ORAGES MAGNÉTIQUES.— AURORES POLAIRES
L'emploi d'appareils aussi sensibles que les magnétomètres de Gauss a mis en évidence l'agitation continuelle de l'aiguille aimantée. Plus de doute désormais : le magnétisme terrestre est dans un état perpétuel de fluctuation, comme les flots de la mer. A côté des grands orages magnétiques, comme les appelle M. de Humboldt, qui se font sentir d'un pôle à l'autre, il existe aussi des tempêtes locales qui ne s'étendent que sur des surfaces restreintes.
Les tracés publiés par l'Union magnétique révèlent dans les perturbations que subit l'aiguille aimantée un parallélisme frappant. Le même écart est généralement constaté au même instant sur tous les points situés sous le même méridien, seulement l'amplitude diminue lorsqu'on approche de l'équateur, et d'un hémisphère à l'autre le sens du mouvement est renversé. Pour les stations qui ont des longitudes différentes, mais qui sont situées sous le même parallèle, on re-
ORIGES NAC>ÉTIQUF.S. 17S
marque des rapports analogues: lorsqu'une forte perturbation a été notée quelque part, on la retrouve de plus en plus afTaibJie en allant vers l'est ou vers l'ouest, elle est presque éteinte par une différence de longitude de 90 degré;, puis elle reparaît en sens inverse sous le méridien opposé {où la différence est de iSO
Fig. 5i. -VjrUtion!
degrés), comme on peut s'en convaincre en comparant les tracés de Toronto (Canada) à ceux de Nertchinsk (Sibérie orientale).
La figure 52 montre la concordance des variations horaires notées du 38 au 29 mai 1841, a Upsal, ii Gœttingue et à Milan (k peu prés sous le mémo méridien) t nous supprimons, faute de place, les variations intermédiaires. Sans la figure s5, nous avons réuni les variations notées, du 27 au 28 (loât 1841 à
Toronto, à Milan, au cap de Bonne-Espérance et à Nertchinsk. On voit qu*à 11 heures du matin (temps de Gœttingue) une forte perturbation a été constatée à Toronto et à Nertcbinsk, mais que l'aiguille marchait versTouest à Toronto, et à Nertchinsk vers Test. Il était alors environ 5 heures du matin à Toronto et 6 heures du soir à Nertchinsk. A Milan et au Cap. cette perturbation n'existe pas. Le tracé du Cap, si on le renverse^ ressemble beaucoup à celui de Milan.
Quelles sont les causes qui produisent les perturbations magnétiques, les affolements de l'aiguille^ comme les appellent les marins? Il est certain que les courants d'air n'y sont pour rien; par les ouragans les plus forts, on voit souvent l'aiguille rester en repos parfait. Les orages ordinaires ne l'affectent pas davantage. En 1842, M. Lamont, un jour, avait l'œil collé à la lunette du magnétomètre au moment où la foudre tomba à peu de distance de l'Observatoire; l'aiguille ne bougea pas.
Les tremblements de teire, les éruptions volcaniques, paraissent au contraire souvent s'accompagner de perturbations magnétiques, Bemoulli, en 1767, vit l'inclinaison diminuer d'un demi* degré à la suite d'une secousse terrestre. Alexandre de Humboldt a également constaté que l'inclinaison de l'aiguille avait diminué de près d'un degré après le tremblement de terre de Cumana (4 novembre 1 799) . Le P. délia Torre vit, pendant une éruption du Vésuve, la déclinaison changer de plusieurs degrés : il est vrai que des mouvements brusques de ce dernier genre peuvent s'expliffuer, dans boauconp de cas, par les soubresauts
Minuit
Fig. 53. — Variations du 27 au 28 aoùl 1S41 (Toronto, Milan, Gap, Kerlchinsk).
