Tome XXX. — Sr.PTEMonE
que dévoraient la consomption et la fièvre allaient implorer siiint Pipe, du village de Beaune.
De tous ces lieux sacrés, le plus célèbre était Larchant, dont Tabbaye renfermait le tombeau de saint Mathurin. Les malheureux dont la raison avait été obscurcie par quelque influence démoniaque y sentaient se rallumer en eux la flamme divine un moment éteinte. Au sud de Nemours, on voit encore les ruines imposantes de Larchant, dont la tour senait de fanal aux nombreux pèlerins qui , pendant des siècles, l'enrichirent de leurs offrandes et s*y transmirent la légende du plus illustre saint du Gâtinais.
Mathurin était le fils d'un patrice de Larchant qui persécutait les chrétiens sous Tempire. Toutefois, choisi par Dieu pour être l'instrument de ses desseins, il embrassa la foi nouvelle et décida bientôt ses parents eux-mêmes à recevoir le baptême. Ordonné prêtre par l'archevêque de Sens , il ne tarda point à opérer des miracles. Â sa vue et sous le charme de sa parole, les fous recouvraient la raison et les possédés voyaient le démon abandonner leur corps. La réputation de Mathurin parvint jusqu'à Rome, où rappela l'empereur Galère pour guérir sa propre fille. Le diable criait par la bouche de cette enfant qu'il ne sortirait de son corps que si Mathurin le Sénonais venait l'en chasser.
Mathurin se rendit en Italie , accompagné d'un grand nombre de ses disciples. Pressentant sa fin prochaine, il fit jurer à ses compagnons de rapporter sa dépouille mortelle dans la terre natale. Arrivé à Rome, il guérit la fille de Galère, délivra la ville éternelle d'une peste terrible qui la décimait, puis, selon ses pressentiments, il mourut. On l'ensevelit à Rome; mais à peine le saint fut -il couché dans son sépulcre qu'il en souleva la pierre et se dressa pour rappeler à ses disciples la promesse qu'ils lui avaient faite. Les os de Mathurin furent rapportés et rendus aux champs de la Gaule par saint Pipe, son compatriote et son ami:
Larchant, où fut inhumé saint Mathurin, bien que s'élevant dans l'ancien diocèse de Sens, était une enclave dans la dépendance directe du chapitre de Notre-Dame de Paris, qui, sous Philippe-Auguste, y était représenté par l'un de ses douze prévôts. Ce prévôt, délégué direct du chapitre, exerçait tous les droits seigneuriaux établis sur les terres du fief de Larchant, comme le témoigne un fait relaté au cartulaire de Notre-Dame de Paris. En 1276, sous le régne de Philippe le Hardi, le veneur delà forêt de Bièvre (forêt de Fontainebleau) prit un cerf sur les terres de la juridiction du prévôt de Larchant. Le chapitre intenta aussitôt une action directe, en réparation du dommage et de l'offense. Une enquête fut ordonnée , le délit constaté, le roi reconnut les torts de son veneur, et, pour que la réparation fût complète, il fit'remettre le chapitre de Notre-Dame en possession du corps du délit au moyen de l'extradition d'une effigie du cerf.
Lorsqu'on arrive , en traversant le cloître de la collégiale de Larchant, en face du portail qui regarde le nord, on se trouve au pied de la haute tour, qui date du treizième siècle et domine au loin tout le Gàtinais. Cette tour, qui monte dans les airs solide , droite , couverte de merveilleuses sculptures, est démantelée sur deux faces comme ' un rempart pris d'assaut. La plate-forme est tombée dalle â dalle, la corniche a répandu ses fleurons sur le sol, la grande nef est sans voûte, sans porte, sans fenêtres ; il ne reste plus de la nervure brisée que des moellons informes ; le canon calviniste a passé parla. En 1567, la collégiale fut assiégée par le seigneur du Boullay, pays voisin de Château-Landon. En outre, les industries d'alentour, les paysans eux-mêmes, ne se sont pas fait faute de venir dépouiller ces ruines des pierres dont ils avaient besoin. Aujourd'hui , pour célébrer l'oflBce divin , on s'est retiré du transept à l'abside, et le délabrement de cette pauvre église force souvent les fidèles à se réfugier jusque dans la sacristie pour échapper aux tourbillons de poussière ou de neige qui pénétrent par les vitraux brisés.
