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BUREAUX D'ABONREMEHT ET DE VERTE

rue Jacob, 30, près de la rue des PeUts-AuguiliDS.

Imprimerie de L. UhKrmvt, rue Jaeob, 3o.

VERNEUIL ( Déparlemenl de l'Eure).

e.LAMCflPf OtL.

La Tour Je la Madeleine , à Verneuil.

Saint-Jean , de Nolrc-Dame, de rHôpUal , d'un couvent sécularisé, et enfln ies ruines du vieux donjon. On dirait un géant entouré de ses enfants , un suzerain autour duquel se pressent ses vassaux pour lui rendre hommage.

Verneuila une origine fort ancienne. Celle ville paraît avoir été fondée par les Romains sur le Ijord de la voie d'Évreux à Condé, sur rilo». Ce n'est toutefois qu'en 1120 que Henri 1" d'Angleterre y fit construire des remparts cl des fortifications, dont la trace subsiste encore, pour défendre la frontière de la Normandie contre les invasions des Percherons. E» 1132 , un tremblement de terre menaça de renverser la ville nouvelle, et dans l'année suivante elle fut en partie incendiée par le tonnerre, ainsi que Chartres, Nogent-le-Rolrou, Alençon et d'autres villes. Joutefois le désastre fut promptemenl réparé , car Orderic- Vital , qui nous en a transmis le récit , nous apprend aussi qu'en llûl il fut constaté, par une revue générale, que le nombre des habiiants montait à 13 000: encore le mot par lui employé semble-l-ii supposer ^li'll n'aurait voulu parler que des hommes en étal de poher \H armes.

L'importance de cette place lui valut d'èire pluà d'une Ms assiégée, prise et saccagée pendant les guerres du rt^ojoii agë.

En i(i'2li, une bataille fut gagnée Jiar les Anglais, soUs les murs de celle ville. Ils laissèrent sanâ Sépulture les corps de leurs vaillants adversaires ; mais un vieux guerrier, vivant en ermite dans les envlrohs , lès fit enterrer à SCS frais , et fil élever en leur hodneùr la belle chapelle de Saint-Denis, aujourd'hui détruite. Ce fut un des coups les plus rudes portés à l'indépendance du pays que l'apparilion de Jeanne d'Arc devait sauvei*. Les Anglais gardèrent Verneuil jusqu'en l/iZ|9. A cette époque, la gârhîson n'était composée que de 120 hommes que leurs exactions et leurs brutalités avaient rendus odieux h la populattoh tout entière. Pour suppléer à Pinsufiisance de lèiir ndmbl-e , ils forçaient les habitants à faire le sotvice avec eut. Le meunier du moulin des murailles , nommé Jean Berliri , fut battu par eux , parce qu'en faisant le guet il s'était endormi. C'était un homme fier et vigoureux, âgé de quaranteneuf ans , et probablement père de famille ; car, d'après une ancienne tradition qui s'est conservée à Verneuil , on dit que les Anglais avaient insulté sa fille. Il jura de se venger et tint parole.

il s'entendit avec Robert de Floques, capitaine d'Évreux pour les Français ; et le 29 juillet, au point du jour, pendant que ses camarades du guet étaient à la messe , il aida lèi Français è dresser leurs échelles contre la muraille , et I s'introduire dans la ville. Le lendemain , le châleati fut enlevé d'assaut, et quelques jours après, la tour griêe^ où s'étaient renfermés les derniers soldats anglais, fut forcée de se rendre , faute de vivres.

On voit dans la salle du conseil de ville de Verneuil un portrait du brave Berlin , avec une inscription qui contient le récit abrégé de sa conduite; mais rien n'y indique qu'fi ait été par suite pourvu de la charge de vicomte de Vèrtièdll , ainsi que Pont avancé certains historiens.

Verneuil joua de nouveau un rôle assez importdtil dans les guerres de la Ligue et de la Fronde.

