‹ Le luthier de Crémone et Le trésorChapitre 20 sur 74 · Scène VIII ^ Le Luthier de Crémone · texte numérisé non relu

Scène VIII ^ Le Luthier de Crémone

Qu'il ait le prix, afin qu'elle ne pleure plus !

{^Prenant son violon.^ Et toi pour qui j'ai fait tant d'efforts superflus, Inutile travail qu'à présent je méprise, Ainsi que mon espoir, il faut que je te brise. 450

{S' arrêtant.) Mais quelle idée !... Oh ! Dieu ! comme mon cœur est

pris !

Si quelque autre ouvrier allait avoir le prix? S'il l'épousait?... C'est trop l'aimer ! C'est ridicule !... Non ! C'est le dévouement qui s'offre, et je recule ! Car ces deux instruments sont tout pareils ; je puis 455 Renoncer à mon œuvre en les changeant d'étuis. Ce Sandro n'a pas l'âme assez musicienne Pour distinguer d'abord mon œuvre de la sienne, Lorsque l'on essaîra les instruments là-bas... Je lui dirai plus tard... On ne rouvrira pas 460

Ces boîtes ; on les porte au jury tout à l'heure... Tant pis ! Je ne veux plus que la pauvre enfant pleure, Et toi, mon violon, tu ne dois plus périr, Puisque tu peux encor l'empêcher de souffrir ! Courage ! Rendons-lui ce suprême service. 465

(// ouvre les deux étuis ^ met le violon de Sandro

dans rétui rouge, puis au moment de déposer le

sien dans rétui noir:) C'est pourtant un cruel et rude sacrifice ! Je n'aurais cru jamais — ô faibles cœurs humains ! — Qu'on pût tenir autant au travail de ses mains, Et que l'âme de feu d'un artiste eût en elle [32]

Le Luthier de Crémone 8«- Scène ix

Ce foyer de tendresse émue et paternelle. 470

Je t'aimais bien, ô cher ouvrage que je fis ! Adieu donc pour toujours, mon chef-d'œuvre, mon fils ! Je puis me pardonner ma faiblesse dernière. Car dans ce coffre étroit et noir comme une bière, Je crois, en te posant, tant j'ai le cœur en deuil, 475 Que c'est mon enfant mort que je couche au cercueil ! (// referme brusquement l'étui ; puis^ d'une voix sourde :) C'est fait !

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