ORAGES MAGNÉTIQUES. i83
qu'éprouTent à de tels moments tous les objets facilement mobiles ; mais l'on a aussi des observations très précises qui ne permettent pas une pareille explication. Ainsi, le 25 février 1828, à 8 heures du matin, l'ingénieur Zobel, engagé dans une opératir)n d'arpentage au fond d'une mine de charbon, près de Muhlheim, à 50 mètres au-dessous du sol, ne put continuer son travail parce que l'aiguille de sa boussole, subitement affolée, faisait des oscillations de 180 degrés qui la renversaient bout pour bout, et paraissait même s'incliner tout en oscillant. Remonté au jour, il apprit qu'à la même heure on avait éprouve, dans cette région, un tremblement de terre ; ni lui, ni les ouvriers de la mine, n'en avaient rien senti, l'aiguille seule avait accusé l'agitation des forces souterraines.
De même à Prague, le 18 avril 1842, à 9 h. 10 m., M. Kreil était en train d'observer la déclinaison, quand tout à coup une brusque déviation du barreau aimanté fit défiler toutes les divisions sous le réticule et sortir l'échelle du champ de la lunette. La même oscillation fut notée au même instant par M. Lamont à Munich et par M. Cclla à Parme. Elle coïncidait avec un fort tremblement de terre qui eut lieu en Grèce à la même minute.
Eti somme, les tremblcmenls de terre ne produisent que des perturbations locales qui s'étendent sur un rayon plus ou moins étendu^ et oii cite des cas (comme le tremblement de terre de Pignerol, en 1808) où l'aiguille aimantée n'a paru éprouver aucun dérangement particulier, malgré les secousses qui agitaient
le sol. M, Erman, le 8 mars 1829, à Irkousk, a constaté, peu de minutes après plusieurs secousses assez fortes, que la déclinaison n^avait subi aucun changement.
Le météore qui présente les rapports les plus étroits avec les perturbations magnétiques, c'est l'aurore polaire.
Sous nos climats tempérés, on aperçoit assez fréquemment, dans la direction du pôle, une vague lueur, faible reflet du splendide météore qui illumine la nuit polaire. De temps à autre, mais rarement, r.aurore boréale est assez intense pour offrir à toute l'Europe le spectacle d'une de ces conflagrations du ciel qui remplissent les âmes superstitieuses de terreur. C'est en Ecosse, en Suède, en Norvège, dans l'Amérique du Nord et surtout en Laponie, que l'aurore se montre dans toute sa beauté. Du mois de septembre 1858 au mois d'avril 1839, dans l'espace de 206 jours, la Commission scientifique française, envoyée dans le nord sous la direction de M. Gaymard, a compté, sur la côte septentrionale de la Norvège (sous le 70* degré de latitude), 155 aurores boréales, et sur ce nombre, 64 avaient été notées pendant la longue nuit de 70 fois vingt-quatre heures qui dura du 17 novembre au 25 janvier. On avait fini par attendre le retour périodique de l'aurore comme un phénomène régulier, et par s'étonner d'un retard ou de l'absence de cette illumination qui remplaçait le soleil.
Dans l'hémisphère sud, on a un phénomène analogue, dont le siège est au pôle austral, et souvent
Tapparition de Yaurore australe coïncide avec celle d'une aurore boréale particulièrement intense. Sur 34 aurores australes observées à Hobarton, dans la Tasmanie, de 1841 à 1848, 29 coïncidaient avec des aurores boréales signalées soit en Europe, soit en Amérique, et toutes furent accompagnées de perturbations de Taiguille dans les stations de rhémisphèrc nord.
