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Tome IX. — 36* Lirraisor

f(30 REVUE DES SCIENCES.

la théorie des quatre éléments et dans celle des mouvements nalards et violents; voyons comment ces principes, tout faux qu'ils fusaeiA» étaient le fruit d'obser^^ations méthodiques; comment les aneiens avaient été conduits à les accepter, non par le mépris des métkodes expérimentales et les suppositions gratuites d'une imaginatioD imp»» tiente, mais au contraire par la farce fatale de l'esprit seieùtiftqae. Ouvrons un tr»té de physique actuel ; nous tronverons, dès les pra* miëres pages, que les corps se présentent au physicien à trois étals : l'état solide, l'état liquide et l'étal gazet» ou aérien^; nous y venoM aussi que la chaleur paraît être la cause du passage d'un corps d'un de ces états à un autre. Ainsi donc, la matière se présente à trois états, et l'absence ou la présence de la chaleur est liée à ces trois états ; telle est la première grande observation de la physique moderne comme de h physique antique. La seconde grande observation de la physique est celle-ci : toute substance ne passe pas indifféremment d'un de ces étals à un aytre. II y a des gaz permanents qu'aucun effort n'a pu rendce liquides, il y en a d'autres que nous ne pouvons obtenir liquides que dans les laboratoires et que la nature ne nous présente jamais ainsi; il y a des liquides et des solides permanents ou. habituels. Ce qti ne nous semblait tout à l'heure qu'un changement d'état physique nous apparaît donc comme un caractère chimique, propre à distinguer tes substances les unes des autres, et à nous éclairer sur leur indiTido^ité et leur nature intime. Si l'on se rappelle maintenant que, dans la {rfifsique classique, on considère encore aujourd'hui le calorique eoflame une substance, comme un corps entièrement distinct de tous les autreS) dont les particules en se présentant on en se retirant produisent totn les phénomènes calorifiques ; qu'en outre, la distinction que la actaaoe moderne essaye d'établir entre les changements d'état physique et chimique (entre ceux qui altèrent seulement les dispositions respe^ tives des particules d'un corps et ceux qui modifient ees partiooks mêmes) est le plus souvent illusoire ou au moins bien subtile, et que personne ne sait au juste ce qu'il faut entendre par les mo/ïs partieiilê, molécule et atomcy on comprendra facilement que les anciens aienl dû établir comme fait rigoureusement constaté par l'observation : qœ Tunivers est composé, en dernière analyse, de quatre éléments ou corps simples : le solide, le liquide, l'aérien et l'igné*, qui, parleurs

] • Left mou êolkU, Uqmât, ça», loat étymoiogiquament s^faongroies des moU tent, eau, air. Les anciens disaient : les terres, les eaux, les airs, dans le même sens où noos disons : les solides, les liquides, les gaz.

2. Quand, dans la physique actuelle, le mot calorique désigne une substance, 0 derient synonyme des mots igné et feu, employés par les anciens sarants.

AIVUB DES SCIENCES. m

eoabinaiwiiw en proportions 4Werses, conslUnent tous les corps eonn pflrtf organiques et înoiipiBiques que aoai présente la nâtnre.

Poor arriver à connaître les ioJe de ces oombÎQatsonSy obserrons

e» qui se poisse tontes les fois qœ nous mettons les éléments en pré^

seace, nocB arrif erons fatalement à la division des mouvements en

natnvels et vioients. Si je mets un solide (une pierre ou une terre),

dans tm liquide, il se dkrigera de lui-même, naturellement, vers le

tond ; », au contraire, je dégonfle une outre au fond de Teau, Fair

osontera à la snrfkce et ira rejoindre l'air extérieur; si enfin je brûle

ttiL combustible dans Tair, le feu montera dans les régions supérieures.

De ces faits d'expérience journalière il faut conclure que le feu a une

Iflodance à se mettre au-dessus des trois autres éléments, l'air au-

dessus des deux éléments restants et le liquide au-dessus du solide,

et réciproqnement que le solide a une tendance naturelle à se mettre

ao-deatous du liquide, le liquide au-dessous de l'air, l'air au-dessous

dn feu ; ou, en d'autres termes, cbaeun des quatre éléments a un lieu

dans le monde où il se pbdt, qui lui convient, où îl resté immobile

quand il y est venu, et auquel il revient par un m^mTcment naturel,

tontes les fois que par un offert qui lui est extérieur, par un mouve*

nMnt violent et répugnant h sa nature, on l'en a écarté. Une fois la

théorie des mouvements naturels et violents admise pour les éléments

ou corps simples, il faut l'admettre pour toutes les substances oi^m-

qves et inorganiques qui sont des composés des quatre éléments; et

l'étude des mouvements naturels et violents d'une substance indique

de quels élésikents elle est composée et dans quelles proportioBB

lelatives*.

