‹ Le lutrinChapitre 5 sur 44 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Je chante les combats, et ce prélat terrible*

Qui , par ses longs travaux et sa force invincible ,

Dans une illustre église ^ exerçant son grand cœur.

Fit placer à la fin un lutrin dans le chœur.

C'est en vain que le chantre \ abusant d'un faux titre , 5

Deux fois l'en fit ôter par les mains du chapitre :

Ce prélat, sur le banc de son rival altier

Deux fois le reportant , l'en couvrit tout entier.

1. Années de la composition du Lutrin , d'apriîs M. Berriat- Saînt-Prix : les quatre premiers chants , de 1671 à 1674 ; â.2;e de Boileau, de 35 à 38 ans. Les chants V et VI parurent en 1683; Tautcur avait alors 47 ans.

2. Claude Auvry qui, de 1646 à 1656, avait été évoque de Coutances ; il était devenu trésorier de la Sainte-Chapelle. Né à Paris, il y mourut â.^é de plus de quatre-vingts ans, le 9 juillet 1687.

3. Les fragments imprimés en 1G73, à la suite d'une plaisanterie de l'abbé de Marigny, intitulée le Pain Bénit y conlicunenl plusieurs variantes du Lutrin. Ici , au lieu de:

Dans une illustre église, etc.

les fragments portent :

Dans la Sainle-ChapcUe, etc.

4. L'abbé Jacques Barrin, fils du maître des requêtes La Galissonnière. Un critique moderne, M. Eerriat-Saint-l^rix, qui a lait un relevé des Erreurs de Brossetle, autre critique de Boileau, ne peut croire qu'il s'agisse ici de l'abbé Barrin, « homme de qualité, distingué dans Tépée et dans la robe, » comme l'appelle Tabbii Boileau dans une de ses lettres à Brossette.

2î>0 BOILEAU.

Muse *, redis-moi donc quelle ardeur de vengeance De ces hommes sacrés rompit l'intelligence, 10

Et troubla si longtemps deux célèbres rivaux : Tant de fiel cntre-t-il dans l'ûme des dévots * !

Et toi, fameux héros ' , dont la sage entremise De ce schisme naissant débarrassa l'Église , Viens d'un regard heureux animer mon projet, 15

Et garde-toi de rire en ce grave sujet.

Parmi les doux plaisirs d'une paix fraternelle, Paris voyait fleurir son antique chapelle : Ses chanoines vermeils et brillants de santé S'engraissaient d'une longue et sainte oisiveté ; 20

Sans sortir de leurs lits , plus doux que leurs hei mines*. Ces pieux fainéants faisaient chanter matines ^ , "Veillaient à bien dîner, et laissaient en leur lieu A des chantres gagés le soin de louer Dieu : Quand la Discorde % encor toute noire de crimes , 25

Sortant des Cordeliers ' pour aller aux Minimes * ,

1. Musa, mibi causas racmora, etc. ( Virg., £'«., i, 12.) et Homère :

'AvSpa (xoi IvvsTTS, Moùda, etc. {Oâyssée, 1,1.)

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