Scène m ^ Le Luthier de Crémone
Sandro.
Tu saignes !
GlANNINA.
De l'eau... vite !
(^Elle va chercher sur une crédence un vase et une aiguière.^
Sandro.
Dis-nous comment ceci t'advint.
FiLIPPO.
Ah ! parbleu, c'est bien simple. Ils étaient quinze ou
vingt, Gâte-sauce, écoliers, un tas de rien qui vaille, A lapider un chien au pied d'une muraille, Un pauvre chien, aux yeux éteints, aux poils pendants, 175 Ayant la force au plus de leur montrer les dents, Infirme et se traînant sur sa patte brisée. En voyant cette bête ainsi martyrisée.
J'eus le cœur soulevé d'un douloureux émoi ; Je croyais voir souffrir un humble comme moi. 180 Bravement je m'élance au sein du populaire j En demandant pitié, j'excite la colère.
Ah ! l'on ne songe*{)lus à la bête, à présent. Lapider un bossu c'est bien plus amusant ! Je me mets à courir, les traînant à ma suite, 185 J'enfile une ruelle, une autre, et, sans ma fuite, On m'eût assassiné, cela n'est pas douteux, [16J
Le Luthier de Crémone ^ Scène IV
Mais j'ai sauvé la vie au pauvre chien boiteux !
(// to7nbe épuisé sur un fauteuil.^
GlANNiNA, posant son mouchoir trempe d'eau sur le front de Filippo.
Ces vagabonds ! Vit-on jamais tant de malice ! Pauvre garçon ! 190
FiLippo, à part.
Sa main sur mon front ! ô délice !
GlANNINA.
Êtes-vous mieux?
FiLiPPO, se levant et d'une voix très émue.
Merci ! Je n'ai plus mal.
Sandro, à part.
Vraiment, C'est trop d'émotion pour un remercîment ! Je ne me trompe pas. Il l'aime !