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du théoricien. Je ne fus donc pas peu surpris de voir la figure de mademoiselle Virginie prendre l'expression que je lui connais lorsque le sommeil somnambulique est sur le point de s’emparer d'elle. Ses paupières s’appesantissent, et se sentant subjuguée par le poids d’un sommeil invincible, elle se retire d’un pas mal assuré pour dormir à son aise dans le cabinet des consultations.
« M. Ricard ne s’en était pas aperçu ; moi, pour ne rien perdre de sa leçon, je ne pus me décider à aller près de la jeune somnambule , persuadé que sans moi elle s’endormirait tout aussi bien. Bref, quand le cours fut terminé, nous nous rendîmes tous deux, M. Ricard et moi, dans le cabinet, et là nous vimes mademoiselle Virginie qui sans magnétisation aucune était complétement endormie ; mais l’extase ne se développait point encore, il n’était qüe trois heures juste. Un quart d'heure s’est à peine écoulé que tous les symptômes du sommeil magnétique porté à son plus haut degré se déclarent.
€ — J'ai peur! j'ai peur! dit-elle; non, non, je ne veux pas aller seule...
« — Où donc ?
«— Vous le savez bien.... là-haut! Oh! je sens qu’on m'enlève ; j'ai peur.
« — Ne voyez-vous pas que je suis avec vous ?
«— Oh! non, non, vous n’allez pas aussi vite que moi, vous ! c’est que c’est haut, bien haut!
« La crise augmentant d'intensité, elle perdit l’usage de la parole ; alors M. Ricard, tous les jeunes gens qui suivaient le cours et moi, nous fûmes témoins d’un spectacle inouï, saisissant et imposant à la fois... Je ne saurais mieux le rendre que par quelques notes prises à la hâte et sans suite, au moment mème où Je l’examinais avec une avide et scrupuleuse attention.
« Contre sa coutume, ses yeux s’ouvrent et se referment tour à tour, Sa physionomie prend une expression tout autre que celle qu’elle présente dans le sommeil magnétique au deuxième degré. Ses membres se roidissent, — il semble qu’elle regarde, et cependant les doigts lancés brusquement contre ses prunelles ne produisent aucune espèce d’oscillation dans ses paupières, — La crise redouble ; elle s’enlève , entre dans un état d’éréthisme et de spasme général ; — ses yeux qui s'étaient fermés se rouvrent de nouveau , et présentent dans la morne fixité de leur regard une immobilité qui vous
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glace, —Elle se rassied et retombe dans un calme voisin de la stupeur ; puis de nouveaux spasmes convulsent tous ses membres.—L'extase est à son comble, —pleurs, sanglots, intermittence de frémissements nerveux et d'absorption extatique où chaque trait de son visage respire le sentiment religieux le plus pur ; on la prendrait pour la Sainte-Thérèse de Gérard...
« À plusieurs reprises cette même série de phénomènes se reproduit alternativement. Cependant un œil observateur distingue des nuances incontestables dans chaque phase qui se renouvelle. Ainsi , quand ses yeux sont ouverts, leur regard exprime tantôt la contemplation, tantôt l’épouvante, tantôt la prière, tantôt la béatitude la plus mystique... il y a même des instants où il semble que le rayon qui s'échappe d’entre ses paupières revienne sur lui-même ; il en est d’autres où sa pranelle plonge dans le vague ; d’autres enfin où, luttant avec son magnétiseur, et se roidissant sur la pointe des pieds, la jeune extatique semble vouloir s’élancer vers un point qu’elle couve de toute la puissance de son regard acéré. . .
« Bientôt l’effroi se trahit dans tous ses traits, tous les muscles de son visage se contractent.
« — Non, non! s’écrie-t-elle d’une voix étouffée.
Puis tout-à-coup à l'expression de l’épouvante succède un air d'inspiration que je ne saurais peindre ; un sourire étrange, sardonique et céleste à la fois erre sur ses lèvres qui proférent ces quelques paroles :
«— Oh! comme ils sont beaux tous trois !
« Nouvelle agitation suivie d’une prostration profonde ; tout son visage prend un air d’hébétement qui fait peine à voir ; cette tête, tout à l'heure si expressive, n'offre plus que la stupeur, l'absence de toute idée, de toute attention, c’est une échpse intellectuelle. — Son corps s’affaisse, tombe , s'incline sur un des bras du fauteuil, et se renverse en arrière comme frappé d’anéantissement. — Son magnétiseur la soutient de l’influence de sa volonté ; alors elle se relève par un soubresaut, et sentant par une commotion sympathique que M. Ricard’ est souffrant, elle se met à le magnétiser sur la poitrine. Cette simple pratique ne lui suffit pas ; dans un de ces élans de charité qui lui sont habituels, elle se prosterne avec un saint recueillement, et il n’est besoin que d’examiner l’expression sublime de son regard pour y lire toute la ferveur de la prière que ses lèvres balbutient. Quelque chose lui dit que le
= 54 — | ciel daignera l’exaucér, alors elle sé relève toute rayonñante d’une sérénité angélique.
« Enfin l’extase arrive à son terme; elle à duré trente minutes; le sommeil simple lui succède.
« M. Ricard l’interroge sur ce qu’elle a éprouvé. Elle répond qu’elle à été bienheureuse, qu’elle est montée dans les hautes régions, et que ce qui lui a fait s’écrier : «—Non, non ! c'était de se voir enlever toute seule, chose qui lui fait toujours grand’peur. Ce sont des anges qui l'ont prise ; ils étaient trois. …
« Une science qui ne fait que de naître, commence par enregistrer les faits, avant d'essayer de S’en rendre compte ; c’est le rôle que nous remplissons en publiant celui qu'on vient de lire ; peut-être un jour chercherons-nous à en donner l'expli- Cation. »