‹ Le Maha-bharata. Poème épique de Krishna-Dwaipayana plus communément appelé Véda-Vyasa. C'est-a-dire le compilateur et l'ordonnateur des Védas. Traduit complétement pour la première fois du sanscrit en françaisChapitre 3 sur 11 · LA MORT DE GHATOTKATCM · texte numérisé non relu

LA MORT DE GHATOTKATCM

Quand elle eut dépassé les troupes des Pândouides, ton armée, à laquelle était jointe une excellente division d'éléphants combattit de tous les côtés. 6,605.

Initiés pour l'autre monde au vaste royaume d'Yama, les Pântchâlains et les Rourouides se combattirent, les uns les autres. 6,606.

Les héros, en venant aux mains avec les héros, se blessaient dans le combat avec des flèches, des lances et des leviers en fer, et s'envoyaient lestement au monde d'Yama. 6,607.

Il y avait, des maîtres de chars avec les maîtres de chars, qui s' entr' égorgeaient les uns les autres, une bataille grande, épouvantable par ses ruissellements de sang. 6,608.

Les éléphants irrités, enivrés par le mada, s'attaquaient mutuellement, grand roi, et se frappaient à coups de trompes. 6,609.

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Désirant une vaste renommée dans cette bataille confuse, les cavaliers fendaient les cavaliers avec des haches, des lances de fer et des traits barbelés. 6,608.

Sans cesse rivalisant d'ardeur, les fantassins par centaines, tenant des javelots à leur main, terrible guerrier aux longs bras, couraient les uns sur les autres. 6,609.

Nous distinguions seulement les Pântchâlains d'avec les Kourouides, vénérable roi, en entendant proclamer les races et les noms de leurs familles. 6,610.

Dans le combat, où ils se promenaient sans crainte, les combattants de s'envoyer réciproquement dans l'autre monde avec des haches, des flèches et des lances de fer.

Ces dards, qu'ils lançaient à milliers par les dix points de l'espace, ne brillaient pas de leur éclat naturel, sire ; car le soleil était descendu au mont Asta.

Tandis que les Pândouides combattaient de cette manière, puissant fils de Bharata, Douryodhana se plongea dans cette armée. 6,613.

Pénétré d'une profonde douleur par la mort du Sindhien, il pensait ainsi : « 11 faut mourir ! » Et il entra dans les bataillons des ennemis, ébranlant, faisant résonner la terre au bruit de son char. Ton fils s'avança vers l'armée des Pândouides. 6,614—6,615.

La mêlée confuse de lui et d'eux, Bharatide, faisait mourir au loin tous les guerriers d'épouvante. 6,616.

Tel que, parvenu au milieu du jour, le soleil brûle de ses rayons, tel, à mon avis, ton fils les consumait par la splendeur de ses flèches. 6,617.

Les Pândouides ne pouvaient fixer les yeux dans ce jx 9

combat sur leur héroïque cousin (1). Sans énergie dans la victoire sur les ennemis, n'ayant de force que pour la fuite, les Pântchâlains couraient çà et là, frappés à mort par le magnanime. Les combattants des Pàndouides tombaient, frappés des flèches acérées, à la pointe luisante, empennées d'or, lancées par l'archer, ton fils. Les Pàndouides n'accomplirent pas dans ce combat un exploit semblable à celui, qui fut exécuté par le roi, ton fils, monarque des hommes. Immolés par son bras dans cette bataille, les Pàndouides

Ressemblaient à un bassin de lotus, agité de tous les côtés par un éléphant. Grâce à la splendeur des flèches de ton fils, l'armée Pàndouide était comme un étang de nymphées à la splendeur évanouie et dont l'eau fut tarie par le vent et le soleil. Quand ils virent l'armée de Pàndou détruite par ton fils, Bharatide, les Pântchâlains de s'enfuir, malgré quils fussent commandés par Bhimaséna. Le héros Kourouide de blesser Viïkaudara avec dix traits, les deux fils de Madrî avec trois individuellement, 6,622—6,623—6,624.

Virâta et Droupada de six, Çikhandi de cent, Dhrishtadyoumna de soixante-dix et le fils d'Yama de sept.

Dès qu'il eut frappé les Kaîkayains et les Tchédiens de nombreuses flèches acérées, le Sâttwatide de cinq, chacun des Draâupadéyains de trois, 6,625 — 6,626.

Et percé Ghatotkatcha, il poussa dans la bataille un rugissement de lion. Irrité, il tua d'autres combattants,

(1) Littéralement : frère. C'est ainsi que ce mot est employé dans l'Évangile avec la même signification de cousin.

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par centaines, et, tel que la mort extermine les êtres, il trancha dans ce grand combat les corps des éléphants et des coursiers. L'aîné des Pândouides avec deux bhallas coupa en trois son grand arc au dos en or, et blessa avec dix autres flèches aiguës, lancées du même coup, vénérable monarque, ce héros, qui donnait la mort aux ennemis. 6,627— 6, 62S— 6,629.

Tous ces traits, ayant fendu son corps, se plongeaient ensemble clans la terre. Ensuite, ces guerriers entourés environnèrent Youdhishthira ; 6, 630.

TelslesDieux pour la mort de Vritra environnaient Pourandara.

Le roi Youdhishthira d'envoyer à ton fils dans le combat, respectable roi, un trait de la plus grande puissance. Celui-ci, profondément blessé par le dard, s'affaissa sur son char sublime. 6.631 — 6,632.

Un grand bruit de clameurs poussées s'éleva bien haut parmi les guerriers Pàntchâlains : «Le roi est mort!» s'écriait-on; et de-là naquit un vaste tumulte.

On entendait le bruit du sifflement des flèches. Enfin, Drona apparut dans ce combat; 6,633.

Et, saisissant un arc solide, Douryodhana lui-même se se porta devant les Pândouides, en criant au roi : « Haltelà ! arrête!» 6,634.

Désireux de sauver le roi, les Pàntchâlains s'élancèrent à leur rencontre d'un pied hâté; et Drona les accueillit, voulant défendre le plus élevé des Kourouides :

Ainsi, l'astre aux mille rayons dissipe les nuages rassemblés par le vent irrité. Ensuite, une grande bataille, sire, enrichissant la terre de funérailles, surgit entre les tiens et les ennemis, que le désir de combattre avait mis aux prises. 6,635—6,636—6,637.

« Maintenant que tu m'as dit que le vigoureux Drona était entré avec colère au milieu des Pândouides, interrompit Dhritarâshtra, et que mon insensé (1) fils, Douryodhana, le violateur des préceptes de morale, 6,638.

» Se promenait, héros monté sur son char, au milieu de l'armée ennemie, dis-moi comment les Pândouides ont arrêté Drona au grand arc. 6,639.

» Qui défendit à droite les roues de l'Atchârya dans ce grand combat ? Qui les défendit à gauche, quand il immolait impitoyablement les ennemis? 6,6ZiO.

» Quels héros ont protégé les derrières de cet héroïque combattant? Quels maîtres de chars ennemis se jetèrent devant ses pas? 6,641.

» Ils ont senti, je pense, un froid excessif, hors de saison ; ils ont dû trembler, je pense, comme des bœufs en hiver. 6,6Zi2.

» Tu m'as dit que ce héros invaincu, le meilleur de tous ceux, qui portent les armes, est entré au milieu des Pântchâlains, où il semblait danser dans les routes de son char. 6,643.

» Comment ce taureau des hommes, qui consumait les armées des Pântchâlains, comme un furieux météore, estil descendu dans la tombe ? » 6,644.

Victorieux du Sindhien, répondit Sandjaya, le Prithide, s'étant réuni au roi, et le Sâttwatide au grand arc coururent dans la soirée sur Drona. 6,645.

Youdhishthira et le Pàndouide Bhîmaséna, chacun à la tête d'une armée, fondirent également sur lui. 6,646.

Le sage Nakoula et l'invincible Sahadéva, Dhrishtadyoumna avec sa division et Virâta avec les Kaîkayains,

(1) Manda», texte de Bombay.

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Les Matsyas et les Çâlyas se portèrent avec des armées contre le fils de Bharadwâdja. Défendu par les Pântchàlains, le roi Droupada, père de Dbrishtadyoumna, s'approcha de Drona. Les Draâupadéyains aux grands arcs et le Rakshasa Gathotkatcha 6,647— 6,6ZiS— 6,6/i9.

Firent tête avec des armées au brahme à la grande lumière. Les fortunés Pântchâlains au nombre de six mille combattants, 6,650.

Ayant élu Çikhandî pour chef, s'avancèrent vers Drona, et les autres tigres des hommes, héros illustres des Pàndouides, s'approchèrent, les rangs unis, de l'Atchârya. Tandis que ces héros s'avançaient pour le combat, taureau des hommes et des Bharathicles,

Il se répandit une nuit épouvantable, accroissant l'effroi des gens timides. Ces ténèbres horribles, tournant à la mort des combattants mêmes, dérobaient en ce moment les souffles de l'existence aux hommes, aux coursiers , aux éléphants. Dans cette nuit terrible de tous côtés, les chacals se réjouissant 6,653 — 6,65Zi.

Annonçaient de leurs gueules, qui semblaient dévorer des flammes, un formidable péril; et des météores de feu crépitants prédisaient un vaste sujet d'épouvante.

Ils étaient surtout au plus haut point alarmants au milieu de l'armée des Kourouides. Soudain, Indra des rois, éclata parmi les armées un bruit immense. La terreur dominait de toute part au vaste roulement des tambours, au son des tympanons, au barrit des éléphants, au hennissement des coursiers, au trépignement de leurs pieds. Ensuite, commença au coucher du soleil un combat plus qu'épouvantable, 6,655 — 6,656 — 6,6576, — 658.

De tous les côtés, puissant monarque, entre le fils de Bharadwâdja et les Srindjayas. Au milieu des ténèbres, dont le monde était enveloppé, on ne pouvait rien distinguer. 6,659.

Le sang du cheval, de l'éléphant, du guerrier se coagulait avec la poussière, que l'armée soulevait de tous les côtés. 6,660.

Plongés dans l'abattement , nous ne voyions pas la poussière de la terre, comme on ne voit pas dans la nuit celle d'une forêt de roseaux, qui brûle sur une montagne.

On entendait un cliquetis épouvantatable de flèches tombant : tout semblait rempli du son des tambours et des tympanons, des tymbales et des patahas, plein de formes indécises entre le barrit et le hennissement. Enveloppés d'obscurité, sire, on ne distinguait, ni les siens, ni les ennemis. 6,661 — 6,662 — 6,663.

Tout semblait dans le soir s'enivrer de folie : le sang montait dans le ciel, Indra des rois, avec la poussière de la terre. 6,66Zi.

L'obscurité se répandait au milieu de l'or, des cuirasses, des parures : l'armée Bharatienne, ornée dejoyauxetd'or,

Ressemblait, éminent Bharatide, au ciel delà nuit, parsemé de constellations. Elle était peuplée de hérons et de chacals, remplie de drapeaux et de lances en fer.

Effrayante, elle répétait le barrit des éléphants; elle résonnait de blessures retentissantes ; il régnait un bruit grand, confus, horripilant, semblable au fracas de la foudre du grand Indra, et qui remplissait tous les points de l'espace. Dans cette nuit profonde, grand roi, on n'entrevoyait pas l'armée Bharatienne, parée de bracelets , de

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pendeloques, de nishkas et même de ses armes. Là, étaient ornés d'or les chars et les éléphants eux-mêmes.

Ils paraissaient dans la nuit comme des nuages entrelacés d'éclairs. On voyait tomber, comme des feux resplendissants, les pattiças, les traits barbelés, les moushalas, les cimeterres, les massues, les lances de fer et les épées. Désirant livrer un combat, les guerriers d'entrer dans cette armée terrible, surprenante, épouvantable, largement unie au froid et au chaud, pleine de drapeaux, précédée par le vent de Douryodhana, qui avait pour nuages les divisions des chars, pour tonnerre le biuit des instruments de musique, pour éclairs les arcs, pour nuées les Pàndouides et Drona, pour foudres les cimeterres, les massues et les lances de fer. Dans cette effrante soirée, qui résonnait d'un fracas immense, qui faisait naître la terreur des gens timides et accroissait la joie des héros, tandis que s'agitait ce combat de nuit, trèsformidable, plein d'épouvante, les Pàndouides et lesSrindjayas réunis fondirent avec colère sur Drona; mais à tous les magnanimes, sire, il fit tourner le dos, quels qu'ils fussent, et les plongea dans la ville d'Yama. Les milliers d'éléphants et les myriades de chars, [De lastance 6,670 à la stance 6,681. )

Les millions et les centaines de millions des fantassins et des cavaliers furent, par compagnies, percés dans cette soirée des nârâtchas, que décochait la main seule de Drona.

« Quand cette armée intraitable, irritée, insoutenable, mais à la force non sans mesure, des Srindjayas eut été enfoncée, s'enquit Dhritarâsthra, quels furent alors vos sentiments? 6,681— 6,682.

136 LEMAHA-BHARATA.

» Qu'est-ce qui fut accompli par le Prithide à l'âme incommensurable, cet immolaient' de l'héroïque Sin >hien et de Bhoûriçravas, quand il fut entré dans l'armée, après qu'il eut adressé un tel langage à mon fils Douryodhana, le transgresseur des préceptes de morale? Tu dis que le brahme invaincu à la grande splendeur s'est approché des Pândouides? 6,683 — 6,684.

» Après que cet inaffrontable fléau des ennemis fut entré au milieu d'eux, quel ie. chose Douryoclhana pensa-t-il à propos de faire ? 6,685.

» Qui suivirent les pas de ce héros, donateur de grâces, le plus excellent des brahmes ? Quels braves, cocher, ont protégé les derrières de ce vaillant guerrier dans sa bataille ? 6,686.

» Qui ont combattu devant lui, tandis qu'il détruisait les ennemis dans le combat ? Tous les Pândouides, à mon avis, furent la proie des flèches du Bharaclwâdjide !

» Ils ont dû trembler, seigneur, comme des bœufs maigres en hiver. Comment ce héros, le tigre des hommes, qui broie les ennemis entre ses mâchoires, est-il descendu au tombeau dans l'armée des Pântchâlains, où il s'était introduit ? 6,6S7 -6,688—6,689.

» Dans cette nuit, où toutes les armées étaient rassemblées, où les grands héros en vinrent aux mains, où le trouble agitait chaque troupe (1) en particulier, qui furent alors parmi vous les esprits intelligents ? 6,690.

» Tu dis que les maîtres de chars d'entre les miens étaient dans ces combats, ou mourants, ou couchés morts,

1) Vrithufjbétdsku, texte de Bombay.

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ou suspendus entre la mort et la vie, ou réduits même sans chars. 6,691.

h Dans quels sentiments furent alors ces hommes agités, l'esprit frappé par les Pândouides et plongés en des ténèbres obscures ? 6,692.

» Les Pândouides sont remplis d'ardeur, me dis-tu ; ils sont hautains même ; et les miens n'ont plus de ressort, ils ont perdu le cœur, ils tremblent d'effroi ! 6,693.

» Comment la valeur de ces Prithides, qui ne fuient jamais, Sandjaya, s'est-elle déployée cette nuit contre les Kourouides ! » 6,69/i.

Tandis que se déroulait ce combat de nuit très-épouvantable, répondit Sandjaya, tous les Prithides avec les Somakas de courir sur Drona. 6,695.

Alors celui-ci, de ses flèches au vol rapide, plongea dans l'autre monde les Kaîkayains et tous les fils de Dhrishtadyoumna. 6,696.

Ce grand héros envoya au monde des Mânes, sire, tous les princes, qui venaient s'offrir devant lui. 6,697.

-L'auguste roi Çivi s'avança alors avec colère vers le vaillant fils de Bharadwâdja, qui immolait en grand héros les ennemis. 6,698.

Quand il vit accourir cet éminent brave des Pândouides, Drona de le frapper avec dix flèches, toutes de fer massif. 6,699.

Çivi le blessa en retour de trente dards, et abattit en riant son cocher d'un bhalla. 6,700.

Après qu'il eut tué les chevaux et le cocher de ce magnanime, Drona ravit à son corps la tète, coiffée ellemême avec le casque. 6,701.

Douryodhana (11 promptement donna ses ordres à un autre cocher ; et, celui-ci modérant ses chevaux, il fondit une seconde fois sur les ennemis. 6,702.

Irrité par la mort de son père, tombé précédemment sous les coups de Blwna, le fils du roi de Kalinga s'élança, avec une armée de Kalingains, sur Vrikaudara. 6,703.

Il blessa d'abord Bhîmaséna de cinq flèches, ensuite de sept ; il décocha trois dards sur Yiçoka, un seul à son drapeau. 6, 70 A.

Courroucé contre le roi des Kalingains en courroux, Vrikaudara sauta de son char sur le char de son ennemi, et le frappa de sa main fermée. 6,705.

Frappé du poing par ce vigoureux Pândouide, tous ses os tombèrent soudain sur le champ de bataille, les uns ici, les autres là. 6,706.

Karna et ses frères ne purent, fléau des ennemis, supporter son infortune ; aussi percèrent-ils Bhîmaséna de nârâtchas, semblables à des serpents. 6,707.

De-là, abandonnant le char de l'ennemi, Bhîma de passer dans le char de Certain (2), qu'il broya de son poing, et la mort éternelle du guerrier fut certaine (3).

11 tomba sous le coup du vigoureux fils de Pândou. Après cette victoire, puissant roi, Bhîmaséna à la grande force, arrivé au chariot de Djayafâta, rugit trois et quatre fois comme un lion, et, tout en jetant ces cris, il renversa

(1) Évidemment, cette stance interpolée n'est point ici à sa place, dans l'une et l'autre édition ; car l'action précédente s'est accomplie avec Çivi, qui vient de périr décapité, non avec Douryodhana, qui d'ailleurs compte Drona pour un de ses combattants.

(2-3) Dhrouvan. .Mais nous avons traduit le nom, contre notre usage, afin de pouvoir rendre ici le jeu de mots.

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la maître de sa main gauche. 6,708 — 6,709— (5,710.

Placé devant Karna lui-même, il immola Djayarâta d'un coup de sa paume, mais Karna de lancer au Pàndouide une lance toute faite d'or. 6,711.

Le fils de Pàndou arrêta cette arme en riant ; et l'iriaffrontable Vrikaudara la renvoya elle-même à Karna sur le champ de bataille. 6,712.

Çakouni la trancha dans son vol avec un trait imbu de sésame. Quand- il eut accompli cette grande prouesse, le guerrier au courage admirable remonta dans son char et fondit sur ton armée. Ton fils aux longs bras , souverain des hommes, arrêta Bhîmaséna, qui s'approchait, telle que la mort irritée, avec le désir de tuer. Les grands héros de l'ensevelir sous une forte averse de flèches.

Ensuite Bhîma, en riant, conduisit dans ce combat le cocher et les chevaux de Dourmada au séjour d'Yama.

Sur le champ, Dourmada de monter sur le chariot de Dourkarna ; et ces deux frères, destructeurs des ennemis, montés sur un seul et même char, de courir sur Bhîma au milieu du front de la bataille, comme jadis les deux souverains des eaux fondirent sur Tàraka, le plus excellent des Daîtyas. 6,716 — 6,717 — 6,718.

Alors Dourmada et Dourkarna, tes fils, sur la voiture, où ils étaient montés l'un et l'autre, blessèrent Bhîmaséna de leurs flèches. 6,719.

Mais, en dépit de Karna, d'Açwatthâman, de Douryodhana, de Kripa, de Somadattà et de Yâhlika, le Pàndouide, dompteur des ennemis, fit entrer dans la terre d'un coup du son pied le char de Dourkarna et de l'héroïque Dourmada. 6,720.

l/,0 LE MAHA-BHARATA.

Puis, bouillant de colère, il broya sous un coup de son poing ces deux vigoureux héros, tes fils, et jeta un cri. 6,721.

Quand ils virent Bhîma dans l'année gémissante : « C'est Roudra lui-même sous la forme de Bhîma ! dirent les rois ; il a faim des fils de Dhritarâshtra ! » 6,722.

A ces mots, tous les princes de s'enfuir, Bharathide. Ils gouvernaient leurs chevaux en hommes privés de sens, et deux ne couraient pas ensemble. 6,723.

Le soir, au milieu de cette armée profondément agitée, Vrikaudara à la grande force, aux yeux de lotus sortis du sommeil, fut honoré par les plus excellents des rois, et le vigoureux honora lui-même le monarque Youdhlshthira.

Ensuite les deux jumeaux, Droupada, Virâta, les Kaîkéyains et Youdhishthira furent comblés d'une grande joie ; ils répandirent les plus grands honneurs sur Vrikaudara, comme jadis les Immortels avaient honoré Çiva, de qui le bras venait d'immoler Andhaka. 6,72 h — 6,725.

Semblables aux fils de Varouna et pleins de ressentiment, tes fils, accompagnés du magnanime Gourou, environnèrent, brûlants de continuer cette bataille, Bhîmaséna avec les rangs épais de leurs fantassins, éléphants et chariots de guerre. 6,726.

Dans cette soirée d'une extrême épouvante et qui semblait couverte de nuages ténébreux, se déroula entre ces magnanimes, ô le meilleur des rois, un combat suprême, terrible, inspirant le plus profond effroi et cause de joie pour les vautours, les loups et les hérons. 6,728.

Après que Sàtyaki eut immolé ton fils, qui s'était assis dans le jeûne, Somadatta, plein de colère, lui adressa ces paroles : 6,7:: 9.

DRONA-PARVA. 141

« Toi, que les Dieux magnanimes ont vu jadis observer le devoir du kshatrya, comment, Sâttwatkle, déserteur de ce devoir, te complais-tu dans celui du voleur ?

» Comment un guerrier sage, qui trouve son plaisir dans les devoirs du kshatrya, aurait-il exercé une violence (1), Sâtyaki (2), sur un homme malheureux, qui avait détourné sa face du combat et qui avait même déposé ses armes ? 6,730—6,731.

>• Certes ! vous êtes ici deux grands héros, le premier des Vrishnides dans le combat, Pradyoumna à la grande splendeur et toi, Scàtyaki. 6,732.

» Comment as -tu pu commettre une telle barbarie, un si énorme péché contre un guerrier assis dans le jeûne, à qui le Prithide avait même coupé le bras (3) ? 6,733.

» Goûte, homme abject, le fruit de cette action! Aujourd'hui, marchant avec audace, insensé, je vais d'une flèche trancher ta tête dans le combat. 6,734.

» Je le jure par mes deux fils, Sâttwatide, par mes sacrifices et par mes bonnes œuvres! Si, avant que la nuit soit écoulée, je ne t'ai pas tué, avec ton fils et ton frère mineur, toi, qui as le vain orgueil d'un héros et que ne défend pas Djishnou le Prithide, puisse- je tomber, opprobre des Vrishnides, dans l'épouvantable Naraka! »

A ces mots, Sodamatta à la grande force remplit de vent sa conque avec colère, et poussa d'une voix éclatante son cri de guerre. 6,737.

Le robuste Sâtyaki aux longues dents de lion, aux

(1-2) Praharait,.... Sâtyakai, texte de Bombay. (3) Tchinnabùhavai, même texte.

1A2 LE MAHA-BHARATA.

yeux pareils aux pétales du lotus, bouillant de colère, répondit eu ces termes à Somadatla : 6,738.

« Kourouicle , il n'existe pas en mon cœur la plus minime appréhension, quand je combats, soit avec toi, soit avec d'autres. 6,739.

» Si, défendu par une armée complète, tu voulais me combattre, fils de Kourou, je ne sentirais pas môme dans cette condition la moindre alarme. 6,740.

» Observant la conduite du kshatrya, tu ne peux me faire trembler par ta parole sans vigueur dans la guerre, estimée seulement des hommes sans cœur. 6,741.

» Si tu as le désir de combattre maintenant avec moi, souverain des mortels, envoie sur moi sans pitié tes flèches acérées, et je t'enverrai les miennes. 6,742.

» J'ai fait mordre la poussière à Bhoûriçravas , le grand héros, ton fils, vaillant sire, et j'ai traîné les cadavres de Cala même et de Vrishaséna. 6,743.

» Je t'immolerai toi-même à cette heure avec ton fils, avec tes parents : tiens ferme maintenant dans le combat; tu peux, Kourouicle, déployer de vigoureux efforts.

» L'aumône, la placidité, la patience, la pureté, la pudeur, l'innocuité, la constance, toutes ces qualités, on les trouve toujours vivantes dans le roi Youdhishthira.

6,7ZiZi — 6,7A5.

» Tu fus frappé jadis par l'énergie de ce prince, qui a pour son enseigne un tambour. Tu iras ta la mort dans le combat avec Rarna, avec le Soubalide! 6,7Zi6.

» Je le jure par les pieds de Krishna, mes sacrifices et mes actes méritoires! Si, enflammé de colère, je ne t'abats point sous mes flèches dans la bataille avec ton fils,... 6,747.

DRONA-PARVA. lh'à

» A moins que, désertant le combat, tu ne t'éloignes du champ de bataille : c'est ainsi que tu m'échapperas. » Quand il eut parlé de cette manière, ces deux guerriers éminents, les yeux étincelantule courroux, commencèrent à faire tomber les flèches l'un sur l'autre. Mais Douryodhana se tint de pied ferme, lorsqu'il eut environné Somadatta d'un millier de chars et d'une myriade de chevaux et d'éléphants. Çakouni, bouillant de colère., ayant pour escorte toutes les espèces d'armes,

6,7/iS— 6,749— 6,750.

Ton beau-frère, grand roi, jeune, avec un corps de diamant, entouré de ses fils, de ses petit-fils et de ses frères, tous vaillants comme Indra; 6,751.

Flanqua de tous côtés l'héroïque Somadatta. Cent milliers de chevaux formaient le front de ce prudent guerrier. 6,752.

Protégé de ces vigoureux combattants, Somadatta ensevelit Sâtyaki sous des flèches aux nœuds inclinés. Aussitôt qu'il le vit couvert de ces traits, 6,753.

Dhrishtadyoumna de s'approcher avec colère à la tête d'une grande armée. Le bruit de ces flots d'armées, sire, qui se meurtrissaient l'une l'autre, ressemblait au son des mers soulevées par les vents en furie. Somadatta de blesser le Sâttwatide avec neuf flèches; 6,754 — 6,755.

Et Sâtyaki de percer l'é minent Kourouide avec neuf autres. Profondément atteint dans le combat par ce vigoureux et solide archer, 6,756.

Il se laissa tomber sur le banc du char et s'évanouit, l'âme presque exhalée. Dès que son cocher l'eut vu privé de sentiment, il retira, déployant sa vitesse, l'héroïque Somadatta du champ de bataille. Quand il le vit sans

U& LEMAHA-BHARATA.

connaissance, en proie aux flèches d'Youyoudhâna,

Drona courut, entraîné par le désir de tuer le héros des Yadouides. A peine V eurent-ils vu accourir, les guerriers sous les ordres d'Youdhishthira, 6,759.

Désirant sauver le fils d'Yadou, environnèrent ce magnanime. Alors commença le combat de Drona avec les Pândouides, 6,760.

Comme jadis celui de Bali avec les Dieux par le désir de vaincre les trois mondes. Ensuite, couvrant l'armée des Pândouides avec un rézeau de flèches, 6,761.

Le Bharadwâdjide à la grande splendeur blessa Youdhishthira, Sâtyaki (1) avec dix traits, et le Prishatide avec une vingtaine de projectiles. 6,762.

Il perça Bhîmaséna de neuf, Nakoula de cinq, Sahadéva de huit et Çikhandî de cent dards.

Le guerrier aux longs bras de frapper les Draâupadéyains de cinq flèches individuellement , Virâta le Matsya de huit et Droupada avec dix traits,

Youdhâmanyou de trois, Outtamaâudjas de six ; et, quand il eut blessé d'autres guerriers dans le combat, il courut sur Youdhishthira. 6,765.

