‹ Le luthier de Crémone et Le trésorChapitre 28 sur 74 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Maître Ferrari entre au fond et lève les bras au ciel en apercevant Filippo. Il est suivi de toute la corporation des luthiers et de deux pages aux couleurs de la ville^ portant, l'un la chaîne d'or du Podestat sur un coussin ; Vautre le violon de Filippo, orné de rubans et de fleurs. — Giannina paraît sur le seuil de la porte de droite.

Vivat !

Maître Ferrari, à Filippo.

Viens dans mes bras ! Je te proclame roi Du métier, lauréat et maître ès-lutherie, Et sur-le-champ, devant toute la confrérie, 590

Je vais d'abord tenir ma promesse au vainqueur. Donc, mon associé, mon gendre, sur mon cœur !... ...Mais avant tout... Voilà que je me le rappelle...

(^Prenant la chaîne et s' avançant vers Filippo.^ La chaîne d'or...

Filippo, la lui prenant des mains et allant la mettre au cou de Giannina.

Je l'offre à Giannina la belle, En la priant d'en faire un bijou favori, 595

Quand mon ami Sandro deviendra son mari.

Giannina.

Bon Filip !

Scènexiv ^ Le Luthier de Crémone

Sandro, à voix basse, à Filippo.

Mon noble ami ! mon frère !

Maître Ferrari.

Halte !

Tu n'as point fait tes vœux de chevalier de Malte, Et tu peux l'épouser...

Filippo.

Non, mon bon maître, non.

Je veux aller au loin porter votre renom, 600

Et dès demain je pars pour mon tour d'Italie. Voyez-vous, j'avais fait un rêve... une folie !... Et ce qui pouvait être enfin n'a pas été. Oui, je pars, trop heureux si je suis regretté Et suivi du regard comme les hirondelles... 605

Je ne demande pas de souvenirs fidèles, Seulement un regret... c'est plus que je ne vaux.

(^Attirant vers lui Sandro et Giannina.) Et lorsque l'atelier reprendra ses travaux Et qu'à notre étabh, près de ta bien- aimée. Compagnon, tu feras ta tâche accoutumée, 610

Si quelque corde, ainsi qu'il arrive parfois, Avec un son plaintif se brise entre tes doigts. Songez tous deux, songez qu'en cet adieu suprême, Je sens mon pauvre cœur qui se brise de même !... Je sais, mes bons amis, que vous n'y pouvez rien... 615 Mais n'oubliez jamais que je vous aimais bien ! [42]

Le Luthier de Crémone 8«- ScêneXiv

Maître Ferrari.

Ingrat ! Mais tu veux donc que ma maison périsse ?

FiLIPPO.

Je vous laisse Sandro.

Maître Ferrari.

Quel étrange caprice !

Tu plantes-là bonheur, fortune, et caetera... Que gardes-tu? 620

FiLiPPO, saisissant son violon.

Ceci,

{A part.) qui me consolera.

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