Outre ces mouvemrats dans le sens -vertical, communs aux quatre éléments et servant surtout à rendre compte des lois de leurs mixtures^ deux éléments, l'eau et l'air, possèdent un autre mouvement naturel d'où leur vient leur nom commun de fluides. C'est ce mouvement de lépvilsion que les molécules bomogènes d'un fluide éprouvent les imes po«r les autres, et qui tendent à les éloigner indéfiniment les unes des antres dans toutes les directions, autant qu'elles trouveront de vide it elles. K on fah uniroo en terre, bien que l'air ait un mouvement

1» Exemple : En agitant de Thuile avec de Teaui >e peu les nélanger, mab c'est là un mouvement violent (devant cesser dès que je cesse de fiiire effort); car si Je laisse reposer, l'eau va au fond et Thuile à la snr&ce. L*hufle n*est donc pas un liquide complet e« tfanpte comme reatr ; il est composé d^nne parité liquida, contenant en suspension use psrtte seUd« jaunâtre dispesée en petites tésiciâes fermées qol coatiemnent de falr, et ^ttt le neavsiMttl asftvrel <ls «et air «foi ports les Tésieule» à la partie sopértem^ dsl^ean.

naturel à s'dlever au-dessus de la terre, il occupera immédîatemeDt ce vide. Il en sera de même pour Teau si on fait un trou au fond d*nn bam, et si, dans le cas général, nous ne voyons pas l'eau exécuter son movr vement de répulsion d'elle-même dans le sens de l'ascension yerticale, tandis qu'elle l'exécute dans tous les autres, c'est qu'ici un mouvement naturel est combattu par un autre, celui qui engage l'eau à se mettre sous l'air, et la preuve en est que sitôt qu'on fait le vide dans un tabe vertical, l'eau y monte. C'est ce mouvement de répulsion naturel aux fluides que les anciens et les hommes du moyen âge exprimaient en disant que : la nature a\ horreur du vide. Les modernes ont vu dans cet aphorisme, qui n'est que l'expression d'un fait scientifiquement observé, je ne sais quoi de mystique, de scolastique et de plaisant à la fois, et on ne manque pas de s'en moquer périodiquement dans les cours élémentaires de physique, à propos de la réponse de Ckililée aux fontainiers de Florence ; mais croit-on par hasard que quand on dit aux élèves : «Les gaz sont les fluides chez lesquels les forces répulsives l'emportent sur les forces attractives, » on leur présente à l'esprit une idée beaucoup plus nette, beaucoup plus scientifique que si on leur disait que* la nature des gaz a horreur du vide. Des deux côtés, il y a même impuissance d'attaquer scientifiquement la question, impuissance dissimulée prétentieusement par la première expression, avouée naïvement par la seconde.

Quoi qu'il en soit, cette division générale des mouvements en naturels et violents, toute scientifique qu'elle fût en principe, prêtait dans le détail aux explications les plus Causses. Tout mouvement vio» lent, par exemple, ne pouvant être communiqué à un corps que par une poussée directe, ce mouvement doit cesser avec cette poussée même, et le corps doit immédiatement reprendre un mouvement naturel. Or, si je lance une pierre horizontalement, elle ne reprend pas la verticale dès que ma main l'a lâchée ; c'est donc qu'en déplaçant la pierre j'ai fait derrière elle un vide que l'air, par un de ses mouvements naturels, tend à combler; par ce mouvement il exerce sur la pierre une poussée directe qui lui fait décrire une oblique au lieu de la verticale qu'elle décrirait naturellement Je cite cet exemple parce que c'est un des points de l'ancienne physique que Galilée attaqae dans ses dialogues.

Tel est le cercle infranchissable d'observations justes et d'explications à moitié justes, dans lequel la physique s'est débattue pendant quatorze siècles sans pouvoir se constituer définitivement comme science positive. L'édifice de la fausse physique était si logique, tout s'y tenait si bien et s'y déduisait si légitimement de phénomènes généraux, que les savants de la Renaissance, qui l'ont renversée, s^ soBt

souyent trompésdans les attaques qu'ilsloi ontportées, et qae lascience «Gtuelle ne ratifie ni la vérité de plusieurs de leurs observations, ni la légitimité de plusieurs de leurs théories ^ Ce n'est donc pas, comme on Ta admis trop facilement, dans la délicatesse et le soin , jusqu'alors inconnus, apportés à leurs expériences, ni dans la seule puissance de leur génie créateur, quelque grand qu'il ait été, qu'ils ont trouvé la force de fonder la physique, mais dans le sublime entêtement avec lequel ils ont rejeté en masse ce qu'ils étaient impuissants à convaincre d'erreur dans le détail, dans cet instinct, véritable instinct du savant moderne, qui affirme a priori que toute science, se disant complète et non susceptible de progrès continus, est nécessairement à rejeter du commencement à la fin. Et à qui devaient-ils cet entêtement el cette foi robuste? aux physiciens, aux alchimistes et aux astrologues du moyen âge qui avaient persisté à faire de la physique et de la chimie à une époque où il n'y avait encore ni physique ni chimie. L'esprit scientifique ne s'était jamais éteint en Occident; on avait continué à expérimenter et à constater, en dépit dumysticisme, de la théologie,de la scolastique et du bon sens lui-même, et il arriva fatalement un jour où les faits scientifiquement observés, quelque défigurés qu'ils fussent par des explications bizarres et par des classifications vicieuses , brisèrent par leur seule masse les cadres de la science officielle , et vinrent d'eux-mêmes se coordonner dans des séries plus scientifiques.

