SCENE VU
Ainsi je fais pleurer, moi qui faisais tant rire ! N'est-ce pas qu'on dirait une voix qui soupire ? Et n'est-ce pas que l'art est consolant et beau, Puisque ce malheureux bossu, ce Filippo Qu'ils accablaient tantôt de rires et de pierres, A pu faire germer des pleurs sous vos paupières? Oh ! non, je ne suis plus le paria d'hier, J'ai le droit de lever la tête et d'être fier. Je vous ai fait pleurer, mais ceci me dispense, Giannina, d'autre gloire et d'autre récompense. Et nul prix ne serait pour moi plus précieux Que les chers diamants qui tombent de vos yeux !
GIANNINA.
Arrêtez... Je ne puis vous tromper davantage. Je comprends votre orgueil d'artiste et le partage Comme j'ai partagé naguère vos douleurs ; Mais ce n'est pas cela qui fait couler mes pleurs.
FILIPPO
Et qu'est-ce donc?
GIANNINA.
Je vais vous faire de la peine; Mais vous aurez pitié de moi, j'en suis certaine. Quand je vous aurai dit, mon bon, mon vieil ami, Que j'avais un amour dans le cœur, que parmi Les rivaux, je rêvais le succès pour un autre... Et que tout mon bonheur est détruit par le vôtre.
FILIPPO
Ahf
GIANNINA.
C'est qu'il ne faut pas en être trop fâché, Voyons... j'ignorais tout, vous m'aviez tout caché. Je vous croyais encore un ouvrier novice ; C'était tout naturel, après tout, que je fisse Des souhaits de bonheur pour l'homme que j'aimais. Si j'avais su la chose, ah! je vous le promets, Je ne me serais pas sans effort décidée Entre vous deux; j'aurais accepté cette idée Que vous pouviez avoir plus de talent que lui. Enfin, je n'aurais pas pleuré comme aujourd'hui.
FILIPPO, désignant la porte par où est sorti Sandro.
Vous aimez?...
GIANNINA, àvoizbasie.
Oui !...
FILIPPO
Sandro !...
GIANNINA.
Voyez, je vous confie Sans hésitation le secret de ma vie...
Il nourrissait aussi l'espoir de réussir