Scène VII -^ Le Luthier de Crémone
Je vois bien qu'à ce prix il ne doit plus prétendre, A ce prix qui servait notre amour mutuel. Perdre un si cher espoir, n'est-ce pas, c'est cruel? Oh ! mon chagrin n'a pas d'amertume ; au contraire, Car c'est mon compagnon d'enfance, c'est mon frère 410 Qui doit avoir ce prix et qui l'a mérité... Mais c'est plus fort que moi... Pardon...
(^E lie pleure abondamment.)
FiLIPPO.
En vérité, Je souffre autant que vous, et je vous en supplie...
GiANNiNA, avec un effort.
Oh ! oui, c'est mal, je suis bien injuste... j'oublie
Votre infortune, à vous, et je ne songe pas 415
Que, malade et chétif, vous n'avez ici-bas,
Pauvre ami, que votre art, qui du moins vous console.
C'est fini. Je n'ai plus de chagrin. J'étais folle.
C'est bien ainsi : l'amour à lui, la gloire à vous.
Mon cher Sandro sera quand même mon époux. 420
Et vous êtes un grand artiste que j'admire,
Et je vous aime bien et je veux vous sourire.
(^Elle lui prend les mains.) Et je ne pleure plus... je le veux, je le doi... Vous voyez, je souris...
(^Eclatant en sanglots.)
Mais c'est plus fort que moi !
{Elle sort.)
Le Luthier de Crémone 8«- Scène vili