagnie, avoit plusàe cent trompettes et clairons. Et ainsi entrèrent en la ville, où toute Tartillerie estoit affûtée laquelle tiroit merveilleusement. Et feust ainsi menée ladite royne jusques au logis du roy, qui estoit très beau, là où fist sa harangue le duc de Nortfolk pour le roy d'Angleterre son maistre, et conducteur de sa sœur.

Cela faict, feurent festoy es tous les princes, dames et damoiselles ; et soupa ladite *royne ce jour-là avec le roy et logea en son logis. Et monsieur d' Angoulesme mena tous les princes d'Angleterre souper au sien, où feurent merveilleusement bien festoyés. Et en soupant, appeloient lesdi ts princes monsieur d' Angoulesme monsieur le duc, de quoi ne se sceut tenir ledict sieur qu'il ne leur demandast en disant: a Pourquoy, messieurs, m'appelez-vous monsieur le duc, veu qu'il y en a tant par le monde, et vous aultres Testes comme moy?» A quoy lui feirent response et lui dirent que c'estoit pour ce qu'il estoit duc de Bretaigne; et que c'estoit la principale duché de toute la chrestienté, et qu'il se devroit nommer duc, sans queue. Le souper faict, retournèrent tous au logis du roy, là où il ne feust plus question de deuil, car tout le monde Vavoit laissé; et estoit desjà la royne en la salle; et commencèrent les dances de toutes parts et durèrent bien tart. Le lendemain au matin feurent les espousailles ; et ne feurent pas faictes à l'église, mais en une belle grande salle tendue de drap d'or, là où tout le monde les pouvoit veoir. Et estoit le roy et la royne assis; et la royne, toute deschevellée, avoit un chapeau sur son chef, le plus riche de la chrestienté; et ne porta point de couronne, pour ce que la coustume est de n'en point porter, si elles ne sont couronnées et sacrées à Saint-Denis. Et là servit monsieur d' Angoulesme d'offrande au roy d'une fort honnestc sorte, comme plus prochain du sang ; et madame Claude, sa

femme, servit la royne d'offrande et à la messe fort honnestement. Et sçai bien que ladictedame Claude avoit un merveilleusement grand regret, car il n'y avoit guères que la royne sa mère estoit morte ; et fallut à ceste heure qu'elle servît ce qu'on avoit accoustumé de faire à la royne, sa mère. Le roy et la royne espousés, toute Faprès-disner et sur le soir feust faicte la plus grande chère du monde. La nuict venue, se couchèrent le roy et la royne ; et le lendemain le roy disoit qu'il avoit faict merveilles. Toutesfois, je crois ce qu'il en est, car il estoit biea mal-aise de sa personne. Toutesfois, c'estoit tm gentil prince, tant à la guerre qu'aultre part, et en toutes choses où on vouloit le mettre ; et feust dommaige quand ceste maladie de goutte l'assaillit, car il n'estoit pas vieil homme.

Les nopces faictes et toutes ces bonnes chères, le roy et sa femme et tous les Anglois s'en attërent à Saint-Denis, là où feust couronnée et sacrée ladicte royne en la présence de tous les Anglois ettous aultres étrangers. Etcetemps pendant, les François apprestoient les choses pour faire les joustes à Paris.

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