Voici comment l'un des membres de l'expédition, M. Charles Martins, résume ses impressions :
a Tantôt les aurores sont de simples lueurs diffuses ou des plaques lumineuses, tantôt des rayons frémissants d'une éclatante blancheur, qui parcourent tout le firmament en partant de l'horizon, comme si un pinceau invisible se promenait sur la voûte céleste ; quelquefois il s'arrête, les rayons inachevés n'atteignent pas le zénith, mais l'aurore se continue sur un autre point ; un bouquet de rayons s'élance, s'élargit en éventail, puis pâlit, et s'éteint. D'autres fois, de longues draperies dorées flottent au-dessus de la tête du spectateur, se replient sur elles-mêmes de mille manières, et ondulent comme si le vent les agitait. En apparence, elles semblent peu élevées dans l'atmosphère, et l'on s'étonne de ne pas entendre le frôlement des replis qui glissent l'un sur l'autre. Le plus souvent un arc lumineux se dessine vers le nord ; un segment noir le sépare de l'horizon, et contraste par sa couleur foncée avec l'arc, d'un blanc éclatant ou d'un rouge brillant, qui lance les rayons, s'étend, se divise, et représente bientôt un éventail lumineux qui remplit le ciel boréal. Cet éventail monte peu à peu
Yen le zéntlh, où les rayons, en se réunissant, forment une couronne qui, h son tour, darde des jets lumineux dans tous les sens. Alors le ciel semble une cou« pôle de feu : le bleu, le Tert, le jaune, le rouge, le blanc, se jouent dans les rayons palpitants de l'au* rore ; mais ce brillant spectacle dure peu d^instants. La couronne cesse d*abord de lancer des jets lumineux, puis s'affaiblit peu à peu : une lueur diffuse remplit le ciel; (à et là quelques plaques lumineuses, semblables k de légers nuages^ s'étendent et se resserrent avec une incroyable activité, comme un cœur qui palpite. Bientôt elles pâlissent à leur tour ; tout se confond et s'efface : l'aurore semble être à son agonie. Les étoiles, que sa lumière avait obscurcies, brillent d'un nouvel éclat, et la longue ^nuit polaire, sombre et profonde, règne de nouveau en souveraine sur les solitudes glacées de la terre et de l'Océan. »
Les Canadiens donnent à ces rayons, qui sans cesse s'élancent et retombent, le nom de merry dancers (joyeux danseurs). L'éclat des aurores est souvent eon** sidérable. Bravais rapporte qu'il pouvait lire à eette lumière une page imprimée en petit texte, presque aussi aisément qu'à la clarté de la pleine lune.
L'aurore boréale est-elle, comme on le dit, un orage muet? Les habitmts des régions hyperboréennes affirment que les aurores boréales sont accompagnées d'un bruissement particulier. Gmelin rapporte qu'en Sibé* rie, d'après les récits des indigèues, le bruit de râtiror& boréale est comparable h celui d'un feu d'aniOce, et qu'il épouvante les chiens des chasseurs de renards bleus. C'est là, sans aucun doute, une exagération
ridicule ; mais Ton ne saurait absolument repousser les nombreux témoignages d'observateurs sérieux qui affirment avoir entendu eux-mêmes dans certains cas • une faible crépitation comme d'une succession d'étincelles électriques, ou un bruit comme celui d'un drapeau qui flotte au vent ou bien comme celui qu'on produit en froissant une étoffe de soie. Brewster luimême disait avoir perçu un jour, en 1801, cette crépitation électrique.