Indépendamment du château , on y comptait tfols forteresses solidement construites sur pilotis, et envli-di^hées de tous côtés par de larges et profonds fossés rempila d'eau. Chacune de ces citadelles renfermait pour ainsi dlt-e dnè petite ville dans son enceinte. Au commencement du dix- huitième siècle , on voyait encore onze grosses tours , quarantetrois tourelles et cinq portes principales. Aujourd'hui, il ne reste plus guère de toutes ces fortifications que le redoutable donjon connu sous le nom de tour grise,

La tour de la Madeleine , dont nous donnons un dessin , est un des plus l>eaux monuments du style ogival que possède la Normandie. Celte tour est à jour depuis la galerie carrée. ht quinzième siècle s'y déploie dans toute sa grâce, dans toute

sa richesse , dans toute son élégance ; rien de plus léger , de plus aérien ne peut se concevoir. Ces frêles arcades , qui se découpent en dentelle sur l'azur du ciel, effrayent Pœil et le charment tout à la fois. Malheureusement toutes les outes de la galerie ont été bouchées avec de la maçonnerie, et une cloche, soutenue par des triangles en fer et surmontée d'une girouette , couronne le dôme que devait terminer une Hèclic en pierre. L'ensemble du campanile , même incomplet , produit un eiïel merveilleux.

On monte deux cent douze marches pour arriver â la seconde galerie ; la hauteur totale de la tour est d'environ 60 mètres.

Cette tour fut bâtie , vers la fin du quinzième siècle , par Artus Fillon , né à Verneuil, et mort évèque de Senlis. On suppose qu'une statue , placée à l'orient et représentant un clianoine à genoux , Paumusse sur le bras , est le portrait du fondateur.

Une illusion d'optique fait paraître cette tour beaucoup plus grosse dans sa partie supérieure qu*à sa base.

L'église n'offre de remarquable , à l'intérieur, que des dcfo de voûte assez délicatement travaillées.

Il est bien à craindre que celui qui , dès la première vue, vous traite comme un ami de vingt ans , ne vous traite , au bout de vingt ans, comme un inconnu si vous avez quelque Service important à lui demander. J.-J. Roussbad.

LE TftOMPETTE.

Suite ei fin. — Voy. p. 358.

Je ne fus réveillé que par une sensation de douce chaleur qui dissipait mon ertgourdissement Un feu {^tillaht brillait dans le foyer où le trompette achevait d'entasser tes fragihents de la cloison.

ie me redressai avec nne exclamation de surprise et de t^iaisif.

— Ah i ail 1 ça vous ressuscite, dit-il gaiement ; votis voyex qu'il y a toujours moyen d'améliorer son bivouac; le tout est de ne pas perdre son temps à contempler les lioutoiis de ses guêtres.

— Vous êtes un magicien î m'écriai-je.

— Un peu, mon vieux, répliqua-t-il , en se fabriquant m siège avec un débris de la charpente détrhite ; c^est de la magie blanche : on a pour baguette quatre doigts et le pottoe. Mais vous croyez peut-être que j'ai allumé ce feu là uniquement pour nous dégourdir les jointures, que c'est un feu de salon ? Erreur, mon cœur 1 c'est un feu de cuisine , et avant tout destiné à la pot-bouille.

— On avait donc distribué des rations à votre coihpagnieT demanda i-je.

— Des rations de cartouches, répondit le trompette ; mais ça ne se mange jamais seul , nous en avons felt part aux Prussiens.

— Où espérez- vous alors trouver des vivres?

— Où? mais ici, parbleu 1 N'est-ce pas aux taincns de nourrir les vainqueurs ?

Et, comprenant mon geste de doute ironique ;

— Ah 1 vous n'avez pas confiance dans leur garde-manger, continua-t-il. Le fait est que le local est un peu dégarni; mais le vrai Français ne désespère jamais de rien. Pourvu que soi général lui distribue son ordinaire de gloire, c'est à lui de se procurer le reste pour manger avec Tout à l^beure , en ramassant dans le jardin des feuilles sèches à cette fin de ^oos composer un édredon , j'ai aperçu dans un coin de petits monticules, et je me suis dit : Si ce n'est pas une représentation en relief de ia chaîne des Alpes , ça doit être quelque

chose comme des pommes de terre ou autres minéraux. Sur quoi, j'ai creusé avec mon briquet, et j'ai amené k la clarté du jour une vingtaifie de ces vertueux tuliercules. Le tout mitonne là sous les cendres et doit être déjà cuit. Nous allons, en conséquence , procéder au festin. Ohé I maître d'iiôtel , vile, le Bénédicité, el servez cliaud.

