MADAME M AN Z ON
pluie et du vent. Je suis la marche incer-^ taine des souvenirs qui l'occupent : unk sourire dédaigneux est venu mourir sur sa bouche , à la brève station que sa mémoire a faite sur l'un des cercles brillans où son^ amour-propre s'enivrait de l'encens qu'on brûlait pour elle; une larme a mouillé sa paupière au souvenir d'une faiblesse qui lui rappelle un plaisir.... Madame Manzon, se lève; elle se promène à grands pas dam. sa chambre.... Peut-être n'a-t-elle pas en-, core acquis assez de force contre l'empirt de ses sens; mais plus il est difficile de vaincre, plus la victoire sera glorieuse.
« Voilà qui serait digne d'un roman pas toral, dit Azédor qui, s'étant placé derrièn mon fauteuil, avait suivi ce qu'on vien de lire, tandis que je le traçais. Mais, outn que les gens disposés à se consoler avec le^ loups de la méchanceté des hommes son, devenus assez rares, madame Manzon er mite eut à peine, durant vingt années d retraite , recueilli une somme d'estime su. usante pour compenser les dégoûts qu'ell
A PARIS. Sag
fut imposés; or, que lui serait-il resté
cette estime pour racheter les pecca-
lles de sa jeunesse. Bien mieux inspirée ,
e a pris le parti d'exploiter une réputa-
>n que le ciel n'envoie pas à tout le
Dnde ; et le moyen qu'elle a mis en usage
: vraiment curieux. Nous y viendrons.
» Je traversais le Carrousel lorsque la
yageuse célèbre est descendue a l'hôtel
Nantes , d'où elle avait résolu de diri-
r ses batteries sur la curiosité parisienne :
iscrivis son adresse sur mon album, et le
lidemain, avant neuf heures, j'étais tapi
(jns l'alcove oii reposaient ses charmes mé-
lionaux. Elle dormait encore au moment
je pris possession de ce poste: un songe
raissait l'agiter; je pouvais en deviner
sens'; j'aimai mieux l'interpréter à l'aide
soulèvement précipité que l'oppressioix
son sein communiquait à la toile qui me
dérobait. Enfin, madame Manzon ouvrit
1 v«ux ; je saisis alors tous les détails
xne des figures les plus expressives que
ic vues depuis que j'iiabite la terre; et,
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tout en convenant , à part moi , que rien n'était moins régulier, je demeurai convaincu qu'il était difficile de trouver quelque cliose de plus séduisant. Chacun des traits qui m'étaient offerts me parut un ressort propre à mettre en jeu les grandes passions; mais aussi chacun d'eux, à mon avis, attestait leur passage. « Il est impossible , me dis-je , que l'amour ne soit pas parti de ces yeux-là ; il est impossible qu'il ne soit pas venu s'y réfléchir. »
» Tu n'attends pas , sans doute, le récit du lever de l'intéressante Rhodésienne : je ' suis trop habitué aux petits détails clan- ' destins qui remplissent la matinée d'une < jolie femme pour m'en être occupé âaniU cette circonstance; seulement, à l'aspedM^ des formes les plus gracieuses , je pris note en passant que le fameux pantalon dt nankin devait aller fort bien à madame ; Manzon. L'intéressant pour moi étai ^'être fixé sur les motifs de son vcryagi " (car , tout diable que je suis , je n'obtieni .?' pas toujours du destin , aussi bizarre dan;
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ses décrets que dans le choix de ses favoris , la permission de pénétrer les projets des humains). J'avais aperçu des papiers sur une table; je m'en saisis, et, après les avoir parcourus , je fus initié au secret de notre héroïne.
» Le premier document qui me tomba sous la main était un cahier assez volumineux , où je ne lus pas sans surprise le démenti formel d'une bonne partie des faits positifs , avérés , incontestables que madame Manzon a fait connaître à l'Europe , par l'entremise du libraire Pillet. Je ne voyais pas une grande difficulté à déclarer que ce premier mémoire , annoncé , dans le temps , comme un petit chefd'œuvre de véracité , ne contenait pas l'ombre d'une vérité : maître Pillet a sous Ja main d'habiles fabricans de préfaces qui ^vent vous prouver , par a plus b , que , •lorsqu'ils ont annoncé telle brochure comme excellente^ ils entendaient bien dire qu'elle était détestable ; mais il me paraissait moins facile de trouver le débit d^iui
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second ouvrage sur une matière qui , depuis long-temps, n'inspire plus d'intérêt. Je changeai bientôt d'opinion en lisant une espèce d'instruction que madame Manzon a rédigée pour sa gouverne , et dont voici les principales dispositions. »
« Je me rends à Paris le plus secrètement possible , et je ne confie mon arrivée qu'aux vingt journaux quotidiens qui se publient dans cette capitale.
» Je mets en ordre mon second mémoire , et je le fais imprimer.
ji Jusqu'à ce qu'il soit en circulation , je me fais annoncer partout, afin d'éveiller l'attention publique ; mais je ne me montre nulle part , pour ne pas émousser gratuitement la curiosité.
» J'ai pris la résolution de vendre moimême mon ouvrage; ce qui, à l'avantage d'en assurer le débit , réunira celui de me k dispenser des remises ordinaires et extraordinaires exigées par messieurs les libraires, lesquels ne laissent pas aux auteurs le