‹ Le luthier de Crémone et Le trésorChapitre 47 sur 74 · Scène VII ^ Le Trésor · texte numérisé non relu

Scène VII ^ Le Trésor

VÉRONIQUE

Je VOUS l'ai dit, je dois me consacrer à Dieu,

Et le repos du cloître est mon désir unique. 495

Jean, s^animant.

Eh bien, moi, je vous dis que c'est faux, Véronique !

VÉRONIQUE

Monsieur Jean !...

Jean.

Laissez-moi !... Je vous dis que c'est faux. Aviez-vous autrefois des rêves si dévots? Étiez-vous à ce point du monde fatiguée, Ce matin, hier, toujours, vous, si bonne et si gaie? 500 Je vous dis que c'est faux, pauvre cœur innocent. Et que ce qui vous pousse est un chagrin naissant, Dont vous ne vous rendez peut-être pas bien compte, Mais que je crois comprendre enfin et que j'ai honte De deviner si tard, aveugle que j'étais... 505

Oh ! si je vous offense, un mot ! et je me tais... Mais, depuis un moment que nous sommes ensemble, A cette douce main qui dans la mienne tremble, A ce regard, du mien sans cesse détourné, Véronique, je crois que j'ai bien deviné... 510

Si j'avais ce bonheur...

VÉRONIQUE

Monsieur Jean, je vous jure...

Le Trésor B^ Scène VII

Jean.

O Véronique, avant de commettre un parjure,

Avant de prononcer un noft, que tout dément.

Laissez-moi vous parler jusqu'au bout seulement...

Oui ! sachez que mon cœur a compris tout à l'heure, 515

Quand vous avez parlé de quitter ma demeure,

Le mal qu'il avait fait, ce lâche et cet ingrat.

Et le devoir tracé pour qu'il le réparât.

J'ai vu, par ce danger qu'elle me fût ravie.

Que votre affection était tout dans ma vie, 520

Qu'il me faut à tout prix près de moi la fixer

Et que je ne peux plus désormais m'en passer.

Dans mon cœur, délivré de l'ancien mauvais rêve,

L'n nouveau sentiment se dégage et s'élève...

Et l'amour, qu'attendait votre espoir ingénu, 525

Il va venir, il vient,... il est déjà venu !

Par ces yeux pleins de pleurs, par ces mains que je serre,

Par nos chers souvenirs de commune misère.

Oui, Véronique, au nom du douloureux passé,

Pardonnez à celui qui fut un insensé, 530

Mais qui se donne à vous, et de toute son âme.

Et restez mon enfant, mon amie, et ma femme !

( Véronique éclate en sanglots^ Quoi !... vous pleurez !...

VÉRONIQUE

Pourquoi ne parler qu'aujourd'hui.

Monsieur Jean? Hier encor, je vous aurais dit : Oui ! [77J

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