‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 30 sur 314 · LES ANIMAUX MICROSCOPIQUES · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX MICROSCOPIQUES

On a cru longtemps que ces immenses profondeurs océaniques qui occupent la plus grande partie de la terre étaient inhabitées , parce qu'on n'y rencontrait ni mollusques, ni poissons. Des observations plus attentives et qui ne datent que d'hier ont fait voir que ces régions , bien loin d'être désertes , étaient au contraire les plus peuplées de la terre. Elles forment, en effet, la patrie principale de ces êtres singuliers que leur petitesse^ a longtemps dérobés à nos regards. Ils habitent et pullulent au sein de ces abîmes où règne pour nous l'éternelle nuit, et s'étendent jusque dans les zones ghcées qui environnent les deux pôles cl, dont il nous semble que la température glaciale devrait chasser toute organisation vivante. Les eaux qui découlent des glaces flottantes ont offert aux naturalistes plus de cinquante espèces différentes de polygastriques, et le golfe de l'Erebps, dans l'archipel Arctique, en a donné, fi

500 mètres de profondenr, plus de soixante-huit. Quelquesunes sont de si petite taille qu une procession de quinze mille individus Tun à la suite de Tautre n*occupe que l'étendue d*un centimètre. Cela seul nous donne une idée du cbifire excessifde la population totale. Il faut conclure de ces nuls que ce qui constitue pour nous le froid et la nuit ne représente ni le froid ni la nuit à ces êtres si différents de nous; tant il y a de ressources dans la nature pour adapter la diversité des organisations à la diversité des circonstances au milieu desquelles ces organisations sont destinées à vivre et à se perpétuer.

DANS UN GRENIER

NOUVELLE

Suite. — Voy. p. 3i.

Mais voici des roues et des pieds de chevaux qui craquent sur la neige durcie. Hanneke regarde. Ce sont quatre grands chariots remplis de fumier que Ton mène eft hàle a la digue. Héî hue! halloî crient les charretiers, et leurs voix retentissent au loin.

— €ù en est la digue? demande la fermière.

— Vaincre ou mourir ! s'écrie le premier des conducteurs.

— Elle plie, ajoute le second. Que le bon Dieu la soutienne! ou nous aurons beau faire!

— Mon Dieu! le danger est-il donc si grand! s'écrie Hanneke Dalhof.

— Hue donc, hue donc! crient ceux qui sont en arriére. On excite encore les chevaux :

— Allez! hneî halloî hue donc!

Les pauvres bétes, avec une pareille charge, vont presque au trot. Et les charretiers! Les gouttes de sueur qui descendaient sur leui' front , quand ils chargeaient le fumier, sont devenues des perles de glace depuis que , trop lentement à leur gré, ils le conduisent à la digue pour l'élever encore.

— Bon Dieu! se dit la femme avec angoisse, que deviendrions-nons si elle allait rompre !

Elle regarde de'houveau la longue levée noirâtre. Plus elle regarde, et plus elle voit distinctement la foule qui s'agite. Oui, ils font ce qu'ils peuvent; et Arie, son Arie, se donne peut-être le plus de peine de tous.

« H y a des femmes aussi qui travaillent », a-t-il dit. Des femmes aussi, pense Hanneke. Elles font bien. Oui; mais elles n'ont pas comme elle une mère sourde à la maison , ni un petit Willem malade, ni un nourrisson de trois mois. Non , elles n'ont pas tout cela. Mais si pourtant Arie disait qu'il le faut?... Eh bien alors... alors j'irais, pour sûr. Mais il n'en est pas encore besoin, Dieu merci! Le soleil brille précisément comme hier. Le beau ciel ! le beau coup d'œil par cette neige! C'est pourtant encore plus beau quand vient le printemps , lorsque les poiriers fleurissent. Quelle différence, lorsque tout est vert! - Mais j'entends la petite, je crois...

La bonne mère rentre vite. Cinq secondes après elle est assise près du berceau, et elle prend dans ses bras l'enfant, gentille petite avec ses joues roses.

La vieille mère Dalhof, dont toute l'attention se concentre sur ses pommes, s'aperçoit à présent qu'elles sont cuites à jKiint. Elle les retire prudemment du feu une h une avec la pelle. Albert et Gcrtrude suivent d'un regard avide tous les mouvements de la grand'mère. Enfin, ils ont maintenant chacun une pomme et crient de toutes leurs forces :

— Merci, grand'maman.

Ce cri arrache Hanneke à se^ pensées et la ramène à Ifi ipaisible scène du foyer. Son nourrisson au sein , elle va se placer en face de la vieille, et, lui montrant la fenêtre :

-Ça va toujours plus mal sur la digue, lui crie-t-elle avec force.

— Non, non, dit la vieille eh regardant les vitres , elles ne dégèlent pas.

— Sur la digue! reprend Hanneke, avec un tel éclat de voix que le poupon en jette des cris perçants.

— Ah! oui, la digue, dit la vieille. L'eau est haute, pas vrai?

Tandis qu'Hanneke apaise l'enfant et lui redonne le sein, elle fait signe de la tête à la vieille qu'il y a du danger.