Dès que ces cadres furent brisés, les explications les plus simples,

1 • Exemples : on objectait à Galilée que si la terre se mouTait, un corps tombant d'une tour éloTée ne décrirait pas une verticale. Galilée constata par des expériences que les corps en tombant décrivent des verticales, et il expliqua dans ses écrits comment le mouvement de la terre n*empèche pas ce feit. Or, la vérité est que les corps en tombant ne décrivent pas rigoureusement une verticale, et c'est la rotation de la terre qui les en empêche.— Un des trois faits constatés expérimentalement par Kepler, et qui ont rendu possibles les découvertes de Newton, est que les planètes décrivent des ellipses autour du soleil. Or, il n'est pas rigoureusement vrai qu'il en soit ainsi. Si les lunettes astronomiques eussent été aussi perfectionnées au temps de Kepler qu'elles le sont aujourd'hui (ee qui d'ailleurs n'est pas admissible puisque ce sont les progrès de la physique et de rastronomie qui les ont poussées à eette perfecUon), c'en était fait de la découverte de M«wton. — Une conception qui a Joué un grand rôle dans la création de la mécanique, et Avec Leibnitz dans la métapiiysique, est la conception du point matériel, à savoir : qu'il est permis de concevoir les corps comme ramenables en dernière analyse à des points mathématiques ayant cependant des masses. Cette conception bizarre eût été rejetée par le bon sens des anciens qui considéraient les particules dernières des corps comme des espaces très-peUts, mais non nuls ou infiniment petits, et de forme polyédrique déterminée. Tous les problèmes actuels de la mécanique moléculaire forcent à revenir à la oooception ancienne.

lea expérUnces kiâ moins délicates deTiareoi fécondes «a rteritats^ Une sii»p)e géBécalisatîon du principe d'Arehimède ap^vit que km gaz, les Tajuears, les Uquidea, les tissus oi>ganiques sont des corpft gi»veB au dKiéme titre que ks terres et les métaux, que tous se dirigent d'une tendance unilormê vers le centre de la terre* Une sedLe eaqpé* rienee sur la chute des corps, prouTant qu'ils tombent soivant oA mouveflaeat nnîfonnément Yariô, permit d'attribuer cette tendance à une /orce constante en ia^nsité et en direction, la jgraviiéy applifiiée exténearement à toutes les particules des corps graves, quelLn qoe fussent d'ailleurs leurs qualités distiftctii^s«

D'après ce seul exemple» os s'habitua dans toute la mécanique k étudier les forces, ÎAdépendaxnmeint des substances qui les maoîtetent. Les mouveœents q«î jusqu'alors afaieniâé considérés ooinme ce qu'il y a de plus intime dans un corps, de plus capable d'en hùux faire connaître la nature, funent dés lors attribués dans tous les cas à l'action de forces extérieures qui pouvaient cesser d'agir i^ur lui SMtf le modifier et sans chaîner les idées que nous pouvcas nous en £ùie^ et toules les matières furent déclarées inertes à tous les mouvements. Le mouvement perpétuel des astnes, qu'on n'avarit pu expliquer ym^ qu'i^rs que par l'etsence supérieure de la matière astrale, fut {rias simplement attribué à l'application de forces isuriables en intensité et eâ direction.

Aussitôt les considérations de tangentes, de limites, cTinfimma^ petits^ de «uucrifKo, qai n'avaient pas été étrangères aux mathéiBatîqves jusqu'au dix-septième siècle', mais dont on n'avait pas encore compris toute la portée, donnèrent lieu à des théories malbématiques nouvelles, soit par le simple effet de l'élan donné k l'esprit scientifique, soit que les savants se proposassent de résoudre les problèmes neQ** veaux dé la physique et de l'astronomie, et de coordonner les résultats expérimentaux de ces deux sciences.

Ifous nous sommes étendus sur l'obstacle qui a empêché pendant tant de siècles la création de la physique (obstacle qui tient à la naAor^ môme de l'esprit scientifique» à l'impinssance complète de la raison humaine dans le choix du bon point de vue où il faut se placer fom ebserver une série de phénomènes), parce que rien ne nims {Mcalt plus propre que ce genre de considératicNis à montrer la proCEmëe unité qui lie les difPérents chapitres delà science, et l'existence dHme science universelle qui est la dassiflcation méthodique de tous les 616 de l'univers, et dans le sein de laquelle on ne peut établir que des

I . Archimède, entre autres, a em|»leyé uUlemeat la considéEfttioa d'jaflniwffltf jpeltt

et d'intégration pour la mesure des aJres.

divisions arbitraires, rendues peat-ôtre nécessaires par la faiblesse de noire mémoire , mais auxquelles il ne faut attacher aucune imppr« tance philosophique.

On arriva sur ce sujet à la conviction, en observant qu'il en a été ainsi de la chimie, de la physiologie, de Tethnologie, qui, ainsi que la I^liysique, ont rencontré, chacune à iew* heure, le plus grand obstacle à leur formation défloitive dans Tétat antérieur de la science.

Qu'est-ce qui a empêché les savants de fonder la chimie immédiatement après la physique ? Pourquoi ces deux créations sont-elles séparées par un espace de près de deux siècles ? Faut-il penser que c'est à rignorance ou au mépris des méthodes expérimentales qu'on doit attribuer ce retard? Mais cette explication, dont on a ridiculement abusé contre les savants du moyen &ge, n'a plus ici de valeur, puis-* cpi'au même temps où la fondation de la chimie résistait à tous Us efforts, la physique, la science expérimentale par excellence, faisait chaque jour de nouveaux progrès» Faut-il alors le metti^ sur le compte d'un vieux reste d^e l'esprit astrologique et mystique du moyen âge qui await persisté chez les savants jusqu'à la fin du dix4iuitièmd siècle? Pas d'avantage. On doit dire au contraire que la physique ancienne qui ramenait tout à des éléments ou corps simples était plus près de la vraie méthode chimique que la physique de la renaissance. C'est dans le progrès accompli par cette nouvelle physique qu'on doit chercher le sérieux obstacle à la création de la chimie.

Que disait cette nouvelle physique ? Les terres , les liquides , l'aijr sont soumis uniformément à l'action de la gravité; que devenait le qua-^ trième élément, le feu, substance à laquelle la physique rapportait de pias en plus tous les phénomènes calorLSques ? Fallait-il croire avec Tanliquité si reniée, si souvent prise en défaut, que cette substance avait seule une pesanteur négative ? Tout n'eingageait-il pas plutôt k généraliser au quatrième éLôment l'acUon de la gravité, vérifiée pour les trois autares, et à admettre que le feu on le calorique est un fluide poindérable comme l'air?

