Scène II -»8 Le Trésor
Jean.
Voyons cela, mignonne... Oh ! la bonne bouffée ! 95 {^Jean 'et l'abbé se mettent à table et commencent à manger. Véronique a son couvert mis et s'assied aussi, mais à chaque instant elle se lève pour servir,^ Mais vous êtes vraiment notre petite fée, Véronique, et depuis que vous êtes ici. Le deuil de ma maison déjà s'est éclairci, Tant vous y répandez la vie et la lumière.
VÉRONIQUE
Laissez donc, monsieur Jean ! je joue à la fermière, 100 Comme la pauvre reine a fait à Trianon, Et j'ai lu Florian, voilà tout.
Jean.
Eh bien, non.
Watteau goûterait peu ma bergerie en prose, Où les moutons n'ont pas au col un ruban rose ; Et dans cette ruine où je vis en fermier, 105
Florian se plaindrait de l'odeur du fumier. Non, non, vous n'avez pas la tête si légère : Vous êtes une bonne et fine ménagère ; Et le pauvre garçon, qui sait ce qu'il vous doit, Bénit Dieu qui vous a conduite sous son toit ! 110
VÉRONIQUE, à part.
Quand il me parle ainsi, comme mon cœur palpite ! [54]
Le Trésor 6«- , Scène II
L'Abbé, à Jean.
Et moi, j'aurai du moins amené la petite;
Elle paîra pour deux votre hospitalité ;
Car je sens durement mon inutilité,
Chers amis, et j'en souffre en mes nuits d'insomnie... 115
Bon à rien !... Je ne suis qu'un homme de génie !
Jean.
Mon pauvre abbé !
L'Abbé.
Pourtant mes dix-neuf manuscrits Sont là, qui, quelque jour, étonneront Paris ; Et vous ne serez plus pauvres comme vous l'êtes : Je vous fais héritiers de mes œuvres complètes. 120
Jean, servant Vabbè.
Bon... Mais en attendant ce résultat lointain, Mangeons dans la faïence et buvons dans l'étain, Puisque contentement, dit-on, passe richesse.
L'Abbé, à part.
Oh ! les petits soupers, jadis, chez la duchesse !
VÉRONIQUE
Est-il vrai, monsieur Jean, que vous pourriez encor 125 Etre très riche un jour ?
Et comment?