MAI
Un savant anglais, M. Tyndall, a constaté, par des mesures directes, que la lumière de la lune fait baisser un
Halo lunaire.
thermomètre thermo-électrique très-sensible sur les faces duquel elle est concentrée. Cependant il ne faut pas croire
que notre satellite darde du froid comme le soleil envoie autour de lui, dans l'espace, des rayons vivifiants. En effet, cette action singulière est bien simple à expliquer sans donner une existence matérielle aux rayons frigorifiques. La lune échauffe, au contraire, les couches supérieures de l'atmosphère, et précipite, par conséquent, la vapeur d'eau.
Il arrive assez fréquemment de voir autour de l'asti^ un cercle plus ou moins nettement défini et dont l'intérieur est relativement d'une grande pureté. Les bords sont quelquefois teints des couleurs de l'arc- en -ciel, qui, très-faibles et très-fugitiVes, peuvent cependant être discernées. L'ensemble de ce phénomène offre un spectacle très -remarquable au point de vue physique, et qui ne manque pas d'une certaine poésie.
On peut dire que la lune ouvre alors une porte par laquelle s'échappe le calorique que l'action solaire a emmagasiné dans les couches inférieures; mais le cône diaphane et transparent qu'elle creuse dans les plages humides et opaques de l'océan aérien tfe vient pas toujours se projeter sur le fond obscur du ciel, et ce n'est pas lorsque les halos paraissent que le refroidissement est le plus actif.
Il est inutile de répéter encore une fois ce que nous avons déjà dit l'année précédente sur l'influence de la pureté du ciel à une époque où les bourgeons encore tendres sont si sensibles au froid des nuits.
Au commencement du mois de mai , Jupiter se lève à 1 h. 40 m. du soir et se couche à 2 h. 45 m. du matin. L'astre viendra donc embellir de ses beaux feux dorés les nuits du commencement du mois; car la lune, encore nouvelle, ne troublera pas d*une manière sensible l'éclat qui rayonne autour de ce monde lointain.
Cependant les observateurs qui auront à leur disposition une lunette armée d'un pouvoir grossissant suffisant ne pourront pas contempler les quatre satellites, et seront tentés de croire que les livres d'astronomie les ont induits en erreur. Le premier et le second de ces petits corps, plongés dans l'ombre de la planète ou derrière le disque , leur seront tous deux cachés ; le quatrième et le troisième, situés l'un adroite, l'autre à gauche, sembleront seuls garder en sentinelles fidèles le globe brillant au cortège duquel ils appartiennent. Bientôt ils paraîtront se rapprocher tous deux de l'astre, comme pour se hâter de suppléer à leur petit nombre par l'attention qu'ils prêtent à cuivre tous ses mouvements; bientôt, à 10 h. 21 m., on verra reparaître à l'occident le premier satellite venant reprendre sa place dans les rangs de ce bataillon céleste, qui ne tardera pas à se compléter; si on attend encore jusqu'à près de deux heures du matin, on verra surgir le quatrième astre se montrant à son tour vers l'occident; de sorte que quelques heures suffiront pour que Jupiter reparaisse au milieu de sa garde complète.
Combien il serait à désirer que nos marins triomphassent des obstacles qui rendent malheureusement trop délicate, lorsqu'on se trouve en mer, l'observation de ces beaux phénomènes; mais la majeure partie des difficultés disparaîtraient si nos constructeurs pouvaient livrer à bon marché des instruments armés d'un pouvoir grossissant suffisamment énergique. Alors on pourrait réellement déchiffrer les caractères que la nature a tracés dans le plus magnifique cadran que puisse nous offrir l'horloge des cieux.
Le 17 mai, le monde de Saturne va nous oflrir un trèsbeau phénomène, analogue à celui que nous avons admii^é à la fin de Tannée dernière. L'anneau va entrer de nouveau dans une sphère d'invisibilité qui n'est peut-être pas absolue , car cette fois il ne cesse pas complètement d'être exposé aux rayons du soleil ; mais comme son plan prolongé passe par le centre de cet astre, l'anneau reçoit la lumière par la tranche, dont la surface est pour ainsi dire
insignifiante. La ci«irté réfléchie est trop faible pour ébranler notre rétine ; elle se disperse donc inutilement dans les espaces célestes. Pour mieux aider les observateurs à suivre les phases de ce phénomène, nous ne pouvons mieux faire que rapporter, d'après le père Secchi, celles de la dernière disparition , qui se reproduiront avec quelques différences d'aspect.
Le 21 novembre, Tanneau se présentait comme un filet de 7t de seconde de largeur, qu'on pouvait encore observer avec une lunette douée d'un fort pouvoir grossissant. Le 22, il était impossible de constater la présence d'un objet quelconque dans le voisinage du disque, qui avait perdu son remarquable .appendice; l'astre ne se distinguait plus des autres que par son éclat; on eût dit un globe entièrement isolé. Huit jours après, on put apercevoir, à l'Observatoire romain, deux petits points lumineux déjà marqués par Bond en 1848, et dont la nature n'a pas été nettement expliquée; mais il fallait employer un artifice particulier, consistant à masquer la planète au moyen d'un diaphragme qui réduit le champ de l'oculaire à la moitié selon son diamètre véritable. Peut-être le bord lumineux de l'anneau venait-il apparaître ; c'est ce qu'il n'a pa» été possible de décider. En ce moment l'anneau lui-même se projetait sur la planète comme une bande large de 7i ^coode seulement, et de couleur violacée, coloration due à quelque décomposition de lumière opérée dans une atmosphère qui envelopperait cet objet déjà si singulier.