Telle est la question mal posée, el qui fatalement ne pouvait pae alors l'être mieux, avec laquelle on voit les précurseurs de la chimie . se débattre impuissament pendani toute leur yie. Quand ils soumet-^ talent de la pierre à chaux à l'action du calorique, ils déclaraient la pesanteur de celui-ci négative; quand ils y soumettaient un métal, positive. Les uns , en constatant l'augmentation de poids d'un métal brûlé à l'air, disaient que les paiiieuâes de feu s'étaient fixées dans le oaétal; d'autres, mieux avisés, attribuaienit cette augmentation de poids à la fixation d'un air ou gaz particulier, participant à la fois de la nature du feu et de celle de l'air ordinaire, et découvraient l'oxy-

gène cent ans ayant Lavoisier *, sans convaincre le moins du inonde leurs contemporains. C'est que les seules expériences qui aient autorité en chimie sont celles qui s'appuient rigoureusement sur la balance; et l'emploi de la balance ne pouvait convaincre qu'après qu'on aurait accepté l'invention, dangereuse, mais utile pour un temps à la science, des fluides impondérables: la division de la matière en deux espèces, l'une soumise à l'action de la gravité, l'autre ne reconnaissant pas son action.

Cette division se fit enfin , et sous la forme la moins scientifique , la plus féconde en erreurs. Stahl fit accepter pour un temps sa théorie A\x phlogistique y qui devait créer définitivement la chimie, non par elle-même, mais ^ar l'efi'ort qu'on fit pour la détrôner, et par les théories qu'on inventa pour en tenir lieu. Fait digne de remarque I ce phlogistique tout bizarre et tout monstrueux qu'il était, cette résurrection de l'àmedu monde des stoïciens, eSt ce qui ressemble le plus à l'éther de la science actuelle, toute réserve faite pour la sagesse et la mesure avec laquelle les savants se servent aujourd'hui de ce mot dangereux. Pour supprimer le phlogistique de la science on fut forcé d'admettre deux fluides électriques, un fluide calorifique et un fluide lumineux, la science classique en est encore là ; mais de plus en plus les faits tendent à faire rentrer tous ces fluides particuliers dans le sein d'un seul, l'éther, et l'avenir est à la division de Stahl, de deux matières: l'une pondérable et l'autre impondérable, jusqu'à l'avenir plus éloigné où l'élude approfondie de l'action de l'éther dans les phénomènes de gravitation rendra à la matière son unité, en ôtant à la matière pondérable la qualité qui la définit.

Quoi qu'il en soit, dès qu'on admit qu'il n'y avait plus à tenir compte de poids de lumière et de chaleur, l'emploi de la balance conduisît à des résultats irréfutables, et la chimie fut fondée. Un pas immense était franchi, non inégal à l'espace de deux siècles que l'esprit humain a employé à le franchir; la chimie, science physique par les objets de son étude, science naturelle par ses méthodes, comblait l'abîme qu'on avait vu jusqu'alors entre les sciences physiques et les sciences médicales, comme de nos jours l'ethnologie vient combler celui qui avait existé jusqu'alors entre la physiologie et les sciences morales.

Hais en même temps la conception des fluides impondérables, qui seule avait rendu possible la création de la chimie, arrêta longtemps celle de la physiologie. Puisque les physiciens créaient des fluides à leur convenance, pourquoi les médecins n'en auraient-ils pas fait

i . Jean Mayow. ( Voy. Dehéraio, ti. sur VHitt. de la Chimie,)

autant? A Stahl et aux animistes succédèrent les vitalistes \ et les médecins eurent leur fluide vital, leur fluide nerveux, leur fluide magnétique, etc., et distinguèrent autant de forces correspondantes. Puisque la mécanique et la chimie avouaient qu'il existait dans la nature des fluides dont elles ne pouvaient mesurer les densités et comparer les masses, par quelle singulière contradiction auraient-elles prétendu régner dans les sciences physiologiques qui traitant spécialement de pareils fluides.

Mais comme toujours, les faits , par leur seule accumulation, ont rompu les cadres de la fausse science ; la physique et la chimie sont devenues indispensables aux expérimentations physiologiques. La physiologie apparaît de plus en plus comme une chimie supérieure , d'une délicatesse minutieuse, qui ne se contente pas comme la chimie ordinaire de mettre les substances en présence et d'attendre ensuite qu'elles soient entrées dans de nouvelles combinaisons, qu'elles se soient groupées dans un nouvel état d'équilibre stable, mais au contraire étudie les yariations continues d'équilibre et les lois que manifestent ces variations.

