‹ Le magnétiseur praticienChapitre 11 sur 42 · SCÈNE D'EXTASE · texte numérisé non relu

SCÈNE D'EXTASE

« Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblables, »

« Certes, s’il est quelque chose d’inoui, de merveilleux, d'incroyable au monde, Ce sont-bien les phénomènes magnétiques... Qui ne serait tenté, en effet, de s'écrier avec Horace : Risum teneatis amici! quand un magnétiseur vient vous dire avec un sangfroid imperturbable : Qui, Monsieur, le magnétisme existe ; oui, il y des somnambules qui voient et lisent <ans le secours des yeux, à travers les bandeaux les plus épais ; des somnambules qui exécutent la volonté mentale de leur magnétiseur ; qui, d'un éclair de leur pensée, franchissent les distances les plus grandes, et là vous décrivent avec une 6Xactitude stupéfiante les lieux, le séjour qu’il plaît à tel ou tel individu de leur désigner. Que dis-je ? il y a, vous avez beau vous récrier, chers confrères, il y à des somnambules, de pauvres filles qu'on va prendre dans la classe où le Christ choisissait ses apôtres, et qui donnent des consultations, et qui à leur maniere font de l’anatomie pathologique sur un Corps Vivant, malgré la barrière impénétrable de ses parois , que la prodigieuse perspicacité de leur regard spirituel l'averse comme une enveloppe de cristal...

« Longtemps j'ai doute... mais, loin d’imiter la négation préconçue, systématique de deux classes d'hommes qui tien-

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nent les deux extrémités de l’échelle intellectuelle, ceux qui ne savent rien et ceux qui croient tout savoir, je me suis dit: Avant d'opter pour ou contre, attendons que j'aie vu de mes propres yeux. C’est bien extraordinaire , bien inexplicable, à la vérité; mais si l’homme ne devait croire que ce dont sa débile raison peut se rendre un compte exact, rigoureux, ne faudrait-il pas qu’il commençât par se nier lui-même ? car, je vous le demande, sait-il comment il se fait que la matière nerveuse en s’épanouissant en nappe au fond de l'œil, en pinceau dans les contours de l'oreille, en papille sur les membranes muqueuses, en réseau sous les téguments, soit le siège de sensations si différentes ? Et ces sensations une fois produites, comment surtout il se fait qu’elles soient perçues chacune en son lieu, sans trouble ni confusion, par le grand centre, le sensorium cérébral ? Et au delà de ce cerveau, il y a encore quelque chose, et ce quelque chose qu’on a osé nier parce qu’il échappe à l’analyse, c'estpourtant par lui ques’exécutent tous les actes de la volition. Voyez le mouvement de mon doigt, par exemple, c’est un effetque vous êtes bien forcé d'admettre, tout inexplicable qu’il soit. Je le répète donc, et en cela je ne crois pas faire un tour d'esprit, lancer un de ces arguments spécieux , Cousins-germains du sophisme, il est une merveille plus grande à elle seule que toutes les autres, y compris le magnétisme poussé 1usque dans ses dernières conséquences, et cette merveille, c'est nous même ! Oui, Messieurs les savants de la terre, quand vous aurez répondu à celte apostrophe du philosophe grec : vœbt ceawdev ! quand vous aurez expliqué cette grande énigme qui vous suit partout comme pour narguer vos folles prétentions d’omniscience, peut-être vous reconnaîtrai-je le droit d'infirmer la vérité de tel ou tel fait, parce que ce fait prend la liberté grande de se placer en dehors du cercle accoutumé de vos théories, plus puériles les unes que les autres.

« Dans nos essais sur le magnétisme, nous ne suivrons aueun plan tracé d’avance ; véritables études cliniques, ce seront les faits qui feront naître nos réflexions, et non un système quelconque qui exploitera les faits à son profit, comme cela n'arrive que trop souvent dans les ouvrages didactiques de quelque nature qu'ils soient.

« Néophyte enthousiaste, nous laisserons s’échapper nos idées, nos aperçus sous l’impression même du phénomène qui nous les aura suggérés, qui les aura fait naître dans notre esprit. De cette façon, tout ce qu’on dit est frappe au coin de

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mn 20 ie l'inspiration ; le lecteur y reconnaît ce je ne sais quoi de véridique et de spontané qui transfuse la conviction bien mieux qu’une longue suite de raisonnements dont l’échafaudage inspire la défiance. Et comme, loin de nous préoccuper des mécréants, nous sommes plutôt porté à les plaindre, nous leur dirons, comme dans j’Evangile : Qui potest capere, capial !

« Voilà ma profession de foi, maintenant commençons.

« C'était une belle fète pour le magnétisme que la séance du 3 mai dernier, M. Ricard, par une absence glorieuse, mais trop prolongée, en avait doublé le désir chez ses nombreux abonnés. Mademoiselle Virginie P*"*, cette somnambule d’une lucidité si extraordinaire, leur était rendue ; ils allaient jouir de nouveau des phénomènes surprenants que son magnétiseur, comme en se jouant, produit avec elle.

« Pour vous, lecteurs. qui ne connaissez pas mademoiselle Virginie, il me prend fantaisie d’esquisser son portrait. Figurez-vous une jeune fille, aux grands yeux expressifs, à la physionomie intéressante, impressionnable et rèveuse, douée du coup d’œil observateur de homme mitigé par les sensations de la femme nerveuse, oh! nerveuse comme on en voit peu. Et puis, même quand elle est éveillée, on se souvient qu’endormie elle est si bonne, si bienveillante pour ses pauvres malades, qu’en vérité l'affection de tout le monde lui est acquise.

