SCENE VII
Quand j'avais du chagrin, vous avez eu pitié; Vous vouç réjouirez d'un bonheur, s'il m'arrive. Mais je suis devenu comme la sensicive.
Et quand on vient vers moi, d'un geste machinal Je recule et je crois qu'on veut me faire mal. Pardonnez !
GIANNINA.
S'il e;i est ainsi, je me retire.
Non, par grâce, restez ! Non, je veux tout vous dire. Car j'étais un ingrat et je vous oflfensais.
Sachez-le donc, je suis presque sûr du succès. Je juge mon travail sans aucune indulgence.
Est-ce talent ou bien seulement bonne chance ? Je l'ignore, mais j'ai tout à fait réussi.
Montrant son violon.
Lorsque j'ai commencé mon œuvre que voici, J'ai bien construit, avec tout le soin désirable, La boîte en vieux sapin et le manche en érable, Bref, j'ai fait de mon mieux... mais cela n'était rien; Les autres violons peuvent être aussi bien... Non, voyez-vous, mon coup de maître, ma merveille, C'est que j'ai retrouvé, dans une heure de veille. Le vernis d'autrefois, le secret envolé...
GIANNINA.
Quoi! le fameux vernis des vieux maîtres?...
FILIPPO, s'animànt.
Je l'ai, Et je veux dès demain, en généreux émule, A tous mes concurrents en donner la formule.
Allez ! j'ai comparé mon œuvre d'apprenti .
Avec un violon de l'illustre Amati; C'était le même son. Cela tient du prodige!
Juste le même son, oui, le même, vous dis-je! J'en suis sûr, et, pareil aux maîtres d'autrefois. Je fais jaillir de ces quatre planches de bois Une note profonde, immense, magistrale Et sonore à remplir toute une cathédrale.
GIANNINA, à part.
Hélas! pauvre Sandro!
FILIPPO
Depuis ce jour heureux.
Je cache mon bonheur ainsi qu'un amoureux.
Que j'aie ou non le prix, puisque mon œuvre est faite, Que m'importe à présent? ma vie est une fête. Je jouis, en avare et seul, de mon trésor.
Tous les matins, avant qu'il fasse jour encor. Je traverse Crémone endormie et je gagne Un endroit que je sais, là-bas, dans la campagne. Avec mon violon caché sous mon manteau.
Là, je m'assieds, tout seul, au versant d'un coteau,