Mais cet accord nouveau entre le physicien et le médecin qui seul a rendu possible la création de la physiologie positive, a été à son tour l'obstacle qui a empêché jusqu'à ce jour la constitution définitive de l'ethnologie. En haine de cette âme qu'on leur présentait comme un Deus ex machina^ et pour tout expliquer en physiologie du moment qu'on ne voyait plus rien , les physiologistes , quand ils commencèrent la classification des races humaines, voulurent ne tenir compte que des caractères anthropologiques, ne voir dans l'homme qu'un animal comme tous les autres, et classer les variétés de l'espèce homme ^ comme ils classaient les variétés de l'espèce chien ou de l'espèce cAeval. Les sciences morales et les séries de faits qu'on pouvait obtenir en concevant l'âme indépendamment du corps les faisaient sourire. Us se refusaient à croire que des hommes de lettres, des regratleurs de mots, des rhéteurs, des théologiens pussent entreprendre des classifications méthodiques et rien entendre aux méthodes d'expérimentation. Les faits doivent aujourd'hui vaincre leur répugnance ; la philologie comparée, malgré ses écarts et ses prétentions exagérées » a acquis droit de cité dans le corps des sciences positives. Il est aujourd'hui parfaitement prouvé que les mots sont des êtres qu'on peut

1 • Il ne faut pas comprendre seulement sous ce nom l'école de Montpellier ; on peut appeler encore aujourd'hui viialiste tout physiologiste qui, prenant au sérieux les forcée de la physique : force électrique, force caloriQque, force catalytique, force capillaire, etc., et croyant que les physiciens attachent à ces mots une importance quelconque et en font la iMse de leurs dassiflcatlons , veut qu'on reconnaisse des forces vitales qui serviront de point de départ aux séries physiologiques.

classer comme des plantes ou des animaux; et cette classification donne à Télhuologie un instrument d'une précision et d*une délicatesse extrême pour constater tous les croisements et toutes les migra-» tions des races. La linguistique seule a permis à l'ethnologie d'à* border le problème qui la constitue : comment les races naissent, se fixent et s'altèrent. Le problèmfe des races est plus facile à aborder, contre toute attente, pour l'homme que pour les autres animaux, parce que l'espèce humaine a des annales et que les autres espèces n*en ont point. Si le physiologiste veut classer les tariétés de l'espèce bœuf ou de l'espèce cheval^ ri ne peut emprunter ses renseignements qu'à la zootechnie et à l'élerage, et ces arts sont trop récents pour que d*ici à plusieurs siècles ils fournissent au savant des faits concluants. Bfais pour l'ethnologie humaine , le physiologiste trouve dans la classification méthodique des langues, des religions, des mœurs, des sciences et des arts, dans les différentes races, une source de renseignements inépuisables et indispensables.

Telle est l'unité actuelle de la science. II n'y a qu'une science posi* tiye, parce qu'il n'y a qu'une méthode positive et qu'un objet positif. Cette science a passé historiquement et doit passer didaciiquement, sans aucune solution de continuité, des propriétés, des nombres et des figures, aux propriétés les plus complexes du génie humain. L'enten** dément humain se trouve à l'origine de la science pou^ hii fournir son premier chaînon : ces vérités géométriques en si parfaite harmonie avec lui que le raisonnement seul ou presque seul a suffi à les découvrir, il se retrouve à la fia de la science comme l'étude suprême vers faquelle toutes les autres viennent converger d'elles-mêmes.

xir APHXsiouJi ns la sctsnck.

n 7 a deux tnétapbyaqvesy la métaphgrsique analytique et la meta» physique consUiictive; noi» allons examiner successivement le secours que la science positive p*êle à cfctaouae d'elles. La première, dont Aristote nous a légué la première éinuiebe et Kaat le dernier grmd monument, est la classification méthodique des formes ou catégories de l'esprit humain, c'est-à-dire des notions instinctives que nous présupposons, sans en avoir conscience, dans toutes nos pensées et tous nos raisonnements, et sans lesquelles nous ne pourrions ni raisonner ni penser; elle est aussi l'étude des lois de développement et de eombinaison de ces lormes, loîa d'après lesquelles notre esprit saisit

HEVflE DES SCIED^rCES. 539

4A ooDoalt les abjels de la pensée. Le génie de iLàat à ooosisié à étaldii* qae pour étudier seieiiliifiqiiefBe»l les forineB ée Tesprit , nous n'ar mus irai beaoin de leur supposer une réalité extérieure. De ce que sons affirmons dans toutes les phrases que noiss pronon^ns, qu'il y a ées causes, des ôtres , des iteuz, ées temps, des qualités, etc., il se s^ensuît pas qu'il y ait, dès Ôtivs» des causes, «n espace, etc.; de ce ^e ces notions sont indispéasables aux hommes pour rai-» sonwr, il ne s'ensuit pas que d^vtres ahimanix supéd:'ieurs h riMmme se pussent s'en passer fart tâen , et que leurs pensées, ifior langage, lenr scienoe ne pussent procéder suivant des caté^ gooies à nous tnoonnaes et dépassant la portée de ttoère eoncep-» tion.

Par ettartiâœ, le métaphysicien renonçai iniH)q«ier le sens ietimCf qui dévient un aimpie phénomàhe de l'eniteMiemeirt, oomme Tinstni* ment suffisant de hà connaissance, à dcnmer place dans ses olasisifioa* Uons métltodiques k des &its observés seulement sur lui-mèmev il étend le cbansp de ses obserraiioas aux séries déjà obtenues par les différoiUes scienees posÊtives, et la métaphysique devient elle-même une science positive, e'est^-dire toujours incomplète, mais toujours suscepm>1e de progrès par faocroifiâsement fatal des faits légués par les devanciers à leurs successeors. Dans l'^at actuel des scienees, les séries de faits qui consèîlwent avant tout le domaine de la mé)aidiy« flique, etqui en font une science ethnologique spéciale, sont au nom* bie de trois z i^La dassifieattàn méthodique des grandes découvertes dam im tcienea pmttveti, l'étude de leurs Ioi&,de leur succession fatale dans le temps et de leur connexion dans l'esprit humain, l'étude des obsta*dès que ohacnne d'elles a rencontrés, et la notation des catégories qui ont plus epéoialemeBt contribué à vaincre ces obstacles. C'est le tastail que ht grandeur et l'unité actuelle de U science exigent avant tout <le la métaphysique, et je défie, par exemple, un métaphysicien de dire rien qui vail^ sur la catégorie de la cause et sur son impor* taaee dans l'entendement, s'il n'a noté avec soin ses transformationei aea éolipises eit ses léapparitious en mécanique* La classification m6* bodique desdécouvertes sciestifiques à peioe esquissée en ce momient est suBceptible d'occuper à elle seule toute une classe spéciale de samuots, qiiL rendra les plus grands services i toutes les autres; car les iBuenteues en seience sont presque toujours, comme les artistes, inear pnrMfs de ee rendre compte des points d'appui qu'ils ont trouvés dans k passé et de la direction qu'Us imprimeront à l'avenir. 2*^ La dauifi^ eu/ion dits fof^u». Non pas que le métaphysicien doive être philologue, MUS il doil élTO à même d'%ftpf>réeier tous les grands résultats de la linguistique, èlre assez versé dans la philologie pour bien comprendre