Voici d'ailleurs à ce sujet les conclusions d'un mémoire publié par un médecin islandais, le docteur Hjaltalin, qui avait observé attentivement plus de 300 aurores boréales : « Le bruit qui accompagne les aurores, dit M. Hjaltalin, ne se perçoit que rarement; je l'ai entendu six fois sur cent. Il ressemble à un bruissement sourd, uniforme, à une sorte de pétillement électrique ; il se remarque surtout par un temps calme et serein, lorsqu'il y a beaucoup de mouvement dans l'aurore et lorsque sa couleur est blanchâtre avec de brusques changements en rouge, jamais pendant les aurores franchement rouges, qui ont aussi beaucoup moins d'influence sur l'aiguille aimantée. L'électricité atmosphérique augmente pendant les aurores, et l'air se remplit d'ozone. Tous les objets, ainsi que les hommes et les animaux (surtout les chats), qui ont séjourné à l'air libre pendant une grande aurore, exhalent une forte odeur d'ozone, dès qu'ils entrent dans un appartement chauffé. Si alors on met sécher à l'air de la toile nouvellement lavée, les femmes qui la plient et la repassent ensuite prennent souvent un coryza. »
Ce qui complique la question du bruit auroral, c'est que des observateurs attentifs qui ont tu des aurores boréales par centaines n'ont jamais entendu la moindre trace d'un bruit particulier. Ainsi Franklin dit qu'il a observé 345 aurores, pendant son séjour sur les rives du lac des Ours, et qu'avec la meilleure volonté du monde il n*a jamais pu percevoir le mystérieux bruis* sèment. De même, la commission scientifique française, qui avait observé 155 aurores boréales à Bosekop, déclarait qu'aucun de ses membres n'avait constaté le bruit en question. Une espèce d'enquête qu'elle a faite dans le pays a conduit à cette conclusion, que probablement les bruits qui avaient été attribués à l'aurore étaient produits par le vent ou par la crépitation de la neige, et les habitants ont fini par se ranger à cet avis.
Du reste, l'un des compagnons de Franklin, Hood, raconte qu'en 1821, au fort Entreprise, il a entendu des craquements particuliers pendant une aurore boréale, mais qu'un autre marin lui a fait observer que ce bruit provenait de la contraction de la glace, au moment d'un abaissement subit de la température. En' effet, le lendemain, le thermomètre étant encore tombé plus bas (à 40 degrés au-dessous de zéro), on entendit les mêmes craquements, et cette fois cependant il n'y avait pas d'auroro boréale.
Il est donc probable que les bruits que beaucoup de personnes prétendent avoir entendus pendant les aurores boréales avaient une autre origine, bien qu'il ne soit pas impossible en soi que oe météore donne lieu à de faibles bruits. M. Becquerel fait remarquer à cet
ORAGES MAGNÉTIQUES. iOt
égard que les lamelles de glace composant les cirrus pourraient bien faire entendre une crépitation, sous l'influence des courants électriques qui les traversent. C'est le plus souvent au-dessus d'une atmosphère pleine de cristaux de glace que se produisent les aurorores, car, au moment de leurdisparition, on constate que les cirrus se trouvent précisément dans la direction d'oii partaient les lueurs les plus brillantes. Ou bien faut-il ranger ces crépitations aurorales au nombre des hallucinations de l'ouïe, dont il existe tant d'exemples ? Quand on voit jaillir la lumière, dit M. Loomisy on est disposé à écouter des bruits aériens, et l'on entend souvent ce qu'on veut entendre. C'est ainsi que les anciens Germains entendaient la mer siffler quaud le soleil couchant s'y plongeait comme un fer rouge.
C'est une illusion d'optique qui nous montre l'aurore boréale sous la forme d'une arcade de lumière ; en réalité, c'est un vaste anneau qui entoure le pôle magnétique, d'oii il rayonne en tous sens, dans la direction del'aiguille d'inclinaison.
On peut admettre que la hauteur à laquelle s'élève ce météore est très considérable, mais les limites que divers physiciens lui assignent varient beaucoup. Les calculs sont toujours fondés sur la comparaison des élévations angulaires, observées de plusieurs points très éloignés les uns des autres ; rarement on est sûr que les observateurs aient visé les mêmes rayons* C'est ce qui explique les discordances des évaluations relatives à une même apparition ; pour la grande aurore du 7 janvier 1851, qui fut visible dans tout le centre do
l'Europe, Hansteen a trouvé une hauteur de près de 200 kilomètres, tandis que Christie n'obtenait, par un autre calcul, que des résultats qui variaient de 10 à 40 kilomètres, Farqhuarsonaméme conclu de deux observations simultanées, faites dans le nord de l'Ecosse, qu'une aurore peut très bien ne pas dépasser 1200 mètres. Celte opinion a trouvé des partisans parmi les navigateurs qui ont visité les régions polaires. Sir John Franklin affirme avoir vu en 1820, au fort Entreprise, des masses de nuages éclairées d'en bas par une aurore peu élevée au-dessus du sol. Hood et Richardson rapportent des faits analogues. Scoresby dit que sous le 65"" degré de latitude nord il a vu les aurores descendre tellement bas, que les rayons semblaient toucher les sommets des mâts. En 1825, les compagnons de Parry virent un de ces rayons plonger entre euxetja terre éloignée d'environ 3000 pas.
