‹ Le luthier de Crémone et Le trésorChapitre 41 sur 74 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

VÉRONIQUE, seule.

Il l'aime encor... toujours... Et moi... moi, j'étais folle ! Oui, quand il me disait une bonne parole, 320

C'était par amitié, comme on fait aux enfants... Je ne veux plus l'aimer, non ! je me le défends. Que puis-je sur un cœur qui ne bat que pour elle ? [66]

Le Trésor 8«- Scène VI

Pourtant l'illusion était bien naturelle : Sa voix devenait douce en prononçant mon nom ; 325 Son regard quelquefois s'attendrissait... Mais non ! Si j'espérais encor, je serais insensée...

{^Regardant son missel qu'elle a gardé à la main.) Et toi, livre, rempli des fleurs de ma pensée, Oui, toi qu'embaume encor mon rêve anéanti. Humble et cher confident, tu m'avais donc menti !... 330 Ah ! du courage ! Il faut que mon cœur se délivre De tous ces souvenirs... Je vais brûler ce livre Et fuir cette maison où j'ai par trop souffert. Dans le prochain couvent asile m'est offert ; J'irai là... car il faut que j'oublie et m'en aille. 335

{S' approchant de la cheminée.) Tout justement voici des copeaux, de la paille j Et ce foyer désert, où s'est tu le grillon. Aujourd'hui recevra l'adieu de Cendrillon... Disparais, seul témoin de ma triste folie.

(^Elle pose son livre sur la paille amoncelée dans le foyer et y met le feu avec une petite lampe qui est accrochée dans l'intérieur de la chemifiée. Une grande flamme jaillit.) Oui, la flamme s'élève, et l'œuvre est accomplie. 340 Les feuillets tout noircis se tordent dans le feu... Monte donc, flamme pure, avec mon dernier vœu ! Avec mon dernier vœu, monte, blanche fumée Qui t'en vas dans le ciel, doucement parfumée. Puisque je t'alimente, en ce jour de douleurs, 345

Avec un double encens, la prière et les fleurs ! • [67J

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