les distinctions qui séparent les quatre états grammaticaux que présente le langage, et surtout les phénomènes qui accompagnent le passage d'un de ces états à un autre dans une même langue. C'est là une étude indispensable à celle de Tentendement, et sans laquelle on erre sans autre guide que l'observation intérieure qui est toujours en partie fausse. N'avons-nous pas vu les délicates analyses de l'école, qui, au dix-huitième siècle, avait ramené toute la métaphysique à la philosophie du langage, réduites à peu près à rien par ce seul fait, découvert par la philologie expérimentale, que les mots n'apparaissent que fort tard dans les langues, qu'ils en sont l'achèvement et non la matière originelle, que l'homme primitif parle par phrases dont aucun tronçon n'aurait pour lui de sens s'il le prononçait isolément. Que devient la fameuse querelle des idées innées et des idées nous venant des sens ? Les pensées et les raisonnements n'apparaissent pas dans l'esprit humain comme combinaisons d'idées, mais au contraire les idées apparaissent peu à peu dans l'esprit par la division successive des pensées. L'homme enfant peut raisonner,' prévoir, agir, exprimer toutes les nuances de ses joies et de ses chagrins, de ses admirations et de ses dégoûts, avant d'avoir aucune idée dans la tète, lui venant soit du dehors, soit du dedans. 3* La clanificaticn des religions. Sans avoir besoin d'être un exégète pas plus qu'un linguiste, le métaphysicien doit se rendre compte des notions instinctives qui ont présidé à la formation et au développement des religions , des lois de l'esprit qui ont fait passer, par exemple, tous les peuples indo-européens du panthéisme primitif au polythéisme, et du polythéisme au monothéisme.

Dans les religions, le théologien étudie la réalité des objets de notre adoration ; le moraliste, leur influence sur les mœurs et la politique ; le métaphysicien doit y étudier l'instinct religieux lui'-mème, en tant qu'il est, indépendamment des besoins moraux qu'il satisfait, une des formes nécessaires de l'entendement, sans le secours de laquelle nous ne pourrions, dans une foule de cas, ni penser, ni exprimer nos pensées. Quelle observation faite sur lui-même, ou sur ceux qui l'entourent, pourra faire deviner au métaphysicien ce grand fait mis en lumière par l'exégèse expérimentale et par ses rapports intimes avec la philologie, que la force que l'homme a trouvée en lui à l'origine pour créer le langage, et par suite la société, est l'instinct celigiaix: cette nécessité où est l'homme, dans toutes les questions non encore abordées par les sciences positives, de personnifier les objets de sa pensée, et d'en faire des êtres doués comme lui de vie et de volonté ?

A ces trois séries de faits observés que la métaphysique positive peut dès aujourd'hui emprunter aux sciences ethnologiques pour en

làire l'objet spécial de son étude, iriendront avec le temps s'en joindre d'autres, parmi lesquelles on peut déjà citer la classification métho* dique des œuvres d'art de toutes les races» Un métaphysicien, qui aujourd'hui viendrait longuement disserter sur la catégorie de l'idéal, et qui ne saurait pas deviner, quand on lui présenterait un monument artistique du passé, à quelle époque et à quel pays il appartient, ne ferait-il pas mieux de se taire 2

La métaphysique analytique, telle qu'elle peut exister, sans le secours des sciences ethnologiques, est à la métaphysique positive ce que la mécanique antique est à la mécanique moderne ; la première n'étu* diait que l'état statique, la seconde étudie à la fois l'état statique et dynamique. La première était un cercle bien vite parcouru et achevé; mais loin que cette perfection lui fût une puissance, elle lui était une faiiblesse et une source d'erreurs continuelles dans la pratique; la seconde est une science sans fin, toujours inachevée, mais dont chaque état est en progrès sur le précédent. Il en est de môm^ de l'étude de l'entendement : si vous considérez les catégories comme données à l'esprit une fois pour toutes et immuables, la science est bientôt faite, mais elle est fausse ou vaine. Chaque catégorie n'est pas, en effet, une seule notion, mais une série de notions se succédant, se remplaçant en tout ou en partie, dans un ordre rigoureux, et il ne faut jamais dire d'aucune : « Elle a achevé ses phases , » car on n'en sait rien. L'étude de notre propre entendement et de celui de nos contemporains ne nous peut rien apprendre sur ces phases et Tordre de leur succession, il nous faut apprendre ce qu'elles étaient dans l'entendement de nos devanciers. C'est aux classifications positives des sciences ethnologiques que nous devons demander ces lumières. Pour n'en citer qu'un exemple emprunté aux trois séries que j'ai dit être aujourd'hui le domaine spécial de la métaphysique analytique, l'étude simultanée de ces trois séries me parait indiquer que les trois catégories de la cause, de la personnification et du rapport (corrélations ou lois scientifiques), ne sont que trois phases d'une môme catégorie qu'on pourrait appeler de l'unité» Au début, l'homme a conçu fatalement l'univers comme animé d'une vie unique semblable à la sienne, et la catégorie de l'unité, sous sa forme de personnification, a créé les lan> gués et les religions ; peu à peu ses deux autres formes, cause et rapport, sont apparues, soit pour modifier les langues et les religions, soit pour créer les premiers rudiments des sciences positives ; enfin, la catégorie de l'unité parait devoir dominer de plus en plus sous sa troisième forme de rapport ou de loi, et on peut concevoir un peuple parlant une langue qui ne ferait appel en aucun sujet à la notion de cause ni à celle de personnification, ainsi que cela a lieu dans le lan-