Frappés à mort par Drona, les combattants du fds de Pândou s'enfuirent de peur, sire, poussant des cris de détresse, par les dix points de l'espace. 6,766.

Quand Phâlgouna vit cette armée, que Drona massacrait impitoyablement, il ressentit un peu de colère et s'avança rapidement vers son instituteur spirituel. 6,767.

(i) Sâtyakin, texte de Bombay.

DRONA-PAUVA. 145

Dès qu'il ent vu Bibhatsou accourir c'ans le combat, Drona de nouveau s'avança vers l'armée d'Youdhishthira. 6,768.

Alors recommença la bataille du fils de Bbaradwâdja avec les Pândouidés. Environné, sire, de tous côtés par tes fils, le bralime dissipa les armées de Pândou avec la même rapidité que le feu dévore un monceau de coton. On voyait, majesté, la splendeur sans terme, sans mesure, des flèches de Drona, qui avaient un éclat pareil au feu enflammé ou semblable au soleil flamboyant ; on voyait son arc mis en cercle, comme l'astre brûlant du ciel. 6,769—6,770—6,771.

Qui que ce soit dans l'armée ne put l'arrêter, tandis qu'il incendiait les ennemis. Tout guerrier, qui se tenait, présentant le front à Drona, 6,772.

La flèche du brahme soudain tranchait sa tête, et se plongeait dans la terre. Ainsi l'armée des Pândouides, taillée en pièce par le magnanime, s'enfuyait de nouveau, tremblante sous les regards de l'Ambidextre. A peine eutil vu son armée, Bharatide, que Drona avait rompue au commencement delà, nuit, 6,773 — 6,774.

Djishnou parla en ces termes à Govinda : « Pousse tes chevaux contre le char de Drona ! » A ces mots, le Dâçârhain de lancer contre le char du brahme-guerrier ses coursiers d'une blancheur telle que la lune, le jasmin multillore, le lait et l'argent. A la vue de Phàlgouna, qui s'élançait vers le brahme, Bhîmaséna lui-même

Dit ces mots à son cocher : « Conduis-moi à l'armée de Drona ! » Viçoka, dès qu'il eut entendu ces paroles, aiguillonna ses chevaux sur les pas de Djishnou, qui avait 10 IX

J/16 LE MAHA-BHARATA.

donné sa foi à la vérité. A peine eurent-ils vu, ô le plus grand des Bharatides, ces deux frères, déployant leurs efforts, se précipiter vers l'armée de Drona,

Les Srindjayas, les Pântchâlains, les Matsyas, les Tchédiens, les Kâroûshas, les Roçalains et les grands héros Kaîkéyains suivirent cet élan. 6,779.

Alors fut livrée, sire, une bataille effrayante, qui fit se dresser les cheveux d'épouvante. Bîbhatsou au côté du midi, Vrikaudara à celui du nord, 6,780.

Saisirent ton armée entre deux grandes masses de chars. A la vue de ces deux tigres des hommes, Dhanandjaya et Bhîmaséna, 6,781.

Dhrishtadyoumna et Sâtyaki à la vaste force de s'approcher également, sire. Le bruit de ces flots d'armées, se meurtrissant l'une l'autre, ressemblait alors, majesté, au son des mers soulevées par les vents en furie (1). Irrité de la mort du Somadattide, Açwatthâman, à l'aspect de de Sâtyaki dans le combat, s'élança contre lui avec colère au front du champ de bataille; Le Bhîmasénide à la grande force, le puissant Rakshasa se porta dans ce conflit à la rencontre du héros, qui courait sur le chariot de Çaînéya.

11 était monté sur un grand char, horriblement épouvantable, construit en fer noir, couvert (2) de la dépouille des ours, et qui mesurait trente nalvas de l'un à l'autre bout. Des armures et des machines de guerre s y trouvaient

(1) Deux vers déjà vus, stances 6,754 et 6,753.

(2) ParitMiada, texte de Bombay, qui fait disparaître le mot inutile et surabondant mahat du texte de Calcutta.

DRONA-PARVA. 147

disséminées çà et là; il résonnait comme une masse de grands nuages. (De la slance 6,782 à la slance (5,787.)

Il avait pour attelage des coursiers, qui ressemblaient à des éléphants et qui n'étaient ni des chevaux ni des éléphants, mais des Piçâtchas (1) ; ses roues bruyantes étaient couvertes de pieds et d'ailes parsemées. 6,787.

Une hampe élevée portait son drapeau, anGaroada, le roi des vautours, en argent : son étendard, humide de sang, était hideusement paré de bouquets d'entrailles.

Il était monté dans ce char immense, qui roulait sur huit roues : il était environné d'une armée complète de Rakshasas aux formes épouvantables, qui tenaient à la main des maillets d'armes et des lances de fer, des arbres et des montagnes. Les monarques furent troublés, quand ils le virent élever son grand arc,

De même que la mort son bâton au poing, à l'heure de la destruction, au temps final d'un youga. A peine eut-elle vu ce Ghatotkatcha aux formes terribles, inspirant la terreur, semblable à la cime d'une montagne, sa bouche aux dents horribles et longues, ses oreilles en fer de pieux, ses énormes mâchoires, ses cheveux hérissés, ses yeux divergeants, sa bouche embrasée, son ventre profond (2), le bas de son cou, qui s'ouvrait comme une caverne, sa chevelure, que recouvrait un diadème; à peine eutelle vu ce puissant Rakshasa , cause d'effroi pour tous les êtres, s'avancer, pareil à un monceau de flammes, tel que la mort, sa gueule ouverte, et, levant son grand arc, jeter l'agitation au milieu des ennemis ;

(1) Explication du commentaire.

(2) Nimmta, édition de Bombay.

En proie à la terreur, l'armée de ton fils en fut troublée, comme le Gange, quand le vent creuse ses tourbillons et soulèveses ondes. 6,791— 6,792— 6, 793-6, 794 - 6,795. Effrayés par le cri de guerre, que poussa le Démon Ghatotkatcha, les éléphants de lâcher sous eux l'urine et les souverains de tomber dans la plus grande agitation. Les Rakshasas aux forces invincibles tirent pleuvoir de tous côtés sur la terre, au temps du crépuscule, une averse démesurée de rochers et de pierres.

Les disques de fer, les bhouçoundis, les maillets d'armes, les piques de fer, les tridents, les çataghnis et les pattiças de tomber sans arrêt. 6,798.

A la vue de ce combat terrible et plus qu'épouvantable, les monarques delà terre, et tes fils, etRarna de s'enfuir, troublés par la peur. 6799.

Mais là, seul, le fier Açwatthâman, qui s'enorgueillit de sa forces et de ses astras, n'en fut aucunement troublé : il arrêta alors cette magie, créée par Ghatotkatcha.

Furieux de voir ses prestiges détruits, celui-ci de lancer des flèches redoutables, qui se plongèrent dans Açwatthâman, 6,800—6801.

Comme des serpents, qui entrent avec colère et d'une course rapide dans une fourmillière. Ces traits, quand ils eurent percé le fils de laÇâradvatî, se plongèrent aussitôt, les membres imbus de sang, au sein de la terre, tels que des reptiles dans un monticule de fourmis. Irrité, l'auguste Açwatthâman à la main légère, 6,802 — 6,803.

Enflammé de ressentiment, fendit avec dix flèches le corps de Ghatotkatcha. Grièvement blessé dans ses membres parle fils de Drona, celui-ci, 6,804.

Profondément troublé, saisit un disque de guerre à

drona-parva: 149

cent mille angles ou dents, an tranchant de rasoir, orné de diamants et de perles, et semblable au soleil enfant.

Et le Bhiinasénide, impatient de le tuer, envoya cette arme contre Açwattbâman. Volant avec une grande vitesse, le disque de guerre, abattu par les flèches du I)ronide: tomba sans porter coup sur le sol, comme la volonté d'un homme sans caractère. Dès qu'il vit son tchakra tombé rapidement, Ghatotkatcha

D'ensevelir Açwatthâman sous ses dards, de même que Swarbhânou couvre l'auteur du jour. Le fortuné fils de Ghatotkatcha, semblable à une masse de collyre brisé,

Arrêta le Dronide, qui s'avançait, tel que le roi des montagnes oppose au vent son obstacle. Açwatthâman irrité, égal en courage à Indra, à Oupéndra, à Çivamême, brillait sous les coups d'Andjanaparvan, l'héroïque petit fils de Bhîmaséna, comme le mont Mérou battu par les gouttes dé pluie, que répand un nuage.

Andjanaparvan de trancher son drapeau avec un bhalla, l'un etl'autrede ses cochers avecdeux, la partie essentielle de son char avec trois. 6,811.

D'une flèche, il coupa son arc, et, de quatre, il frappa ses quatre chevaux. D'un trait bien acéré» il fit de son cimeterre deux morceaux ; et le glaive, resplendissant de larmes d'or, tomba delamain du guerrier, réduit sanschar. Le rejeton de Hidimbâ saisit précipitamment, sire, une massue aux bracelets d'or, la darda, en tournoyant ; et l'arme, ayant frappé le Dronide, retomba avec ses flèches. Ensuite, il s'éleva dans les airs, en poussant des cris, comme le nuage de la mort. 6,812—6,813 — 6,81 'j.

150 LEMAH/V-BHARATA.

Andjanaparvan fit tomber' de la voûte des deux une pluie d'arbres. Mais Açwatthâman perça de ses dards au milieu du ciel le fils de Ghatotkatcha, l'auteur de cette magie, de même que le soleil perce un nuage de ses rayons. Le favori de la fortune, Andjanaparvata redescendit alors du ciel et se replaça sur son char, ornementé d'or, comme une suprême infortune tombée sur la terre. Le Dronide blessa le petit-fils de Bhîmaséna à la cuirasse faite de fer; tel Mahéçvara jadis sut percer Andhaka. Quand il vit son vigoureux fils accablé par Açwatthâman, 6,815 -6,816—6,817—6,818.

Ghatotkatcha se présenta avec colère, ses bracelets flamboyants, devant le Dronide et dit avec calme au héros, fils de la Çâradvatî, qui consumait l'armée des Pàndouides, comme le feu allumé incendie une forêt :

a Halte-là ! arrête ! Fils de Drona, tu ne t'en iras pas vivant de mes mains ! Je vaist'immoler à l'instant, comme le fils du Feu tua jadis Kraâuntcha ! » 6,821.

« Va-t-en, mon fils; combats avec d'autres, ô toi, qui as le courage d'un Immortel, reprit Açwatthâman ; il ne sied point au père d'écarter son fils du combat. 6,822.

» Il n'existe pas en moi, vraiment , la moindre colère à ton égard, fils d'Hidimbâ; mais, tourmenté par la colère, un homme s'arracherait la vie à soi-même. » 6,823.

A ces mots, les yeux enflammés de colère, le Bhîmasénide, pénétré de chagrin à cause de son fils, répondit, plein de ressentiment, ces paroles au vaillant Açwatthâman :

r En quoi suis-je un homme timide et comme du vulgaire dans la bataille, fils de Drona, pour que tu veuilles m' effrayer par des paroles : ce langage ne te convient pas.

DRONA-PARVA. 151

» Certes! je suis né de Bhîmaséna, dans la grande famille des Kourouides ; je suis le fils, des Pândouides, qui ne savent pas tourner le dos dans les batailles.

» Je suis le souverain monarque des Rakshasas ; je suis égal en vigueur à Daçagrîva. Arrête ! arrête ! Fils de Drona, tu ne sortiras pas vivant de mes mains! 6,827.

» Aujourd'hui, j'accomplirai pour toi sur le champ de bataille les cérémonies funèbres du combat. » Il dit, et, les yeux enflammés de courroux, le Rakshasa à la vigueur immense 6,828.

Courut avec colère sur le fils de Drona, comme un fier lion sur un Indra des éléphants. Ghatotkatcha fit pleuvoir sur Açwatthàman, le plus excellent des maîtres de chars, une grêle de flèches aussi grandes que les roues d'un char; tel un nuage répand ses gouttes d'eau. Mais le Dronide avec ses traits dissipa cette pluie de flèches avant qu'elle ne fût arrivée à son but.

Alors, il y eut, en quelque sorte, une autre bataille de flèches au milieu des airs, qui reluisaient d'étincelles produites par les multitudes de traits. 6,831.

Le ciel brillait dans cette soirée, comme peint, de soleils Quand il vit sa magie détruite par le Dronide, qui avait l'orgueil des combats, 6,832.

Ghatotkatcha produisit un nouveau prestige ; il disparut soudain ; il s'était changé en une très-haute montagne, dont les arbres touffus rétrécissaient l'intervalle entre les sommets. 6,833.

Tout fut inondé par une grande averse d'eau, de massues, d'épées, de traits- barbelés et de tridents. Lorsque

le fils de Drona vit la montagne, semblable à une masse de collyre, 6,83ft.

Ces nombreux amas d'armes, qui tombaient, ne lui causèrent aucune émotion. Le Dronideen souriantalorsde susciter l'astra de la foudre. 0,835.

Sous les coups de cet enchantement, la sublime montagne périt bientôt. Ensuite un sombre nuage, marqué de l'arc d'Indra, s'épaissit dans le ciel. 6,836.

Et le terrible Démon ensevelit dans ce combat le Dronide sous des pluies de pierres. Le plus excellent des hommes, qui ont la science des astras, sur le champ d'encocher l'astra du vent. 6,837.

Le fils de Drona dissipa le sombre nuage, qui s'était élevé ; et couvrit de tous côtés les plages du ciel par ses multitudes de flèches.

Ce plus grand des hommes immola cent milliers de héros. Il vit Ghatotkatcha, tenant un arc immense, revenir tranquillement sur son char, environné de nombreux Rakshasas, qui ressemblaient aux tigres et aux lions, qui avaient le courage des éléphants, ivres de rut.

Assis surdesproboscidiens, montés sur des chars, portés sur l'échiné des coursiers, mêlés aux suivants de Hidimba (1), avec des cous, des têtes, des bouches difformes, 6,838— 6, 839-6, S/iO— 6,8M.

Escortés des Yatoudhânas de Poulasti au teint noir (2), à la valeur d'Indra, héros, armés de projectiles variés, ornés de diverses cuirasses, 6,842.

Rakshasas irrités, ivres de la furie des batailles, qui s'étaient approchés dans le combat, inspirant un vaste

(1) Hidimbânutcharaîs, texte de Bombay.

(2) Tâmasais, édition de Bombay.

DPiONA-PARVA. 153

effroi et faisant tournoyer leurs yeux de colère. 6,8/13.

A la vue de ton fils, agité par le trouble : « Tiens ferme, Douryodhana ! lui dit Açwatthâmao ; tu ne dois pas concevoir de crainte ici. 6,844.

» Avec tes héroïques frères et ces princes, qui ont la valeur d'Indra, je tuerai tes ennemis; la défaite n'est point ici pour toi ! 6,845.

» C'est une vérité, que je te promets : fais reprendre courage à l'armée. » 6,8/16.

« Ce qui n'est pas surprenant pour toi, lui répondit Douryodhana, cela même est grand à mes yeux. Nous avons pour toi, fils du Gotamide,laplus profonde estime. »

Quand il eut ainsi parlé à Açwatthâman, il dit ces mots au Soubalide, environné décent mille héros, qui brillaient de la beauté des batailles: 6,847— 6,848.

« Avance-toi vers Dhanandjaya avec soixante milliers de héros. Karna, Vrishaséna, Kripa et Nila même, 6,849.

» Les méridionaux, Kritavarman et Pouroumitra (1), grande cause de destruction, Douççâsana, Nikoumbha^, Koundabhédi, Parakrama, 6,850.

» Pourandjaya, Dbritharatha, Patâki, Hémakampana (2) , Çalya, Arouni et Indraséna, Sandjaya, Vidjaya et Djaya,

» Kamalâksha, Parakràthi, Djayadharman et Soudakshina : ces guerriers et six myriades d'hommes de pied suivront tes pas. 6,851 — 6,852.

» Immole Bhîmaséna, les jumeaux et Dharmarâdja, comme jadis les Asouras tombèrent sous les coups du roi des Dieux. En toi, mon onc!e, repose mon espérance de la victoire. 6,853.

(1) Pouroumitras soutà panas, texte de Bombay.

(2) Même texte.

» De même que le fils du Feu extermina les Asouras, ainsi fais mordre la poussière, mon oncle, à ces enfants de Rounti, qui sont déchirés déjà et dont les flèches du fils de Drona ont couvert largement les corps de blessures. » 6,85/j.

A ces mots de ton fils aine, le Soubalide s'avança à à grands pas, inspirant la joie à tes enfants, sire, et désirant incendier les Pândouides. 6,855.

Ensuite commença dans la nuit, sur ce champ de bataille, le combat très-tumultueux du Dronide et des Rakshasas, comme celui de Prahlâda et du Dieu Çakra.

Alors Ghatotkatcha irrité de frapper en pleine poitrine le fils du Gotamide avec dix flèches solides, semblables au feu du poison. 6,85*5 — 6,857.

Atteint profondément de ces traits, lancés par le fils de Bhimaséna, il chancela sur le banc de son chariot , comme un arbre déraciné par le vent. 6,858.

Ghatotkatcha soudain trancha d'une flèche et, redoublant son coup, d'un andjalika l'arc à la grande splendeur, placé dans les mains du Dronide. 6,859.

Celui-ci prit un nouvel arc solide, capable de supporter un lardeau et fit pleuvoir des flèches acérées, comme un nuage répand ses gouttes d'eau. 6,860.

Le fils de la Çàradvatî envoya, Bharatide, à l'hommevolatile (1) des flèches volantes (2) , empennées d'or et destructives des ennemis. 6,861.

(1-2 Khatcharân khatcharam prati, un nouveau jeu de mots! Cet exemple démontre encore que le mot khatchara, qu'on ne trouve en ce eens nulle part, même dans Bhollingk et Roth, veut dire métaphoriquement une flèche, in aère iens.

DRONA-PARVA. 155

Les hordes de ces Rakshasas à la poitrine tannée brillaient, accablés par ses traits, comme un troupeau rempli d'éléphants en rut par les dents et les griffes des lions. 6,862.

Il dispersa sous la verge de ses dards les Rakshasas avec leurs chevaux, cochers, éléphants et chars, de même que le vénérable feu brûle toutes les créatures à la lin d'un youga. 6,8(33.

Quand il eut consumé de ses flèches l'armée complète des Nirritas, il fut environné du plus haut lustre, comme jadis le Dieu Mahéçvara, après qu'il eut incendié au sein des deux la ville de Tripoura. 6,864.

Tel qu'à la fin d'un youga, le Feu en personne brûle tous les êtres, tel ce plus grand des conquérants, le fils de Drona resplendissait, ayant consumé les ennemis de Donryod/iann, qui sont missiles tiens. 6,865.

Puis, Ghatotkatcha d'exciter la grande armée des Rakshasas aux œuvres terrribles, en lui criant : « A moi, la mort du Dronide ! 6,866.

Sa promesse fut accueillie par tous les Rakshasas, inspirant l'effroi, aux formes terribles, aux dents flamboyantes, 6,867.

Aux mâchoires démesurément ouvertes, aux langues pendantes et longues, aux yeux affreusement enflammés parla colère , et faisant trembler la terre d'un vaste cri de guerre. 6,868.

Ils fendirent, portant des armes et des projectiles divers, sur le (ils de Drona, pour lui arracher la vie. Sans trembler (1) et les yeux rouges de colère, les Rakshasas

(1) Asantrustds, tevte de Bombay.

au courage épouvantable firent pleuvoir, par centaines et par milliers, sur la tête d'Açwatthâman les lances de fer, les çataghnîs, les massues, les foudres, les tridents, les pattiças, les cimeterres, les pilons, les bhindipâlas, les moushalas, les haches, les traits barbelés, les épées, les leviers de fer, les pieux, les kampanas acérés, les lances, les bhouçoundis, les boulets de pierres, les enclumes faites de fer noir (1) et les maillets d'armes à la grande terreur, qui brisent les ennemis dans le combat.

Dès qu'ils virent cette immense pluie d'armes répandue sur la tête du fils de Drona, tes combattants furent saisis d'effroi, 6,873.

Mais, sans être ému, le Dronide d'arrêter cette épouvantable averse déchaînée avec ses traits, pareils à la foudre , aiguisés sur la pierre. 6, 87/i.

Ensuite, avec d'autres flèches, empennées d'or, charmée» par des astras divins, il immola rapidement les magnanimes Rakshasas. 6,875.

Les hordes de ces Démons à la poitrine tannée brillaient, accablés par ses dards, comme un troupeau rempli d'éléphants en rut par les dents et les griffes des lions (2).

Bouillants de colère, ces Rakshasas à la grande force s'élancèrent avec fureur contre le fils de Drona, impatients de lui anacher la vie. 6,876—6,877.

Açwatthàman fit preuve alors d'un courage admirable, impossible à montrer par un autre, rejeton de Bharata, au milieu de tous les êtres. 6,878.

(i) Sthûnônkàrshnâyasànstathâ, édition de Bombay. (2) C'est la stance déjà vue ci-dessus et numérotée 6,862.

Car seul, clans un instant, le Dronide, instruit dans les grands astras, consuma l'armée Rakshasane de ses flèches enflammées, sous les yeux de l' Indra même des Rakshasas ! G, 879.

Consumant l'armée des noctivagues, il resplendissait dans le combat, comme le feu de la destruction, qui brûle toutes les créatures à la fin d'un youga. 6,880.

Dans ces milliers de Rakshasas et de Pàndouides, qui que ce soit, Bharatide, ne put fixer les yeux sur le fils de Drona, tandis qu'il consumait les armées de ses flèches, semblables aux serpents, excepté Ghatotkatcha à la grande force, l'héroïque Indra des Rakshasas.

Mais lui, ses yeux troublés par la fureur, ô le plus excellent des Bharatides, battant les paumes de ses mains l'une avec l'autre et mordant ses lèvres, il dit avec colère à son cocher : « Conduis -moi vers le fils de Drona ! » Avec son étendard victorieux aux formes terribles, ce meurtrier des ennemis revint sur ses pas engager un duel en char avec le fils de Drona ; et ce guerrier à la valeur formidable poussa un vaste rugissement comme un lion.

Il encocha pour cette bataille une foudre à huit clochettes, à la grande épouvante, ouvrage des Dieux, etl'envoya au fils de Drona. 6,886.

Ayant santé à bas de sa voiture, où il abandonnait son arc, le Dronide rempauma l'arme et la renvoya au Démon lui-même, qui s'élança hors de son véhicule. 6,887.

Quand cette foudre à la vaste splendeur et grandement épouvantable eut mis en pièces son char, son drapeau, son cocher, ses chevaux, et les eut réduits tous en

158 LE MAEA-BHARATA.

cendres, elle se plongea clans le sein de la terre. 6,888.

A la vue de cet exploit d' Açwatthâman, toutes les créatures de lui applaudir, le félicitant d'avoir sauté à bas de son char et rempaumé cette foudre terrible, créée par Çan* kara. 6,889.

Le Bhîmasénide se rendit au char de Dhrishtadyoumna, où il prit un arc effrayant, seigneur, pareil à la grande arme de Mahéndra; 6,890.

Et il décocha de nouveau des traits acérés au magnanime Dronide. Dhrishtadyoumna lui-même, sans émotion, lança les plus excellentes des flèches, empennées d'or et semblables à des serpents, dans la poitrine du fils de Drona. Celui-ci, en échange, darda ses nârâtchas par milliers.

Ces deux guerriers se brisèrent les traits, celui-ci de celui-là, avec des flèches égales à la flamme du feu. Ainsi se déroula avec une violence extrême le combat de ces deux hommes-lions (1), causant, éminent Bharatide, la joie des combattants et du fils de Drona. Avec un millier de chars, trois centaines d'éléphants et six mille chevaux, Bhîma s'avançait alors vers ce lieu, clans le temps que le vertueux Dronide au courage élevé combattait l'héroïque Bhîmasénide et Dhrishtadyoumna accompagné de ses suivants. 11 étalait sa valeur plus que merveilleuse, que nul autre, Bharatide, n'aurait pu reproduire. Dans le seul intervalle d'un clin-d'œil, il abattit l'armée complète des Rakshasas avec les éléphants, les chars, les cochers et les

(1) Joignez, car c'est une mauvaise lecture ou plutôt une faute d'impression, la dernière syllabe de pourousasin avec la première du mot suivant : hayos.

DRONA-PARVA. 159

chevaux, en dépit de Bhîmaséna et sous les regards de l'Hidimbide (De la stance (3,893 à la stance 6,898 inclusivement).

Des jumeaux, du fils d'Yama et de l'impérissable Vidjaya. Profondément blessés de ses nârâtchas au vol impétueux, les éléphants tombaient sur la terre, comme des montagnes privées de sommets (1). 6,899-6,900-6,901.

La terre brillait, remplie de trompes coupées et palpitantes (2) çà et là, telles que des serpents, qui rampent : le sol resplendissait d'ombrelles au manche d'or, tranchées sur le front des rois,

Comme si l'on voyait dans les cieux se lever en même temps le soleil et la lune, environnés d'étoiles, à la fin d'un youga. Le fils de Drona fit couler une rivière à la grande impétuosité, aux ondes de sang, qui avait pour bruit les cris de détresse des combattants, qui était rempli de vagues sanguinolentes, qui avait des drapeaux épars en guise de grenouilles, qui était rempli de tambours au lieu de tortues, semée d'ombrelles pour ses bandes de cygnes, enguirlandée de chasse-mouches pour son écume, infestée de vautours et de hérons pour grands crocodiles, encombrée d'armes diverses à la place de poissons, remplie, pour rochers, d'éléphants étendus, pullulante de chevaux et de proboscidiens sans vie pour ses makaras, bordée, pour ses grands rivages, de chars renversés, riche de brillants étendards pour ses arbres, affreusement épouvantable, frétillante de traits au lieu de poissons, four-

(1) Mais l'édition de Bombay dit saçringâ, c'est-à-dire, avec lews sommets.

(2) Vitchaladbhis, texte de Bombay.

raillante de sabres, de lances et de dards barbelés pour amphisbènes, jonchée d'une épaisse vase de chair et de moelle, ne manquant pas de cadavres à l'imitation des nacelles, bigarrée de chevelures à l'instar de vallisnéries, inspirant la crainte aux gens timides, apportant la destruction des corps aux guerriers, aux chevaux, aux Indrasdes éléphants, (De la stunce 6,902 à la stance 6,908.)

Au-dessus de l'extrême épouvante par ses bêtes ravissantes (1), et telle que la grande mer du royaume (2) d'Yama. Après qu'il eut abattu les Rakshasas, le Dronide tourmenta de ses flèches le lils de la Hidimbâ. 6,908.

Ensuite, quand il eut, bouillant de colère, avec les masses de ses nârâtchas, blessé les grands héros du Prithide, joints à ceux de Vrikaudara et du Prishatide,

L'auguste immola Souratha, fils de Droupada. Après lui, il tua dans ce combat Çatroudjaya, le frère puîné de Sourathra, Balâkîka, Djayânîka et Djaya. Puis, rugissant comme un lion, il fit mordre la poussière, avec une flèche aiguë à Prishadrou et à l'orgueilleux Tchandraséna. Sous dix traits, il coucha morts dix fils de Kountîbhodja.

Il conduisit, Indra d( s rois, avec trois autres flèches acérées, bien empennées, Çroutâyousha aux guirlandes d'or (3) dans le séjour d'Yama. 6,913.

Il fit entrer le vigoureux Çroutâdvaya (h) au monde de Çakra. Plein de colère, ayant encoche un dard suprême, terrible, effrayant, au vol droit, semblable au bâton

(1) Çwùpndàtimahùghorân, texte de Bombay.

(2) Hâs/ttra, même édition.

(3) Hémamâlinan, texte de Bombay.

(4) Même édition.

DRONA-PARVA. 161

d'Yama, Açwatthâman, visant Ghalotkatcha, l'envoya au même lieu, d'un arc tiré jusqu'à l'oreille. 6,914—0,915.