« Mais revenons à notre séance. Peu convaincante peut-être pour les incrédules, la scène qui à le plus frappé les assistants n’en était pas moins d’un immense intérêt pour les personnes familiarisées avec les phénomènes magnétiques.

« M. Ricard endormit mademoiselle Virginie ; de son côté M. Gion plongea mademoiselle Désirée dans un état complet de somnambulisme. Cette dernière, d’une lucidité assez notable , se refuse aux expériences avec opinitreté. Pour vaincre cette aversion, M. Ricard ne trouva d’autré moyen meilleur que celui de la mettre en rapport avec mademoiselle Virginie. Dans la lutte qui s’établit entre les deux sujets, le cerveau de mademoiselle Virginie s’exalte, la faculté magnétique double d'énergie, et elle tombe dans une de ces crises extatiques où elle est réellement sublime à voir.

« Je ne sais quelle illumination séraphique se répand sur les traits de son visage, dont l'expression s’ennoblit, je dirais presque, se divinise. Les paupières sont closes, et le regard qui s’échappe à travers leur mince tissu captive tous les spec-

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tateurs ; son front s'élève, et ses sourcils prennent une expression de puissance par laquelle on se sent subjugué. Tout à coup ses membres se roidissent, et, comme la Vierge dans son assomption, 1l semble que, portée sur un nuage, elle ne demande qu’à surgir au ciel. — Sentez-vous comment cela vous enlève ? disait-elle à sa compagne avec un accent de conviction et de réalité qui résonne encore à mes oreilles. Et l’autre pauvre fille, toute frémissante à des secousses ignorées pour elle, s’enlaçait autour de la jeune extatique, lui prenait les mains qu'elle appuyaït sur son front.

« VIRGINE.—Vous sentez que vous ne pouvez encore arriver là où je suis, moi! Attendez, que je vous magnétise, dans l’intention de vous faire voir votre bon ange et le mien... Vous n'aurez pas peur ?...

« Et après l’avoir magnétisée : — En voyez-vous deux ? «"— Non, je n’en vois qu’un: il est blanc.

« — Avec une ceinture bleue...

& — Qu'il est beau ! comme je suis heureuse !

« — Oui, n'est-ce pas? vous êtes bien plus heureuse avec mo); oh! si le monde qui nous entoure nous entendait, ils en riraient tous ; et s’ils savaient pourtant. …

« L’extase est à son comble ; toutes deux versent des larmes, des soupirs de béatitude leur échappent de la poitrine ; elles tombent dans les bras l’une de l’autre en s’écriant; Nous sommes bien heureuses!!!

« Enfin, mademoiselle Virginie prédit qu’elle aura une extase le 29 mai, à trois heures dix minutes ; elle assure à Désirée que si elle y consent, elle la conduira dans les hautes régions, où, dit-elle, nous verrons les esprits supérieurs... J’y ai vu mon père et un jeune homme, oui, un pauvre jeune homme que ses parents regrettaient bien fort.

« M, Ricard, en magnétiseur prudent, sempresse de mettre un terme à un état d’effervescence qui, trop prolongé, serait capable d'entraîner des suites fâächeuses. Et quand les deux jeunes üilles sont ramenées à l’état somnambulique simple, Désirée manifeste l'intention d’être réveillée par mademoiselle Virs ginie, Or, il serait difficile de peindre la surprise de Désirée quand en ouvrant les yeux elle se voit réveillée par une pérz sonne endormie; l'éclat de rire qui lui échappe trouve: de l’écho dans'la salle, car en effet il n’est pas possible d'imaginer une scène plus bizarre et plus originale,

« Dans cette observation deux faits sont à remarquer : là

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pente constante de mademoiselle Virginie à s’occupef de pensées ét d'images spirituulistiques ; l'influence loute-puissante qu'ellé a exercée sur un sujet qui par lui-même n’est nullement porté aux mêmes inspirations.

« Evidemment, pour la première de ces déux jeunes filles, il ÿ à prédisposition innée au merveilleux et à la vénération. La combinaison de ces deux facultés explique très-bien la direction de ses-idées, qui sont loin d'offrir la même ferveur dans l’état de veille, Ne pourrait-on pas comparer le cerveau à une sorte de vessie dont les parois ont des endroits plus faibles , plus amincis ? À un certain degré de gonflement, l'ait condensé ne produit aucune bosselure apparente ; mais si on en accumule une plus grande quantité, il se fait des hernies partout où le tissu fibreux présente moins de résistance. Pour le cerveau, c’est la même chose: à un certain degré de tension les organes prédominants, qui ici répondent aux portions faibles dont nous parlions tout à l'heure, ne se prononcent pas beaucoup par rapport aux autres; mais si l’exaltation, l’effervescence redoublent, le fluide intellectuel fait hernie vers les organes les plus développés, etils’ensuit des effets toujours les mêmes . effets que, pour le penchant d’un ordre inférieur, l’on remarque également dans l'ivresse, état de surextitation qui rompt , comme le soïmambulisme, l'équilibre plus où moins parfait que les facultés conservaient entre elles.

« Ce que nous disons là est un simple aperçu des rapports qu'ont l’un avec l’autre lé magnétisme et la phrénologie. »

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