L'ensemble de l'édifice appartient aux premières années du treizième siècle ; Tabside demi-circulaire présente deux rangs de fenêtres en ogive dont les archivoltes sont garnies de dents de scie, ornement caractéristique qui retombe sur deux colonnettes d'encadrement; le comble s'appuie sur une belle corniche en damier , à trois retraites. Les contre-forts étaient couronnés de clochetons
frontonnés dont il ne reste-plus qu'un spécimen complet.
La chapelle absidale nord est conçue dans le même caractère décoratif; la corniche est un mélange du damier de l'abside et des crosses végétales ; des quatre-feuilles et des trilobés forment les réseaux des fenêtres. Quelques traces d'une restauration faite au quatorzième siècle se remarquent dans cette chapelle , sans que cependant le style primitif en soit modifié d'une façon regrettable. De belles gargouilles chimériques, la plupart tron({uées, quelques-unes intactes, tordent les chéneaux de la toiture, et sortent du motif de la corniche, les unes horizontalement, les autres obliquement. Le côté sud n'a pas de chapelle.
L'intérieur, le chœur et la chapelle, seules parties intactes, se développent sur un plan circulaire. Le chœur, situé, comme dans toutes les cathédrales de cette époque, vers l'orient, s'appuie intérieurement sur des colonnes monocylindriques , sauf un motif doublé à la deuxième travée. De ces colonnes partent des nervures h trois tours, reliées à une clef de voûte feuillagée. Les piliers d'angle, sur lesquels s'appuient le départ du chœur et le cintre des transepts, sont composés de faisceaux à cinq colonnettes; la porte de la sacristie , encore garnie de ses peintures du moyen âge, s'ouvre dans la première travée du chœur.
Deux ogives solis frontons à jour, trilobés et ornés à la pointe de quatre-feuilles, servent de clôture à là chapelle. Le quatorzième siècle vient se mêler à l'architecture du siècle précédent. Au pilier, on voit encore des socles d'habitacles formés de moulures posées sur des cariatides taillées en faces d'hommes , en figures d'anges et d'animaux fantastiques, dont l'attitude est pleine de mouvement et d'énergie. Un retable du seizième siècle est placé au pied de la construction, comme pour mieux faire ressortir l'élégance naturelle et hardie de l'architecture primitive auprès du style maniéré de la décadence.
Quant à la grande tour de Sainl-Malhurin , qui sert de porche et de clocher tout ensemble, elle s'élance à 72 mètres du sol, divisée en étages réguliers. Au rez-de-chaussée est un porche à quatre ouvertures en ogive, dont la iJase principale regarde le cloître des chanoines. Une arcature à colonnettes et en archivoltes trilobées et juxtaposées sert de soubassement aux pieds-droits ébrasés de l'entrée. Au-dessus, sous un dais continu de frontons et de tours crénelées, se dressent de chaque côté des statues colossales; chaque ébrasement en avait trois. A droite, il n'en reste que deux : un martyr portant sa palme , et un saint Paul l'Évangile et Tépée à la main. A gauche, les trois figures sont entières : 1° un saint Jacques avec ses insignes de pèlerin , figure obligée dans une église de pèlerinage; 2<» un saint André avec l'instrument de son martyre; 3*» un saint Pierre dont les attributs sont brisés. Ces statues tiennent la place de fûts de colonnes dont on a figuré les chapiteaux, et elles sont séparées par un entrecolonnement décoré de ces feuillages finis et élégants qui couvrent les corbeilles des chapiteaux. Le tympan, les voussoirs et les tableaux de ce portail sont tout un poème.
Au tympan s'épanouit la figure du Christ nimbé, assis sur un trône. Quatre anges, deux planant au-dessus, deux maniant des encensoirs, entourent le Christ. Au-dessous se trouve un rang de six figures ainsi placées : un ange portant le roseau do la passion , une fipre de saint Mathurin à genoux, un ange étendant les bras, un ange portant la croix et la couronne d'épines, un roi et un empereur â genoux; enfin, un quatrième ange qui seftbie indiquer le chemin du trône où Dieu le Fils est assis. Un bas-relief forme la base de cette composition, c'est la Résurrection : des tombeaux accumulés pêle-mêle et dans le désordre provoqué par la trompette du jugement dernier s'entr'ouvrent, se brisent et rendent leurs morts à la vie;
il en sort des ressuscites dans toutes les postures du réveil, de Toraison et de l'invocation. Le morceau le plus remarquable est,. sans contredit, la tête du Christ, qui est parfaitement conservée et d'un fini si précieux qu'on saisit très-bien l'expression souriante de son visage.