Quand la grande flèche bien empennée, maître de la terre, eut fendu le cœur de ce Rakshasa, elle entra, d'un vol rapide (1), dans le sein de la terre. 6,916.

Aussitôt que l'illustre héros Dhrishtadyoumna l'eut vu tombé mort, il déroba vite, Indra des rois, son char sublime à la présence de Drona. 6,917.

Dès qu'il eut contraint ce héros à tourner le dos, l'héroïque fils de Drona, triomphant, sire, des armées d'Youdhishthira, jeta un cri de victoire ; 6,918.

Et tous les mondes, et tes fils, respectable roi, le comblèrent à l'envi d'homeur. 6,919.

Couverte de tous les- côtés par ces Démons immolés, étendus, le corps déchiré, fendu par des centaines de flèches, la vie exhalée, l'aspect de la terre était infiniment terrible ; il était aussi difficile d'y marcher que si elle était couverte par des cîmcs de montagnes. 6,920.

Les troupes des Piçâtchas, les Nàgas, les Garoudas, les Mânes, les oiseaux, les bandes de Rakshasas, les chœurs des Bhoûtas, les Siddhas, les Gandharvas, les Apsaras et les Dieux, tous applaudissaient au fils de Drona. 6,9*21.

Quand ils virent les fils de Droupada, ceux de Kountîbhodja et les Rakshasas, qae le Dronide avait tués par milliers, 6,922.

Youdhishthira, Bhîinaséna, Dhrishtadyoumna le Prishatide, Youyoudhâna, redoublant d'efforts (1), mirent leur esprit au combat. 6,923.

(1) Çigran, texte de Bombay.

(2) Texte de Bombay : sunyuttùs.

ix 41

Le fils irrité de Somadatta, ayant aperçu Sâtyaki dans ce combat, le couvrit, Bharatide, avec une grande averse de flèches. 6,924.

Alors se développa une bataille épouvantable, àl'aspect infiniment merveilleux, entre les tiens et les ennemis, qui désiraient les uns et les autres la victoire. 6,925.

Bhîmaséna, au nom du Sâttwatide, blessa avec dix traits le fils de Somadatta ; et celui-ci rendit en échange une centaine de flèches à l'héroïque guerrier. 6,926.

Le Sâttwatide perça de dix traits aigus, à l'impétuosité de la foudre, ce vieillard, environné des fils les plus excellents, lui, qui était doué de qualités supérieures, comme Yayâti, le fils de Nahousha ; et, déchirant son corps avec puissance, il le blessa de rechef avec sept projectiles. 6,927—6,928.

Bhîmaséna, dans l'intérêt de Sâtyaki, déchargea sur la tête du Somadattide une massue solide, neuve, épouvantable. 6,929.

Irrité, Sâtyaki lança dans la poitrine du Somadattide, en ce combat, une flèche sublime, acérée, bien empennée et semblable au feu. 6,930.

Ces deux guerriers aux traits, aux massues épouvantables, tombèrent ensemble, chacun avec le héros son adversaire; mais le grand héros Sâtyaki tomba sur le corps du Somadattide. 6,931.

Quand cette terrible chute eut privé ton fils de sentiment, Vâhlîka, dispersant la grêle de ses flèches, comme le nuage pluvieux de la mort, fondit sur l' ennemi vainqueur.

Bhîma, dans l'intérêt du Sâttwatide, accabla Vâhlîka de neuf flèches et blessa ce magnanime à la tête du combat.

Irrité, le Pratipéyide aux longs bras de plonger une

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lance de fer dans la poitrine de Bhîma, de même que Pourandara lance sa foudre. 0,932—6,933 — 6,93/i.

Atteint par elle, Bhîmaséna chancela et s'évanouit. Dès qu'il fut revenu à lui-même, le vigoureux héros d'envoyer à l'ennemi sa massue. 6,935.

Dardée par le Pândouide, elle broya la tête de Vâhlîka, qui tomba mort sur la terre, comme un arbre, que le vent a déraciné. 6,936.

Quand l'éminent guerrier, l'héroïque Vâhlîka fut couché mort, Bhîma fut harcelé par ces dix fils de toi, égaux aux fils de Daçaratha : 6,937.

Nâgadatta, Dritharatha, Mahâbâhou, Ayaboudja, Dritha, Souhasta, Viradjas, Pramâthyou, Ougra, Anouyayi (1). 6,938.

A leur vue, Bhîma s'irrita, il prit des fléchi s capables de supporter un fardeau ; et, visant ces guerriers l'un après l'autre, il fit choir ces dards en leurs membres.

Blessés, ils tombèrent de leurs chars, sans vie, la vigueur éteinte, comme de grands arbres, que le vent a brisés, croulent du sommet d'une montagne.

Après qu'il eut, avec dix nârâtchas, immolé tes fils, Bhîma répandit ses traits sur Vrishaséna, le fils chéri de Karna. 6,941.

Alors l'illustre frère de l'Adhirathide, nommé Vrikaratha, de blesser Bhîmaséna ; et celui-ci le frappa, en retour, de ses flèches de feu. 6,942.

Puis, lorsque le vaillant Bhîma eut abattu sept héros

(i) L'édition de Calcutta ne nomme que neuf héros : nous empruntons cette énumération au texte de Bombay, qui en a dix, comme il devait avoir.

de tes beaux-frères, fils de Bharata, il broya Çatatchandra sous ses nârâtchas. 6,943.

Les deux héros, frères de Çakouni (1), Gavâksha et l'auguste Çarabha ne purent supporter qu'il eut tué ce grand héros. 6,944.

Et, courant, ils frappèrent Bhîmaséna de leurs traits acérés. Aussi peu bh ssé de ces dards, qu'une montagne ne l'est d'une pluie orageuse, 6,9/45.

11 terrassa de cinq flèches les cinq monarques à la force supérieure. Les plus grands des rois s'émurent à la vue de ces héros immolés. 6,946.

Ensuite, Youdhishthira irrité tailla en pièces ton armée, malgré les efforts du brahme, né dans une aiguière, et ceux de tes fils, monarque sans péché. 6,947.

Il envoya dans le combat au monde de la mort, en troupes, les Ambashthas, les Mâlavas, les héros Trigarttains et les Çivis. 6,948.

Après qu'il eut tué les Abhishâhas, les Çourasénas, les Vâhlikas et les Vâçâtiens, il changea la terre en un bourbier de chair et de sang. 6,949.

Il plongea par troupes dans le combat, sire, au monde d'Yama, les vaillants guerriers Mâlavas et Madrakas sous ses multitudes de flèches. 6,950.

« Enlevez ceux, qui sont blessés ! Faites-le prisonnier ! Percez ! Sabrez ! » On n'entendait que ces clameurs confuses devant le char d'Youdhish.hira. 6,951.

A l'aspect de ce monarque, qui dispersait en fuite les armées, Drona, excité par ton fils, le couvrit de ses flèches. 6,952.

(1) Çakounés brârtarauvirâ, texte Je Bombay.

Au comble de la colère, il blessa le Pândouide avec I'astra du Veut; mais celui-ci de repousser son astradiviu avec I'astra contraire. 6,953.

Dès qu'il vit son astra paralysé, le Bharadwâdjide, désirant tuer le fils de Pândou, envoya, dans sa bouillante fureur, sur Youdhishthira les astrasde Varouna, d'Yama, d'Agni, de Twâsbtri et du soleil. Le fils aux longs bras d'Yi ma (1) frappa, sans trembler, de ses astras les astras lancés et paralysés du guerrier, né dans une aiguière. Celui-ci, désirant donner une vérité à sa promesse,

Par la mort de l'Yamide, et trouvant son plaisir dans le bien de ton fils, manifesta les astras d'Indra et du Pradjàpati. 6,957.

Le chef des Kourouides aux grands yeux, à la démarche d'un lion ou d'un éléphant, aux larges regards de sang, à la force d'un serpent boa, de manifester un autre astra de Mahéndra et de paralyser, grâce à lui (2), I'astra du brafune. 6,958.

Voyant ses astras neutralisés, Drona, doué de colère et voulant obtenir la mort d' Youdhishthira, lui envoya I'astra brahmique. 6,959.

Par suite de ce prestige, nous ne pûmes rien distinguer, tout se trouvant enveloppé d'une épouvantable obscurité ; et tous les êtres de tomber, souverain des hommes, dans le plus profond effroi. 6,960.

Quand Youdhishthira, le fils de Kounti, eut vu I'astra brahmique exercer sa puissance , il l'arrêta soudain ,

(1) Dharmadjas, texte de Bombay.

(2) Taina, môme texte.

Indra des rois, avec un autre de la même espèce.

Les principaux des guerriers exaltèrent alors ces deux éminents hommes, le héros Drona et le fils de Prithà, habiles dans tous les combats. 6.961 — 6,962.

Lorsqu'il eût écarté le fils de Kountî, Drona, les yeux troublés par la colère et répondant à l'astra par un autre, dispersa l'armée de Droupada. 6,963.

Taillés en pièces par Drona, les Pântchâlains s'enfuirent, talonnés par la crainte, aux regards de Bhîmaséna et du magnanime Prithide. 6,96/i.

Soudain Rirîti et Bhîma, ayant pris une armée, revinrent alors sur leurs pas, accompagnés par deux fortes multitudes de chars, 6,965.

Bîbhatsou au midi, Vrikaudara au côté du nord, firent pleuvoir sur le Bharadwâdjide, deux grandes averses de flèches. 6,966.

Les Kaîkéyains, les Srindjayas, les Pântchâlains à la grande force, les Matsyas avec les Sâttwatas de suivre ces princes. 6,967.

En proie aux flèches de Rirîti, l'armée Bharatienne était vaincue encore par les ténèbreset le sommeil. 6.968.

Arrêtés par Drona lui-même et par son fils, les combattants ne pouvaient, grand roi, les arrêter eux-mêmes.

Quand il vit la grande armée des Pândouides, lancée contre lui, Douryodhana, pensant qu'il était impossible de la soutenir, parla en ces termes à Karna :

« Voici le moment arrivé, Karna, cher au Soleil, où se montrent les amis ! Sauve dans le combat tous ces héroïques guerriers ! 6,971.

» Les Pântchâlains, les Raikéyains, les Matsyas et les

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grands héros Pântlouides nous entourent de tous les côtés, comme des reptiles sifflants, la colère excitée. 6,972.

» Entends ces cris, que jettent, pleins d'ardeur, les Pàndouides victorieux et ces troupes nombreuses de Pântchâlains, semblables à Gakra! » 6,973.

« Si Pourandara venait ici pour sauver le Prithide, répondit Rarna, je l'aurais bientôt vaincu, et j'immolerais ensuite le fils de Pândou. 6,97/j.

» C'est la vérité, que je promets là ! Rassure-toi, Bharatide ! Je tuerai les enfants de Pàndou, réunis aux Pântchâlains. 6,975.

» Je te donnerai la victoire, comme le fils du Feu jadis la donna au Vasavide : je dois faire toujours ce qui t'est agréable ; c'est pour cela que je vis, seigneur (1). 6,976.

» De tous les Pàndouides, le plus vaillant, c'est Phâlgouna : aussi est-ce contre lui-même que j'enverrai ma lance de fer au coup certain, que les mains de Çakra ont forgée. 6,977.

» Ce grand héros une fois couché mort, ses frères, ô toi, qui donnes l'honneur, ou tomberont sous ta puissance, ou retourneront dans les forêts. 6,978.

» Quand je vis, Rourouide, ne te livre pas à l'inquiétude ; je triompherai dans ce combat de tous les Pàndouides réunis. 6,979.

» Lorsque j'aurai mis en pièces par les multitudes de mes flèches les Pântchâlains, les Raîkéyains et les Vrishnides eux-mêmes rassemblés, je te donnerai la terre. » 6,980.

(1) Texte de Bombay. Au lieu de ce demi-vers bien rempli, l'édition de Calcutta porte celui-ci d'une complète insignifiance : dans cette jonction du combat.

Tandis que Karma parlait ainsi, Kripa aux longs bras, le Çaradvatide, adressa en souriant ce langage au fils du cocher : 5,981.

« Heureusement, heureusement, Karna, le héros des Rourouides jouit d'un protecteur. Si le succès vient des paroles, Râdhéya, il l'obtiendra, grâce à ta protection !

» Nombre de fois, Karna, tu t'es glorifié devant le Kourouide : mais est-ce que la valeur ou son fruit exista jamais en toi ? 6,9S2 — 6,983.

» Nombre de fois, on t'a vu croiser le fer dans le combat avec les fils de Pândou, et partout, fils du cocher, tu fus vaincu par les Pândouides ! 6,98/i.

» Alors que le fils de Dhritarâshtra fut couvert de confusion par les Gandharvas, ses armées combattirent, et seul tu pris la fuite devant les guerriers. 6,985.

» Dans la cité de Virâta, tous les Kourouides en vinrent aux mains; et là, toi, Karna, secondé par tes frères mineurs, tu fus encore vaincu dans ce combat par les Pândouides. 6,986.

« Tu ne peux tenir pied sur un champ de bataille contre Phâlgouna seul, comment pourrais-tu vaincre tous les Pândouides, appuyés sur Krishna lui-môme? 6,987.

» Combats, sans parler, Karna ; tu te vantes beaucoup trop ! Celui, qui accomplit le vœu d'un homme de cœur, s'avancera vaillamment, sans dire un seul mot. 6,988.

» Tes paroles, fils du cocher, ne donnent aucun fruit, comme un nuage d'automne. On te voit stérile, Karna, et le roi ne s'en aperçoit pas. 6,989.

» Pendant que tu cries, Râdhéya, tu ne vois pas le Prithide; mais, tant que tu verras ce héros dansl'éloiguement, il te sera difficile de mettre tes menaces à exécution.

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» Tu menaces, sans t' approcher des flèches du Prithkle ; mais, blessé de ses traits, il te serait encore peu facile de réaliser tes menaces ! 6,990—0,991.

» C'est dans les bras que les kshatryas mettent leur bravoure (1); c'est en paroles, que les brahmes témoignent de leur courage ; Phâlgouna est un héros par son arc, Karna n'est un brave que par ses désirs. 0,992.

» Qui pourrait immoler ce Prithide; qui fit plaisir à Roudra lui-même ? <> Alors sa colère excitée ainsi par le Çaradvatide, 0,993.

Karna, le meilleur des combattants, répondit en ces termes à Rripa : « Les héros tonnent toujours comme les nuages au temps des pluies. 0,99/i.

» Ils donnent promptement leur fruit , comme une graine semée dans la saison (2). Je ne vois point ici une seule faute à reprocher aux braves, qui tiennent le front du combat, 0,995.

» Qui se glorifient de telle ou telle chose, et de qui les épaules supportent dans les combats la charge , que l'homme a résolu de porter. 0,990.

» Le Destin est à mon rival, pour sûr : la bonne fortune vient s'allier à lui. Moi, qui ai pour second mon courage et qui porte la charge, résolue dans mon cœur, 0,997.

» Quand j'ai frappé dans le combat les fils de Pàndou, unis à Krishna, unis au Sàttwatide, si je menace, quelle est l'affaire de toi, brahme, qui soit ici en danger de périr? 0,998.

» Tels que les nuages dans l'automne, les héros ne me-

(1) Çoùrùs, texte de Bombay.

(2) Ritùviva, même texte.

nacent pas en vain. C'est le sentiment de leur force, qui inspire les menaces des hommes instruits. 6,909.

» J'ai dans ce moment l'espérance que je puis vaincre Krishna et le Pândouide. réunis, déployant leurs efforts dans le combat: voilà ce qui met, Gotamide, ces menaces en rna bouche. 7,000.

» Vois, brahme, les résultats de cette menace, que j'ai faite ! Quand j'aurai immolé les fils de Pândou, avec leurs suivants, avec Krishna, avec le Sâttwatide, je donnerai à Douryodhana cette terre , débarrassée de ses ennemis.» 7,001 — 7,002.

a Cette plainte de tes désirs, fils du cocher, n'est point acceptable par moi, repartit Kripa. Tu blâmes sans cesse les deux Krishnas et Dharmarâdja le Pândouide. 7,003.

» La victoire est assurée au parti, Karna, où se trouvent ces deux guerriers habiles dans les combats. Krishna et le Pândouide sont invincibles dans les batailles aux mortels, armés de cuirasses, aux volatiles, aux serpents, aux Yakshas, aux Gandharvas , aux Dieux mêmes. Le fils d'Yama, Youdhishthira est pieux, véridique , dompté, adorateur des Mânes et des Dieux ; il se complaît dans le devoir de la vérité, il est surtout consommé dans les armes ; il a de la constance, il est reconnaissant.

» Ses frères sont vigoureux, endurcis à la fatigue de toutes les armes; ils aiment à demeurer dans la conduite, que leur a t acée l'instituteur spirituel, ils sont instruits, toujours dans le devoir, et les favoris de la renommée. 7,007.

» Leurs parents ont la force d'Indra; ce sont des corn • battants remplis de dévouement que Dhrishtadyoumna,

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Çikhandi, le Douraioukhide , Djanamédjaya, 7,008.

» Tchandraséna, Roudraséna, Kîrttivarman, Dhrouva et Dhara, Vasoutchandra, Dâmatchandra, Sinhatchandra et Soutédjana, 7,009.

» Droupada, versé dans les grands astras, et les fils de Droupada, pour lesquels le roi des Matsyas et ses frères mineurs déploient leurs efforts, 7,010.

» Et Gadjànîka, Çroutânika, Virabhadra, Soudarçana, Çroutadhvadja, Balànîka, Djayànîka, Djayapriya, 7,011.

» Vidjaya , Labdhalaksha, Djayâçwa, Rathavàhana , Tchandraudaya et Kâmaratha, les splendides frères de Viràta, 7,012.

» Les deux jumeaux, les Dràaupadéyains et le Rakshasa Ghatotkatcha ! Le parti, en faveur duquel ils portent les armes, n'est pas soumis à la mort. 7,013.

» Voilà et d'autres compagnies nombreuses quels sont les guerriers du fils de Pàndou! Sans doute, il serait facile à Bhîma et Phâlgouna d'exterminer jusqu'au dernier tout ce monde avec ses éléphants, ses serpents, ses Bhoûtas, avec ses troupes de Rakshasas et d'Yakshas, avec ses hommes, ses Asouras et ses Dieux.

» Youdhishthira pourrait consumer la terre de son regard épouvantable : aucune borne n'est à la force de Çaâuri, qui pour eux endossa la cuirasse! 7,016.

» Comment peux-tu vaincre, Karna, les ennemis dans une bataille? Grand et continuel est ton écart de la bonne politique, ô toi, qui as l'audace, fils du cocher, d'engager un combat contre Çaâuri. » 7,017 — 7.018.

A ces mots le fils adoptïfds Hâdhà, Karna dit en riant, éminent Bharatide , à l'instituteur spirituel, Kripa le Çaradvatide : 7,019.

« Ce langage, que tu as tenu, brahme, sur les Pândouides, est vrai :ces vertus et d'autres en grand nombre se trouvent dans les fils de Pândou. 7,020.

» Les Prithides sont invincibles dans un combat aux Rakshasas, aux Ouragas, aux Piçâtchas, aux Gandharvas, aux Yaksas, aux Daîtyas et même aux Dieux, Indra à leur tête, 7,021.

» Cependant je triompherai des Prithides, grâce à cette lance de fer, que m'a donnée Indra lui-même. Oui, brahme, Çakra m'a fait présent de cette pique, dont le coup n'est jamais vain. 7,022.

» Avec elle, je tuerai l'Ambidextre dans un combat! Ce héros mort, ni Krishna, ni ses frères germains ne pourront nullement jouir de cette terre, sans Arjouna! Eux une fois sortis de la vie, ce globe avec ses mers restera sans effort, fils de Gotama, en la puissance de l'Indra des Kourouides. C'est la bonne direction, que l'on donne aux affaires, il n'y a nul donte, qui les fait toutes prospérer ici-bas. 7,023—7,02/1-7,025.

» Instruit de cette vérité, c'est pour cela que je menace, Gotamide; mais tu n'es, toi! qu'un vieux brahme, sans connaissance acquise dans la guerre, et qui as placé ion affection sur les Pândouides : voilà quelle est la cause de ton dédain pour moi. Si tu contenues à dire ici, brahme, ce qui est si offensant pour moi,

» Je mettrai le cimeterre à la main, insensé, et je couperai ta langue ! Quant aux éloges, que tu veux bien, jetant la terreur parmi toutes les armées Kouraviennes, brahme stupide, prodiguer aux Pândouides dans la guerre, écoute ici attentivement, Gotamide, cette parole de ma bouche:

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» Là, où se tiennent Douryoclhana, Drona, Çakouni, Dourmouka et Djaya, Douççâsana, Vrishaséna, le roi de Madra et toi-même, 7,031.

» Somadatta,Bhoûri, leDronide et Vivinçati, tousguerriers vêtus de la cuirasse, tous habiles dans la guerre ;

» Quel ennemi, eut-il une force égale à celle de Çakra, pourrait les vaincre dans un combat? Ces héros vigoureux, consommés dans les armes, désirant de conquérir le ciel, 7, 032— 7,033.

» Versés dans la cience des devoirs, instruits dans les batailles, tueraient dans un combat les Souras eux-mêmes! La victoire, à mon avis, des hommes les plus robustes dépend du Destin; 7,03/i.

» Puisque Bhîshmaaux longs bras gît, enseveli sous des centaines de flèches, et Vikarna, et Tchitraséna, et Vàhlîka, et Djayadratha, et Bhouriçravas, et Djaya, et Djalasandha, et Soudakshina, et Cala, le meillenr des maîtres de chars, et le vigoureux Bhagadatta. 7,035 — 7,036.

» Ces héros et d'autres en grand nombre, difficiles à vaincre aux Dieux mêmes et supérieurs en force aux Pândouides, furent vaincus par eux dans la bataille. 7,037.

>' Quelle autre chose crois-tu hors de l'influence, qui joint tout au Destin ? Ces héros furent immolés, à centaines et à milliers, par ces ennemis de Douryodhana, que tu combles sans cesse de tes louanges, ô le plus vil des hommes. Les armées des Kourouides sont entraînées toutes à leur perte, pêle-mêle avec les Pàndouides.

» Je ne vois nullement ici la supériorité des Pàndouides, ô le plus abject des mortels, qui vois sans cesse la force de ces hommes. 7,0/iO.

» Je déploierai mes efforts, au-dessus même de mes forces, dans l'intérêt de Douryodhana, pour soutenir un combat avec eux; mais la victoire dépend du Destin. »

Quand il vit le fils du cocher exaspérer son oncle, le Dronide mit sur-le-champ son cimeterre à la main, et s'élança sur lui. 7,041 — 7,042.

Enflammé de la plus grande colère et rugissant comme un lion contre un éléphant en rut, il s'avança vers Karna, sous les regards des Kourouides: 7,043.

« Tu menaces dans ta colère le héros, mon oncle, ô le plus insensé des hommes vils , parce qu'il reconnaît ces vertus d'Arjouna comme identiques à la vérité. Atteint par une enflure de l'orgueil et ne comptant pour rien maintenant dans un combat, tu invectives un guerrier, que sa bravoure a fait l'archer de l'univers entier !

» Qu'était devenu ton courage? Qu'avais-tu fait de tes astras, quand l'archer du Gândîva, t' ayant vaincu dans le combat, immola sous tes yeux Djayadratha? 7,040.

» C'est en Vain que tu prétends en tes désirs, ô le plus vil des cochers, triompher d'un héros, qui jadis soutint un combat avec Mahâdéva lui-même en personne! 7,047.

i) Les Asouras et les Dieux mêmes , réunis sous les ordres d'Indra, ne sont point capables de remporter une victoire sur cet homme, secondé par Krishna et le meilleur de tous ceux, qui portent les armes, Arjouna, le guerrier invaincu, le héros unique du monde : à plus forte raison est-il suffisant pour te vaincre, toi et tous ces maîtres de la terre. 7,048 — 7,049.

» Vois maintenant, stupide Karna; tiens ferme à cette heure, insensé; je vais à l'instant même enlever sa

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tête à ton corps, ô le plus vil des cochers. » 7,050.

Le roi Douryodbana lui-même à la grande splendeur, l'arrêta dans son élan rapide, lui et Kripa, le plus vertueux des hommes. 7,051.

« Voilà un héros, fier de ses combats, et un insensé, le plus vil des brahmes ! reprit Knrna. Qu'il s'approche de ma vigueur! Lâche-le, ô le plus grand des Kourouides ^1). »

« Nous supportons cette arrogance de toi, insensé fils du cocher! répliqua Açwatthâman. Mais Phâlgouna te guérira de cette enflure d'orgueil. » 7,Q52 — 7,053.

« Açwatthâman, calme- toi ! reprit Douryodhana ; veuille pardonner, ô toi, qui donnes l'honneur. Tu ne dois pas concevoir de colère, homme sans péché, à l'égard de l'Adhirathide. 7,05/i.

» Voilà qu'il nous arrive une grande affaire, qui doit être soutenue par le Soubalide, le roi de Madra, Drona, Kripa, Karna et toi : calme-toi donc, ô le plus excellent des brahmes! 7,055.

)> Voici tous les Pândouides, qui s'avancent, le front tourné au combat, par le désir de combattre Râdhéya, et qui nous provoquent de tous les côtés. » 7,056.

Accompagné par la fougue de la colère, puissant roi, le Dronide au grand cœur, supplié par le roi, étouffa son ressentiment. 7,057.

Ensuite, ramené bientôt à la douceur par son naturel placide, Kripa le bien magnanime àtchârya de parler en ces termes : 7,058.

« Nous supportons cette arrogance de toi, insensé fils

(1) Kourousattama, texte île Bombay.

du cocher; mais Phâlgouna te guérira de ce débordement d'orgueil. » 7,059.

Les Pândouides et, réunis avec eux, sire, les illustres Pântchâlains arrivèrent là par milliers, vomissant des menaces contre nous. 7,060.

Levant son arc, le vigoureux Karna, le meilleur des maîtres de chars, environné des principaux Kourouides, comme Gakra est entouré par les chœurs des Dieux,

L'impétueux guerrier, appuyé sur la force de ses bras, leur opposa la face à tous. Alors se déroula, très-puissant roi, un combat effroyable, retentissant des cris de guerre, entre Karna et les Pândouides. Les illustres Pântchâlains, sire, et les fils de Pândou, 7,061—7,062—7,063.

A son aspect, accueillirent avec de hautes clameurs ce Karna aux longs bras: «Voici Karna! D'où vient-il, ce Karna? Pieste le pied ferme, Karna, dans cette grande bataille! 7,066.

» Combats, réuni à d'autres, combats avec nous, ô le plus vil des hommes méchants. » Maisplusieurs, àlavue de Râdhéya, disaient, les yeux enflammés de colère :

« A mort, ce lutteur, ce fils du cocher, cet homme à l'âme méprisable! Qu'ont-ils besoin qu'il conserve la vie, tous ces éminents fils de Pàndou? 7,065 — 7,066.

» Cet homme vicieux fut toujours l'ennemi mortel des Prithides : c'est en effet la source de tous nos malheurs, au sentiment de Douryodhana lui-même. 7,067.

» Tuez-le ! » s'écriaient toua ces kshatryas; et, ce disant, les grands héros couraient , l'inondant avec une forte averse de flèches, excités par le Pàndouide à la mort du fils de cocher. Quand il vit tous ces enfants de Pândou à la grande force, 7,068—7,069.

DRONA-PARVA. 177

L' Adhirathide n'en fut aucunement ému ; il ne descendit pas au sentiment de la peur.

A la vue de cet océan merveilleux d'armée, qui ressemblait au jour de la destruction du monde, 7,070.

Ce guerrier vigoureux, invaincu dans les combats, à la grande force, à la main agile, le bienfaiteur de tes fils arrêta cette armée de tous les côtés, éminent Bharatide, par la multitude de ses flèches ; et les Pàmlouidesde l'arrêter lui-même par une pluie de traits. 7,071 — 7072.