Tout en répétant cette palabre soldatesque du ton des loustics de chambrée, le trompette retirait l'une après l'autre de dessous la braise les pommes de terre fumantes , et les rangeait symétriquement sur Pâtre.

Je n'avais rien mangé depuis le matin ; leur odeur savoureuse réveilla ma faim suspendue par les douleurs de la blessure. Je ûs un effort pour me remettre sur mon séant , et j'allais partager le souper improvisé du trompette , quand je le vis tout à coup dresser la tète cl prêter l'oreille.

— Qu'y a-t-il ? demandai-je.

U m'imposa silence du geste , se leva vivement , courut à son fusil qu'il avait posé contre le mur, el ^'avança avec précaution vers la porte.

Dans ce moment je distinguai ù mon tour, au dehors , un bruit de pas. ils se faisaient entendre, puis se taisaient, comme si la personne se fût approchée avec défiance. Enfin pourtant ils s'arrêtèrent près du seuil ; il y eut une pause ; puis une main souleva lentement le paillis qui fermait l'entrée ; un homme portant le costume du pays parut à la porte, regarda à Tintérieur et ût un pas eu avant.

Le fusil du trompette appuyé sur sa poitrine l'arrêta court. Il recula avec un cri.

— I*as un mouvement , ou tu es mort l interrompit le soldat.

L'Allemand joignit tes mabis et bégaya une prière épouvantée.

— Ne tirez pas l criai-je à mon compagnon ; il demande grâce.

— J'entends bien, répliqua le trompette ; mais il faut savoir ce qui Tamèue ici,

— Liiissez-le approcher, je lui parlerai.

— Ah ! voas savez Tallemand l bravo I Alors , nous allons le faire jaser. Allons, remcLs-tol, mein herr^ voici un particulier qui parle ta langue de sauvage. Demandez-lui qui il est, d'où il vient, ce qu'il veut , et s'il peut nous procurer du beurre poui* nos pommes de terre.

En parlant ainsi, il avait forcé l'Allemand à s'avancer vers moi. Lorsque celui-ci s'aperçut que j'étais blessé , il affecta beaucoup f|e compassion, et ijtq (|en)anda, coup sur coup, où j'avjjjs été aliehit, si je soujI^His, gpurquoi je n'avais pas rejoint le CiijTlp des Français. Çclfe ^ernière question m'amena 4 sayoir que les Prussiens étaient en retraite sur toute la ligne. Le irompetlc , à qui je fis part de cette l>on|)^ )iouvelle, cria Vive l'empereur! et présenta les armes. L'Allemand m'avoua, de plus, qu'il avait quitté le hameai] i^çf^^Ujé le matin même , et que la seule maison épargnée , dans laquelle nous nous trouvions, était la sienne. Quant à la cause qui avait pu l'y ramener au milieu de tant de dangers et à une pareille heure, il parut embarrassé de la donner el s'embrouilla dans des explications confuses.

Cependant mon compagnon parut se contenter des raisons données , et invita l'Allemand , avec une sorte de cordialité soldatesque, à s'approcher du foyer.

— Mous avons un peu dégradé la baraque , ajouta-t-it ; mais c'est ta faute : il ûillait laisser la clef du bûcher.

L'Allemand s'excusa en disant que tout avaitété consommé ou détruit par les Prussiens qui occupaient le village. A peine avait-il pu transporter quelques meubles et quelques effets échappés au pillage chez un parent qui habitait plus loin et qui avait consenti à recevoir sa famille.

