‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 88 sur 92 · DE LA TRIBU DES ONÉIDAS · texte numérisé non relu

DE LA TRIBU DES ONÉIDAS

presque autant de latin que de magie, l'a reçu avec transport, en répétant tout bas, d'après Tacite. « // plaira d'autant plus qu'il vient de plus loin. »

J'en étais là d'un article que les compositeurs attendaient avec impatience, et j'allais le terminer en parlant de Cornélius Sakayonta à la manière dont mes confrères rfendent compte des pièces nouvelles qu'ils n'ont pas vues , lorsque Azédor, qui venait d'arriver dans ma chambre au travers du parquet, comme un diable d'opéra, arrêta ma plume , qu'allait guider l'incertitude. «t Tolérons les abus , me dit-il; ne les imitons pas. Je puis, moi, parler de visu; écris donc avec sécurité sous ma dictée.

» Durant les expériences préliminaires de M. Comte, auxquelles les spectateurs s'extasiaient, lundi soir, et qui ne pouvaient guère m'inspirer que la pitié , je repassais dans ma mémoire le nom de Cornélius Sakayonta , qui , dans ses deux par* ties constitutives, ne me paraît pas le moins du monde sauvage ; franchement ,

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Cornélius ma tout l'air d'une réminiscence latine du nouveau Cornus , lequel connaît, au moins de nom , son Cornélius Nepos ; et Sakajonta m'offre une consonnance avec les noms hyperboréens de DorUnska , Valkinska , Dombroska, qui me semble bien extraordinaire dans le nom d'un habitant de l'Amérique méridionale. Cette observation est faite, au surplus, sans la moindre prétention dubitative sur l'origine du personnage dont il s'agit , et des sauvages qu'on donne en spectacle avec lui. Mais j'invite M. Comte à soigner davantage les nom$ qu'il se trouvera dans la nécessité de çréçr; car, aujourd'hui, les noms et les titres exercent une notable influence sur les réputations. Témoins MM. le duc , le marquis, le baron tel , tel et tel, dont la renommée s'occuperait, hélas! fort peu, h n'était l'éclat de leur nom , qui produit 1 dans le monde le même effet que leur équipage sur le pavé, celui d'étourdir.

»La toile , en se levant, découvrit à mes yeux la famille sauvage : elle ne put m'of-

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Irir un spectacle intéressant, parce qne je ne vis clans l'attirail dont on l'avait environnée qu'une dégoûtante répétition de 1 appareil usé avec lequel on nous présente, c. l'Ambigu, des Canadiens natifs de la rue Tirechappe, et des Canadiennes qui ne sont sauvages qu'une heure dans la soirée. Par exemple, je demande à M. Comte lui-même s'il est bien conséquent d'orner le manteau d'un prince onéidien d'une dentelle d'argent faux ; je lui demande depuis quand l'on chausse le cothurne chez les peuplades du nouveau monde; et je le prié de m' apprendre par quel singulier rapport les sauvages qu'il nous montre , dansent comme les élèves grotesques d'un maître de ballets de la porte Saint-Martin.

y) J'aurais bien encore quelques petites observations à faire sur les habitudes , sur les exercices , sur les plaisirs domestiques de Sakayonta et des siens , parce que M. Comte , qui n'est pas tout-à-fait aussi sorcier que moi , n'a pu me cacher que leurs altesses onéidiennes demeurent rue de Gre-

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nelle Saint-Honoré, hôtel de Mayerice, où elles mangent à table d'hôte avec autant d'aisance que des commis voyageurs. Je pourrais re'ever quelques légères contradictions dans les anecdotes que ces honnêtes sauvages racontent journellement en anglais, langue qu'ils parlent aussi facilement que de bon bourgeois d'Oxford street ou de Piccadillj. J'aurais à remarquer , enfin , que trois ou quatre princes ou princesses qui montent sur le théâtre d'un physicien , fût-ce même celui du roi, moyennant la rétribution quotidienne de 80 francs , font concevoir plus d'un doute sur leur légiti-^ niité. Mais je suis loin de vouloir jeter le gant à M. Comte , et je me résume , au contraire , en lui donnant un petit avis amical , qui n'est pas sans utilité : il est reconnu qu'une pièce d'or peut entrer dans une tabatière sans qu'il soit besoin de l'ouvrir ; qu'une carte, placée dans la poche d'un monsieur, passe dans le ridicule d'une dame , sans le secours d'un compère ; que^ lorsqu'on jette en l'air un verre de vin,

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