Agitant leurs arcs par centaines et par milliers, ils combattirent le fils de Ràdhà, comme les Daîtyas jadis ont combattu les Dieux. 7,073.

Le vigoureux Rama dissipa de tous les côtés avec une grande averse de flèches l'orage de traits, suscité par ces princes. 7,07Zi. ■

Le combat de ces guerriers, qu'animait le désir de tirer vengeance des blessures faites, ressemblait au combat des Dànavas et de Çakra dans la guerre des Asouras et des Dieux. 7,075.

Nous vîmes alors la légèreté merveilleuse du fils de cocher; en effet, malgré tous leurs efforts dans la bataille, les ennemis ne purent venir à bout de sa personne.

L'hér. ïque Râdhéya d'arrêter les multitudes de flèches, que lui décochaient ces princes. Il fit tomber ses traits épouvantables, gravés de son nom, sur les jougs, les timons, les ombrelles, les chevaux et les chars. Le trouble se mit parmi les monarques, accablés par les /le. che» de Karna. 7,076—7,077—7,078.

Ils erraient çà et là, comme des vaches tourmentées par le froid : on voyait çà et là des troupes de coursiers morts, d'éléphants et de maîtres de chars eux-mêmes, « 12

les victimes deKarna. Tonte la terre était jonchée de tous côtés des têtes abattues et des bras enlevés à ces héros, qui ne savaient pas fuir. Telle que la ville du Vivasvatide, le champ de bataille était semé par tous les côtés, sire, de guerriers morts, ou expirants, ou gémissants. Douryodhana, à la vue du courage de l'Adhiratide,

7,079— 7, ObO— 7,081— 7,082.

S'approcha d'Açwatthâman et lui parla en ces termes : « Voici Karna, que tous les Pàndouides contemplent, revêtu de sa cuirasse ! 7,083.

» Vois cette armée en fuite sous l'atteinte des flèches de Rarna, comme l'armée Asourique, dissipée devant Kârttikéya. 7,084.

A pe ne a-t-il vu le prudent Karna vainqueur de son armée, voici que déjà Bîbhatsou s'approche avec le désir de tuer l'Adhirathide. 7,085.

» Ainsi, adopte un plan de conduite dans le combat, de telle sorte que le Pândouide ne puisse immoler sous nos yeux, les armes à la main (1), ce grand héros fils du cocher. » 7,086.

Alors le Dronide, Kripa, Çalya et l'héroïque Hârddikya, volant au secours de l'Adhirathide, se portèrent à la rencontre du Prithide. 7,087.

Ils virent le fils de Kountî s'avancer, tel que Çakra s'offrit aux yeux de l'armée des Daîtyas, Bîbhatsou luimême, environné des Pàntchâlains, Indra des rois,

S'élança au-devant de Rarna, comme Pourandara jadis se présenta aux regards de Vitra. 7,0S8 — 7,0S9.

« Quand il vit Phâlgouna irrité, semblable à Yama, au

(1) Sankhym.

DRONA-PARVA. 179

trépas, à la mort, s'enquit Dhritarâshtra, que fit ensuite, cocher, Karna, le fils du Soleil? 7,090.

» Lorsqu'il vit arrivé tout k coup son ennemi acharné de tous les instants, ce Bibhatsou bien épouvantable (]), qu'il espérait vaincre dans un combat (-2), et avec qui ce grand héros était dans une rivalité continuelle, quelles autres prouesses, cocher, exécuta ce Karna, le fils du Soleil? » 7,091—7,092.

Dès qu'il vit des mêmes yeux, qu'un éléphant voit s'avancer un éléphant ennemi, répondit Sàndjiya, le Pàndouide s'approcher, Karna, sans émotion, se porta de son côté à la rencontre de Dhanandjaya. 7,093.

Au moment qu'il s'avançait rapidement, le Prithide couvrit le fils du Soleil (3) de ses flèches au vol droit, et Karna (A) ensevelit Vicljaya sous les siennes. 7,09/i.

Le Pândouide fit éclater sur Karna l'orage de ses traits; et celui-ci, enflammé d'une bouillante colère, le blessa de trois dards. 7,095.

Quand il vit sa légèreté, ce grand héros, le fléau des ennemis, ne put la supporter, et il envoya au fils du cocher trente flèches aiguisées sur la pierre, au vol droit, à la pointe enflammée. Eusuite, le vigoureux Dhanandjaya le perça d'un seul trait dans sa colère.

Ce brave le frappa en riant à l'extrémité du bras gauche, et l'arc tomb.i rapidement de sa main blessée.

Le guerrier à la grande force ramassa l'arc plus tôt

(1-2) Youddaijétoum souddrounam, texte de Bombay.

(3) Vaikarlanan, môme éditiou.

(4) Karnus tu, au même te.vte.

même qu'il n'eût fléchi un clin d'oeil, et couvrit en homme agile Phâlgouna de ses multitudes de traits.

Dhanandjaya dissipa en riant par la pluie de ses flèches, Bharatide, la grêle de flèches, que lançait le fils du cocher. 7,100.

Ces deux héros (1), qui désiraient faire les représailles des coups, qu'ils avaient reçus, s' étant approchés l'un de l'autre, se couvrirent de toutes parts avec des multitudes de flèches. 7,101.

Cette lutte de Karna et du Pânflouide ne fut pas moins admirable clans cette bataille, que celle de deux éléphants des forêts, qui ont l'odorat affecté de leur mutuel mada.

Dès que l'héroïque Prithide eut vu la bravoure de Karna, il trancha, plein de hâte, son arc même à l'endroit où son poing le serrait à sa main. 7,10*2 — 7,103.

Le fléau des ennemis plongea avec des bhallas ses quatre chevaux au séjour d'Yama, et enleva du corps la tête de son cocher. 7,10Zi.

Ensuite, le fils de Piïthâ et de Pândou blessa de quatre flèches ce héros à l'arc coupé, aux coursiers tués, au cocher immolé. 7,105.

L'éminent personnage, en but aux traits, s' étant élancé précipitamment hors de son char privé de chevaux , monta à la hâte dans le chariot de Kripa. 7,106.

Chassé par les multitudes de flèches d'Arjouna et couvert de dards, comme un porc-épic d'aiguillons, il sauta dans le char de Kripa, désireux d'obtenir le salut de sa vie. 7,107.

(1) Mahéshvûsaâu, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 181

A la vue de Ràdhéya vaincu, les tiens, éminent Bharatide, dispersés par les traits de Dhanandjaya, couraient par les dix points de l'espace. 7.108.

Quand il les vit de ses yeux mêmes fuir de cette manière, le roi Douryodhana les arrêta et leur adressa ces paroles : 7,109.

« C'est assez fuir, héros ! Tenez ferme, éminentskshatryas ! Moi; qui vous parle, je vais entrer dans la bataille pour donner la mort au Prithide ! 7,110.

» Je vais tuer le fils de Prithâ et le Pàntchâlain réunis ! Les Prithides me verront aujourd'hui même combattre avec l'archer du Gàndiva ; ils connaîtront ma valeur comme celle de la mort à la fin d'un youga ! Aujourd'hui, les Prithides verront, comme des nuées de sauterelles, les multitudes de mes flèches, que je vais lancer par milliers dans le combat ! Aujourd'hui, mes guerriers verront, tel qu'un nuage à la fin de la saison chaude, la pluie formée de traits, que vomira mon arc dans ce combat ! Aujourd'hui, je triompherai du Prithide dans la bataille avec mes flèches aux nœuds inclinés ! 7,111— 7,112 — 7,113— 7, 114.

» Restez fermes en ce combat, héros ! Abandonnez la crainte, que vous inspire Phàlgouna ! Qu'il s'approche de ma valeur, il ne tiendra pas devant elle, comme lamer, séjour des makaras, ne tient pas devant son rivage ! » A ces mots environné d'une nombreuse armée, le roi s'avança, 7,115—7,116.

Irrité, les yeux enflammés de fureur contre Phàlgouna. Aussitôt que le Çaradwatide vit le héros aux longs bras s'approcher, 7,117.

Il s'avança vers Açvatthâman et lui dit ces mots :

« Voici le puissant monarque, qui, plein de colère, enflammé de courroux. 7,118.

» Imitant la sauterelle en sa manière d'agir, veut combattre avec Phâlgouna. Arrête-le, Kourouide, afin que le plus excellent des princes n'abandonne point sa vie sous nos yeux dans une bataille avec ce Prilhide. Que ce héros, monarque des Rourouides, se tienne paisible en cette lutte, de peur qu'il ne tombe sous la portée des flèches de Phâlgouna ! Que le roi s'abstienne du combat dans la crainte qu'il ne soit réduit en cendres par les multitudes de traits, que le Prithide décoche, semblables à des serpents déchaînés. La chose, que nous voyons s 3 passer ici, est comme inconvenante, ô toi, qui donnes l'honneur. Tan '.lis que nous restons les bras croisés, le roi marche sans aide au-devant du Prithide (1) pour le combattre ! S'il combat avec Riiîti, le Kourouide, aura, je pense, autant de difficultés à conserver sa vie clans ce combat qu'un éléphant aux prises avec un tigre. » A ces mots de son oncle, Açwatthàman, le plus excellent de ceux, qui portent les armes, {De la stance 7,119 à la stance 7,125.)

Dit précipitamment ces paroles àPouryodhana : « Tant que je vivrai, Gàndhâride, ne veuille pas livrer un combat, sans tenir compte de moi, toujours désireux de ton bien, fils de Rourou. 11 ne faut pas te hâter à la victoire du Prithide. 7,125—7,126.

» Je l'arrêterai, moi ! Quant àtc\i, Souyodhana, reste ici tranquillement! »> 7,127.

» L'Atchârya veille au salut des fils de Pândou, comme

(1) Pârthan, texte de iïombay, au lieu du mot superflu xpnàn.

DRONA-PARVA. 183

s'il était leur propre fils ! lui répondit Douryodhana. Tu fais sans cesse mépris de moi, quand il s'agit d'eux, mes ennemis ! 7,128.

» Ton courage 'est stérile dans la guerre, soit par la cause de mon infortune, soit que tu veuilles faire une chose agréable, ou à Dharmarâdja, ou à Draàupadi : c'est là ce que nous ne savons point. 7,129.

» Honte à moi, homme cupide! En effet, pour moi, tous mes parents, qui désirent les douceurs de la vie, sont tombés, par la défaite, dans les plus grands chagrins.

» Qui, le meilleur de tous ceux, qui portent les armes, égal à Çiva dans la guerre, mais qui n'est pas le fils du Gaàutamide, ne détruirait pas un ennemi, qui est puissant? 7,130—7,131.

» Açwatthâman, sois-nous propice! Détruis ces ennemis de mon pouvoir: les Dânavas et les Dieux mêmes ne sont point capables de tenir à la portée de tes astras !

» Immole, Dronide, les Pântchâlairrs et les Somakas avec leurs suivants ! Sauvés par toi-même, le reste mordra la poussière sous nos coups? 7,132—7,133.

» Car ces Somakas, brahme, et ces illustres Pântchâ- Iains se promènent avec colère dans mes armées, comme l'incendie au milieu d'une forêt. 7,134.

» Arrête-les, guerrier aux longs bras, et les Kaîkéyains avec eux, avant que, défendus par Kiriti, ô le plus grand des hommes, ils ne nous aient exterminés jusqu'au dernier. 7,135.

» Avance-toi promptement, Açwatthâman ! Fais diligence, dompteur des ennemis ! Que tu agisses d'abord ou ensuite, c'est ton affaire, brahme ! 7,136.

» Tu es né pour la mort des Pàntchâlains, si tu te

hâtes, guerrier aux longs bras, tu enlèveras sans doute à la terre jusqu'au dernier des Pântcbâlains. 7,137.

» Les Siddhas ont dit cette parole (1) : « Il en sera ainsi ! » Terrasse donc, tigre-des hommes, ces Pântcbâlains avec leurs suivants ! 7,138.

» Les Dieux avec Indra (2) ne sont pas capables de tenir à la portée de tes astras : à plus forte raison, les fils de Prithâ avec les Pântchâlains. Cette parole de moi est une vérité. 7,139.

» Les Pândouides et les Somakas ne sont point capables, héros, de te combattre avec une armée sur un champ de bataille : ce que je te dis est une vérité.

» Va ! va, guerrier aux longs bras ! Que la destruction de la mort ne nous atteigne pas ; car voici l'armée, qui fuit sous l'oppression des flèches du Pandouide !

» Tu es capable, ô toi, qui donnes l'honneur, de réprimer les fils de Pândou et les Pântchâlains, grâce à ta vigueur divine. » 7,142.

A ces mots de Douryodhana, le Dronide, ivre de la furie des batailles, déploya ses efforts à la mort des ennemis, comme Indra jadis à la mort des Daîtyas.

Le guerrier aux longs bras fit cette réponse à ton fils : « Ce que tu dis est vrai, puissant Kourouide.

» Les fils de Pândou me sont toujours chers ainsi qu'à mon père lui-même. Ainsi, il ne nous est nullement agréable de combattre jamais contre eux. 7,145.

(1) Vàichas, texte de Bombay.

(2) Savùsavas, même texte.

DRONA-PARVA. 185

» Combattant de tout notre pouvoir, ayant renoncé intrépidement à la vie, mon fils,Karna, Çalya, Rripa, Hârddikya et moi, nous avons dispersé dans un clin-d'œil, ô le plus grand des princes, l'armée des Pândouides; et eux, dans le même espace de temps, ils auraient dissipé les bataillons des Kourouides, si nous n'assistions point au combat. Lorsque nous combattons les Pândouides et que ceux-ci veulent nous faire la guerre (1), fils de Bharata, ces deux forces s'entrechoquent, se balancent et se neutralisent l'une et l'autre. Tant que vivent les Pândouides, il est impossible à notre fougue de vaincre leur armée. Les fils de Pândou sont puissants, parce qu'ils combattent dans leur cause. (De la stance 7,146 à la stance 7,151.)

» Pourquoi ne tueraient-ils pas ton armée, fils de Bbarata? Mais toi, sire, tu as la science de la méchanceté; tu es le plus avide des hommes, 7,151.

» Un orgueilleux, rempli de soupçon pour tout, et delà toujours en doute de nous. Tu es, à mon avis, un être vil, une âme criminelle, un mortel méprisable. 7,152.

» Animé de sentiments pervers, tu nous soupçonnes d'être, homme abject, autres que nous ne sommes. Mais, déployant mes efforts et renonçant pour toi à la vie,

» J'irai au combat pour tes intérêts, ô le plus grand des Kourouides, je combattrai avec les ennemis, et je ferai mordre la poussière à de nombreux adversaires.

» J'affronterai dans cette bataille, pour faire une chose, qui te soit agréable, dompteur des ennemis, les Pân-

(1) Nas, sous-enlendu, youdhyatàn Pdndavàn... Icshàn, texte de Bombay.

châlains, les Somakas, les Kaîkéyains et les Pândonide s.

» Aujourd'hui consumés par mes flèches, les Tchédiens, les Somakas et les Pàntchâlains s'enfuiront de tous les côtés, comme des bœufs, qu'un lion a remplis d'effroi.

» Aujourd'hui, quand il aura vu ma bravoure, le roi fils d'Yama pensera avec les Somakas, que le monde est fait d'Açwatthâman. 7,157.

» Le fils de Dharma, Youdhishthira, tombera dans le mépris de soi-même, quand il aura vu les Pàntchâlains immolés dans le combat avec les Somakas. 7,158.

» Je tuerai, Bharatide, ceux qui oseront m'aïïronter dans la guerre : accablés par la force de mes bras, héros, ils ne m'échapperont certainement pas ! » 7,159.

Dès qu'il eut parlé ainsi à ton fils Douryodhana, le guerrier aux longs bras, le meilleur de ceux, qui respirent l'air du ciel, retourna au combat, désirant fai»*e une chose agréable à ton fils, et mettant en faite tous les archers. Ensuite, le fils du Gaâutamide dit aux Pàntchâlains réunis aux Kaîkéyains: 7,160— 7, 161.

« Lancez d'ici tous, fameux héro-, vos traits sur mon corps ! Embrassant la fermeté, combattez, montrant la légèreté de vos astras ! » 7,162.

A ces mots, tous, ils firent tomber sur le Dronide une grêle de flèches, tels que des nuages, Mahârâdja, déversent leur eau sons les deux. 7,163.

Quand il en eut paralisé tes traits (J), le Dronide abattit, «seigneur, dix héros en face des fils de Pândou et (2) de Prishtadyoumna. 7,16/i.

(1-2) Çarân.... tcha, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 187

Taillés en pièces dans le combat, les Pâhtchâlains et les Somakas, abandonnant le Dronide, s'enfuyaient aux dix points de l'espace. 7.165.

Dès qu'il vit ces héros courir çà et là, grand roi, Dhrishtadyoumna, sur le champs de bataille, s'élança contre le fils de Drona. 7,166.

Environné d'une centaine de vaillants héros, qui ne savaient pas fuir, admirables d'or et bruyants comme des nuages chargés de pluies, 7,167.

Le fils du roi des Pântchâlains, le grand héros. Dhrishtadyoumna dit ces mots au Dronide, quand il le vit immoler ses combattants : 7,168.

« Stupide fils d'un âtchàrya, qu'as-tu besoin d'autres victimes ? Combats avec moi sur le champ de bataille, si tu es un héros! 7.169.

» Tu vas mordre la poussière sous mes coups ! Haltelà! S>is ferme, maintenant! » A ces mots, l'auguste Dhrishtadyoumna de frapper le fils de l'At hârya dans ses membres avec des flèches acérées, pleine d'épouvante , et les rangées de traits, empennés d'or, au vol rapide, à la pointe luisante, déchirant tous les corps, de pénétrer dans le fils de Drona, comme de grandes abeilles, dont le désir du miel attira le vol dans un arbre fleuri.

Grièvement blessé, au comble de la colère, tel qu'un serpent, qu 'un passant a foulé du pied, le fier Açwatthâman dit, sa flèche à la main : 7,173.

« Dhrishtadyoumna, sois ferme ! Attends un instant que je t'envoie de mes bhallas aigus dans l'habitation d'Yama! » 7.17/j.

Quand il eut parlé ainsi, le destructeur des héros en-

gémis, le Dronide à la main agile de le couvrir partout avec les multitudes de ses flèches. 7,175.

Hérissé de traits par son bras, le fils du roi des Pântchâlains, ivre de la furie des batailles, menaça alors en ces termes le fils de Drona : 7,176.

« Ne connais-tu point ma promesse, brahme, et mon origine? Tu seras tué par moi, homme bien insensé, après que j'aurai immolé Drona lui-même. 7,177.

» C'est pour cela que tu ne mords poim la poussière, impur, quand Drona vit encore ! Mais une fois que cette nuit sera parvenue à l'aube du jour, homme sans jugement,

» J'abattrai mort ton père, et je te plongerai clans ce combat même au monde des morts. C'est ainsi qu'il est arrêté dans mon cœur. 7,178 — 7,179.

» Montre bien l'inimitié, que tu as vouée aux fils de Prithà, et le dévouement, que tu as juré aux Rourouides ; sois ferme! Tu ne t'en iras pas vivant de mes mains!

» Tout brahme, qui, désertant le caractère saint du brahme, trouve son plaisir dans les fonctions du kshatrya, doit être mis à mort, comme toi, ô le plus vil des hommes du monde entier (1).» 7,180 — 7,181.

A ces atnères paroles du Prishatide, le plus grand des brahmes ressentit une brûlante colère: « Arrête! arrête! » lui cria-t-il. 7,182.

Il regarda le rejeton de Prishat, le consumant, pour ainsi dire, de ses yeux, et, soupirant comme un serpent, il le couvrit de ses flèches dans le combat. 7,183.

Percé de ses traits, Dhrishtadyoumna, le plus grand

(1) Sarva/okasya, texte de Bombay

DRONA-PARVA. 189

des héros, environné de toutes les armées des Pântchâlains, 7,lSZi.

Appuyé sur sa force, le guerrier aux longs bras n'en fut pas ébranlé, et il décocha sur Açwatthâman des flèches diverses. 7,185.

Ces deux joueurs du jeu des existences revinrent dans une colère mutuelle, paralysant les multitudes de traits l'un de l'autre. 7,186.

Ces deux héros envoyaient de tous les côtés leurs averses de dards. A la vue du combat aux formes terribles, inspirant l'épouvante, du Dronide et du fils de Prishat, les Siddhas, les Tchâranas et les Vents de leur applaudir. Emplissant l'air et les plages intermédiaires par des torrents de flèches, 7,187—7,188.

Ils combattaient invisibles, leurs projectiles causant une vaste obscurité. Leurs arcs mis en cercle, ils semblaient danser dans le combat. 7,189.

Inspirant l'effroi à tous les êtres, l'esprit appliqué à la mort l'un de l'autre, ces héros aux longs bras combattaient d'une manière variée, avec légèreté et d'une façon excellente. 7,190.

Les premiers des guerriers les applaudirent par milliers dans le combat : une joie confuse naquit dans les deux armées, lorsqu'on les vit dans cette lutte semblables à deux éléphants sauvages au milieu d'une forêt. Il s'éleva un bruit de cris de guerre, et les combattants remplirent de vent les conques. 7,191 — 7,192.

Dans cette bataille tumultueuse, accroissant la crainte des gens timides, les instruments de musique résonnaient par centaines et par milliers. 7,493.

Un instant, ce combat n'offrit aux yeux qu'une seule et

même forme. Ensuite, quand le Dronide eut tranché, puissant roi, au magnanime Prishatide, son arc, son drapeau, son ombrelle, les deux valets de pied, qui conduisaient les deux premiers chevaux, son cccheret ses quatre coursiers, il poursuivit dans le combat tous les Pàntchâlains de ses flèches aux nœuds inclinés. Le guerrier à l'âme incommensurable les mit en déroute, par centaines et par milliers. 7,194— .7.195— 7,19(5.

Quand elle vit dans la guerre, éminent fils de Bharata, ce grand exploit du Dronide, semblable à ceux d'Indra, l'armée Pândoukle fut agitée par la crainte.

Lorsque le fameux héros eut tué cent Pântchalains avec une centaine de traits, et qu'il eut abattu morts trois des plus illustres personnages avec trois flèches aiguës,

Le Dronide immola un très-grand nombre de Pântchalains, qui se trouvaient là présents, aux yeux mêmes de Phàlgouna et du fils de Droupada. 7,199.

Taillés en pièces dans la bataille, les Pântchalains et les Srindjayas se retirèrent, leurs drapeaux et leurs chars étendus çà et et là sur la terre. 7,200.

Dès qu'il eut vaincu les ennemis dans le combat, l'héroïque fils de Drona jeta dans (air un bien vaste cri, comme un nuage à la fin de l'été. 7,201.

Homicide de ses nombreux ennemis, Açwatthâman resplendissait, tel que le soleil, quand il consume tous les êtres à la fin d'un youga, 7,202.

Honoré dans la guerre par les Kourouides, ayant vaincu des foules d'ennemis dsns le combat, l'auguste fils de Drona brillait, comme le roi des Immortels, quand il eut terrassé les troupes de ses rivaux. 7,203.

Alors, puissant monarque, le roi Yonrlhishthira et le Pàndouide Bhîmaséna environnèrent de^tous côtés le fils de Drona. 7,*20Zi.

Escorté du Bharadwâdjide, le royal Douryodhana s'avança vers les Pândouides dans cette bataille et revint au combat à la forme terrible, à la grande épouvante, accroissant la terreur des gens timides. Les Ambasthas, les Màlavas, les Vângas, les Çiviens et les Trigarttas euxmêmes 7/205 — 7,206.

Furent envoyés, en troupes, par Youdhishthira irrité dans le monde des morts. Terrassant les guerriers Abbîshabas et Çourasénas, ivres de la furie des batailles, Bhîma de charger la terre en un bourbier de sang. Kirîti aux blancs coursiers plongea dans le monde des morts les combattants montagnards, sire, les Madrakas et les Mâlavas eux-mêmes; Profondément blessés par les nârâtchas au vol rapide , les éléphants tombaient sur la terre, comme des montagnes à deux pitons. La terre brillait, remplie de trompes coupées, remuantes ça et là, des éléphants, (elles que des serpents, qui rampent. Le sol éiincelait d'ombrelles de rois éparses et de peintures d'or, 7,207— 7,208— 7,209— 7,210— 7,211.

Comme un ciel, où luiraient en même temps, à la destruction d'un youga, le soleil, la lune et les autres planètes. « Frappez ! décochez ! blessez ! tranchez sans crainte ! » 7,212.

Ces cris régnaient en bruit confus autour du char aux chevaux rouges. Le terrible Drona au comble de la colère dispersa les ennemis dans le combat avec l'astra du vent, tel qu'un souffle orageux dissipe les nuages. Battus par Drona, les Pàntchâlains couraient, talonnés par Ja peur,

Sous les yeux de Bhîmasénaet du magnanime Prithide. Ayant pris une grande armée, Kiiîti et Bhîmaséna revinrent promptement, environnés d'une nombreuse multitude de chars. Bîbhatsou au midi, Vrikaudara au côté du septentrion 7,213— 7,21/1 — 7,215—7,216.

Firent éclater sur le Bharadwâdjide de fortes nuées de flèches. Les Srindjayas et les grands héros Pântchâlains suivirent ces deux princes avec les Matsyas et les Somakas. Les guerriers aux grands chars de ton fils,

Formant une nombreuse armée, sire, se portèrent vers le char de Drona. Taillée en pièces par Rirîti, l'armée Bharatienne était déchirée de nouveau par les ténèbres et le sommeil. Arrêtés par ton fils et par Drona en personne,

Les guerriers ne purent alors, puissant roi, les arrêter eux-mêmes. La grande armée, frappée de mort par les flèches du fds de Pàndou, 7,221.

Courait dans le monde, enveloppée d'obscurité et tournant sa face de tous les côtés : quelques monarques des hommes, abandonnant leurs chevaux par centaines, grand roi, s'enfuyaient, pénétrés de terreur. •

Irrité contre Somadatta et brandissant un grand arc, Sâtyaki dit à son cocher : « Conduis-moi près de Somadatta! 7,224 .

» Car je ne m'en irai pas du combat, cocher, que je n'aie tué Vâhlîka, le plus vil des Kourouides : je dis cette parole comme une vérité. » 7,225.

Le cocher alors de pousser les chevaux Sindhiens à la grande légèreté, à la couleur de la conque, et qui sur-

DRONA-PARVA. 193

passaient en vitesse toutes les flèches dans le combat.

Aussi rapides que Mâroute ou la pensée, ces chevaux traînaient Youyoudhâna, comme jadis les coursiers verts portaient Indra, quand il s'élançait à la mort des Daîtyas.

Dès qu'il vit le Sâttwatide accourir d'une marche précipitée dans la bataille, grand roi, Somadatta sans trouble y reporta ses pas. 7,228.

Déchargeant ses averses de flèches, tel qu'un nuage pluvieux, il couvrit le Cinide comme une nuée masque le le soleil. 7,229.

Et, sans trouble, Sâtyaki, de son côté, couvrit de toutes parts dans le combat l'éminent Rourouide avec les multitudes de ses flèches. 7,230.

Mais Somadatta de blesser Mâdhava dans la poitrine avec soixante traits ; et Sâtyaki le frappa, sire, de dards acérés,

S' étant déchirés mutuellement de leurs flèches, ils resplendissaient l'un et l'autre, comme deux fleurs brillantes dans la saison des fleurs ou tels que deux kinçoukas fleuris. 7,231—7,232.

Tous les membres humides de sang, ces rejetons de Kourou et de Vrishni, causes de renommée, se regardaient réciproquement, comme s'ils voulaient se brûler des yeux. 7,233.