— Oui, oui , dit le trompette , on connatt ça , mein herr. Du temps de la République, les Autrichiens sont aussi venus en France ; on s'est battu dans notre village ; et ma mère m'a souvent raconté tout ce que les pauvres gens avaient eu à

souffrir. La guerre , c'est bon pour le soldat : s'il reçoit des coups il les rend ; mais le pékIn est toujours battu, el encore faut qu'il paye Taraende. Asseyez-vous là, mon vieux, et, si le cœur vous en dit, mangez, buvez, votre couvert est mis; vous pouvez faire comme chez vous.

La jovialité sans façon du soldat rassura TAIIemand plus que ne l'auraient fait toutes les protestations; il s'assit sur l'âtie, et, après quelques instants d'entretien, il s'écria :

— Par mon salut \ messieurs les Français , vous êtes de braves gens !

— Et des gens braves , je m'en flatte , ajouta mon compagnon, qui soufflait sur une pomme de terre trop chaude.

— Tout ruiné que je suis, je veux vous traiter comme mes hôtes, reprit le villageois; attendez-moi là.

— Nous attendons, mein herr.

Il traversa la pièce où nous nous trouvions , entra dans un appentis qui lui faisait suite et y resta quelque temps. Le trompette chantonnait sans paraître s'occuper de ce qu'il pouvait y faire ; enfin, après une assez longue absence, l'Allemand reparut avec une petite bouteille d>au-de-vie.

— C'est la dernière, dit-il ; je l'avais cachée aux hussards prussiens ; mais je ne trouverai pas , pour la boire , une meilleure occasion.

— A la |)onqe heure! s'écria joyeusement le trompette. Alors, à la santé de l'empereur Nd|)oléon î Tu n'es p»is obligé de la porter, f)^#m herr; chacun doit fêter son soint, comme on dit; mais nqtis qui sommes de la grande i^ation , nous avons drpit dq boire au petit caporal.

Il avait eni)}ouclié la bouteille, à laquelle il fit uite longue aspiration* et qu'il me passa ensuite. Je bi^ti UU9 gor^'éc, pujs ce fut le tour de l'Allemand.

L'effet de la brûlante liqueur ne se fit point attendre. Notre sang engourdi commença à circuler plus rapidement , et le frugal souper s'acheva comme un festin.

Quand la petite bouteille fut vide , le villageois se leva et parla de repartir. Il était pressé d'annoncer à sa femme et à ses enfants que leur maison avait échappé à rincemiie généraL Je l'engageai à se mettre en route sans retard , et le trompette se joignit à moi. L'Allemand nous souhaita toutes espèces de prospérités, gagna U porte et disparuu

Quand le bruit de ses pas se fut perdu dans le lointain , le trompette , qui bourrait sa pipe près du foyer, regarda vers la porte et fit un mouvement d'épaules,

— Pauvre viein herr! dit-il en riant; il a cru me mettre dedans.

— Comment cela ? demandai-je étonné.

— I^rblcu l croyez-vous que je me sois laissé cnlortiller dans ses explications? Il savait depuis ce malin qne sa case n'avait pas été brûlée, ainsi il ne venait point pour s*tn assurer.

— Mais quelle intention, alors, lui supposez- vous ?

— Llnteution , parbleu 1 elle est claire comme l'eau de roche. Quand Ks Prussiens sont arrivés, le mein herr avait caché ici son nia^ot dans quelque coin.

— Quoi, vous supposez?...

— J'en suis sûr, vu que lorsqu'il est ressorti de l'appentis avec la bouteille , les poches de sa veste avaient gagné une enflure. J'ai pas fait semblant : il aurait pu croire qu'on voulait trinquer pour le trésor comme pour l'eau-de-vie ; mais heureusement que je ne mange pas de ce pain-là. Nous sommes des soldats et non des détrousseurs de bourgeois. Si je retourne jamais au village je pourrai y rentrer en disant comme cet autre : Rien dans les mains , rien dans les poches. Tout ce que je demande , c'est d'avoir la chance de porter sur la poitrine un petit ruban.

— Ah l vous le méritez l m'écriai-je en lui tendant la main. Lorsque vous êtes entré ici , vous m'avez prouvé ce qu'étaient l'humanité et l'industrie du soldat français; je saurai maintenant ce qu'est son honneur.

Ertgttizeclby VjOOQIC

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