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gage aIgébrH|ae pour le sujet «pémi qn'îF traite* On peoi aossi -voir de grandes modiicatioos dans la aotion do rapport*

Hais il est (une autre métapbynçBe, la raétaphysîqw eoDftrw^ tÎTe, qm s'efforee de raisonser rharmonie générale du rnoode, et de définir son lieD avec l'absola; elle a en jusqu'à «s jour daas rhumanité une Ine» autre imporCaoee que b métaptaysîqiie as^ lytique. Tandis que celle-ci parait être propre à la raee greeqnt et nous être venue d'eUe» tous les peuples ancieifts, les ladîeos, les Égyptiens, les Chaldéeos, les Perses, les Jittls ek même les CUnois, ont eu une ai^aphysiqae eonsiructive, coofeiidiie à t'origiae avee les eosmogomes mjilhologique» et s'ea dégs^ant peu à peu pour prendre une fotne plus abstraite. A celle-ci, I^afiité et le dévetofpement actuel de la science n'ont rien? à enseigner de nouveau, ear ette a été de tout temps le poème même de la scîeBce positive. La limite de la science est à l'infini. Dans tous les temps, l'esprit bumain s'eat porté avec ardeur du point oà il é^t parvenu jusqu'à cette limite, en supprimant tout l'espace intermédiaire. U en sera toujouis de même. Ainsi l'humanité chante le savoir hiwiain dans une soite de poèmes qui en marquent les différentes étapes. Qu'on esa^ mine Tune après l'autre les grandes constructioiis métaphysiques qui ont prétendu donner à.l'hoomie Fexpiicaftiqn eamplète de l'univers, on verra que chacune d'eUes porte k cachet indéléfaUe de l'état des seieacea à l'époque et dans le pays où elle a éàé taHK^ C'est au moment où le métâf^hjsiciett s'efforce de se dégager de toute ii^uence extérieure, de s'isoler dn milieu social où il vit, saisir l'absolu, qu'il est soumis le plus iatalttosent aux iniuences rieures et à l'action du milieu social. Lbs iois découvertes par la au moment où il éerk prennent à ses yeux une importance immense et lui permettent de tout expliquer facilement; les lois que la scîeDee is'a pas encore découvertes restent oécessairemeot étrangères à sa conception. Aussi voyons-oeus que ton les {âiiloeofàes qui nous ont légué des systèmes éa, mende, nco^seuiement savaient Uml ce qu'on pouvait apprendre de science positive en leur temps, ouûs que les sciences positives étaient leur étude habituelle et qu'ils y ont tous fut -des découvertes capitales. Cemment n'auraient-ils pas porté danskun conceptions métaphysiques les procédés habituels à kvr esprit?

Dès que les Grecs eurent eommenoé la elassificatîon des figures de . géométrie, elles envahirent la métapfaysiqae oonstructiie : la i^bèie devint le symbole de la pofection et de la beauté, les élémenls ftireat composés de corpusculesjpolyédriques, divisibles eus-mômes ea triangles. Dès qu'on eut classé les familles de nombres et qu'on connut les conditions de leur divisibilité, de leur accruîssepent, de knv ay asé-

trie, les pythagoriciens se refudërent à voir dans la nature d'autres rapports que ceux qui sont exprimables en nombres ; ils firent des sombres les seules réalités, et de l'unité arithmétique le symbole de l'uniié absolue, ou lien commun de toutes les parties de l'univers, si même ils n'assimilèrent entièrement ces deux unités. Platon, qui écrivait sur la porte de son école : a Que nul n'entre ici s'il ne sait pas la géométrie, » était tout imbu d'idées pythagoriciennes; et si l'on en croit de nombreux indices, eiles faisaient le fond de sa doctrine secrète.

La métaphysique constructive roula sur ce fonds commun des figures et des nombres, sans cesse remanié à des points de vue moraux diflérents, jusqu'au jour où, dans Alexandrie, les observations astronomiques commencèrent à faire corps, et où la géométrie céleste apparut 4ans son ensemble. Aussitôt les différentes races qui s'étaient donné rendez-vous dans cette ville brisèrent les anciens cadres, l'astrologie envahit tout ; le Verbe, la raison universelle ou incréée, apparut comme la lumière idéale qui joue dans le monde de la pensée le même rôle que la lumière solaire ààxxs le monde sensible'. La métaphysique astrologique, commune aux docteurs juifs, aux Pères grecs, aux philosophes païens, trouva dans Proclus son organisateur définitif : l'unité absolue et les unités relatives jouèrent, dans le monde intelligible, le même rôle respectif que le soleil, d'une part, les planètes et les étoiles du zodiaque, d'autre part, dans le Blonde astronomique. Ce qrsième passa dans la théologie chrétienne avec les écrits attribués, par une pieuse fraude, à saint Denys l'Aréopagite»

La métaphysique constructive du moyen âge a manqué entièrement d'originalité, parce que, pendant tout le moyen âge, la science positive ne s'enrichit d'aucune série nouvelle. Mais, dès qu'au dix-septième siècle, la mécanique eut enlevé à la matière cette qualité essentielle 4io mouvement, sans laquelle les anciens ne pouvaient la concevoir, la métaphysique en fit autant Descartes se construisit un univers avec de l'étendue et de la pensée, en niant toute autre réalité que ces deux Uu Bientôt ce système fut organisé, suivant ses deux tendances différentes, par Spinosa et Itlalebranche.