Ces affirmations très précises contrastent étrangement avec les résultats qu'un physicien américain, M. Elias Loomis, a tirés de la* discussion des nombreuses obsei*vations dont les deux magnifiques au-' rores boréales du 28 août et du 2 septembre 1859 ont été l'objet en diverses latitudes. If après M. Loomis, Je 23 août, l'extrémité inférieure des fusées se trouvait à 74 kilomètres de hauteur, tandis que l'extrémité supérieure atteignait l'énorme élévation de 860 kilomètres. Les rayons de l'aurore du 2 septembre partaient d'une altitude de 80 kilomètres et s'élevaient à près de 800 kilomètres au-dessus du niveau des mers. Le même procédé dp calcul appliqué à trenteanircs aurores boré^nlcs a donné, pour la limite supé-
rieure du météore une altitude moyenne de 725 kilomètres, d'où il suit que ces traits de feu ont d'ordinaire 650 kilomètres de longueur. M. Galle a fait des calculs analogues pour les aurores du 25 octobre 1870 et du 4 février 1872 ; pour la première, il a trouvé 530 kilomètres, et 440 pour la dernière. Quoi qu*il en soit de l'exactitude de ces évaluations, dont la base n'est peutêtre pas très solide, elles ne nous empêcheraient pas d'admettre, comme par le passé, que les aurores boréales ont l'atmosphère pour théâtre; seulement il faudrait alors supposer qu'elles pénètrent dans des régions où il y a moins d'air que dans le vide de la ma- . chine pneumatique. Ajoutons que l'hypothèse d'une élévation parfois très considérable du sommet de l'aurore expliquerait l'énorme distance à laquelle on Ta- • perçoit dans certains cas. Le capitaine Lafond, étant dans l'hémisphère austral à la latitude de 45 degréç, juste au sud de la Nouvelle Hollande, affirme avoir vu, le 14 juin 1851, une aurore boréale dans la direction • du nord-est. Dalton, d'autre part, a plusieurs fois observé la lumière australe en Angleterre.
Les aiîrores se montrent presque toujours pendant la nuit. D'après Bravais, à Bosekop les premiers indices paraissaient vers 8* heures du soir, et les dernières traces des rayons s'évanouissaieht vers 5 heures et demie du matin. C'est pendant l'hjver que la zone .des aurores boréale's s'avance le plus vers le sud, et elles ont leur plus grande fréquence aux époques des cquinoxes, au commencement et à la fin de la période hivernale. Sur un nombre total de 3600 aurores scientifiquement observées, on en a compté 60 scfulc-
ment au mois de juin/ qui est le mois le plus pauvre à cet égard. Voici les nombres notés pour tes différents mois de Tannée, d'après Klein :
Janvier ^ •. 365
Février 389
Mars 458
Avril 7)04
Mai 101
Juin 60
Juillet 69
Août 228
Septembre. ... : -iil
Octobre 498
Novembre 306
Décembre 377
La fréquence des aurores boréales est en outre sujette à une variation séculaire, dont la période paraît être de cinquante-six à soixante ans. Les années 1697, 1755, 1812, 1868, sont des années de fréquence minimum; 1728, 1786, 1847, sont des années marquées par une fréquence très grande des aurores. Cette période elle-même pourrait d'ailleurs se subdiviser en cinq ou six périodes de dix à onze ans, correspondant aux alternatives régulières que présentent à la fois, d'après M. Schwabe, M. R. Wolf et le général Sabine, la fréquence des taches solaires et l'amplitude moyenne des variations diurnes de la déclinaison. Le parai lélisme de ces trois phénomènes, déjà signalé par M. Wolf, a encore été confirmé par les travaux de M. E. Loomis et de M- Allan Broun*. En outre
* li faut cependant notet que M. Faye Conteste ces coïncidences,
M. Hornstein a recoD^jU dans les variations magnétiques «ne période de 26 jours ~ , correspondant à la rotation synodique du soleil, c'est-à-dire au retour du même aspect de la surface solaire. Il serait ainsi, démontré quf les fluctuations périodiques des aurores boréales aussi bien que des yariations de Taiguille aimantée sont des phénomènes cosmiques dont le siège est le soleil. La lune, elle aussi, produit d'ailleurs une inégalité dans la variation diurne de l'aiguille.