Se promenant dans les routes et les circonvolutions des chars, ces deux broyeurs des ennemis se tenaient l'un vis-à-vis de l'autre avec des formes terribles , tels quedeux nuages chargés de pluie. 7,234.

Le corps brisé par les traits, mis en pièces (1) de tous

(1) Çakallkritaâu, texte de Bombay.

ix 13

les côtés, ils paraissaient, Indra des rois, comme deux porcs-épics sous les flèches, dont ils étaient blessés.

Couverts de traits empennés d'or, ils resplendissaient ainsi que deux arbres, sire, enveloppés de myopides enflammés dans la saison des pluies. 7,235—7,236.

Ces deux grands héros, tous les membres comme allumés par des flèches, semblaient dans le combat deux éléphants, dont la colère est excitée avec des torches.

Enfin l'héroïque Somadatta, puissant roi, coupa dans la bataille avec une demi-lune le grand arc de Màdhava.

Il décocha sur lui vingt-cinq traits, et, se pressant, lorsqu'il était à propos de se hâter, il le blessa encore avec dix flèches. 7,239.

S' armant d'un nouvel arc plus rapide, Sâtyaki précipitamment frappa son rival de cinq projectiles. 7,240.

Puis, Sâtyaki, en riant, de trancher dans le combat avec un autre bhalla, sire, le drapeau en or de Vâhlika.

Quand il vit son enseigne abattue, Somadatta, sans émotion, sire, entassa vingt-cinq traits sur le petit-fils de Çini. 7,241—7,242.

Irrité dans ce combat, le Sâttwatide trancha lui-même, d'un kshourapra aiguisé, l'arc du sagittaire Somadatta.

11 accumula sur lui, semblable à un serpent, de qui les dents sont brisées, une centaine de flèches, empennées d'or, aux nœuds inclinés. 7,243 — 7,244.

Ensuite, Somatta au grand char , à la grande force, ayant pris un autre arc, couvrit Sâtyaki d'une averse de traits. 7,245.

Sâtyaki en colère blessa dans le combat Somadatta, et celui-ci accabla Sâtyaki d'une multitude de flèches.

DRONA-PARVA. 195

De dix sagettes, Bhîrna de frapper dans l'intérêt de Sàtyaki le fils de Vâhlîka; et Somadatta, sans émotion de riposter à ce coup de Bhîma par une centaine de flèches.

Le Sâttwatide irrité lança dans la poitrine de Somadatta une massue neuve, solide, épouvantable, emmanchée d'or. 7,248.

En riant, le Kourouide dans le combat trancha en deux ce pilon à l'aspect effrayant, qui accourait avec rapidité. 7,249.

Coupée, la grande massue de fer tomba sur la terre en deux morceaux, comme la haute cîme d'une montagne, que la foudre a frappée. 7,250.

Mais Sâtyaki trancha d'un bhalla, sire, l'arc de Somadatta dans la guerre, et de cinq le bracelet de sa main.

Il envoya lestement de quatre flèches auprès du roi des morts ses coursiers de la plus riche taille. 7,251 — 7,252.

En riant, Bharatide, ce tigre des héros enleva du corps avec un bhalla aux nœuds inclinés la tête de son cocher.

Il lança une flèche empennée d'or, luisante d'huile de. sésame, aiguisée sur la pierre, grandement formidable et flamboyante comme le feu. 7,253 — 7,254.

Décoché par le vigoureux Çaînéya, le trait sublime et terrible, seigneur, s'abattit dans la poitrine de son rival avec le rapide essor du faucon. 7,255.

Le fameux héros Somadatta , profondément blessé , puissant roi, par le robuste Sâttwatide, tomba sur la terre et rendit le dernier soupir. 7,256.

Dès qu'ils virent là, couché mort l'illustre Somadatta, les tiens fondirent sur Youyoudhâna avec une multitude de chars. 7,257.

Suivis de tous leurs plus vaillants guerriers, les Pândouides, à la tête d'une nombreuse armée, coururent, puissant monarque, sur l'armée dubrahme. 7,258.

Alors Youdhishthira irrité dispersa en fuite de ses flèches les héros du Bharadwâdjide, aux regards de Drona lui-même. 7,259.

Quand celui-ci eut vu Youdhishthira jeter ses armées en déroute, il fondit rapidement sur lui, les yeux enflammés de colère. 7,260.

Il perça le Prithide avec sept traits bien acérés ; et, dans sa colère, Youdhishthira lui rendit ses traits avec cinq flèches. 7,261.

Atteint profondément et léchant mainte fois les angles de sa bouche, le grand héros coupa l'arc et le drapeau d' Youdhishthira. 7,262.

Privé de son arc, mais faisant diligence, quand il était à propos de se hâter, le plus grand des rois saisit rapidement dans cette lutte un nouvel arc solide. 7,263.

Le Pândouide frappa le brahme-guerrier d'un millier de flèches avec son char, son drapeau, ses chevaux et son cocher : ce fut comme une chose merveilleuse. 7,26/j.

Accablé par la multitude des flèches et jeté dans le trouble, le plus grand des brahmes s'affaissa un instant sur le banc de son char. 7,265.

Ensuite, ayant recouvré ses sens, pénétré d'une forte colère et soupirant, comme un serpent, il lança l'astra du vent.

Mais, sans trouble, le vigoureux Prithide, saisissant son arc dans le combat, neutralisa l'astra du régénéré par un astra contraire. 7,266 — 7,267.

Le Pândouide trancha le grand arc du brahme, et

Drona, le destructeur des kshatryas, s'arma d'un nouvel arc. 7,268.

Le chef de la race Kourouide le coupa lui-même de bhallas acérés. Alors le Vasoudévide parla ainsi à Youdhishthira, le fils de Kountî : 7,269.

« Écoute ce que je vais te dire, Youdhishthira aux longs bras : cesse ton combat avec Drona, ô toi, qui es le plus grand de tes frères : 7,270.

» Car Drona ne cesse pas de déployer tous ses efforts dans la bataille pour te faire prisonnier. Son combat avec toi est de forme variée, à mon avis. 7,271.

» Le guerrier, qui fut créé pour sa mort, lui ôtera la vie ! Laisse donc le Gourou, et va-t-en là où est le roi Souyodhana. 7,272.

» En effet, un roi doit combattre avec un roi; il ne va point faire la guerre avec un homme, qui ne porte pas la couronne! Environné de chevaux, de chars et d'éléphants, rends-toi là, fils de Kountî, pendant que Dhanandjaya reste avec moi pour seul compagnon, et va où Bhîma, le tigre des hommes, soutient le combat avec les Kourouides. » 7,273— 7, 274.

Dès que Youdhishthira-Dharmarâdja eut ouï ces paroles du Vasoudévide, il songea un instant à sa lutte épouvantable ; 7,275.

Et ce destructeur des ennemis se porta là où Bhîma se tenait de pied ferme et semait la mort parmi tes guerriers, comme le trépas, sa bouche ouverte. 7,276.

Le Pândouide Youdhishthira, le roi des rois, faisant résonner la surface de la terre, tel qu'un nuage à la fin de l'été, par le vaste bruit de ses chars, couvrit les derrières de Bhîma, qui immolait les ennemis; et Drona lui-même

dissipa les ennemis Pântchâlains à l'heure où commence la nuit. 7,277—7,278.

Tandis que ce combat, inspirant l'épouvante, se déroulait ainsi avec des formes terribles, que la terre était enveloppée de poussière et le monde par les ténèbres, 7,279.

Les guerriers, acteurs dans ce combat, ne se reconnaissaient pas les uns les autres, et les plus vaillants kshatryas se combattaient, seigneur, ayant pour signe de reconnaissance leurs noms et les inductions, quils tiraient de leurs armes, dans cet effroyable carnage de fantassins, de chevaux, d'éléphants et de guerriers. Les héros Drona, Karna et Kripa d'une part, le Prishatide, Bhîmaséna et le Sâttwatide de l'autre, 7,280—7,281.

Portèrent le trouble, éminent Bharatide, dans leurs mutuelles armées. Défaites de tous les côtés par ces fameux héros, leurs divisions 7,282.

Couraient éparses de toutes parts au milieu des ténèbres, qui couvraient tout. Les combattants, l'àme abattue, fuyant dans toutes les directions, 7,283.

Se donnaient la mort l'un a l'autre : les fuyards se tuaient de tous les côtés. Des milliers de grands chars se frappaient de coups réciproques dans ce combat, 7,28/i.

Insensés, au milieu de cette obscurité, qui dérobait la vision aux yeux, résultat des conseils donnés à ton fils. Tous les êtres et les principaux de l'armée, Bharatide, avaient l'esprit égaré, épouvantés qu'ils étaient dans ce combat, enveloppé de ténèbres. 7,285 — 7286.

« Alors que les Pândouides avaient jeté le trouble parmi vous, s'enquit Dhritarâshtra, que votre force était brisée et que vous étiez plongés dans ces obscures ténèbres, que turent vos sentiments? 7,287.

DRONA-PARVA. 199

» Comment se lit le rayonnement des ennemis ou comment mon armée revint-elle à verser de nouveau sa lumière, Sandjaya, dans le monde ainsi enveloppé de ténèbres? » 7,288.

Toutes les armées, qui survivaient aux victimes de ces combats, lui répondit l'interrogé, désignant les chefs de l'armée, disposèrent un nouvel ordre de bataille. 7,289.

Drona veillait par-devant, Çalya par-derrière, Açwatthâman et le Soubalide se tenaient sur les côtés, et le monarque lui-même inspectait, sire, toutes les armées de son examen suprême. 7,290.

Douryodhana dit aux princes et à toutes les compagnies de fantassins, mettant devant ses paroles un mot de flatterie : « Abandonnez vos grandes armes, et prenez tous à votre main des lampes flamboyantes. » 7,291.

Ainsi, excités par le plus élevé des princes et pleins de joie, ils saisirent des lanternes allumées. Les troupes des Rishis, des Dieux, des Gandharvas et des Dévarshis, les Vidyadharas et les chœurs des Apsaras, 7,292.

Les Nâgas, les Yakshas, les Ouragas et les Kinnaras, hôtes des airs, prirent joyeux des lampes. On voyait des lampes au sésame d'une exquise odeur allumées aux mains des Dieux de l'espace. 7,293.

Ils avaient reçu principalement cet ordre des saints anachorètes, Nàrada et Parvata, dans l'intérêt du plus éminent des Kourouides. L'armée brillait encore, pendant la nuit, des splendeurs du feu, que lui prêtaient ses ornements d'une grande richesse et ses traits enflammés, imitant les armes célestes. Cinq lanternes brillaient sur chacun des chars, et chaque éléphant enivré s enorgueillissait de porter également trois lampes à la flamme enfermée.

Sur chaque coursier reluisait une grande lanterne : les Kourouicles, rivaux des Pândouides, avaient allumé ces feux. Disposées dans un moment, toutes ces lampes jetèrent sur ton armée une prompte et vive lumière.

Elles servaient d'ornement à toute l'armée par ces hommes de pied, qui tenaient à leur main de l'huile de sésame enflammée. Resplendissantes, elles semblaient dans la nuit telles que, dans l'atmosphère, des nuages avec des éclairs. 7,296 —7,297.

Drona, pareil au feu, courait de tous les côtés au milieu de cette armée illuminée : il brillait avec sa cuirasse d'or, Indra des rois, comme le soleil avec sa guirlande de rayons, quand il est parvenu au milieu de sa carrière.

Le feu venait alors se réfléchir dans les traits excellents, les arcs (1) reluisants, les nishkas, les parures et les flèches d'or. 7,298—7,209.

Tandis que les massues et leurs attaches, les pilons éclatants et les lances de char pirouettaient et roulaient, leurs reflets radieux reproduisaient mainte et mainte fois des lampes. 7,300.

Les ombrelles, les éventails et les chasse-mouches, les cimeterres et les grands tisons enflammés, agités avec des rayons d'or dans la main des guerriers, qui déployaient leurs efforts, resplendissaient alors çà et là. 7,301.

L'armée brillait en ce moment de la clarté des armes et de la clarté des lampes ; l'air était éclairé au loin, majesté, par la lueur des ornements. 7,302.

Arrosées de sang, les flèches de couleur jaune, très-

(i) Çarâsanéshu, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 201

éclatantes, brandies à la main des héros, enfantaient dans l'atmosphère une splendeur enflammée, telle que l'éclair à la fin de l'été. 7,303.

Ébranlés, atteints par de promptes blessures (1) abattus rapidement, les visages des hommes, brillaient comme de grands lotus agités par le vent. 7,30/i.

L'armée aux formes épouvantables, inspirant une vaste terreur (2), était toute enflammée, comme une immense forêt plantée de pins, dont l'incendie éclipserait (3) la lumière elle-même du soleil. 7,305.

Aussitôt que les Pândouides eurent vu notre armée en feu, ils s'empressèrent de donner des ordres aux compagnies de fantassins, et firent comme les Kourouides dans toutes leurs armées. 7,306.

Sur chacun des éléphants, on mit sept lanternes ; dix fuient placées sur chacun des chars ; deux étaient portées sur l'échiné des chevaux, d'autres sur les flancs, d'autres sur les drapeaux, d'autres encore à la croupe. 7,307.

On voyait dans toutes les divisions rayonner des lumières par-devant, par-derrière, sur les côtés et de toutes parts; d'autres lanternes allumées flamboyaient au milieu de l'une et de l'autre armée. 7,308.

Dans toutes les armées, des compagnies de fantassins étaient mêlées avec les masses de chars, de chevaux et d'éléphants : d'autres placés au milieu, tenant à leur majn des brandons de feu allumés, illuminaient l'armée du fils de Pândou. 7,309.

Ta puissante armée recevait de cette armée autant de lumière que de ses propres lampes : tel le feu est

(1) Abhigdtavéguis , texte de Bombay.

(2-3) Muhùbhayâ.... api nasyét, môme texte.

communiqué par le soleil, planète lumineuse, cause des deurs. 7,310.

Les immenses clartés de ces deux armées s'étendaient au-delà de la terre, de toute l'atmosphère et des plages du ciel : l'armée des ennemis et la tienne étaient mises dans le plus grand jour par cette prodigieuse lumière.

Tous les chœurs des Dieux furent réveillés par cette splendeur artificielle, qui envahit les cieux. Les Yakshas et les Gandharvas, les troupes des Siddhas, les Dieux et toutes les Apsaras se réunirent en société. 7,311—7312.

Rempli de Gandharvas et d'Immortels, ce champ de bataille ressemblait au ciel par les Siddhas, les Yakshas, les chœurs des Apsaras et les héros immolés, devant qui s'étaient ouvertes déjà les portes du ciel. 7,313.

Cette grande armée, regorgeante de chevaux, d'éléphants et de chars, pleine de guerriers en courroux, de coursiers étendus morts ou mis en déroute, exubérante de pruboscidiens, de sonipèdes et de héros, était semblable à l'armée en bataille des Asouras et des Dieux. 7,314.

Dans cette nuit, pareille à un immense incendie, fut livré entre ces Dieux-hommes ce combat de chevaux, de pachydermes et de guerriers, qui avait du sang pour eau, des flèches en guise de pluie, pour nuages de grands chars et pour vents en fureur le croissement des lances. L'Indra des hommes, le magnanime chef des brahmes consumait les Pândouides, comme le soleil brûle de ses rayons, quand, à la fin de la saison des pluies, il parvient au milieu de sa carrière. 7,315—7,316.

Dans le monde enveloppé de poussière, mais éclairé de ces lumières, les grands héros en vinrent aux mains, enllammés par le désir de la mort les uns des autres.

Armés de tlèches,de traits barbelés et d'épées,ilscroi-

DRONA-PARVA. 203

sèrent leurs armes dans ce combat, s'adressant de mutuels regards, sire, et s'infligeant un mal réciproque.

Telle que le ciel avec ses étoiles, la terre brillait alors, Uharatide, par ces milliers de lanternes, arrosées de sésame odorant, allumées de tous les côtés, par des amas de pierreries, de manches d'or, et par différentes splendeurs du plus grand éclat, autres que des lanternes et jetées par les Gândharvas et les Dieux. 7,319—7,320.

La terre resplendissait par des centaines de torches flamboyantes : on eût dit alors que le globe brûlait au jour de la fin des mondes. 7,321.

Toutes les plages de l'espace étaient brillantes de lanternes éclairant de tous les côtés, comme si les arbres, dans une soirée pluvieuse, étaient couverts de mouches étincelantes. 7,322.

Chacun en particulier, le héros se joignait à un héros, sire, l'éléphant se doublait avec un éléphant, le cavalier avec un cavalier ennemi. 7,323.

Les chars dans cet horrible commencement de la nuit, s'affrontaient, pleins de joie, avec les plus excellents des chars, au commandement de ton fils. 7,324.

11 y eut un grand choc de l'armée en quatre corps; et Arjouna, déployant sa vitesse, renversa tous les princes, Mahârâdja, et dispersa l'armée des Kourouides.

« Quand ce héros inaffrontable, irrité, insoutenable, fut entré dans l'armée de mon fils, quelles furent alors, s'enquit Dhritarâshtra, les dispositions de votre cœur ?

» Que pensèrent les armées, quand elles virent ce fléau des ennemis entré au milieu <£ elles ? Quelle chose Douryodhana jugea- t-il à propos de faire ?

204 LEMAHA-BHARATA.

» Quel dompteur des ennemis se porta dans le combat à la rencontre de ce héros ? Qui défendirent Drona, quand le guerrier aux chevaux blancs fut entré dans son armée ? 325—7,326—7,327 — 7,328—7,329.

» Quels héros furent les défenseurs de sa roue droite ? Qui furent les défenseurs de sa roue gauche ? Qui ont protégé ses derrières, tandis que Drona combattait ? 7,330.

» Qui se jetèrent devant lui dans le combat, lorsqu'il abattait les ennemis. Ce grand héros non vaincu, ce vigoureux tigre des hommes, qui, dansait, pour ainsi dire, dans les routes de son char, qui était entré dans l'armée des Pântchâlains, ce Drona, qui, semblable à une comète, consumait dans sa colère les multitudes de chars des Pântchâlains, comment donc a-t-il trouvé la mort ? Tu dis que les ennemis sont inaccessibles au trouble et même à la défaite ; 7,331—7,332—7,333.

» Mais que les miens, Sandjaya, n'ont point d'ardeur au combat, ni le cœur élevé. Ne racontes-tu pas que les miens sont mis en déroute, que la peur fait pâlir leur visage, qu'ils sont taillés en pièces et que les maîtres de chars sont réduits sans chars ? » 7,334 — 7,335.

Aussitôt qu'il connut le sentiment de Drona, qui voulait combattre la nuit, répondit le narrateur, Douryodhana dit à tous ses frères, soumis à sa volonté,

A Vikarna, à Tchitraséna, à Souparçwan, à Dourdharsha, à Dîrghabâhou et à leurs suivants :

« Que tous les héros, déployant leurs efforts, défendent les derrières de Drona ! Hârddikya protégera le flanc droit, et Çalya le flanc gauche ! » 7,338.

Les héros des Trigarttains, restés survivants aux

DRONA-PARVA. 205

combats, ton fils les stimula tous à la face d'eux mêmes : « L'Atchârya est doué de patience; mais les Pàndouides mettent en jeu de grands efforts. Défendez-le, observant bien de rester unis, tandis qu'il fait mordre la poussière aux ennemis dans le combat !

» Drona a de la vigueur, du courage, une main légère dans les batailles : il triompherait des Tridaças euxmêmes; à plus forte raison, des Prithides joints aux Somakas ! 7,341.

» Vous tous réunis, déployant d'immenses efforts dans un grand combat, sauvez l'inaffrontable Drona du grand héros Dhrishtadyoumna ! 7,342.

» Je ne vois pas entre les combattants Pândouides un seul guerrier, si ce n'est Dhrishtadyoumna, qui puisse vaincre Drona dans une bataille. '7,343.

» Je pense qu'il faut veiller ici de toute votre âme au salut de Drona : bien gardé, il peut vaincre les Srindjayas, les Somakas et les Pândouides (1). 7,344.

» Tous les Srindjayas une fois tombés à la tête de l'armée, Açwatthâman ensuite immolera, je n'en doute pas, Dhrishtadyoumna lui-même ; 7,3/15.

» Et l'héroïque Rama pourra vaincre Arjouna dans la bataille, et je vaincrai moi-même dans un combat sous leurs cuirasses les autres Pândouides, à commencer par Bhîmaséna. J'étoufferai de force la splendeur des combattants, et ma victoire, c'est évident ! durera long-temps sur la terre. 7,346— 7,347.

(1) Texte de Bombay, au lieu de kramdyatân de l'édition de Calcutta marcliant flans un ordre régulier.

» Ainsi, défendez au milieu de la bataille ce bien héroïque Drona. » Quand il eut parlé ainsi, ton fils Douryodhana, ô le plus grand des Bharatides, donna l'ordre à ses divisions dans ces ténèbres obscures. Alors se déroula ce combat de nuit 7,3/18 — 7,3/i9.

Entre les deux armées, sire, qui désiraient la victoire. Arjouna d'accabler l'armée Kouravienne, et les Rourouides d'accabler Arjouna des coups mutuels de leurs multitudes de flèches diverses. De ses traits aux nœuds inclinés, Açwatthâman couvrit dans ce combat le monarque des Pântchâlains, et le Bharadwâdjide couvrit les Srindjayas. Epouvantable était le murmure de ces guerriers Pândouides, Pântchâlains et Kourouides, qui s'entrégorgeaient les uns les uns les autres. Jamais avant il n'avait été vu, ni par nous, ni par nos devanciers, une chose de semblable nature, telle que cet effroyable combat de nuit.

Tandis qu'il se développait avec terreur et causant la perte de toutes les créatures , Youdhishthira-Dharma râdja 7,355.

Adressa ces paroles, souverain des hommes, aux Somakas, aux Pântchâlains et aux Pândouides eux-mêmes pour la ruine des éléphants, des chars et des mortels :

L'auguste Youdhishthira, le souverain des hommes, dit à ses combattants : « Allez! Courez sur Drona avec le désir de lui donner la mort ! » 7,356 — 7,357,

A ces mots du roi, les Pântchâlains et les Somakas, sire, de fondre sur le brahme en poussant des cris effroyables. 7,358.

Mais nous, répondant à leurs menaces, nous nous

DRONA-PARVA. 207

avançâmes à leur rencontre, pleins de courroux, de toutes nos forces, de toute notre énergie, de tout notre courage dans la guerre. 7,359,

Kritavarraan-Hârddikya s'élança sur Youdhishthira, qui, tel qu'un éléphant en rut court sur un éléphant en folie, s'avançait vers Drona. 7,360.

Le Kourouide Bhoûri, qui broyait tout dans le combat, majesté, fondit sur Çaînéya,qui lançait partout des pluies de flèches. 7,361.

Rarna, le fils du Soleil, arrêta le Pândouide Sahadéva, ce grand héros, qui venait avec le désir de faire le brahme son prisonnier. 7,362.

Douryodhana en personne marcha contre Bhîmaséna, le meilleur des maîtres de chars, qui accourait, monté sur son chariot, comme la mort ennemie des existences.

Çakouni le Soubalide d'arrêter à la hâte, sire, Nakoula, le plus grand des combattants , habile dans tous les combats. 7,363— 7, 36/i.

Rripa le Çaradvatide fit obstacle dans la guerre à Çikhandî, qui, le plus excellent à conduire un char, s'avançait dans sa voiture de bataille. 7,365.

Douççâsana se jeta avec résolution devant Prativindhya, qui s'approchait résolument sur ses chevaux, semblables à des paons. 7,366.

Açwatthâman d'arrêter, grand roi, le Rakshasa, fils de Bhîmaséna, qui s'avançait, habile en des centaines de prestiges. 7,367.

Vrishaséna de neutraliser Droupada à la force immense, qui marchait avec une armée, escorté de ses suivants, pour faire le Bharadwâdjide prisonnnier. 7,368.

Enflammé de colère, le roi de Madra enchaîna les pas

de Virâta, qui accourait, Bharatide, donner la mort à Drona. 7,369.

Tchitraséna enferma de ses flèches le fils de Nakoula, Çatân'ika, qui s'avançait rapidement dans le combat pour ôter la vie au fils de Bharadwâdja. 7,370.

Alambousha, l'Indra des Rakshasas, se jeta devant le plus grand des combattants, l'héroïque Arjouna, qui précipitait sa course. 7,371.

Le Pântchâlain Dhrishtadyoumna fit tête à l'héroïque Drona, qui, les formes joyeuses, abattrit les ennemis dans le combat. 7,372.

Tes maîtres de chars, sire, arrêtèrent devant leur force d'autres grands héros des fils de Pândou, arrivés sur le champ de bataille. 7,373.

Par centaines et par milliers, des guerriers, montés suides éléphants , s'élançaient mutuellement d'une course rapide sur les éléphants de l ennemi, qu'ils combattaient et broyaient dans ce grand combat. 7,37/i.

Les chevaux se précipitaient, sire, les uns sur les autres dans la nuit : on les voyait tout à coup paraître, comme des montagnes, auxquelles on n'avait pas ravi leurs ailes. 7,375.

Tenant à leur main des glaives, des lances de 1er, des lacets, les cavaliers concouraient avec les cavaliers, Mahârâdja, et poussaient des cris les uns contre les autres.

Des guerriers en grand nombre se donnaient en foule une mort réciproque, avec des massues, des moushalas et des flèches de formes variées. 7,376—7,377.

Hârddikya-Kritavarman , plein de courroux , arrêta Youdhishthira, le fils cl'Yama, comme une mer soulevée est retenue par son rivage. 7, 378.

DRONA-PARVA. 209

Youdhishthira d'abord blessa Hârddikya de cinq flèches; ensuite, il le blessa de vingt, et lui cria : « Arrête! arrête! » 7,379.

Kritavarman irrité, vénérable monarque, trancha d'un bhalla l'arc de Dharmarâdja et le frappa de sept dards.

L'héroïque fils de Dharma saisit un nouvel arc, et décocha dix traits à Hârddikya, entre les bras, dans sa poitrine. 7,380—7,381.

Blessé par l'Yamide, auguste roi, Mâdhava-À>î7tfîwrmon vacilla dans le combat, et, de colère, lui déchaîna sept flèches. 7,382.

Le fils de Prithâ, ayant tranché son arc et coupé le bracelet de sa main, lui envoya, sire, cinq bhallas acérés, aiguisés sur la pierre. 7,383.

Quand ils eurent fendu sa précieuse cuirasse, au sein d'or, ces traits formidables de se plonger dans la terre, comme des serpents dans une fourmillière. 7,38/j.

Dans le seul intervalle d'un clin-d'œil, il prit un nouvel arc et blessa le Pândouide, d'abord de soixante dards, ensuite avec dix flèches. 7,385.

Mais le héros à l'âme incommensurable lui expédia en retour une lance de fer, semblable à un serpent. Lancée par le Pândouide, qui avait déposé dans le char son arc gigantesque, l'arme immense, variée d'or, fendit le bras droit du guerrier et pénétra dans le sein de la terre. 7,386—7,387.

En ce moment, le Prithide, ayant repris son grand arc, couvrit Hârddikya de flèches aux nœuds inclinés. 7,388.

L'héroïque maître de chars, le plus excellent des Vrishnides, dans la moitié d'un clin-d'œil, rendit Youdhishthira sans cocher, ni char, ni chevaux. 7,389.

ix U

L'aîné des Pândouicles saisit aussitôt un cimeterre et un boucler; mais, avec des bhallas aigus, Mâdhavasemit dans le combat à l'abri de son élan. 7,390.

Yondhislithira mr le champ s'arma d'un levier de fer, inaffrontable, au manche d'or, et l'envoya d'un rapide essor dans la bataille au magnanime Hâiddikya. 7,391.

Soudain celui-ci à la main prompte fit en riant deux morceaux dans son vol même de cette arme, lancée par le bras d'Youdhishthira. 7,392.