L'archivolte présente une riche bordure de feuilles recroquevillées, qui se rattache par ses deux extrémités à un animal fantastique.
Aux aleltes de la baie on découvre, dans une suite de bas-reliefs encadrés, une série de compositions qui font allusion au but des pèlerinages effectués au tombeau de saint Malhurin. C'est l'histoire des vierges folles et des vierges sages. Sur le montant, des tableaux figurent des épisodes de toutes les saisons. Ces sujets sont traités avec une franchise toute rustique.
Au-dessus de ce riche porche s'élève la masse de la tour. L'arc du porche est fascicule de colounettes avec chapiteaux à corbeilles circulaires décorées de crosses fleuronnées et de feuillages trés-purement découpés. Le premier étage est percé seulement d'une fenêtre en lancettes. 11 y en a trois au deuxième étage , avec double colonne aux ébrasements et pinacles appliqués dans l'angle. Au troisième étage s'évident les baies des abat -jour dont le dessin ovoïde et prismatique, traversé par une courbe à coussinets, indique une réparation du seizième siècle. Les baies sont bordées d'une décoration trilobée, et elles montent entre trois fûts de colonnettes de la première période ogivale, coupt^s par trois chapiteaux étages. Les deux premiers supportent une décoration d'arc, le troisième sert de point de départ à la baie. Au-dessus de tout cela, des arcs en accolade s'appliquent sur des meneaux en prisme et précédent la belle corniche terminale, composée de ces feuillages d'une fermeté géométrique sans roideur qui caractérisent la première époque du monument. Les accessoires de la décoration, prismes, meneaux appliqués, contre-courbes, se rapportent «\ une décoration de la décadence , vers la fin du quinzième siècle ; mais les grandes lignes de la construction primitive ont été resp^lées.
On pourrait étendre cette description et multiplier les détails; car le portail de la grande nef est encore debout avec son large ébrasement flanqué de six colonnes de support, avec ses cntre-colonnements feuillages, son voussoir.mélangé de tores et de feuillages. Mais nous en avons dit assez pour qu'on puisse se faire une idée de ce qui s'est dépensé de libéralités et de talent dans ce coin du Gûtinais, sous la direction active et intelligente des chanoines de Notre-Dame de Paris. Un des plus beaux monuments du treizième siècle est là ouvert à tous les vents, ravagé par le vandalisme utilitaire des habitants d'alentour et l'instinct destructeur des enfants.
L'abside et la tour auraient besoin d'être soutenues ou au moins garanties par une barrière. Un pan de mur a déjà été construit dans la tour pour remplacer le pan méridional et soutenir ceux qui restent debout; sans cette réparation simple et peu coûteuse, peut-être la grande tour de Saint-Mathurin en Larchant se serait écroulée faute d'étais, et il n'y aurait déjà plus là qu'un tas de vioilles pierres à vendre.
LA SCIENCE EN 1860 ET 1861. • Suite. Voy. p. 98 , 127, 159, 204.
CHIMIE
Suite.
De* diverses espèces de guano, — Les gisements de guuno (litiano de pàjaro) sont répartis sur 1^ littoral du
Pérou, entre le2« et le 2i« degré de latitude australe. M. Boussingault en a vu les premiers dépôts dans la baie de Payta. En avançant vers le nord , on en trouve de distance en distance jusqu'à l'embouchure du rio Loa. En dehors de ces limites, le guano se rencontre encore , quelquefois même très ^abondamment; mais alors il est à peu près dépourvu des sels ammoniacaux et des principes organiques auxquels il doit une grande partie de ses propriétés.
