‹ Le luthier de Vienne operacomique en un acteChapitre 3 sur 30 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

CRESPEL, puis ANGELA.

CRESPEL , ù la porte d'entrée, aux ouvriers qui s’éloignent. C’est bon !.. c’est bon !..

assez comme ça... quand vous crierez vive Crespel jusqu’à demain.... il vivra...

soyez tranquilles.... il y a de l’étoffe...

l’étui est bon , comme on dit dans notre état... (Se retournant et apercevant Angélu qui entre parla droite.) Ali ! voici mon Angola... ma nièce chérie, ma fille d'adoption...

ANGÉLA , f embrassant. bonjour, mon oncle...

CRESPEL , avec effusion. Bonjour, mon enfant... bonjour... Si tu savais comme je t’attendais avec impatience... comme je te desirais ce matin!.. C’est un beau jour pour moi que celui-ci, vois-tu... ton jour de naissance, mon enfant... ta dixseptième année qui commence...

ANGOLA. Que vous êtes bon d'y avoir pensé !..

Crespel. Le beau mérite!., est-ee que je ne pense pas à toi nuit et jour... à toi, la fille unique de ma pauvre sœur, qui est morte en te confiant si jeune à mes soins..

ma*

Est-ce que tu n’es pas ce que je chéris le plus au monde ?..

ANGELA , souriant. Après votre fils, mon bon oncle...

crespel. Après, ou avant... ma foi, je n’eu sais rien... J’aime Frédéric, c'est vrai... mais c’est un extravagant, un cerveau bridé, exalté comme le Werther de AI Goethe!.. 11 n’a pas voulu de mon état de luthier... ce qui est fort béte à lui, attendu que les lots, qu’il étudié à notre Université de Vienne , ne lui rapporteront jamais autant que mes basses, mes harpes et mes violons !!

ANGELA. Il désire de la gloire, de la réputation, mon oncle...

crespel. De la réputation, mademoiselle .. eh! morbleu! crois-tu que je n'en aie pas à moi seul plus que tous les avocats de l’Autriche?.. Maître Crespel, le luthier, est connu de l’Europe entière...

l'eu mon célèbre ami Beethoven ne laissait exécuter ses symphonies qu’avec mes instrumens... Paganini ne joue que sur mes violons... liummel ne touche que tues pianos... Eh bien ! tiens, ( montrant I orgue.) regarde ça... tout ce que je sais au monde, ma fille, je l’ai mis là-dedans!

C est le travail de deux années... c’est mon chef-d’œuvre!., et ton présent de fête !..

ANGËLA, avec joie. Ali! mon bon onde, le beau cadeau !..

crespel. Un cadeau digne de ton lalent, ma fille!., car j’en suis fier de ce talcnt-là !.. c’est pour me plaire que tu l'as acquis... A un orgue du ciel, il fallait une nouvelle sainte Cécile pour le toucher , et la patronne de la musique sera jalouse de toi, j’en suis sûr ..

AXGÉLA , soupirant. Oh ! non , mon oncle... car sainte Cécile ne touchait pas seulement de 1 orgue... elle chantait en s’accompagnant.

CRESrEL , violemment et avec brusquerie.

Chanter!... qui parle de chanter? est-ce toi, par hasard, qui aurais cette idée-là?..

Angola , ma fille , tu sais que la plus belle voix humaine grince a mes oreilles comme une corde fausse!., ça me crispe... ça me fait mal aux nerfs... La voix de femme surtout m’est odieuse.... c’est bizarre...

c est absurde, mais c’est comme ça.

AXGÉLA, avec émotion. Eli bien! mon oncle... eh bien! je ne chanterai jamais., je vous le promets... je me reprocherais tant de vous donner du chagrin!..

CRESPEL. Pauvre enfant!., je te dédommagerai de cette privation-là partant de soins, de boutés!.. Tu n’as guère dedis-

tractions ici, depuis que ta compagne d’enfance, la jolie ilathilde, nous a quittés pour rejoindre son oncle le chanoine à Naples.

ANGOLA. Ne me parlez pas de Balhilde, mon oncle. . . je suis forcée de croire à son ingratitude pour vous , à son indifférence pour moi... Ne pas nous donner de ses nouvelles depuis cinq ans!., c’est mal!., oh ! c'est bien mal ! !

ciiespel. Oui, oui... c’est mal... mais que veux-tu?., j'ai tant fait d'ingrats dans ma vie, que je ne les compte pas, dans la crainte de n’en plus faire... Allons, allons, pour m’égayer, joue-moi ce beau morceau de notre admirable Vandel! !

angéla, écoulant. Chut! mon oncle....

n’enteudez-vous pas?..

CRE8PEL. Quoi donc?..

angéla. Le galop d’un cheval... c’est celui de Frédéric... je le reconnais...

CRESPEL, riant. Il parait que le cheval de Frédéric galope autrement que les autres...

angéla. Non, mais il va plus vite, quand il revient ici.

CRESPEL. Parbleu ! depuis trois jours qu’il est absent, M. l'avocat en herbe, c’est bien le moins qu’il se presse un peu de revenir. Je vais lui parler, moi, à ce gaillard-là...

angéla. Non, mon oncle, non... je vous en prie... laissez- moi plutôt seule avec lui... je saurai ce qu’il a fait... je vous le promets... j’ai sa confiance... Allezvous-en ! .

CRESPEL. Allons, allons... on s’en va...

Cetlc enfant-là fait de moi tout ce qu’elle veut...

(11 sort par la droite.)

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