11 répandit une centaine de flèches dans le combat sur le fils d'Yama, et dispersa courroucé, sur le champ de bataille, les débris de sa cuirasse, sous des multitudes de traits. 7,393.

Décorée d'or et couverte des flèches de Hârddikya, elle se dissémina sur la terre du combat, comme une foule d'étoiles tombée du ciel. 7,394.

Sans char, sa cuirasse brisée, en proie aux flèches de Kritavarman, Youdhishthira, le fils d'Yama, se retira précipitamment de la bataille. 7,395.

Cette victoire obtenue, le grand héros défendit de nouveau l'armée elle-même du brahme-guerrier.

Bhoûris arrêta dans sa marche même, au milieu du combat, le meilleur des maîtres de chars, Çainéya, comme on arrête l'attaque d'un éléphant.

Sâtyaki courroucé le blessa de cinq flèches acérées dans le cœur, et son sang ruissela. 7,398.

Mais, sans perdre de temps, le Rourouide en cette bataille perçi avec dix traits entre les deux bras Çainéya, ivre de la furie des combats. 7,399.

Tous deux, les yeux enflammés de colère, ils se déchi

DRONA-PARVA. 211

rèrent mutuellement par clés coups réciproques, brandissant leurs arcs solides. 7,400.

La pluie de flèches, qu'ils vomissaient l'un et l'autre, puissant roi, inspirait la plus grande épouvante. Une décharge de traits fut envoyée par ces deux guerriers en colère, semblables à la mort. 7,401.

Le pied ferme nu combat, ils se couvrirent l'un et l'autre de projectiles. Un moment cette lutte eut des formes toutes semblables. 7,402.

Ensuite, Çaînéya irrité coupa en riant, Mahârâdja, dans ce conflit l'arc du magnanime Rourouide. 7,403.

Il perça à la hâte, de neuf traits acérés dans le cœur, le guerrier à l'arc coupé et lui cria : «Arrête! arrête là! »

Profondément blessé par l'ennemi vigoureux, le fléau des ennemis, saisissant un nouvel arc, blessa en retour le Sâttwatide. 7,404—7,405.

Quand il eut blessé Sâtyaki de trois flèches, monarque des hommes, il trancha en riant son arc d'un bhalla trèsacéré. 7,406.

Enflammé de colère à la vue de son arme coupée, le Sâttwatide envoya dans sa large poitrine une lance de fer à la grande impétuosité. 7,407.

Le corps rompu de cette pique, il tomba du haut de son char : on eût dit Lohitânga aux rayons enflammés, qui de lui-même croule des airs. 7,408.

A l'aspect du brave étendu mort, Bharatide, l'héroïque Açwatthâman s'élança rapidement contre Çaînéya. 7,409. « Arrête! arrête! » lui cria-t-il, souverain des hommes; et de répandre ses multitudes de flèches sur le Sâttwatide, comme un nuage verse des pluies sur le Mérou.

L'héroïque Ghatotkatcha de pousser un cri (1), sire, et

de parler ainsi à lui, qui accourait (2) contre le char de Çaînéya ; 7, MO— 7, Ail.

« Arrête! arrête, fils de Drona ! Tu n'échapperas point vivant à mes mains! Je vais t'immoler, comme le Dieu aux six têtes extermina ja is Mahisha! 7,A12.

» J'accomplirai pour toi sur le champ de bataille, aujourd'hui même, les cérémonies funèbres du combat, >♦ A ces mots, les yeux rouges décolère, leRakshasa, destructeur des héros ennemis, 7,M3.

Courut irrité sur le Dronide, comme un lion sur un gigantesque éléphant. Ghatotkatcha de lancer des flèches, aussi grandes que la roue d'une voiture, 7,hlli.

Sur le Dronide, le plus excellent des maîtres de chars : tel un nuage verse les gouttes de sa pluie. Mais, avant que cette averse de flèches ne fût arrivée, le Dronide avec des traits semblables à des serpents, l'eut bientôt anéantie dans le combat. Il couvrit le dompteur des ennemis, l' Indra des Rakshasas, Ghatotkatcha avec des centaines de flèches acérées, au vol rapide, qui déchiraient les membres. Hérissé de ses dards, le Démon, au front du combat,

7,415— 7, /il6— 7,M7.

Brillait comme un porc-épic, grand monarque, revêtu de ses aiguillons. L'auguste Bhîmasénide, pénétré de colère, 7, M 8.

Coupa les membres d'Açwatthâman avec des flèches terribles, qui avaient le son de la foudre et du tonnerre, avec des kshourapras, des demi-lunes, des traits de fer, des çilîmoukhas. 7,419.

Il fit pleuvoir sur lui des oreilles-de-sanglier, des nâ-

(1-2) Muktwâ.... ûpatantam, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 213

lîkas et des vikarnas. Tel que le vent dissipe les grands nuages, puissant roi, le Dronide, ses organes des sens non troublés, dispersa avec des flèches terribles, charmées par des astras célestes, cette pluie de traits, incomparable, bruyante, de même que le tonnerre et la foudre, se déchaînant sur lui, épouvantable, très-difficile à soutenir. Ensuite, il- y eut dans l'atmosphère comme un combat de flèches, 7,420— 7,421— 7,422.

Grand roi, aux formes effrayantes, accroissant la joie des guerriers. Le ciel brillait d'étincelles, répandues ça et là, causées par l'émulation de ces deux guerriers : on l'eût dit, au commencement de la nuit, semé de mouches luisantes. Quand le Dronide eut couvert de tous côtés les dix plages d'une foule de traits, il en inonda le Démon pour faire une chose agréable à tes fils. Alors recommença le combat d'Açwatthàman et du Rakshasa,

Au milieu de cette nuit profonde, comme celui de Çakra et de Prah'âda. Ghatotkatcha irrité frappa dans ce combat le Dronide en pleine poitrine avec dix flèches, semblables au feu de la mort. Grièvement blessé par le Rakshasa, le vigoureux fils de Drona, les sens troublés dans la bataille, chancela, tel qu'un arbre déraciné par le vent. Saisi d'un évanouissement, il s'appuya sur la hampe de son drapeau. 7,426 — 7,427 — 7,428.

Ton armée entière de pousser des cris, souverain des hommes; tous les tiens, majesté, de penser qu'il était mort. 7,4-9.

A la vue d'Açwatthàman réduit à cette conlition, les Pàntcbàlains et les Srindjayas de jeter leurs cris de guerre. 7,430.

Le grand héros, qui traîne les cadavres des ennemis, reprit connaissance; il serra son arc de la main gauche ;

Et bientôt, visant Ghatotkatcha, il lui décocha d'un arc tiré jusqu'à l'oreille une flèche sublime, épouvantable, pareille au bâton de la mort. 7,431 — 7,432.

Après qu'elle eut fendu le cœur de ce Rakshasa, la flèche immense, terrible, bien empennée, monarque du monde, se plongea dans la terre. 7,433.

Profondément blessé par le Dronide, orgueilleux de ses combats, le vigoureux Indra des Rakshasas s'affaissa sur le banc de son char. 7,434.

A peine eut-il vu l'Hidimbide évanoui, son cocher troublé l'emmena, plein de hâte, hors du champ de bataille, loin de la présence du Dronide. 7,435.

Et, dès qu'il eut percé dans ce combat Ghatotkatcha, l'Indra des Rakshasas, l'héroïque fils de Drona jeta dans l'air une immense clameur. 7,436.

Honoré par tous les guerriers et par tes fils, Bharatide, il flamboya de beauté, comme le soleil au mlieu du jour.

Le roi Douryodhana lui-même frappa de flèches acérées Bhîmaséna, qui combattait, opposé au char du Bharadwâdjide. 7,437—7,438.

Bhîmaséna le blessa de neuf traits, Bharatide, et Douryodhana lui rendit les blessures d'une vingtaine de dards.

On voyait sur le champ de bataille, ces deux guerriers, couverts de flèches, tels qu'au sein des cieux, le soleil et la lune, voilés par des multitudes de nuages.

Enfin, le roi Douryodhana de percer Bhîma avec cinq traits, ô le plus éminent des Bharatides, et de lui crier : « Arrête! arrête là! » 7,439 — 7,440—7,441.

Quand Bhîma eut tranché son arc et son drapeau, il

DRONA-PARVA. 215

frappa le plus excellent des Kourouides de neuf dards aux nœuds inclinés. 7,442.

L'auguste Douryodhana saisit alors un nouvel arc plus grand, et, sur le front du combat, il accabla Bhîmasénade flèches aiguës aux regards de tous les archers. Lorsqu'il eut paralysé ces traits envoyés par l'arc de Douryodhana, Ventre-de-loup 7,443— 7,444.

Décocha sur le Kourouide vingt-cinq kshoudrakas. Mais Douryodhana irrité, ayant coupé d'un kshourapra l'arc de Bhîmaséna, respectable roi, le blessa en échange avec dix flèches. Vrikaudara à la grande force prit un nouvel arc, 7,445— 7,446.

Et blessa précipitamment le roi des mortels avec sept traits acérés. Celui ci, en homme à la main légère, de couper vite son arc. 7,447.

Un second, un troisième, un quatrième, un cinquième, chaque arc, en un mot, que prit Bhîma, fut tranché au même instant par ton fils triomphant, puissante majesté, et qui respirait l'ivresse des combats. Alors qu'il vit tous ses arcs coupés l'un après l'autre, 7,448 — 7,449.

Il lui envoya dans ce combat une lance solide, toute de fer massif, sœur de la mort et flamboyante, comme la flamme du feu (1), 7,450.

Qui faisait, en quelque sorte, une raie de chair sur le front du ciel et qui avait la splendeur d'Agni. Le Kourouide coupa en trois morceaux cette pique avant qu'elle ne fût arrivée, 7,451.

Aux yeux du monde entier et devant Bhîmaséna. Celui-ci ensuite expédia rapidement sur le char de Douryo-

(i) Agni, texte de Bombay.

dhana, qui l'avait blessé d'abord, une massue pesante, environnée d'un grand éclat. Ce lourd pilon broya les chevaux de ton fils dans le combat, son cocher, son char enfin. Effrayé par Bhîma et son ardeur éteinte, ton fils, Indra des rois, 7,A52 — 7,453 — 7,Zi54.

Monta sur le char, que lui prêta le magnanime Nandaka. Estimant, grâce au milieu de la nuit, qu'il avait tué Souyodhana, Ventre-de-loup 7, £55.

Jeta un immense cri de guerre, comme s'il menaçait les Kourouides. Tes guerriers crurent eux-mêmes que leur monarque n'était plus; 7,456.

Et tous alors crièrent de tous les côtés : «Hélas ! hélas ! » Lorsqu'il entendit les plaintes de tous ces combattants effrayés, 7,457.

Et qu'il eut ouï, sire, le cri du magnanime Bhîmaséna, le roi Youdhishthira de penser aussi que Souyodhana avait cessé d'être. 7,458.

Il s'approcha rapidement du lieu où était le Prithide Vrikaudara. Les Pântchâlains, lesSrindjayas, les Matsyas, les Kaîkéyains et les Tchédiens'7,459.

S'avancèrent lestement avec le désir d'employer tous leurs efforts à la mort du Bharadwâdjide. Alors il y eut là une bien grande bataille entre les gens de Drona et les ennemis, plongés dans cette effroyable obscurité et s'entrégorgeant les uns les autres. 7,460 — 7,461.

Karna, le fils du Soleil, arrêta dans ce combat l'héroïque Sahadéva, qui marchait, sire, avec le désir de faire Drona son prisonnier. 7,462.

Ayant percé d'abord Râdhéya de neuf traits, Sahadéva le frappa ensuite dans ce même combat de neuf flèches aux nœuds inclinés. 7,463.

DRONA-PARVA. 217

Karna le blessa en retour avec une centaine des mêmes dards, et trancha lestement en homme agile son arc avec sa corde. 7,464.

Ayant pris un nouvel arc, l'auguste fils de Mâdrî perça de vingt traits Karna : ce fut comme une chose merveilleuse. 7,465.

Aussitôt qu'il eut tué ses chevaux de flèches aux nœuds inclinés, Karna de plonger lestement son cocher avec un bhalla dans les demeures d'Yama. 7,466.

Réduit sans char, Sahadéva saisit un cimeterre et un bouclier ; mais son ennemi les dissipa eux-m^mes en riant avec ses traits acérés. 7,467.

Alors ce robuste guerrier d'envoyer sur le char de Vaîkartana (1) dans ce combat une massue embellie d'or, pesante, épouvantable. 7,468.

Soudain, Karna avec des flèches arrêta dans son vol et fit tomber sur la terre cette arme, envoyée par Sahadéva.

Quand il vit sa massue rendue vaine, celui-ci plein de hâte, expédia sur Karna une lance de fer; mais ce dernier la coupa également de ses flèches. 7,469 — 7,470.

Le fils de Mâdrî sauta précipitamment à bas de son char sublime; et, comme enflammé de colère à la vue de Karna, le pied ferme, 7,471.

11 empoigna une roue de char et la jeta sur l' Adhirathide ; elleaniva soudain, comme le tchakra hà é de la mort;

Mais le fils du cocher la trancha avec plus d'un millier de flèches. Quand il vit sa roue coupée, vénérable monarque, Sahadéva, 7,472 — 7,'i73.

Prenant Karna pour but, fit tomber sur lui , et les

(1) C'est â dire, le fils du Soleil.

manches de charrue, et les attaches, et les différents jougs, et les corps des éléphants, et les chevaux, et les nombreux cadavres des guerriers; mais Karna de ses flèches dissipa cet orage. Lorsque le fils de Mâdrî se vit sans armes, 7,474 — 7,475.

Arrêté par les flèches, Sahadéva de quitter le champ de bataille. Râdhéya courut un instant sur lui, éminent Bharatide, 7,476.

Et lui adressa en riant cet amer langage : «Héros, n'engage pas un combat avec les excellents maîtres de chars! » Crois-en mes paroles : combats avec des hommes tels que toi ! » — Et, le touchant avec le bout de son arc, il dit encore ces mots : 7,li77 — 7,478.

« Voici Arjouna, qui combat avec les Kourouides, déployant ses efforts dans le combat : ou va auprès de lui, fils de Mâdrî, ou, si tu le préfères, retourne dans ton palais! » 7,479.

A ces mots, Karna, le meilleur des maîtres de chars, s'avança en riant, monté dans son char, vers les armées du roi des Pântchàlains. 7,480.

Le destructeur des ennemis ne tua point dans ce combat le fils de Mâdrî, qui voulait arriver à sa mort, car ce grand héros, qui avait donné sa foi à la vérité, n'avait point oublié les paroles de Kountî. 7,481.

Tremblant, sans char, en but aux traits et blessé par les flèches des paroles du guerrier, Sahadéva eut bonté de la vie, qu'on lui avait laissée. 7,482.

Ce fameux héros, usant de vitesse, monta dans le combat à la hâte sur le char de Djanamédjaya, le magnanime Pântchâlain. 7.483.

Le roi de Madra, servant la cause de Drona, couvrit de

DRONA-PARVA. 210

tous côtés par la multitude de ses flèches Virâta, qui arrivait précipitamment à la tête d'une armée. 7,484.

Alors, sire, eut lieu entre ces deux archers solides un combat tel que jadis celui de Bali et d'Indra, 7,485.

Prompt et bouillant, le roi de Madra perça, grand roi, d'une centaine de flèches aux nœuds inclinés Virâta, le général des armées. 7,486.

Le monarque en échange le frappa d'abord avec neuf flèches acérées, ensuite avec soixante-treize, enfin avec dix. 7,487.

Après qu'il eut frappé les quatre chevaux de son char, le souverain du Madra abattit sur le champ de bataille son ombrelle et son drapeau avec deux flèches. 7,488.

Le roi de la terre sauta précipitamment à bas de son char, privé de chevaux, et se tint, brandissant son arc et décochant des flèches acérées. 7,489.

A la vue de son frère, qui avait perdu ses coursiers, Çatânîka de s'avancer rapidement sur son chariot, sous les yeux de l'univers entier. 7,490.

Le roi de Madra, le souverain de la terre, blessa de traits acéré» Çatânîka, qui s'approchait et le conduisit au séjour d'Yama. 7,491.

Après sa mort, Virâta, le général des armées, s'élança rapidement hors de son char aux chevaux tués, et remonta dans le char du héros, qui n'était plus. 7,492.

Alors, faisant rouler ses yeux et la colère doublant son courage, il couvrit lestement de flèches le char du roi de Madra. 7,493.

Celui-ci irrité frappa grièvement dans la poitrine de cent traits aux nœuds inclinés Virâta, le général des armées, 's 494.

220 LËMAHA-BHARATA.

Profondément blessé par ce vigoureux guerrier, le grand héros s'affaissa sur le banc de son char, et tomba aussitôt dans l'évanouissement. 7,495.

Son cocher l'emporta, blessé des flèches, hors du champ de bataille, et sa nombreuse armée s'enfuit au milieu de la nuit, Bharatide, 7,496.

Taillée en pièces par des centaines de traits, qu'envoyait Çalya, resplendissant dans les batailles. Quand le Vasoudévide et Dhanandjaya eurent vu l'armée en fuite,

Ils s'avancèrent, Indra des rois, là où se tenait Çalya ; mais le roi des Rakshasas, sire, Alambousha se jeta devant eux. 7,497 — 7,498.

Il était monté sur le meilleur des chars, roulant sur huit roues, attelé de Piçâtchas à l'aspect horrible, avec des têtes de chevaux ; 7,499.

Épouvantable véhicule, orné de la dépouille des ours, construit en fer noir, décoré de bouquets rouges (1) , ombragé d'un étendard humide de sang. 7,500.

Semblable à une masse brisée de noir collyre, le Démon brillait, sire, par une grande roue bruyante, par un drapeau à la hampe élevée, orné d'un francolin terrible et d'une flèche en forme de vautour. Il arrêta Arjouna dans sa marche, comme le roi des montagnes fait obstacle au vent. 7,501 — 7,502.

Il répandit ses multitudes de flèches pour la plus grande partie sur la lête d' Arjouna ; et il naquit sur le champ de bataille, entre l'homme et le Rakshasa, un combat très-violent, inspirant la satisfaction à tous ceux, qui voyaient là ce conflit, Bharatide, et causant la joie des

(1) Rakta, texte de Bombay.

DRONA-PARV\. 221

vautours, des corbeaux, des corneilles, des hibous, des hérons et des chacals. 7,503— 7, 504.

Arjouna d'accabler Alambousha de six flèches, et de trancher même son drapeau avec dix traits acérés. 7,505.

Il frappa son cocher de trois dards et de trois autres la partie essentielle de son char : il trancha son arc avec un seul, et tua ses quatre chevaux avec quatre flèches. 7,506.

De nouveau, il lui coupa en deux un arc déjà mis avec sa corde (1), et le blessa lui-même, éminent Bharatide, de quatre dards acérés. Atteint par le Prithide, l'indra des Rakshasas s'enfuit, talonné par la peur. Après cette victoire, Arjouna s'élança rapidement à la mort deDrona,

Et répandit les multitudes de ses flèches, majesté, sur les coursiers, les éléphants et les hommes. Les guerriers, combattants avec l'illustre Pàndouide, tombaient sur la terre, comme des arbres déracinés par le vent; et, tandis qu'ils périssaient sous les coups de cet homme en renom, tous les autres fuyaient, éperdus comme des gazelles, saisies d'effroi. 7,507—7,508—7,509-7,510—7,511.

Tchitraséna, ton fils, arrêta, Bharatide, Çatânîka (2), qui, de ses flèches brûlantes, consumait ton armée. 7,512.

Le Nakoulide frappa de cinq dards Tchitraséna, qui lui rendit ses blessures de dix traits acérés ; 7,513.

Et ce guerrier blessa encore dans le combat, grand roi, Çatânîka de neuf traits aigus en pleine poitrine. 7,51 h.

Le fils de Nakoula, ayant accumulé sur lui des flèches aux nœuds inclinés, fit tomber du corps sa cuirasse : ce fut comme une chose merveilleuse, 7,515.

(1 ) Sadjyan, texte de Bombay.

(2) C'est un autre guerrier du même nom que Çatânîka, fila de Nakoula.

Quand ton fils, Indra des rois, eut perdu sa cuirasse* il répandit un bien vif éclat, tel qu'un serpent, qui, dans la saison, a rejeté sa vieille peau. 7,516.

Le JNakoulide coupa encore de ses flèches acérées le drapeau et l'arc du guerrier, qui se consumait en vains efforts dans ce combat. 7,517.

Sans char, sans cuirasse, et son arc tranché, l'ennemi saisit un nouvel arc très-solide et plus rapide. 7,518.

Le grand héros des Bharatides, Tchitraséna de blesser ensuite avec agilité dans ce combat le JNakoulide de ses flèches aux nœuds inclinés. 7,519.

Et le vigoureux Çatânîka irrité, fils de Bharata, perça les quatre chevaux et le cocher de Tchitraséna lui-même.

Ce héros à la haute renommée sauta à bas de ce char et, d'une main robuste, il harcela de vingt-cinq traits le fils de Nakoula. 7,520—7,521.

Celui-ci trancha dans le combat avec une demi-lune l'arc, ornementé d'or, du guerrier, qui accomplissait un tel fait d'armes. 7,522.

L'ennemi sans char, son arc coupé, ses chevaux tués, son cocher immolé, monta précipitamment sur le chariot du magnanime Hârddikya. 7,523.

Vrishaséna répandit, grand roi, des centaines de flèches sur l'héroïque Droupada, qui, désireux de faire Drona son prisonnier, s'avançait à la tête d'une armée. 7,52Zi.

Yadjnaséna de percer dans ce combat l'héroïque fils de Karnaavec soixante traits, seigneur, dans le bras et (1) dans la poitrine. 7,525.

Mais celui-ci irrité frappa lestement de flèches nom-

(1) 7cha, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 223

breuses entre les seins Yajnaséna, debout sur son char.

Ces deux guerriers, les membres hérissés de traits, rendus par ces dards comme des buissons, en brillaient, grand roi, tels que deux porcs-épics sous leurs aiguillons.

Arrosés par des fleuves de sang, sous des flèches empennées d'or, au vol droit, aux nœuds inclinés, ils resplendissaient sur ce grand champ de bataille. 7,528.

Admirables, ressemblants à l'or, merveilleux comme deux arbres Rai pas, tels que deux k'mçoukas, riches de fleurs, ils flamboyaient sur la terre du combat. 7,529.

Quand Vrishaséna eut blessé d'abord, sire, Droupada de neuf traits, il le perça de nouveau avec soixante-dix ; puis, avec trois nouveaux dards. 7,530.

Décochant des milliers de flèches, le fils de Karna, puissant monarque, brillait dans ce combat, tel (1) qu'un nuage, versant la pluie. 7,531.

A la suite de cela, Droupada irrité coupa en deux l'arc de Vrishaséna avec un bhalla acéré, ivre de sang. 7,532.

Celui-ci prit un autre arc neuf, solide, assemblé d'or, et tira du carquois un bhalla de couleur jaune, aigu, robuste et sans tache. 7,533.

Il encocha ce trait à l'arc, et, visant Droupada, le tira jusqu'à l'oreille ; puis, terrifiant tous les Somakas, lâcha son dard. 7,534.

Le projectile, dès qu'il eut fendu le cœur de l'ennemi, se plongea clans le sein de la terre, et, frappé du trait de Vrishaséna, le roi tomba dans l'abattement de l'esprit.

Ce grand héros des Pàutchalains brisé, Indra des rois,

(1) Iva, édition de Bombay.

son cocher, n'oubliant pas les devoirs du cocher, l'emmena hors du champ de bataille. 7,535—7,536.

L'armée de Droupada, son armure rompue par les flèches, s'enfuit alors, sire (1), dans cette nuit devenue épouvantable. 7,537.

Car, ayant abandonné de tous côtés les lanternes flamboyantes, la terre semblait aux yeux, sire, comme un ciel, dont les nuages ont couvert les étoiles. 7,538.

La terre étincelait de bracelets tombés, telle que, dans la saison des pluies, un nuage est scintillant d'éclairs.

Effrayés par le fils de Rarna, ils couraient de tous côtés, comme les Dânavas, que la peur d'Indra fit trembler dans Târakâmaya. 7,539— 7, 540.

Harcelés par lui dans le combat, les Pântchâlains avec les Somakas semblaient, grand roi, éclairés par des lanternes. 7,541.

Mais, triomphant d'eux en cette bataille, le fils de Karna resplendissait comme l'astre aux rayons chauds, Bharatide, arrivé au milieu du jour. 7,542.

Entre ces milliers de rois, parmi les tiens et les ennemis, on ne voyait flamboyer que l'auguste Vrishaséna lui-même. 7,543.

Lorsqu'il eut vaincu dans ce combat les vaillants guerriers et les grands héros Somakas, il se rendit à la hâte au lieu où était le roi Youdhishthira. 7,544.

Douççâsana, ton fils, revint vers l'héroïque Prativindhya, qui s'avançait, consumant les ennemis dans le combat. 7,545.

La rencontre de ces deux guerriers eut des formes va-

(1) Tadâ rûdjan, du texte de Bombay, remplaçant l'inutile tautologie., tchamoû sorvâ, du texte de Calcutta.

DRONA-PAUVA. 225

riées, telles que, dans les cieux, libres de nuages, le conflit de Boudha et du fils de Bhrigou. 7,54(3.

Douççâsana de blesser au front avec trois flèches Prativindhya, qui accomplissait dans le combat un exploit épouvantable. 7,5Zi7.

Atteint profondément par le vigoureux archer, ton fils, il resplendissait, grand roi, comme une montagne, surmontée de ses pitons. 7,5Z|8.

L'héroïque Prativindhya blessa d'abord de neuf flèches, ensuite de sept Douççâsana dans le combat. 7,549.

Là, ton fils, Bhuratide, consomma un difficile exploit; car il abattit sous des traits mordants les chevaux de Prativindhya. 7,650.

Il renversa d'un bhalla son drapeau et son cocher; il dispersa en menus fragments, sire, le char de ce vaillant archer. 7,551.

Il coupa dans sa colère avec ses flèches aux nœuds inclinés, seigneur, en morceaux, comme des graines de sésame, ses guidons, ses deux carquois, ses rênes et ses attaches au joug. 7,552.

Mais lui, homme du devoir, se tenant de pied ferme, sans char, portant son arc à la main, il combattit avec ton fils, envoyant sur lui plusieurs centaines de flèches.

En guerrier, de qui la main est exercée, il trancha son arc d'un ksourapra, et fatigua avec dix traits ce héros, qui avait son arc coupé. 7,553 — 7,55/i.

Quand les grands héros, ses frères, eurent vu leur vaillant frère engagé dans ce combat, ils accoururent vers lui, environnés d'une nombreuse armée. 7,555.

Il fondit sur le char lumineux de Croutasoma ; il prit un arc, grand roi, et blessa ton fils. 7,55(i.

jx 15

Ensuite tous les tiens, ayant couvert ton fils, s'approchèrent avec rapidité, conduisant une nombreuse armée.

Alors, dans cette nuit, au milieu de ce temps épouvantable, s'éleva le combat des tiens (1) et d'eux pour l'accroissement du royaume d'Yama. 7,55 7 — 7,558.

Le Soubalide s'approcha avec colère de Nakoula, qui immolait ton armée de ses rapides coups, et lui cria : a Halte-là! arrête! » 7,559.

Ces deux héros à l'inimitié déclarée, se désirant la mort l'un à l'autre, se frappèrent de coups mutuels avec des flèches tirées, longues et puissantes. 7,560.

De même que le Nakoulide vomissait des pluies de projectiles, de même le Soubalide montrait aussi son instruction dans la guerre. 7,561.

Tous deux, hérissés de flèches dans le combat, ils resplendissaient, grand roi, comme deux porcs-épics, sous leurs aiguillons. 7,562.

La cuirasse fendue par des traits empennés d'or, à la pointe droite, arrosés de ruisseaux de sang, ils brillaient dans ce vaste combat. 7,563.

