‹ Le lutrinChapitre 7 sur 44 · Première partie de l'office divin · texte numérisé non relu

Première partie de l'office divin

(5. Suivant Homère, la Discorde est la sœur, la compagne inséparable du cruel dieu de la guerre; il nous la représente toujours ou fureur. D'après Hésiode, elle était fille des ténèbres, et elle avait donné le jour au travail, à l'oubli, à la peste, aux combats k:{ aux chagrins de toute espèce.

7. Les Cordeliers furent ainsi nommés parce qu'ils portaient une corde lice au bas des reins, en forme de ceinture. L'ordre religieux des Cordeliers fut institué par saint François d'Assise, dont Ja règle fut ap|>rouvée en 1223.

8. Ordie religieux institué par saint François de Paule, dont

LB LUTBIN, I. 221

Avec cet air hideux qui fait frémir la Paix * ,

S'arrêta près d'un arbre ^ au pied de son palais.

Là, d'un œil attentif contemplant son empire,

A l'aspect du tumulte elle-même s'admire. 30

Elle y voit par le coche et d'Kvreux et du Mans'

Accourir à grands flots ses fidèles Normands :

Elle y voit aborder le marquis, la comtesse,

Le bourgeois , le manant *, le clergé, la noblesse ,

Et partout des plaideurs les escadrons épars 35

Faire autour de Thémis ^ flotter ses étendards.

Mais une église seule, à ses yeux immobile,

Garde au sein du tumulte une assiette tranquille ;

Elle seule la brave : elle seule aux procès

De ses paisibles murs veut défendre l'accès. 40

La Discorde , à l'aspect d'un calme qui l'offense ,

Fait siffler ses serpents , s'excite à la vengeance :

Sa bouche se remplit d'un poison odieux.

Et de longs traits de feu lui sortent par les yeux.

« Quoi ! dit- elle d'un ton qui fit trembler les vitres , 45 J'aurai pu jusqu'ici brouiller tous les chapitres ", Diviser Cordeliers , Carmes et Célestins ' ,

les statuts furent approuvés en 1774. Paule, jolie ville de la Calabre, royaume de Naples.

1. La Paix, lille de Jupiter et de Thémis, et l'une des trois Heures.

2. C'était Parbre que les clercs de la basoche plantaient Iouk les ans le l" mai au pied du grand escalier du palais, derrière la Sainte-Cliapelle , et que , pour celte raison , on appelait le Mai.

3. Coche, espèce de chariot couvert, non suspendu , qui servait jadis de voiture publique. — ÉireuXy chef-lieu du département de TEure. — Le Mans, chef-lieu du département de la Sarthe.

4. Habitant des champs, celui qui reste à la campagne (de vianco).

5. T/icmis, déesse de la Justice, lille du Ciel et de la Terre. Tliémis fut, dit-on, primitivement reine deThessalie, et elle gouvernait avec tant d'équité , qu'après sa mort elle fut honorée comme déesse de la justice.

6. Corps de chanoines, communauté d'ecclésiastiques qui desservent une église cathédrale ou une église collégiale.

7. Cordeliers, voyez note 7 de la page 4. — Carmes, religieux. qui tirent leur nom du mont Carmel en Palestine, au sud de Plolémaïde. Jean, patriarche de Jérusalem, fut le fondateur de Tordre

(j'aurai fait soutenir un siège aux Augustins * : Et cette église seule , à mes ordres rebelle , Nourrira dans sou sein une paix éternelle ^ ! 50

Suis-je donc la Discorde ? et, parmi les mortels, Qui voudra désormais encenser mes a^Ltc^s ' ? »

A ces mots, d'un bonnet couvrant sa tête énorme, Elle prend d'un vieux chantre et la taille et la forme ; Klle peint de bourgeons son visage guerrier , 55

Et s'en va de ce pas trouver le trésorier.

Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée^

des Carmes. Une seconde règle leur fut donnée vers 1209 par Albert, depuis patriarche de la mfme cité. — CéLestins , religieux de l'ordre de saint Uernard , réformés en 1254 par Pierre de Moroii ou Mourrhon, élevé depuis à la papauté sous le nom de Célestin V. Cette réforme fut approuvée en 1264.

1. Saint Augustin est le fondateur de cet ordre de religieux, qui, après avoir été longtemps dans une sorte d'anarciiie, adoptèrent enfin une règle unique au milieu du treizième siècle.— Voici quelques détails sur le siège dont il est question ici : « Tous les deux ans, les Augustins du grand couvent nommaient, en chapitre, trois jeunes religieux pour faire leur licence en Sorbonne. L'an 1658, le chapitre, au lieu de trois, en nomma neuf pour trois licences consécutives. Le parlement cassa cette élection prématurée, ordonna aux Augustins de procéder à une nomination plus régulière, c'est-à-dire pour une seule licence, et, sur leur refus, envoya des archers pour les y contraindre. Les religieux se mettant en défense sonnent le tocsin , tirent sur les archers, et sont pourtant, à la fin, forcés de capituler. On se demande des otages de part et d'autre; on convient que les assiégés auront la vie sauve; les commissaires du parlement entrent dans le monastère; ils font arrêter et conduire à la Conciergerie onze religieux, le 23 août 1658. Mais vingt-sept jours après, le cardinal Mazarin met en liberté les onze prisonniers, qui sont reconduits en triomphe, et dans les carrosses du roi, à leur couvent. Leurs confrères vont les recevoir en procession , des palmes à la main , sonnent toutes les cloches et chantent le Te Deiim. »

2. On est agréablement surpris d'entendre la Discorde tenir ici le discours que lient Jnnon dans V Enéide , et parler de cette querelle comme l'altière et impérieuse déesse parle de la fondation de Troie et de sa haine contre Énéc. {Marmontel.)