La partie littorale de la mer du Sud où gtt le guano ammoniacal offre, en effet, cette particularité que, sur une étendue considérable, depuis Tt/mèw jusqu'au désert &Atacama, la pluie est pour ainsi dire inconnue, tandis qu'en dehors de ces limites, au nord de Tumbes, dans des forêts impénétrables et marécageuses ^u Choco, il pleut presque sans interruption. A Payta, placé au sud de cette province, lorsque M. Boussingault s'y trouvait, il y avait dix-sept ans qu'il n'avait plu. Plus au sud encore, à Chocope (lat. 7° W S.) on cite, comme un événement mémorable la pluie de 1726; il est vrai qu'elle dura quarante nuits, mais elle cessait pendant le jour.
C'est précisément dans cette zone, où la pluie est assez rare pour être considérée comme un événement, entre Payta et le rio Loa, que sont situés les gîtes de guano ammoniacal. Au delà, plus au nord comme plus au sud. de ces points extrêmes, le guano exposé aux pluies tropicales est généralement dépourvu d'ammoniaque et de sel soluble; un sel insoluble a résisté : c'est le phosphate de chaux, la base et le caractère des guanos terreux.
Pour que le guano ait été accumulé en aussi énormes quantités dans les huaneros, il a fallu le concours de circonstances aussi favorables à sa production qu'à sa conservation : un climat d'une sécheresse exceptionnelle, sous lequel les oiseaux n'aient pas à se garantir de la pluie; des accidents de terrain offrant des crevasses, des anfractuosités où ils pussent reposer, pondre et couver à l'abri des fortes brises du sud ; enfin, une nourriture telle qu'ils la trouvent dans les eaux qui baignent la côte. Nulle part au monde le j>oisson n'est plus abondant. 11 arrive quelquefois, pendant la nuit, comme M. Boussingault en a été témoin à Payta, qu'il vient échouer vivant sur la plage en nombre prodigieux , sans que la mer soit agitée, comme s'il voulait échapper à la poursuite d'un ennemi.
Un des navigateurs espagnols qui accompagnèrent les académiciens français à l'équateur, Antonio de Ulloa, rapporte que « les anchois sont en si grande abondance sur cette côte , qu'il n'y a pas d'expression qui puisse en représenter la quantité. » Il suffit de dire qu'ils servent de nourriture à une infinité d'oiseaux qui leur font la guerre. Ces oiseaux sont communément appelés gnanaes, parmi lesquels il y a beaucoup ô'alcatrôs, espèce de cormoran ; mais tous sont compris so.us le nom général de guanaes. Quelquefois, en s'élevant des îles, ils forment comme un nuage qui obscurcit \e soleil. Ils mettent une heure et demie à deux heures pour passer d'un endroit à un autre, sans qu'on voie diminuer leur multitude.
Les gisements de guano sont tellement considérables que l'on a douté qu'ils fussent réellement formés par des oiseaux appartenant à l'époque actuelle. Humboldt était très-enclin à les considérer comme des amas de coprolilhes ayant conservé leur matière organique originelle. Il reculait devant l'âge qu'il faudrait assigner à ces dépôts , dont l'épaisseur atteint jusqu'à 30 mètres, parce qu'il supputait qu'en trois siècles les déjections des oiseaux qui fréquentent les îles de Chincha ne dépasseraient pas une épaisseur d'un centimètre.
M. F. de Rivero croit, au contraire, que cette prodigieuse accumulation de guano est tout naturellement ex-«
pliquée par la multitude de guanaes désignés, sur les côtes du Pérou, sous le nom Aepiqtteros, $arcillas, gaviotas, alcalraces, pàjaro-nitios, patÛlo$, etc. « Si aujourd'hui, dit-il, malgré la persécution qu'ont soufferte et que souffrent encore les guanaes, on en voit néanmoins des milliards se poser sur les récifs ou sur les sommets escarpés lies Ilots, (fu'était-ce avant l'occupation du Pérou par les Européens, lorsqu'ils étaient pour ainsi dire les seuls habitants du littoral? »
Comme les houillères, comme les dépôts tourbeux, comme les diluviums à ossements et à coprolitbes, les huaneros recèlent, en les tenant en quelque sorte sous le séquestre, les matériaux des anciens mondes que l'homme, dans son incessante activité, fait entrer dans le monde moderne.