Admirables, ressemblant à l'or brûlé, tels que deux arbres Ralpas, ou comme deux kinçoukas épanouis, ils reluisaient dans ce grand champ de bataille.

Couverts de flèches dans le combat, ces deux héros brillaient, puissant monarque, de même que deux bombax à sept feuilles sous leurs épines.

Se jetant les regards bien obliques de leurs yeux tou^ grands ouverts, ils flamboyaient, Mahârâdja, comme s'ils

(1) Littéralement : de toi.

DRONA-PARVA. 227

voulaient se consumer réciproquement de ces yeux, dont la colère avait rougi les angles. 7,56(5.

Ton beau-frère, bouillant de courroux, blessa en riant le fils de Mâdri au cœur, avec une flèche aiguë, barbelée.

Atteint grièvement par l'archer, ton beau-frère, JNakoula de s'affaisser sur le banc de son char, et de tomber [alors, sire (1), dans l'abattement de l'esprit.

Quand il vit réduit à cette condition l'ennemi, que séparait de lui une inimitié sans borne, Çakouni jeta un vaste cri, tel que le nuage à la fin de l'été. 7,569.

Dès qu'il eut recouvré sa connaissance, Nakoula, le fils de Pàndou, s'avança de nouveau près du Soubalide, comme la Mort, sa bouche ouverte. 7,570.

Irrité, il frappa d'abord de soixante traits, ensuite, de cent nârâtchas Çakouni au milieu desseins. 7,571.

Il coupa en deux à la place, où était son poing, l'arc encoche du trait, et lit tomber du char sur la terre son drapeau abattu à la hâte. 7,572.

Nakoula, fils de Pandou, lui fendit encore les deux cuisses (2) d'une flèche acérée, terrible, altérée de sang.

Il le fit tomber alors, comme le chasseur abat un faucon, qui fendait les airs de ses ailes. Profondément blessé, le Soubalide s'assit, grand roi, sur le banc de son char. 7,573 — 7,57/i.

Saisi de douleur, il serra la hampe de son drapeau ; tel nn amant presse de son cœur une amante.

Lorsqu'il vit ton beau-frère tombé dans l'évanouis-

(1) Tadârùjan, texte de Bombay.

(2) Oûroù, édition de Bombay.

sèment, irréprochable roi, son cocher l'entraîna bien vite sur le char hors de la bouche du combat. Des cris éclatèrent alors au milieu des Prithides et de leurs suivants.

A peine eurent-ils vaincu l'ennemi (1), Nakoula, le fléau des ennemis, dit à son cocher : « Conduis-moi vers l'armée de Drona ! » 7,575 — 7,576 — 7,577.

Dès qu'il eut ouï cette parole, le cocher se transporta au lieu, où le Bharadwâdjide se tenait de pied ferme.

Mais Kripa le Çaradvatide s'élança résolument avec promptitude, au-devant de Çikhandi à la grande force, qui voulait faire Drona son prisonnier dans le combat.

Le dompteur des ennemis, Çikhandî, blessa en riant, avec neuf flèches, le Gaâutamide, qui s'avançait rapidement au secours du vaillant Drona. 7,580.

L'Atchârya, ami de tes fils, puissant roi, le frappa d'abord de cinq flèches, ensuite de vingt. 7,581.

11 y eut une grande bataille aux formes terribles entre ces deux guerriers, monarque des hommes, telle que fut, dans la guerre des Asouras et des Dieux, le combat de Çambara et du roi des Immortels. 7,582.

Semblables à deux nuages au départ des chaleurs, ces héros aux grands chars, ivres de la furie des combats enveloppèrent le ciel des multitudes de leurs flèches. 7,583.

Tout ce qui avait naturellement une forme terrible en empruntait à la peur une plus terrible encore. La nuit de ces combattants, resplendissants de leurs batailles, ressemblait, ô le meilleur des Bharatides, à la nuit du trépas ; elle avait des formes horribles, elle inspirait la

(1) Çatroun, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 229

terreur. Mais Çikhandi trancha avec un trait en demi-lune le grand arc du Gaâutamide, et lança des flèches acérées. Kripa irrité lui expédia, sire, une pique épouvantable,

Au manche d'or, à la pointe rapide, fourbie par l'art de l'ouvrier. Çikhandi la trancha dans son vol, avec dix traits. 7,587.

Cette lance, décorée d'or, tomba sur la terre. Le meilleur des êtres doués de la parole, le Gaâutamide de prendre un nouvel arc, 7,568.

Et de couvrir, puissant roi, Çikhandi de flèches aiguës. Inondé de ces traits dans le combat par le magnanime Gaâutamide, 7,589.

Le plus excellent des maîtres de chars s'affaissa sur le banc de sa voiture ; et, lorsque le Çaradvatide l'eut vu abandonné de ses forces dans la guerre, 7,590.

il le frappa de flèches nombreuses, comme s'il désirait lui arracher la vie. A l'aspect de l'héroïque Yadjasénide réduit à tourner le dos, 7,5wJ.

Les Pàntchâlains et les Somakas l'environnèrent de tous les côtés ; et tes fils, agissant de la même façon, entourèrent le plus excellent des brahmes avec une puissante armée. Alors se renouvela, sire, le combat entre ces maîtres de chars, qui fondaient les uns sur les autres.

La course des cavaliers et des éléphants, souverain des hommes, produisait un bruit confus, qui ressemblait, Bharatide, au fracas des nuages. 7,59/i.

Ce champ de bataille, sire, où les guerriers se portaient des coups mutuels, resplendissait épouvantable. La terre était ébranlée au bruit des pas de fantassins et de chevaux

ou d'éléphants, qui couraient eux-mêmes : on eût dit qu'elle tremblait de peur d'une épouse, sa rivale. Montés sur leur voiture, les maîtres de chars couraient avec la plus grande vitesse. 7,595 — 7,596.

Redoublant d'efibrts, des éléphants, le visage largement arrosé de mada, arrêtaient des pachydermes en rut, comme de nombreuses corneilles font obstacle h des nuées de sauterelles. Le cavalier, affrontant le cavalier, l'homme de pied attaquant l'homme de pied, remportaient les uns sur les autres, sire, avec colère, de mutuelles victoires dans ce combat. Là, se mêlaient dans la nuit les clameurs confuses des guerriers, qui couraient, qui fuyaient, qui revenaient même sur leurs pas. On voyait, tels que de grands météores, tombés du ciel, puissant roi, les lampes allumées sur les chevaux, les éléphants et les chars. Cette nuit, éclairée par des lanternes, sire, elle ressemblait au jour sur la face du combat. De même que le soleil fait mourir les horribles ténèbres, de même cette obscurité épouvantable, répandue sur le champ de bataille, et qui avait rempli le ciel et la terre, expirait à la lueur de ces lanternes allumées. Ensevelis sous la poussière et les ténèbres, les points cardinaux et les plages intermédiaires étaient éclairés d'une autre lumière. Toutes les splendeurs des traits, des cuirasses et des joyaux, que portaient ces héros magnanimes, disparaissaient, absorbées par ces feux allumés. Tandis que ce combat, environné d'une grande épouvante, se déroulait à l'entrée de la nuit, {De Instance 7,597 à la s tance 7,(306.)

Qui que ce soit ne pouvait reconnaître âme, qui rive : « Me voici devant toi ! » disait le père menaçant à son fils dans le combat, ô le plus excellent des Bharatides. 7,606.

DRONA-PARVA. 231

Le fils, en son délire, adressait les mêmes paroles à son père, l'ami à son ami, le parent à son parent, l'oncle à son neveu. 7,607.

Là, on massacrait les siens ; les ennemis tuaient leurs gens. Le combat dans cette nuit, sire, était épouvantable, sans règle. 7,608.

Tandis que ce combat très-tumultueux s'agitait, inspirant l'épouvante, Dhrishtadyoumna, grand roi, s'avança vers Drona. 7,609.

Encochant le meilleur des arcs, tirant mainte et mainte fois sa corde, il fondit sur le char, ornementé d'or, qui portait le bralime- guerrier. 7,610,

Les Pàntchàlains et les Pândouides se hâtèrent d'environner Dhrishtadyoumna, qui marchait avec le désir d'arracher la vie à Drona. 7,611.

Quand ils virent le plus excellent des âtchàryas entouré d'ennemis, tes fds, déployant leurs efforts, le gardèrent de toute part dans le combat. 7,612.

Ces deux océans d'armées en vinrent aux mains à l'entrée de la nuit, comme deux mers effrayantes aux poissons troublés, agitées par les vents. 7,613.

Le Pântchâlain frappa lestement au cœur Drona de cinq flèches, Mahârâdja, et poussa un rugissement de guerre. 7,61/i.

Dès que Drona l'eut percé de vingt-cinq traits dans le combat, il trancha d'un autre bhalla son arc d'une grande splendeur. 7,615.

Sous les profondes blessures du brahme, Dhrishtadyoumna, mordant ses lèvres, éminent Bharatide, rejeta vite son arc. 7,616.

Irrité, l'auguste prince, dans son désir de porter la mort à Drona, saisit un autre arc meilleur. 7,617.

Aussitôt qu'il eut bandé cette arme, le fortuné destructeur des héros ennemis lança une flèche épouvantable, qui devait porter la mort à Drona. 7,618.

Décochée par ce robuste guerrier dans cette horrible et grande bataille, elle éclaira toute l'armée, comme le soleil élevé sur l'horizon. 7,619.

A la vue de cette flèche épouvantable, sire, les Dânavas, les Gandharvas et les Dieux adressèrent dans le combat ce vœu pour le Bharadwâdjide : « Le salut soit avec toi ! »

Mais avant qu'elle ne fût arrivée sur la voiture de l'Air chàrya, Karna, en homme adroit, sire, fit douze morceaux de cette flèche. 7,620—7,621.

Tranché en maintes parties, vénérable monarque, le trait de Dhrishtadyounina tomba rapidement, comme un serpent, qui n'a plus de venin. 7,622.

Quand il eut neutralisé dans le combat ses projectiles avec d'antres aux nœuds inclinés, Karna de blesser Dhrishtadyoumna lui-même de flèches acérées. 7,623.

Le fils de Drona le frappa de cinq traits, Drona d'un égal nombre, Çalya de neuf bhallas et Douççâsana de trois ; 7,62/i.

Douryodhana de vingt, Çakouni de cinq, et tous les grands héros mêmes blessèrent le Pântchâlain d'une main hâtée. 7,625.

Sous les coups des sept guerriers, qui combattaient pour la défense de Drona, le prince du Pântchala de riposter à tous avec trois dards individuellement. 7,626.

Usant de hâte dans ce grand combat, Dhrishtadyoumna

DRONA-PARVA. 233

de blesser, grand roi, Drona, Karna, le Dronide et ton fils. 7,627.

Atteints par ce vailltmt archer, tous réunis et poussant des cris épouvantables, ils percèrent en représailles Dhrishtadyoumna dans le combat. 7,628.

Droumaséna irrité, sire, le blessa d'une flèche et, redoublant son coup, de traits aigus, précipités, en lui criant : « Halte-là! arrête ! » 7,629.

Le Pântcltàlain lui rendit en échange dans le combat trois dards brûlants, au vol droit, empennés d'or, imbus d'huile de sésame et destructeurs de la vie. 7,630.

D'un autre bhalla, il ravit au corps du brave Droumaséna dans la guerre sa tète, ornée de pendeloques en or et flamboyantes. 7,631.

Mordant la coupe de ses lèvres, elle tomba sur la terre, comme le fruit d'un palmier, secoué par un grand vent.

Dès que le vaillant guerrier eut frappé encore les combattants de ses flèches bien acérées, il trancha de ses bhallas l'arc de l'héroïque fils de Râdha.

Celui-ci vit alors avec indignation qu'il eût coupé son arc ; tel le bien terrible Vishnou s'indigna du retranchement de sa queue. 7,634.

11 prit un nouvel arc, et, soupirant de fureur, les yeux rouges de colère, il déversa un torrent de flèches sur Dhrishtadyoumna à la grande force. 7,635.

Aussitôt que les six vaillants et fameux héros (1) eurent vu le courroux de Karna, ils se hâtèrent de cerner le fils

(1) Douryodhana, Douççàsana, Druua, kania, Çalya et Çakouni, euiyant l'énumération du commentateur.

nh LE MAHA-BHARATA.

du Pântchâlain, animés par le désir de lui donner la mort.

Dès que nous vîmes Dbrishtadyoumna en présence de tes six meilleurs combattants, nous pensâmes (1) qu'il était tombé dans la gueule du trépas. 7,636 — 7,637.

Mais, clans ce moment, le Dâçârhain Sâtyaki, déchargeant ses flèches, vint se rangerauprès du vaillant Dhrishtadyoumna. 7,638.

Quand il vit accourir le Sâttwatide, ivre de la furie des combats, Râdhéya le frappa avec dix traits clans la guerre.

Sâtyaki, à son tour, grand roi, le perça de dix flèches, sous les yeux de tous les héros, et lui cria : « N'avance pas ! arrête ! » 7,639— 7, 6A0.

Cette lutte du vigoureux Sâtyaki et du magnanime Karna ressemblait, sire, au combat de Bali et d'Indra.

Effrayant les guerriers par le bruit de son char, le plus éminent des kshatryas, Sâtyaki de blesser Karna aux yeux de lotus. 7, 6/il— 7,6/(2.

L'Adhirathide, ébranlant la terre, pour ainsi dire, puissant roi, avec le bruit de son arc, rendit à Sâtyaki ses blessures. 7,643.

Karna de percer Çaînéya en représailles avec clés vipâthas, des karnis, des nàrâtchas, des vatsadantas (2), des rasoirs et des centaines de flèches. 7,6/iZi-

De même Youyoudhâna, le plus excellent des Vrislinides dans la guerre, versa en pluies ses flèches sur Karna: ce combat se balança d'abord avec des formes semblables. 7,6/15.

Tes fils, s' étant rangés sous la conduite de Karna, frap-

(1) Dhrishtaclyoumnam amansmahi, texte de Bombay.

(2) Divers noms de traits.

DRONA-PARVA. ï>35

pèrent tous de tous côtés, souverain des hommes, Scàtyaki de flèches acérées. 7,6/16.

Dès qu'il eut, seigneur, arrêté leurs astras par les siens, Sàtyaki perça lestement Vrishaséna au milieu des seins.

Profondément blessé de ce trait, le vigoureux Vrishaséna à la grande lumière tomba tout à coup dans son char et laissa lui échapper son arc. 7,6/17— 7,6/i8.

Croyant alors que l'héroïque Vrishaséna n'était plus et consumé du regret de son fils, Karna en représailles accabla Sâtyaki de ses flèches. 7,6Zi9.

Sous la charge de ses dards, le vaillant Youyouclhàna, redoublant ses coups pressés, frappa l' Adhirathide de traits nombreux. 7,650.

Aussitôt qu'il eut percé Karna de dix flèches et Vrishaséna de cinq, le Sâttwatide trancha les deux arcs et les bracelets de leurs mains. 7,651.

Ayant bandé d'autres arcs épouvantables, ils blessèrent de tous côtés Youyoudhàna de traits acérés. 7,652.

Tandis que cet effroyable carnage des plus vaillants héros sévissait, on entendit à pleines oreilles le grand son du Gàndiva. 7,653.

A peine eut-il ouï le fracas du char et le bruit du Gândîva, le fils du cocher, sire, adressa ces paroles àDouryodhana : 7,65/i.

« Ce grand son du Gândîva nous annonce qu'Arjouna vient d'immoler toute l'armée, et principalement les héros Kouraviens, les plus vaillants des hommes. 7,655.

» On entend' le fracas de son char, comme un rugissement de la foudre d'Indra. Evidemmem, ce filsdePàndou exécute l'œuvre, qui est propre à lui-même. 7,656.

» Ce fils de Prilhâ, puissant monarque, il écraserait de

bien nombreuses armées : plusieurs d'un grand développement ne tiendraient jamais le pied ferme devant lui.

» A peine s'est-elle approchée de l'Ambidextre, une armée est engloutie comme un navire brisé dans la mer, et dissipée comme une masse de nuages, agitée par le vent. 7,657—7,658.

» On entend un grand bruit, sire, des principaux guerriers, qui fuient dans le combat et qui tombent sous les flèches, envoyées par le Gândîva. 7,659.

» Écoute, tigre des rois, le roulement du tambour, qui éclate devant le char d'Arjouna, comme dans la nuit, au milieu du ciel, le fracas du tonnerre. 7,660.

» Écoute ces plaintes et ces gémissements, ces éminents cris de guerre et ces bruits de toute sorte, qui s'élèvent près du char d'Arjouna! 7,661.

» Voici que Sâtyaki, le plus vaillant des Vrishnides, se tient au milieu de nous. Si nous le prenons pour but, nous vaincrons tous les ennemis. 7,662.

» Environné de tous côtés par des braves et par des héros, les plus grands des hommes, le fds du roi des Pàntchàlains en est venu ainsi aux mains avec le Bharadwàdjide. 7,663.

» Si nous pouvons immoler Sàtyaki et Dhrishtadyoumna le Prishatide, la victoire, sans aucun doute, grand roi, nous est assurée. 7,664.

» Ayant cerné ces deux braves aux grands chars, comme fut le Soubhadride, efforçons-nous, Mahâràdja, de coucher morts le rejeton de Vrishni et le fds de Prishat.

» Sachant que Sâtyaki avait affronté des héros Kourouidcs en grand nombre, l'Ambidextre a marché en avant, Bharatide, pour entrer dans l'armée de Drona.

DRONA-PARVA. 237

» Que de nombreux guerriers, les plus distingués par le rang et le courage, se rendent là, avant que le Prithide n'ait appris que Sàtyaki est environné par de nombreux ennemis. 7,665—7,6(56 — 7,667.

» Vous, grands héros, frappez-le, déchargeant une grêle de flèches, en sorte que Màdhava descende ici-même dans l'autre monde. » 7,668.

Quand il connut le sentiment de Karna , ton fils, sire, dit au Soubalide, ainsi qu'Indra à la haute renommée parlait dans le combat à Vishnou : 7,669.

« Environné par dix mille éléphants, qui ne tournent jamais le dos, et par dix milliers de héros, marche rapidement (l) sur Dhanandjaya. 7,670.

» Douççâsana, Dourvishaha, Soubâhou et Doushpradharshana, ces quatre héros suivront tes pas, accompagnés par de nombreux fantassins. 7,67:1.

» Tue, mon oncle, tue les deux Krishnas et Dharmarâdja, Nakoula, Sahadéva et le Pândouide Bhîmaséna !

» J'ai en toi une espérance de la victoire aussi ferme que celle des Dieux mêmes, dans le roi des Immortels. Tue, mon oncle, les enfants de Kountî, comme le fils du Feu, Kârttikéya, immola jadis les Asouras. »

A ces mots de ton fils, et désirant consumer les enfants dePândou pour faire une chose agréable à tes fils, le Soubalide (2), escorté d'une nombreuse armée et de tes fils eux-mêmes, "seigneur (3) marcha contre les Prithides. Alors commença le combat entre les tiens et les ennemis.

(1) Tournant, texte de Bomliuv.

(2-3) Même texte.

Tandis qu'il s'avançait vers l'armée des Pândouides, le fils du cocher, environné d'une grande armée, marchait lui même d'un pied hâté vers le Sâttwatide, et répandait ses nombreuses centaines de flèches dans le combat. Tous les tiens, en venant aux mains, cernèrent donc Sâtyaki.

S'étant approché du char, où combattait Dhrishtadyoumna, Y Adldratkide engagea alors, au milieu de la nuit, éminent Bharatide, un combat grand et merveilleux avec ce héros et les Pântchàlains. 7,678 — 7,679.

Bouillants d'impatience et de colère, tous ceux de ton parti, ivres de la furie des combats, coururent (1), hâtant leurs pas, sur le char de Youyoudhâna, 7,680.

Ils environnèrent le Sâttwatide avec des cavaliers, sire, des éléphants, des chars équipés, ornés de pierreries et d'or. 7,681.

Quand ces fameux héros l'eurent cerné de tous les côtés, ils poussèrent de grands cris de guerre, faisant résonner de leurs menaces les quatre plages du ciel. 7.682.

Ces vaillants hommes, qui désiraient la mort de Mâdhava, déchargèrent d'une main hâtée sur Sâtyaki, de qui le courage était une vérité, des flèches acérées.

Aussitôt que le meurtrier des héros ennemis, Çaînéya aux longs bras les vit s'abattre d'un vol précipité, il les reçut avec de nombreux dards, qu'il envoyait en échange.

7,683—7,68Zi.

Ensuite le héros au grand arc, Sâtyaki, ivre de la furie des combats, trancha les têtes avec des flèches terribles, aux nœuds inclinés. 7,685.

De ses traits en fer achevai, Mâdhava, parmi les tiens,

(l) Prâdravan, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 239

abattit les trompes des éléphants, les cous des chevaux et les bras mêmes, ornés de leurs bracelets. 7,686.

Telle qu'un ciel parsemé d'étoiles, la terre brillait, seigneur, jonchée de chasse-mouches épars et de blanches ombrelles. 7,687.

Le bruit de ces hommes, frappés de mort par Youyoudhâna dans le combat, ressemblait aux gémissements confus des trépassés dans C autre monde. 7,68S.

La terre était remplie de ces grandes voix : la nuit, inspirant l'effroi, avait des formes épouvantables. 7,689.

Dès qu'il vit son armée en butte aux flèches de Youyoudhâna et mise en pièces, dès qu'il entendit ces immenses, ces effroyables clameurs dans la nuit, 7,690.

Le meilleur des maîtres de chars, ton fds, sire, dit mainte fois à son cocher : « Pousse tes coursiers vers le côté d'où vient ce bruit ! » 7,691.

Stimulé par lui, son cocher fouetta donc les chevaux de la plus haute taille vers le char d'Youyoudhâna.

Le roi héroïque, Douryodhana, l'archer ferme, à la fatigue vaincue, à la main prompte, fondit sur le Vrishnide.

Mâdhava de percer en retour Douryodhana avec douze flèches, qu'il décocha, longues, puissantes, tirant leur nourriture de la chair et du sang. 7,694.

Celui-ci, antérieurement blessé par lui et ne pouvant supporter ce traitement, rendit à Çaînéya ses blessures avec dix traits. 7,695.

Ensuite, un combat s'éleva d'un aspect semblable à une merveille, entre tous les Pântchâlains et les tiens rassemblés entièrement. 7,696.

Irrité dans la bataille, Çaînéya de blesser le grand

no LE MAHA-BHARATA.

héros, ton fils, rejeton de Bharata, en pleine poitrine, avec quatre-vingts flèches. 7,697.

Il plongea, de ses traits, les chevaux du guerrier dans les demeures d' Varna, et, destructeur des ennemis, il en abattit promptement le cocher à bas du char. 7,(398.

Debout dans sa voiture de guerre, privée de chevaux, ton fils, souverain des hommes, lança des flèches acérées sur le char de Çaînéya. 7,699.

Mais celui-ci trancha par cinquantaines, en homme adroit, sire, les traits, que ton fils envoyait dans le combat ; 7,700.

Et d'un autre bhalla, Mâdhava lestement coupa dans la bataille à l'endroit, où le tenait son poing, le grand arc de ton fils. 7,701.

Sans char, sans arc, le seigneur suzerain du monde entier monta rapidement sur le char lumineux de Kritavarman. 7,702.

Douryodhana une fois réduit à tourner le dos, souverain des hommes, Çaînéya mit en déroute, sous ses flèches, ton armée au milieu de la nuit. 7,703.

Çakouni arrêta de tous les côtés Arjouna. Il engagea de toutes parts une mêlée confuse, avec des milliers de chars, des éléphants mêmes, amenés par milliers, et des milliers de chevaux. Les kshatryas, stimulés par la mort, combattaient Arjouna, répandant sur lui des astras puissants et célestes. Déployant ses efforts, le héros, arrêtant ces milliers de chevaux, d'éléphants et de chars, fit tourner le dos à l'ennemi. L'homicide Arjouna fut blessé dans ce combat par le Soubalide

Irrité, les yeux rouges de colère, à coups profonds, de

DRONA-PARVA. 241

vingt flèches: son grand char fut arrêté encore par lui avec cent traits. 7,708.

Mais Arjouna le perça de vingt projectiles dans cette bataille, et frappa les autres grands héros de trois dards individuellement. 7,709.

Quand il eut neutralisé leurs multitudes de flèches dans le combat, Dhanandjaya, sire, immola tes combattants sous des traits sublimes, qui avaient la rapidité de la foudre. 7,710.

Jonchée de bras coupés et de cadavres étendus par milliers, la terre sur ce champ de bataille resplendissait, comme si elle était couverte de fleurs. 7,71].

Semée de têtes au nez charmants, aux pendeloques superbes^ à la coupe des lèvres mordue, à l'air courroucé, aux yeux sortis de l'orbite, coiffées encore de la tiare, portant des pierreries, des aigrettes et des nishkas, à qui la voix des kshatryas avait inspiré naguère d'aimables paroles, la terre brillait, comme de montagnes aux champakas écroulés. 7,712 — 7,713.

Dès que Bîbhatsou au terrible courage eut accompli cette œuvre terrible (1) et qu'il eut blessé encore Çakouni de cinq traits aux nœuds inclinés ; 7,714.

11 frappa avec colère Ouloûka d'une flèche dans le combat, sous les yeux du Soubalide même, et poussa une vaste clameur, qui remplit toute la terre. Puis, le fils de l'Indrades Dieux trancha l'arc de Çakouni, 7,715-7,716.

Et plongea ses quatre chevaux dans les demeures d'Yama. Alors, sautant à bas de son char, le Soubalide monta d'un pied hâté, rapidement, sur le char d'Ouloûka.

(1) Ougram ougraparâkrnma .

ix 16

Debout clans un même chariot, ces deux illustres héros, le père et le fils, 7,717 — 7,718.

Submergèrent le Prithide sous une averse de flèches, comme deux nuages, qui se sont élevés, inondent une montagne. Mais, quand ce fils de Pândou, grand roi, les eut blessés de ses traits acérés, il mit en déroute ton armée, par centaines et par milliers. Tel que le vent disperse les nuages çà et là, 7,719 — 7,720.

Telles étaient, souverain des hommes, divisées tes armées. Alors, taillées en pièces dans la bataille, on les voyait toutes courir, fouettées par la peur, à tous les points de l'espace. Les uns, abandonnant les rênes à leurs chevaux, les excitaient encore dans le combat. 7,721 — 7,722.

Ils fuyaient à la ronde (1), effrayés en ces ténèbres épouvantables. Après qu'ils eurent-vaincu dans la bataille tes combattants, éminent Bharatide, 7,723.

Dnanàndjayâ et le Vasoudévide, pleins de joie, remplirent de vent leurs conques. Aussitôt que Dhrishtadyoumna eut percé Drona de trois flèches, 7,72/i.

Il trancha rapidement la corde de son arc avec un dard aigu. Mais, rejetant son arme sur la terre, l'héroïque Drona, le destructeur des kshatryas, saisit un nouvel arc rapide, très-fort, et de frapper avec lui Dhrishtadyoumna de sept flèches. 7,725 — 7,726.

Il blessa encore, éminent Bharatide, son cocher de cinq traits. Lorsque le vaillant Dhrishtadyoumna eut arrêté Drona de ses flèches, 7,727.

11 dispersa l'armée Kouravienn'e, comme Méghavat mit en déroute l'armée des Asouras. Au milieu de cette ar-

(1) Paryadhâvanta, texte de Bombay.

DRONA-PAIIVA. 245

niée mise en fuite de ton fils, vénérable roi, 7,728.

Il coulait une épouvantable rivière, qui roulait des ondes de sang, et qui, semblable à la Vaitaranî, auguste sire, dans le royaume d'Yama, entraînait au milieu de ses flots les éléphants, les chevaux et les guerriers de l'une et de l'autre armée. Quand le majestueux Dhrishtadyoumna eut dispersé en fuite cette armée, 7,729—7,730.

