A LA FIN DE NOVEMBRE
( Noi'embre. )
\i^nefaut pas se mêler de la conduite d'un vaisseau ou Von nest que passager^ disait Malherbe à quelqu'un qui lui reprochait de rester, en quelque sorLc, étranger aux affaires du temps. Plût à Dieu que ce mot philosophique devînt un précepte obligatoire pour les mille et mille publicistes sans mandat , qui , voulant diriger le vaisseau de Tétat au gré de leurs folles passions , tendent à Tcnvi la main pour en saisir le gouvernail! Chacun se fait un petit système de navigation qui , comme on le pense bien, est diamétralement opposé à celui de son voisin : « C'est vers le sud qu'il faut se diriger, dit celui-ci en élevant, comme une excellente voile, un pamphlet qu'il vient
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de publier. — Notre perte est inévitable , interrompt celui - là ^ si nous ne voguons pas vers le nord, sous l'influence de mon système de finances. — Coupons vite à Vest , s'écrie un troisième, ou le navire va se briser sur les écueils vers lesquels nous courons , et que l'on eût évités en suivant plus tôt mon plan de réforme administrative. — En croirez- vous ce fou, reprend un quatrième , quand nous ferions à Voiiest une route si heureuse, grâce à l'aperçu lumineux que ma plume a trace sur l'art de gouverner?... » Pauvres insensés ! vous fatiguez "vainement une mer inconnue. . . . laissez , laissez , croyez-moi , la barre aux mains qui savent la mouvoir: il faut être à îa place du pilote pour saisir tous les dangers d'une navigation difficile; il faut être le pilote lui-même pour opposer à ces dangers les ressources qu'une expérience étrangère ne saurait même prévoir.
Telles sont les réflexions que je faisais l'autre jour en tisonnant mon feu.... «Où ton imagination va-t-elle s'égarer? me dit
A LA FIN DE ]>iOVj:Mr.r,E 1818. Il5 Azédor, qui se montra tout à coup; défendre la politique aux Français ! ne voistu pas qu'il serait plus facile d'interdire le mélodrame aux habitans du Marais , la rue Vivienne à nos jeunes Aspasies, les corsets aux vieilles coquettes , le poêle du café aux rentiers, le Piocher de Cancale aux gourmands , la médisance aux journalistes. Rends-toi ce soir au cercle du baron d'Orneval , où , soit dit en passant , tu n'as pa;paru depuis deux mois, et tu verras que la manie dont tu te plains est le caprice de toute réunion, de chaque sexe, de tout âge. On']ouea.niouid^hmàiapolitique^ comme , il y a quelques années, on jouait au diable. Mais, patience, la politique, j'en ai le caractère national pour garant , pcissera comme les montagnes russes, comme la mode d'un chiffon. » A ces mots, mon lutin m'ayant quitté, je me suis rendu chez le baron d'Orneval : ce que j'y ai vu sera l'objet de cet article.
Après le cérémonial d'nsage, je jetai dans le salon un regard invcstigateiu'. Des
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groupes diversement occupés étaient épars C'A et là; quelques amateurs suivaient une partie d'échecs ; le reste de la société formait cercle auprès de la cheminée , à laquelle deux officiers supérieurs étaient adossés. L'un d'eux, dont une longue cicatrice sillonnait noblement la figure, me reconnut et m'embrassa; l'autre, en bas de soie, en frac bourgeois orné d'une paire d'épaulettes toutes neuves, me rendit froidement mon salut; je ne me rappelai pas de l'avoir jamais rencontré un jour de combat.
A mon arrivée, la conversation roulait sur les dernières élections; elle continua lorsque je fus assis. « Pour moi , dit un petit vieillard poudré que l'on écoutait avec une certaine complaisance, je puis me flatter d'avoir rendu à mon département ua service véritable. Nous avions à choisir un seul député ; mais les électeurs , divisés d'opinions, d'intére;ts, d'espérances, portaient , ceux-ci un ultra , ceux-là un Hbéral , d'autres un ministériel. Vous n'y êtes