Cette influence cosmique qui se trahit dans les allures des aurores et des yariations de l'aiguille aimantée, s'étend peut-être encore plus loin. M. Emile Kluge ayant dressé une liste aussi complète que possible des éruptions volcaniques observées depuis l'an 1000 avant notre ère (il y en a 1450), eroit avoir remarqué que ces éruptions suivent une période de cent ans qui embrasse neuf périodes d'un peu plus de onze ans. Le Vésuve, par exemple, a offert de grandes éruptions en 685, 983, 1184, 1682, 1783, 1784 et 1785, l'Etna en 1183, 1285, 1381, 1682, 1781S — l'Etna encore en l'an 56 avant J.-C, puis en 1444, 1643, 1744, 1844, le Vulcano en 144 et 1444, le Vésuve en 1643; en 1845, il y eut encore une éruption sous-marine dans la Méditerranée et une éruption de l'Hécla, en 1245 et en 1345 d'autres éruptions
et soutient que les taches solaires suivent la période de 11* 11, déterminée par M. Wolf, tandis que les yariations de l'aiguille suivent celle de 10' 45, déterminée par MM. Lamont, Loomis et Âllun Broun. Les uiaxima auraient été accidentellement d'accord vers 1860.
* Nous verrons si en 1881 il y aura une nouvelle éruption.
dans les parages de Tlslande. Les rapprochements de ce genre, établis par M. Kluge, sont très nombreux. Il ajoute que les minima des taches solaires et des variations magnétiques correspondent à la plus grande, leurs maxima à la moindre fréquence des éruptions volcaniques. Ainsi notamment le minimum de 1823 coïncide avec des éruptions fort nombreuses : on en a noté, de 1822 à 1824, quarante-qui^tre, ou bien trente en ne comptant pas les répétitions.
Les aurores boréales se développent sur une zone annulaire dont le centre en tout cas n'est pas éloigné du pôle magnétique, bien qu'il ne semble pas coïncider avec lui. Il en résulte qu'en Norvège et en Suède c'est au nord-ouest que Ton aperçoit les aurores, tandis qu'aux Etats-Unis on les voit dans la direction du nord, et qu'à l'île Melville, Parry, qui avait dépassé le pôle magnétique, les voyait au sud. Dans les régions polaires proprement dites, ce spectacle est d'ailleurs assez rare, et les aurores s'y montrent avec peu d'intensité, LÉPzone la plus riche à cet égard est celle qui comprend l'Islande, le nord de la Norvège, la Finlande, le nord de la Sibérie, la baie de Iludson, le Labrador, la pointe méridionale du Groenland ; on y compte en moyenne quatre-vingts aurores par an. Plus au nord et plus au sud, ces crises magnétiques deviennent moins fréquentes, A la Havane, on n'a observé que six aurores en cent ans.