Mais les nouveaux progrès de la science positive ne permirent bientôt plus de se contenter de ce système, malgré les admirables beautés qu'Û renfermait : dès que la voie où s'était engagée la mécanique eut

1. Ce parallélisme se trouvo déjà âmm la B^puMigM 4e Ptatoa » auds U y est indiqué €n cotmot, comme eonsldéralloii tecondatre, tandis qu'il devint plot tard l'idée mère de loatlet système! alâxandrins, quand rasteonwnie hypothétique et enfanUne d'Âmtote et ^ Haton «U fttt place à 1a vraie astronomia»

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rendu fatale la croyance en des points matériels, dès que l'invention du calcul infinitésimal eut bouleversé l'antique idée qu'on se faisait de l'infini, dès qu'on sut que cette notion de l'infini n'était pas plus que celle du mouvement, une notion absolue, mais une notion relative, qu'il y avait non un seul infini, mais une infinité d'ordres d'infinis» les uns par rapport aux autres, qu'un espace quelconque, fini par rapport à ceux du môme ordre, était infiniment grand et infiniment petit par rapport aux espaces de deux autres ordres; qu'un temps, quelque petit qu'on le suppose, était éternel par rapport à d'autres temps, et qu'une éternité pouvait être la moitié ou le tiers d'une autre éternité, aussitôt Leibnitz ôtant à la matière la dernière qualité que Descartes lui avait laissée, l'étendue, pour faire du monde visible une série de points mathématiques conçue par la divine pensée, inventa son système des monades; ces infinités d'êtres sans corps, comparables avec ceux du même ordre qu'eux, séparés par des abîmes infinis des êtres de tous les autres ordres, abîmes que Dieu seul peut combler par une harmonie préétablie; êtres bien réels pourtant, puisqu'il leur rendait l'indépendance et l'activité propre que Malebranche et Spinosa avaient enlevées aux êtres particuliers en les confondant avec Dieu ; puisque chaque monade est séparée de Dieu par la même distance qui sépare un infini concret de l'intelligence qui réalise tqus les infinis ensemble dans sa conception.

Le dix-huilième siècle, si fécond en productions de toute sorte et particulièrement en métaphysique analytique, fut entièrement stérile en métaphysique constructive jusqu'à la création de la chimie. Mais, dès que toute l'importance de cette science capitale eut été saisie, dès qu'on comprit qu'on avait trouvé le lien nécessaire entre les faits physiques et les faits organiques, une foi profonde s'empara de l'espri humain; on fut certain que, dans un avenir très-proche, l'histoire naturelle et l'histoire humaine allaient devenir la matière de nouvelles sciences positives. Aussitôt Hegel donna au monde le dernier grand système métaphysique, système fondé sur l'idée de type, non plus telle que cette notion pouvait être conçue par Platon', d'après des figures de géométrie et des nombres immobiles et abstraits, mais telle que la fait concevoir l'étude des familles chimiques, des races végétales et animales; types essentiellement concrets, qu'on ne peut concevoir existant indépendamment de leur réalisation matérielle, et qui, cependant, peuvent remplacer successivement sans être altérés tous leurs éléments matériels par d'autres éléments.

On a écrit souvent dans ces dernières années que le temps des grandes constructions métaphysiques était passé, et que nous ne ver* rions plus surgir de nouveau poème de la science. Oui» si des mesures

maladroites ou le mépris venaient étouffer en Europe le véritable esprit scientifique, ce qui n'est pas impossible, quoique heureusement difficile ; si on encourageait trop les tendances à la spécialisation exagérée et aux applications mesquines; si on venait à s'imaginer que ce qui constitue le savfgit, c'est l'instruction et non l'éducation. Non, si, comme il faut le souhaiter, la race européenne n'est pas à bout de ses forces et n'a pas joué tout son rôle; si les mathématiciens, secondés par les physiciens et les chimistes, parviennent à trouver la loi générale de la mécanique terrestre, qui réunirait en un seul énoncé toutes les lois de la physique, comme l'énoncé de Newton a réuni toutes celles de l'astronomie. Aussitôt toutes les idées que nous nous faisons de la matière, du mouvement, du nombre, de la vie, seraient bouleversées, et nous verrions paraître des constructions métaphysiques dont celles de Pythagore, de Platon, de Proclus, de Descartes, de Leibnitz et de Hegel ne seraient que les embryons, car c'est un fait digne de rémarque, et qui montre bien la légitimité et la grandeur de la métaphysique constructive, que les systèmes du monde, liés intimement aux progrès continus des sciences positives, ne se suppriment pas successivement les uns les autres, comme l'ont cru souvent leurs fondateurs, mais se complètent. On peut dire de la métaphysique constructive, comme de la science, qu'il n'y en a qu'une, toujours inachevée, mais contenant une somme de plus en plus grande de vérité.

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