CHAPITRE LXXIIL
Comment monsieur 'de Laotrec avecques les Véakieiis alla mettre le siège devant Véronne, et comment ladicte irSe se rendist ; et de ce qui y feust faict.
Leroy voulant tenir foiaux Yénitiens,'coaime il leur avoit promis, feust sollicité d'eulx de leur aider à prendre Yéronne, en ensuivant le traicté de paix qu'ils avoient ensemble ; et ne restoit plus, que le roy n'eust satisfaict de ce qu'il leur avoit promis, que la ville de Yéronne, que Fempereur tenoi t entre ses mains ; car tout le demeurant de leur pays estoit entre leurs mains. Le roy manda à monsieur de Lautrec dresser son armée audict Yéronne; et se debvoi^t trouver les Yénitiens, avecques leur artillerie et lenr armée, devant ladicte ville de Yéronne, laqueOe chose ils feirent, et s'y trouvèrent tous «semble; et estoit au commencement de Fhyver, q[ai n'est point temps convenable pour assiéger place. Or, avoit-il dedans Yéronne, lieutenant pour Fempereur, le sieur Marc-Antoine, frère de Prosper Colonne dont ay cy-devant parié, merveilleusement gentil et honneste homme, et fort gentil capitaine, lequd depuis, pour qœlque despit, abandonna Fempereur et vint au service du roi de France. Or, pour revenir à
nostre propos, il a voit tout plein de gens de bien avecqaesiay, capitaines dedans la ville, comme le Capitaine Chuère et aultres capitaines espaigDob, et plusieurs aultres gens de bien, à pied et à cheval; qui se congnoissoient bien à tenir places; mais il y avoit dedans la ville de toutes natioos, qui est chose (si ce n*est par un capitaine bien sage) mal aisée à entretenir. Ladicte viDe de Yéronne est bien grande et mal aisée à assiéger, pour la rivière qui y est. La batterie feust commencée du costé de devers la plaine de Yéronne, qui est la plus belle plaine que Ton seauroit veoir. Et y estoit Tartillerie du roy et des Vénitiens, qui estoient bien six ou sept vingt pièces d*artillerie en batterie, la plus belle que Foneost sceu fiiire, car elle avoit cent ou six ▼iogt pieds de lon^. Mais le rempart que Prospcr Colonne avoit faict faire devers la ville estoit six fois plus fort que ladicte ville. Marc- Antoine Colonne, qui estoit le chef, et tout plain de gens de bien qui estoient avecques lui, le fortifièrent si bien, qu'il n'y feust donné d'assaolt. & eust à la batterie une perte de gensde bien pour le feu qui se mist en l'artillerie et aux pondres, et y eust tout plain de gens de bruslés. Et, de cas de fortune, monsieur de Lautrec. y estoit arrivé droict à ceste heure, qui avoit tout plain d'Italiens avecques lui qui avoient grandes barbes et grands cheveux ; mais il ne leur coQsta rien à faire leurs barbes, car la poodre en fist Foffice. £t bientôt après que ceulx de la viDe se feurent bien deffendus et que le siège y eust esté long-temps, et du long de l'hiver, vivres faillirent à ceulx de la ville ; et feurent contraints en la fin d'appoincter ; et s'en allèrent leurs bagues sauves, et la ville se ren- &i entre les mains du roi. Il la rendit aux Yéiûl\en&, ensuivant ce qu'il leur avoit promis; ksqods, pour toute récompense, pour le premier afbire que le roy eust en Italie , le laissèrent et abandonnèrent. La ville prinse, monsieur de Laotrec se retira en la duché de Milan, et les Vénitiens en leur pays.