Les deux aurores du 28 août et du 2 septembre 1859 constituent l'une des apparitions les plus remarquables du météore, car il semble prouvé qu'entre ces deux dates l'incendie magnétique ne s'est pas
éteint un seul moment, à en juger par le trouble con< tinuel des boussoles. Le 28 août, le phénomène fut visible depuis la Californie jusqu'aux monts Ourals. Les franges supérieures de la nappe la plus méridionale paraissaient alors au zénith de la Virginie. Le 2 septembre, elles se montraient au zénith de la Floride ; Panneau s'était donc avancé vers le sud, et le météore fut signalé aux iles Sandwich, dans toute l'Amérique Ai Nord, en Europe et jusqu'en Algérie ; le même jour l'hémisphère sud jouissait du spectacle d'une magnifique aurore australe. La moitié de la terre était ainsi illuminée par les reflets des feux polaires.
Depuis la découverte de l'analyse spectrale, on n'a pas manqué de scruter le spectre de l'aurore, dans l'espoir d'y trouver quelque renseignement inattendu sur la nature intime du phénomène. M. Angstrœm, M. Slruvc, M. Vogel, ont décrit le spectre de l'aurore boréale ; mais les résultats obtenus n'ont rien de bien concluant. Dans ces derniers temps, M. Liais y a signalé les raies du soufre. Il est très fft*ol^ble que la température extrêmement basse des hautes régions de l'atmosphère modifie sensiblement les spectres des gaz qui deviennent lumineux à ces hauteurs.
Une expérience déjà ancienne de M. de la Rive reproduit artificiellement les apparences de l'aurore. On appelle œuf électrique un ballon de verre dans lequel on peut faire passer la décharge d'une machine électrique ordinaire ou celle d'une bobine d'induction, après y avoir fait le vide. M. de la Rive y introduit un cylindre de fer doux (fig. 55), couvert d'une couche
198 f.E HAGNËTISME
de gomme-laque qui le sépare d'un anneau de cuivre placé à la partie inférieure du ballon. On met l'anneau et le sommet de l'appareil en communication avec les deux pôles d'une machine d'induction, ou bien avec une machine électrique ordinaire et avec le sol. La
décharge forme alors des gerbes lumineuses irrégolières ; mais si l'on vient à aimanter le cylindre, les gerbes s'étalent, l'enveloppent, et la nappe de feu se met à tourner autour de l'aimant. Il doit en être ainsi, puisque ces jets de lumière sont des courants électriques devenus visibles ; c'est un nouvel exemple de )a
rotation des courants par les aimants, dont il sera question plus loin.
M. de la Riv,e assimile ce phénomène à celui des aurores polaires. D'après l'illustre physicien genevois, les aurores seraient des décharges électriques auxquelles Taimant terrestre imprimerait un mouvement de rotation. Ces décharges viendraient des particules de glace suspendues dans les couches supérieures de l'atmosphère, et formées par la congélation de l'eau qui s'est évaporée des mers équatoriales, d'où elle est venue au pôle chargée d'électricité positive. L'existence de ces cristaux de glace dans les régions élevées de l'atmosphère pendant les aurores, est confirmée par beaucoup d'observateurs. Au Canada, on a constaté que les jours qui précèdent et qui suivent l'apparition des aurores sont presque invariablement marqués par des chutes de pluie ou de neige. Le docteur Richardson, par un beau temps et une température de trente-deux degrés au-dessous de zéro, voyait Tare de l'aurore dans le voisinage du zénith et constatait au même moment la chute d'une neige extrêmement fine, à peine visible, mais qui laissait des gouttes en fondant sur la main^
Tout récemment M. Gaston Planté a réussi également à produire des phénomènes analogues à ceux des aurores en faisant plonger les pôles de sa pile à haute tension dans un tube en U, plein d'eau salée ; mais ces expériences demandent à être creusées davantage pour devenir concluantes.
' MargoUé et Zurcher, les Météoret,
l/ÉLECTRO-MAGNÉTISME