En fertilisant ifli champ avec leurs produits, on métamorphose en aliments les déjections des oiseaux de mer ; de même qu'en brûlant des combustibles minéraux, on restitue à l'atmosphère du carbone, de la vapeur aqueuse, de l'azote, qu'en avait soustraits la végétation propre à l'époque houillère.
Le grand mouvement commercial qui a pour résultat la diffusion des matières fertilisantes a eu pour unique impulsion une observation faite par un géologue éminent, le docteur Bucklanz,' et les analyses si remarquables de l'un de ses membres les plus distingués, M. Berthier.
Couleur de la pourpre, — Quelle est la couleur vraie de la pourpre des anciens? Telle est la question que M. Lacaze-Duthiers s'est proposé de résoudre.
Pline nous apprend que la pourpre est sécrétée par un mollusque, et il nous l'enseigne par une histoire assez peu vraisemblable. Les naturalistes modernes ont reconnu que plusieurs espèces de mollusques incolores, blanchâtres, pouvaient fournir la pourpre.
La sécrétion de l'organe qui produit la matière tinctoriale est un peu jaunâtre sur l'animal vivant. Soumise au soleil, avec le concours de l'humidité, elle devient d'un beau violet. De plus, quand la couleur se développe, une odeur des plus fétides, analogue à celle de l'essence d'ail, se produit. L'odeur et le changement de couleur sont aussi caractéristiques l'un que l'autre, et la couleur pourpre ne peut exister sans eux. Or Pline parle de l'un et de l'autre, et dés lors il ne peut être douteux que la production de la pourpre chez les anciens ne s'accomplit absolument comme aujourd'hui.
Dans toutes les expériences de M. Lacaze-Dulhiers, le violet s'est développé, jamais le rouge pur ne s'est présenté seul; donc la couleur pourpre naturelle non modifiée fut, chez les anciens, violette.
Tant que la matière animale des mollusques fut employée , la pourpre dut être certainement d'un violet plus ou moins foncé, toujours cependant plus voisin du rose que du bleu ; mais quand les couleurs minérales la remplacèrent, alors, tout en conservant aux étoffes le nom de pourpre, on leur donna des nuances d'un rouge plus vif, et l'on arriva peu à peu à ces couleurs qui, de nos jours, se présentent i l'esprit quand on parle de la pourpre des cardinaux.
On doit enfin trouver l'une des raisons de l'estime dont jouissait cette couleur dans* son origine même. Développée par l'influence de la lumière, cette couleur ne devait point se faner, comme les rouges de la cochenilfe; elle devait rester toujours belle, même sous le ciel si éblouissant, si lumineux, de l'Ofient. C'était une couleur de bon teint par excellence.
Une question reste encore : quand la pourpre violette a-t-elle été remplacée par celle que nous connaissons de nos jours?
I Nourriture des Adjébas, — M. Peney avait mis à profil j le long séjour qu'il a fait au Soudan pour observer à loisir ' ce pays encore inconnu; il l'a fait en homme instruit et judicieux. Voici, parmi les nombreux faits qu'il a observés, celui qui nous semble le plus saillant.
Le docteur Steinroth a publié, il y a près de deux ans, en Allemagne, une brochure qui a fait une certaine sensation. I II proposait de saigner périodiquement les animaux domestiques pour se nourrir de leur sang, et se fondait, pour faire accepter sa méthode, sur ce qu'elle était très-répandue chez un grand nombre de peuplades de l'Afrique, et en particulier chez les Adjébas.
M. Peney cite, en effet, cette particularité, sans prétendre, il est vrai, faire entrer le procédé dans les mœurs européennes : « Chez les Adjébas, dit l'auteur, tribu nègre qui habite un des affluents de la rivière Sobath, on a l'habitude de pratiquer des saignées sur les troupeaux pour boire le sang, soit pur, soit mélangé avec le lait des femelles.
» Cet aliment se prend indifféremment à l'état de crudité ou bien bouilli , et il est la principale nourriture de cette peuplade, qui méprise l'agriculture, ne possède aucune céréale, et qui , a l'exemple de toutes les autres tribus nègres, ne sacrifie jamais d'animal domestique dans le but de s'en repattre.
» Chaque saignée peut se répéter impunément, et durant plusieurs années, sur le même animal, a sept ou huit jours d'intervalle. •
La mite à une autre liuiaison.