3. Et quisquain niimcn Jiinonisadoret Praeterea, aul supplex aris iinponat honorein?

(Virg., Éiu, I, 32.)

4. On a souvent cilé ces vers admirables pour la justesse et le fini de l'expression.

S'élève un lit de plume à grands frais amassée :

Quatre rideaux pompeux, par un double contour.

En défendent l'entrée à la clarté du jour. CO

Là, parmi les douceurs d'un tranquille silence,

Règne sur le duvet une heureuse indolence : '

C'est là que le prélat, muni d'un déjeuner.

Dormant d'un léger somme, attendait le dîner.

La jeunesse en sa fleur brille sur son vsage * : 65

Son menton sur son sein descend à trij}le étage, :

Et son corps , ramassé dans sa courte grosseur ,

Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.

La déesse en entrant, qui voit la nappe mise, Admire un si bel ordre et reconnaît l'Eglise; 70

Et, marchant à grands pas vers le lieu du repos , Au prélat sommeillant elle adresse ces mots :

« Tu dors, prélat , tu dors ^ l et là-haut, à ta place. Le chantre aux yeux du chœur étale son audace, Chante les Oremus^ fait des processions, 7.5

Et répand à grands flots les bénédictions. Tu dors ! Attends-tu donc que , sans bulle ' et sans titre , Il te ravisse encor le rochet et la mitre * ? Sors de ce lit oiseux qui te tient attaché ,

1. Portrait de fantaisie admirablement tracé par Boileau. Auvry, le trésorier, était grand, vieux et maigre.

2. DansIV/iarfe d'Homère (liv. II, v. 23), le songe funeste qui i?ient tromper Agamemnon de la part de Jupiter l'aborde en ces termes : « Tu dors, fils du puissant et belliqueux Atrée! tu dors! Convient-il qu'un chef, qu'un homme chargé de la destinée des peuples , s'abandonne, la nuit tout entière, aux douceurs du sommeil! etc.... >»

On connaît aussi le fameux :

Tu dors , Bnitus , et Rome est dans les fers !

3. Sans bulle t sans autorisation. Une huile est un rescrit du pape; elle est scellée en plomb, et c'est du sceau que le rescrit prend son nom: bulle vient du mot italien bullare. sceller avec la bulla , qui représente, d'un côté, les visages de saint Pierre et de saint Paul, et qui , de l'autre, porte le nom du pape et indique l'année de son pontilicat.

4. ffocAe^, sorte de surplis à manches étroites que portent les évéques et d'atitres ecclésiastiques. — Mitre, coiffure que les évoques el archevêques latins et grecs , et certains abbés dits milrés, portent dans les grandes cérémonies.

El renonce au repos , ou bien à l'évêché. » 80

Elle dit, et, du vent de sa bouche profane, Lui souffle avec ces mots l'ardeur de la chicane. Le prélat se réveille, et, plein d'émotion. Lui donne toutefois la bénédiction.

Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie 85

A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie * , Le superbe animal , agité de tourments , Exhale sa douleur en longs mugissements : Tel le fougueux prélat, que ce songe épouvante, Querelle en se levant et laquais et servante , 90

Et d'un juste courroux rallumant sa vigueur. Même avant le dîner parle d'aller au chœur ^. Le prudent Gilotin ' , son aumoiiiEr fidèle , En vain par ses conseils sagement le rappelle : Lui montre le péril ; que midi va sonner ; 05

Qu'il va faire, s'il sort, refroidir le dîner.

« Quelle fureur, dit-il, quel aveugle caprice. Quand le dîner est prêt , vous appelle à l'office ? De votre dignité soutenez mieux l'éclat : Est-ce pour travailler que vous êtes prélat ? 100

A quoi bon ce dégoût et ce zèle inutile ? ^

Est-il donc pour jeûner quatre- temps ou vigile * ? ileprcnez vos esprits , et souvenez-vous bien Qu'un dîner réchauffé ne valut jamais rien *. »

Ainsi dit Gilotin ; et ce ministre sage 10.5

Sur table au même instant fait servir le potage. Le prélat voit la soupe , et , plein d'un saint respect , Demeure quelque temps muet à cet aspect. Il cède, il dîne enfin : mais, toujours plus farouche,

1. Les guêpes et les abeilles restent dans la torpeur et meurent souvent après avoir lancé leur dard ou aiguillon. Emisso aculeo torpent , (i\iT\{e.'hUQ. Animasque in vulnere ponunt , dit Virgile (Geor^-. IV, 238).

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