— Oui, oui, dit la grand'mère en branlant la tête, je m'en souviens encore bien; c'était l'année... voyons un peu quelle année... je l'ai dit cent fois... l'année qu'Arie avait la rougeole. On s'occupait aussi beaucoup de la digue. Son père disait que le danger était bien près. Y avait-il de la glace, cette année-là!

— H y a encore plus de danger aujourd'hui , s'écrie Hanneke.

— Oui, oui, c'était comme ça, dit la vieille. Et elle se tourne vers Gertrude :

— Tu vas te brûler, petiote, ne mange pa^ si vile. Elle réfléchit ensuite , et ajoute :

— C'était en l'an 38.

— Allons, je ferai mieux de la laisser en repos, pense Hanneke. La vieille a déjà tant de soucis. Espérons que tout finira bien. Dieu est si bon! il y a dans la Bible qu'il est « tout amour. »

Une effrayante rumeur au dehors tire brHs(|uement la mère de sa rêverie. L'horreur paralyse ses membres.

— Quoi! qu'y a-t-il? s'écrie-t-elle d'une voix élranglée. Vite elle se lève , déjïose sur la couchette l'enfant qui

n'a plus besoin d'elle, et fait quelques pas vers la porte ; elle entend encore ce bruit et ces clameurs , et n'ose aller plus loin. Elle joint les mains, les presse sur sa poitrine, écoute en retenant son haleine... La porte s'ouvre. C'est lui, c'est Arie!

H entre précipitamment et hors d'haleine. Son visage est pâle comme la mort.

— Arie, Arie! s'écrie Hanneke.

D'abord , Arie ne peut parler. Puis :

- N'aie pas peur, Hanneke, du calme. Mauvaises nouvelles!

H tombe sur une chaise et s'essuie le front avec sa manche.

- Qu'y a-t-il, Arie?... La digue?...

— Oui, mon Dieu, oui! dit Arie en frémissant, elle est rompue. Entends-tu le bruit de l'eau et de la glace qui privent? Mon Dieu! mon Dieu!

Et l'homme est sur le point d'éclater en sanglots.

Hanneke reste d'abord quelques instants péiriliée; ensuite, -- énergie de la femme! — ensuite , elle saisit son mari par le bpiis , et d'une voix émue, mais ferme :

— Arie, sauve ce que tu peux; l'eau ne sera pas si vite ici. Allons, mon homme, du courage! Attends... prends d'abord une tasse de café.

Arie revient à lui.

— Non, il n'y a pas de temps à perdre. Dans peu de minutes l'eau aura pénétré dans la maison , et le temps d'agir sera passé.

Grand'mère Dalhof a vu revenir Arie , et s'aperçoit bien aussi qu'il est arrivé quoique chose de f^\cheux , mais elle ne comprend pas ce que c'est. Arie s'essuie encore le front.

— H n'en peut plus, ce cher enfant! dit-elle en secouant la tête. Attendez un peu.

Et d'un coup de pincettes elle fait jaillir la flamme des tisons.

— L'eau chante déjà; le café lui fera du bien, dit-elle à Hanneke.

Non, pauvre vieille, tu as beau tisonner, tu ne peux rester auprès du feu. Lorsque^rie lui crie dans l'oreille que c'est Teau qui approche, elle répond que oui, l'eau va bientôt bouillir; et lorsqu'il croit qu'elle s'est enfin rendu compte du danger, et que du doigt il lui montre le grenier, où il va falloir chercher un refuge , elle hoche la tôte et ajoute tranquillement que, • bien sûr, le bon Dieu détournera le danger. > La pauvre vieille n'a jamais vu la rupture d'une digue.

Il n'y a pas de temps à perdre. Ils avaient compté sur des quarts d'heure, il ne leur reste que des minutes. L'eau commence déjà à s'infiltrer sous la porte dans l'étroit couloir.

Que sauvera la femme en premier lieu? Elle emporte son nourrisson sur les bras, elle vole dans la grange , et monte la large échelle conduisant au grenier. Elle pose sur un tas de feuilles de pois secs l'enfant enveloppée dans sa couverture de laine. Il fait froid : elle met encore son tablier sur la petite; puis elle redescend vite en bas pour s'occuper des autres enfants et de la vieille. Le paysan (pardonnez au paysan!) prend soin de son bétail.

Les bœufs et les porcs sont déjà hors des étables. Par là , le long du chemin de l'église , ils pourront encore atteindre à temps la partie solide de la digue. Comme ils vont lentement! Sont-ils stnpides et effarés!

— En avant , la Rouge ! Ne va-t-elle pas reculer, à présent î

Pauvres bêles! elles glissent à chaque instant; elles

aspirent cette atmosphère glacée qu'elles ne connaissent pas; elles clignent des yeux devant l'éclat inconnu do la neige.

— Allons! holà! hé! en avant! hue donc!

Mais Arie n'est pas seul avec son bétail sur le chemin de l'église. Quelle foule agitée! On arrive de tous côtés pour mettre hors d'atteinte le bétail et les objets précieux. La suite à la prochaim livraison.

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