11 brilla, plein de splendeur, tel que Çakra entre les chœurs des Dieux. Dhrishtadyoumna et Çikhandî firent alors résonner leurs grandes conques. 7,731.

Les deux jumeaux, Youyoudhâna et le Pândouide Bhimaséna, ces grands héros (1), ayant vaincu les milliers de chars (2) des tiens, 7,732.

Ivres de la furie des combats, jetèrent victorieux leurs rugissements de guerre, sous les yeux de ton fils, souverain des hommes, de Rarna, de l'héroïque Drona etd'Açvvatthâman lui-même. 7,733 — 7,73Zi.

A peine eut-il vu son armée en déroute, taillée en pièces par ces magnanimes, ton fils, souverain des hommes, pénétré d'une grande colère, 7,735.

S'avança soudain vers Karna et vers Drona, le plus excellent des victorieux, et leur tint ce langage, habile à manier la parole et tombé sous le pouvoir du courroux : 7,736.

« C'est à vous deux irrités à soutenir ici la bataille. Vous avez vu le Sindhien immolé dans le combat par l'Ambidextre. 7,737.

» Mon armée est battue par la vigueur des fils de Pândou. Vous êtes forts et vous voyez, comme si vous étiez

(1-2 RathasnhasrAni.... mahûratluîs, texte de Bombay.

faibles, que la victoire a conduit les choses à ce résultat.

» Si vous devez m' abandonner, alors je ne suis plus digne que l'on parle de moi. Vous triompherez, m'avezvous dit, ô vous, qui m'inspiriez un sentiment d'orgueil, vous triompherez des fils de Pândou dans la bataille.

» Si je n'avais alors entendu cette parole, à laquelle tous deux vous donnâtes votre assentiment, je n'aurais pas engagé avec les Pândouides cette guerre, qui détruit mes combattants. 7,7/i0.

» Si je ne dois pas être abandonné par vous, éminents personnages, combattez avec un courage digne de vous, qui êtes remplis d'une ardente valeur. » 7,741.

Ces deux héros, que ton fils stimulait avec l'aiguillon de ses paroles, recommencèrent le combat, tels que deux serpents foulés du pied (1). 7,742.

Ces deux archers du monde entier, les meilleurs des maîtres de chars, fondirent alors dans la bataille sur les Prithides, à la tête de qui marchait Çaînéya. 7,743.

Et, de même, les Prithides, accompagnés de tous les côtés par leur armée, s'avancèrent vers ces deux héros, qui poussaient mainte et mainte fois des cris. 7,744.

Et le plus excellent de tous ceux, qui portent la flèche, l'héroïque Drona, de blesser à la hâte, avec dix traits, le grand héros des Çinides. 7,745.

Karna le perça d'un égal nombre, ton fils de sept dards, Vrishaséna de dix et le Soubalide de sept également.

Ceux-ci, dans la bataille des Kourouides, répandirent à l'entour de Çaînéya la pluie de leurs flèches. Quand ils

(1) Explication du commentaire.

DRONA-PARVA. 245

virent Drona immoler dans ce combat l'armée Pàndouide,

7,7/i'J — 7,7li~.

Les Somakas, d'une main hâtée, le frappèrent de tous côtés avec des averses de projectiles ; et Drona alors de ravir, souverain des hommes, les existences des kshatryas, tel que les rayons du soleil, sire, enlèvent les ténèbres à la ronde. Tandis que Drona taillait les Pàntchâlains en pièces, 7,748 — 7,749.

Voici qu'on entend un bruit d'hommes, qui s'appelaient mutuellement, les uns demandaient leurs fils, les autres leurs pères, ceux-ci leurs frères, ceux-là un oncle ;

Plusieurs un neveu, un grand nombre un ami, et des parents invoquaient un parent. S' abandonnant les uns les autres, ils allaient, désireux de conserver leurs vies.

Ceux-ci, la tête égarée, s'en venaient droit à lui, conduits par le délire ; d'autres, combattants dans l'armée des Pândouides, tombaient dans l'autre monde. 7,75*2.

Accablée par ce magnanime, l'armée Pândouide s'enfuyait, sire, au milieu de la nuit, rejetant ça et là ses torches de tous les côtés, 7,753.

Aux yeux de Bhîmaséna, d'Atchyouta le Vasoudévide, de Viçljaya, des jumeaux, du fils d'Yama, et sous les regards du Prishatide. 7,754.

En ce monde, enveloppé de ténèbres, rien n'était plus distingué ; on en voyait d'autres, qui fuyaient à Ja lumière des Kourouides. 7,755.

Les deux héros, Drona et Karna, dispersant des grêles de flèches, suivaient les pas, sire, de cette armée mise en déroute. 7,756.

Tandis que les Pàntchâlains rompus mouraient de toutes

parts, Djanârddana, l'âme consternée, adressa ce langage à Phâlgouna : 7,757.

« Les flèches de Drona et de Karna, ces deux héros, tombent dans le combat sur le Prishatide et Sâtyaki, accompagnés des Pântchâlains ! 7,758.

» L'armée est maintenant (1) rompue sous les pluies des traits, et les divisions arrêtées, fils de Kountî, se débandent. » 7,759.

A l'aspect de l'armée en déroute, Arjouna et Réçavade s'écrier : « Ne fuyez pas, tremblants de peur ! Soldats de Pândou, rejetez la crainte ! 7,760.

» Ces deux, que l'on voit ici, Drona et le fils du cocher, nous allons marcher, nos armes bravement levées, pour les arrêter avec tous nos escadrons rangés en ordre de bataille (2). » 7,761.

Ayant vu Vrikaudara s'avancer de ce côté, Djanârddana dit encore ces mots au fils de Pândou, comme pour exciter son ardeur : 7,762.

« Voici le guerrier, qui se vante de ses batailles, Bhîma, accompagné de Pândouides et deSomakas, qui s'approche à pas légers de ces deux héros, Drona et Karna ! 7,763.

» Combats, secondé par lui et par les grands héros Pântchâlains : inarche maintenant, fils de Pândou, à l'extermination des guerriers ! » 7,7Ql\.

Alors ces deux tigres des hommes, Mâdhava et le Pàndouide, s'étant approchés de Drona et Karna, se tinrent au front de la bataille. 7,765.

Ensuite, la grande armée d'Youdhishthira revint au

(1) Littéralement : alors.

(2) Vyoùliais, texte de Bombay.

DRONA-PAUVA. W

lieu du combat, où Drona et Karna écrasaient les ennemis. 7,766.

Une vaste et tumultueuse bataille s'éleva donc en cette nuit, comme si c'étaient deux mers, sire, dont le lever de la lune avait accru la masse des eaux. 7,767.

Ayant rejeté les lanternes, qu'elle tenait à ses mains, ton armée, saisie d'ivresse, pour ainsi dire, fils de Bharata, combattit avec les Pândouides. 7,768.

Dans cette bataille extrêmement épouvantable par les ténèbres et la poussière, les guerriers, désirant la victoire (1), combattaient seulement sur l'exposé des familles (2) et des noms. 7,769.

On entendait là des noms, puissant roi, dignes d'être entendus par des princes, qui luttaient dans ce combat, comme dans un swayambara. 7,770.

D'abord régna un silence sans voix ; puis, ce fut une vaste clameur d'hommes irrités, combattant, vainqueurs et vaincus même. 7,771.

En tous lieux où l'on voit des lampes, héros des Kourouides, là. accourent les braves, comme des sauterelles, [.es fils de Pândou et les Kourouides combattant, Indra des rois, étaient plongés dans une nuit profonde.

liés que le destructeur des héros ennemis, Karna vit le Prishatide dans le combat, il le frappa dans la poitrine avec dix traits, qui déchiraient les membres. 7,77/i

Dhrishtadyoumna à son tour de blesser rapidement Karna, dans cette grande bataille, avec cinq flèches, en lui criant: « Halte-là ! arrête! » 7,775.

(1-2) Ndmagotrénu.... djayalshinas, texte de Bombay.

Ces deux héros se couvrirent l'un l'autre de traits en cette immense bataille ; ils se percèrent mutuellement de dards longs, puissants, bien décochés. 7,776.

L'Adhirathide conduisit dans la guerre au séjour d'Yama le cocher et les quatre chevaux de Dhrishtadyoumnr, le chef des Pântchâlains. 7,777.

Il trancha avec des flèches acérées son arc, la meilleure des armes, et, d'un bhalla, il abattit son cocher du siège de son chariot. 7,778.

Le vigoureux Dhrishtadyoumna, réduit à pied, ses chevaux tués, son cocher immolé, sauta lestement à bas de son char, et saisit une massue. 7,779.

Malgré les dards aux nœuds inclinés, dont il était blessé par le fils du Soleil, il s'avança vers Karna et tua ses quatre chevaux. 7,780.

Le meurtrier des héros ennemis, le Prishatide revint sur ses pas rapidement, et, le plus excellent des maîtres de chars, il monta avec légèreté dans la voiture de Dhanandjaya (1). 7,781.

11 voulait encore se porter sur Karna, mais il en fut empêché par Youdhishllrira, le fils d'Yama. L'Adhirathide à l'immense splendeur fit résonner son arc d'un vaste bruit, mêlé au rugissement d'un cri de guerre, et remplit sa conque de notes éclatantes. Quand les grands héros virent le Prishatide vaincu dans le combat,

Les Pântchâlains et les Somakas, tombés sous le pouvoir de la colère, saisirent des traits de tous les côtés pour la mort du fils de cocher. 7,782—7,783 — 7,784.

(1) De Sahadéva, dit le texte d<; Bombay ; ce qui se lie bien mieux avec le vers suivant.

Us s'avancèrent, visant Rama et revenant sur les pas de la mort. Le cocher de l'Adhirathide attela d'autres chevaux à son char. C'étaient des Sindhiens à la grande vitesse, à la couleur de la conque, habiles à bien conduire (1). Râdhéya, prenant les grands héros Pântchàlains pour but, 7,785—7,786.

Les submergea de ses flèches, comme un nuage inonde une montagne. Accablée par Karna, l'armée desPàntchàlains (-2), 7,787.

Courait, tremblante de peur, comme des gazelles, qu'un lion poursuit. On voyait tomber tout à coup de tous les côtés, auguste monarque, des maîtres de chars au milieu des coursiers, des éléphants et des chariots. Karna tranchait de ses flèches en fer à cheval la tête, ornée de pendeloques, et les bras à tous les combattants, qui fuyaient dans ce grand combat; il coupait les cuisses d'un autre, souverain des hommes, monté sur un éléphant,

Équitant sur l'échiné d'un coursier ou marchant à pied sur la terre. D'autres grands héros ne voulaient plus reconnaître, dans leur fuite, 7,791.

Leurs propres membres et leurs chars mêmes, coupés dans la guerre. Taillés en pièces par les terribles flèches, les Pântchâlains et les Srindjayas, 7,792.

S'imaginaient appercevoir le fils du cocher dans un :seul tremblement des herbes. L'âme égarée, ils pensaient voir Karna lui-même dans un des leurs, qui fuyait, et

(1) Sàdhouvâhinas, texte de Bombay.

(2) L'édition de Calcutta porte ici une faute d'impression; elle écrit Pântchândn, oubliant la syllabe médiale la dans ce mot Pdntchàlanûm.

de-là ils se mettaient à courir, pleins d'épouvante. Dispersant ses traits de tous les côtés, Rarna de précipiter sa course, Bharatide, sur les armées rompues et mises en pleine déroute. Fuyant, l'âme perdue, les guerriers étaient immolés dans le combat ;

Agités, ils ne pouvaient pas rester de pied ferme devant ce magnanime Rarna. Les Pântchâlains, frappés de ses grandes flèches, 7,796.

Couraient à tous les points de l'espace, sous les regards de Drona. Lorsqu'il vit son armée en fuite, le roi Youdhishthira, 7,797.

Tournant son esprit vers la pensée de la retraite, adressa ces mots à Phâlgouna : « Vois ce héros Karna, le pied ferme et son arc à la main, 7,798.

» Qui nous consume, comme le soleil, dans le temps même de cette nuit épouvantable. Ces cris, qua l'on entend continuellement, (ils dePrithâ,sont les gémissements de nos amis, qui, chassés par les flèches de Karna, jettent des plaintes comme des abandonnés. 11 ne met pas un intervalle, que je puisse saisir, entre encocher et lancer sa llèche : pour sûr (1), fils de Prithâ, il nous (2) détruira. Exécute ce que tu vois opportun de faire immédiatement ici, Dhanandjaya, et qui s'unit à la mort de Karna. » A ces mots, grand roi, le Prithide tint ce langage à Krishna: 7,799— 7,800— 7,801— 7,802.

« Le roi lils d' Vania est effrayé maintenant du courage de liâdhéya. Dans cette situation, que ta seigneurie décide promptement deux et trois fois ce ce qu'il est opportun

(1-2) Naud/nvuvan, texte de Bombay.

DRON A-PAU VA. 251

de faire dans l'armée de Karna. En effet, nos troupes sont en fuite.

» Il n'existe plus rien, qui tienne, meurtrier de Madhou, parmi nos gens rompus, chassés par les flèches de Drona et terrifiés par Karna. Je le vois ici, qui se promène sans crainte, 7,803— 7,804—7,805.

» Et qui répand ses traits acérés sur les grands chars, dispersés en déroute. De même qu'un serpent ne peut souffrir qu'on le touche du pied, ainsi je ne puis endurer, tigre des Vrishnides, qu'il se promène devant mes jeux au front du combat. Que ta majestés' eD aille doncpromplement là où est l'héroïque Karna. 7,806—7,807.

» Je lui ferai mordre la poussière, meurtrier de Madhou, ou c'est lui, qui m'abattra mort sur la terre ! » 7,80S.

«Je vois, fils de Kountî, lui répondit le Vasoudévide. Karna, le tigre des hommes, doué d'un courage plus qu'humain, qui se promène au milieu du combat, semblable au roi des Dieux. 7,809.

» Nul autre ne s'élèvera contre lui dans la bataille, tigre des hommes, si ce n'est toi, Dhanandjaya, ou le Rakshasa Ghatotkatcha. 7,810.

» Alais je ne pense pas, irréprochable guerrier, que cette rencontre avec le fils du cocher dans la guerre soit maintenant opportune, héros aux longs bras. 7,81:1.

» En effet, cette lance d'Indra se tient dans son char, comme une grande torche allumée ; c'e-t pour toi, formidable guerrier, que le fils du cocher la tient en réserve dans la guerre : elle porte un aspect épouvantable. Ghatotkatcha te fut toujours dévoué, et toujours il désira ton bien. 7,812 — 7,813.

» Que le vigoureux Ghatotkatcha s'en aille donc affronter

Râdhéya ! Il a reçu la vie du robuste Bhîma; son courage est semblable à celui des Dieux. 7,81/i.

» Il possède des astras célestes, Asouriques et Rakshasiques ; il triomphera de Karna dans la bataille : je n'en fais aucun doute. » 7,815.

A ces mots, le Prithide aux yeux de lotus, aux longs bras, appela ce Rakshssa, qui apparut aussitôt devant lui.

Il portait la cuirasse et le cimeterre, souverain des hommes, un arc et sa flèche. Quand il se fut incliné devant Krishna et le Pândouide Dhanandjaya, il dit avec fierté : « Me voici ! Donne-moi tes ordres ! » Alors, le Dâçârhain fit en souriant cette réponse à l'Hidimbide, les yeux enflammés, la bouche ardente, et semblable à un nuage. 7,816—7,817—7,818—7,819.

« Apprends-les, Ghatotkatcha ; écoute bien ce que je vais te dire : l'heure, qui arrive, est pour toi, et non pour un autre, quel qu'il soit, l'heure de montrer ton courage.

» Que ta valeur (1) soit une barque de salut pour tes parents (2), que ce combat veut engloutir. Tu possèdes différents astras et la magie Rakshasique. 7,820 — 7,S21 .

» Vois Karna, qui agite, fils de Hidimba, l'armée des Pândouides au front de la bataille, comme un pâtre son troupeau de vaches. 7,822.

» Ce Karna, est un héros, plein de prudence, au grand arc, au courage ferme ; il consume dans les armées des Pândouides les plus vaillants kshatryas. 7,823.

« Quoiqu'ils semassent d'immenses averses de traits, des archers solides n'ont pu tenir le pied ferme, accablés par la splendeur de ses flèches. 7,82/i.

'1) Bhavân.... bandoùnâm, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 253

» Sous l'oppression des grêles de dards, que verse le fils du cocher au milieu de la nuit, voici les Pàntchâlains, qui fuient, comme des gazelles devant la poursuite d'un lion.

» Il n'existe pas un autre que toi, guerrier au courage épouvantable, qui puisse arrêter ce fils du cocher, qui a fait de tels progrès dans la guerre. 7,825 —7,826.

» Exécute ici, héros aux longs bras, avec énergie et vigueur, une œuvre digne de tes oncles, de tes pères et de toi-même. 7,827.

» C'est pour cela, Hidimbide, que les hommes désirent des fils : sauve tes parents de ces infortunes, quelque soit la manière, dont il est possible de nous (1) en affranchir. 7,828.

» Les pères, Ghatotkatcha, désirent des fils pour leur bien propre : les bons fils nous sauvent de ce monde-ci dans l'autre monde. 7,829.

» La force du magnanime Karna est effrayante dans le combat, mais non semblable à la tienne ; il n'existe pas un guerrier égal à toi, déployant ta vigueur dans le combat. 7,830.

» Dans ce fleuve des Dhritarâshtrides, où les flèches de Karna ont submergé les Pândouides, rompus dans cette nuit, sois, fléau des ennemis, leur rivage ultérieur. 7,831.

» Les Rakshasas ont encore plus dans la nuit un courage sans mesure; ils sont plus forts, plus inaffrontables, plus héroïques ; ils combattent avec plus de valeur. 7,832.

» Immole dans le combat par ta magie Karna au grand arc sous les ombres de la nuit. Les Prithides, commandés par Dhrishtadyoumna sauront bien tuer Drona. » 7,833.

(1) Kathan nas târayét, texte de Bombay.

25A LE MAHA-BHARATA.

Dès qu'il eut ouï, Kourouicle, ces paroles de Kéçava, Bîbhatsou lui-même dit au Rakshasa Ghatotkatcha, le dompteur des ennemis : 7,834.

« Ta seigneurie, Ghatotkatcha, et Sàtyaki aux longs bras, et le Pàndouide Bhîmaséna, vous êtes estimés par moi entre tous les guerriers. 7,835.

» Que ta majesté aille donc engager dans la nuit un duel en char avec Karna; le grand héros Sâtyaki défendra tes derrières. 7,836.

» Secondé par l'héroïque Sâttwatide, fais mordre la poussière du combat à Karna : tel Indra jadis, aidé par Kàrttikéya, abattit mort Tàraka sur la terre. » 7,837.

« Je suffis pour Karna, répondit Ghatotkatcha ! et ces autres magnanimes kshatryas, consommés dans les armes, Bharatide, suffisent pour Drona. 7,838.

» Je livrerai cette nuit même au fils du cocher un combat, tel qu'il en sera parlé, tant que la terre portera des habitants. 7,839.

• » Je n'épargnerai ni les braves, ni les lâches, ni ceux, qui m'adresseront des supplications, les mains jointes ; et, fermement attaché au devoir du guerrier, j'immolerai même tout Rakshasa, quel qu il soit. » 7,840.

Quand il eut parlé ainsi, le destructeur des héros ennemis, l'Hidimbide aux longs bras, jetant la terreur dans ton armée, s'avança vers Karna dans le combat. 7,841.

Le terrible fils du cocher, le reçut en riant, lorsqu'il s'approchait, irrité, la bouche enflammée, les cheveux flamboyants. 7,842.

Alors s'éleva sur ce champ de bataille le combat de Karna et du Rakshasa, vomissant la menace, tel que fut jadis, tigre des rois, le conflit de Çakra et de Prahlâda.

DRONA-PARVA. 255

Lorsqu'il vit Ghatotkatcha aux longs bras, majesté, s'avancer sur le char du fils de cocher, avec le désir de tuer Karna dans la bataille, 7,8/io.

Ton fils tint alors ce langage à Douççâsana : « Parce qu'il a vu le courage de l'Adhirathide dans le combat, ce Rakshasa s'approche à pas hâtés afin de le combattre. Arrête ce grand héros ! Environné d'une nombreuse armée, va où est ce guerrier à la grande force.

Karna, le fils du Soleil, désire combattre avec ce Rakshasa : entouré d'une armée, mets tes soins, ô toi, qui donnes l'honneur, à sauver Karna dans ce combat. Empêche que ce Démon terrible ne tue Karna dans son ivresse d'orgueil. » En ce moment, sire, le vigoureux fils de Djatâsoura, 7,847—7,848.

Le meilleur des combattants s'approcha de Souyodhana et lui dit : « Avec ta permission, Douryodhana, je désire tuer les Pândouides et leurs suivants, tes illustres ennemis, ivres de la furie des batailles. Djatâsoura, mon vigoureux père, était jadis le monarque des Rakshasas :

» 11 est tombé sous les coups des vils Prithides, qui s'étaient dévoués à une prouesse, exterminatrice des Rakshasas. -Je désire apaiser ses Mânes, en lui offrant pour hommage le sang et la chair des ennemis : veuille bien, Indra des rois, m'accorder ta permission. » Le monarque joyeux lui dit à plusieurs fois :

« Il me suffit de Drona et de Karna pour vaincre cet ennemi : mais vas, avec ma permission ; immole dans le combat Ghalotkatcha. ce Démon aux œuvre? cruelles.

Rakshasa toi-même, plonge (1) en cette bataille au séjour d'Yama ce Rakshasa, né d'un homme, toujours zélé poulies Pândouipes, exterminateur des éléphants et des chevaux, destructeur des chars et venu dans ces régions par la voie des airs. » — « Oui ! » dit le Rakshasa au grand corps, qui porta un défi à Ghatotkatcha.

Le Djatâsouride inonda le Bhîmasénide de flèches diverses. Seul, le fils de Hidimbâ écrasa, et Alambousha, et Karna, et l'invincible armée des Kourouides, comme un grand vent disperse les nuages. A peine Alambousha eutil vu que ce Ghatotkatcha était puissant en magie, il l'ensevelit sous des multitudes de traits, marqués de différents caractères. Quand il eut blessé l'Hidimbide avec des flèches nombreuses, 7,856—7,857—7,858.

Ses dards jetèrent rapidement l'armée des Pândouides en pleine déroute. Disséminées par lui, 7,859.

Ces divisions s'éparpillèrent dans la nuit, comme des nuages dispersés par le vent ; et ton armée, chassée par les traits de Ghatntkatcha, 7,860.

Rejetant ses torches par milliers, courait, sire, au milieu des ténèbres. Alambousha irrité frappa dans un grand combat le Bhîmasénide avec une foule de dards, tel qu'un gigantesque éléphant à coups d'aiguillons. Ghatotkatcha 7,861.

De couper en menus fragments son char, son cocher et toutes ses armes ; puis , il fit pleuvoir ses multitudes de traits par milliers sur Karna, sur les Kourouides et sur Alambousha, comme les nuages inondent le mont Mérou.

(1) Préshayés, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 257

L'armée des Kourouides, maltraitée parle Rakshasa, était bouleversée. 7,861— 7,862— 7,863— 7, 864.

Du haut des airs, ils se brisent mutuellement une armée complète. Le Djatâsouride, sans char, puissant roi, son cocher immolé, 7,865.

Blessa avec colère Ghatotkatcha au poing dans le combat. Celui-ci de chanceler sur le coup ; 7,866.

Telle dans un tremblement de terre, une montagne avec ses arbrisseaux, ses herbes et ses arbres touffus. Transporté de colère, le Bhîmasénide frappa le Djatâsouride avec son bras, exterminateur de l'ennemi et semblable à une massue. Dès qu'il eut écrasé le Démon irrité, l'Hidimbide soudain le renversa,

Le serra entre ses deux bras et le broya sur la surface de la terre. Aussitôt que le Djatâsouride se fut débarrassé de l'étreinte de Ghatotkatcha, 7,869.

Il se releva lestement et fondit sur son rival. Alambousha lui-même debout fit perdre pied à son tour au Rakshasa, 7,870.

Et le broya avec fureur dans le combat sur le sol de la terre. Le combat de ces deux géants, la menace à la bouche, Alambousha et Ghatotkatcha, fut tumultueux, inspirant la terreur. Plus que des hommes et se surpassant l'un l'autre par leurs magies, 7,871 — 7,872.

Ces deux héros à la grande vigueur combattaient, de même que jadis Indra et le Virotchanide. Tantôt, ils devenaient l'océan et le feu, ou Takshaka et Garouda ;

Tantôt, ils se métamorphosaient en nuages et en grand vent ; tantôt, ils étaient une haute montagne et le tonnerre ; une autre fois, ils se changeaient en éléphant et xi 17

en tigre; enfin, l'on voyait en eux le soleil et Râhou, te Démon de f éclipse. 7,873— 7, 874.

Ainsi, créateurs de cent prestiges et se désirant mutuellement la mort, Alambousha et Ghatotkatcha variaient à l'infini leur manière de combattre. 7,875.

Ils se frappaient l'un l'autre avec des pilons, des massues, des traits barbelés, des maillets d'armes, des pattiças, des moushalas et des quartiers de montagnes.

Sur des chevaux, sur des éléphants (1), à pied ou montés sur des chars, ces Démons à la grande magie combattaient, les meilleurs des Rakshasas dans la guerre.

Alors, bouillant de colère, Ghatotkatcha, par le désir d'arriver à la mort de son rival, s'éleva dans l'air, puis s'abattit comme un faucon. 7,878.

11 étreignit Alambousha au grand corps, l'Indra des Rakshasas, et le frappa sur la terre, malgré sa résistance, comme jadis Vishnou immola le Démon Maya dans le combat. 7,879.

Ensuite, ayant tiré du fourreau son cimeterre à l'aspect horrible, il enleva du corps sa tête effrayante, de qui la vue inspirait le dégoût. 7,880.

Malgré ses vains efforts, puissant roi, et quoiqu'il poussât des cris effroyables dans le combat, ce héros au courage infini trancha le cou de son rival. 7,881.

Il saisit par les cheveux cette tête humide de sang, et Ghatotkatcha fut précipitamment avec elle près du char de Douryodhana. 7,882.

Le Rakshasa aux longs bras de s'approcher et de lu

(1) Gadjâbhyâm, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 259

jeter dans son char en riant ce hideux chef, dont les cheveux et la bouche inspiraient l'horreur. 7,883.

Il poussa un cri effroyable, comme un nuage dans la saison de l'automne et tint, sire, ce langage à Douryodhana: 7,884.

« Voici la tête de ton ami, quoique tu aies vu son courage : tu verras encore dans un tel état celle de Karna lui-même. 7,885.

» L'homme, qui désire la vertu, la richesse et l'amour, cette troisième des affections humaines, ne va pas voir, les mains vides, un brahme, un roi, ni une femme !

» Reste ici, heureux et content, jusqu'à ce que j'aie tué Karna ! » Il dit, monarque des hommes, et, disséminant des centaines de flèches acérées, les décochant au front de la bataille (1) , il s'avança vers Karna. Alors se déroula entre l'homme et le Rakshasa ce combat à la forme épouvantable, inspirant la terreur et rempli d'illusions. 7,886—7,887—7,888—7,889.

« Comment fut ce combat, s'enquit Dhritarâshtra, où Karna, le fils du Soleil, et le Rakshasa Ghatotkatcha s'atchèrent dans la nuit, l'un avec l'autre? 7,890.

» Quelle était la forme de ce Démon formidable? Comment était son char? Quels étaient ses chevaux ? Comment toutes ses armes étaient-elles? 7,891.

» De quelle taille étaient ses coursiers ? Quelles étaient son arc et le drapeau, qui ombrageait son char? Comment était sa cuirasse? Quel était son casque? 7,892.

» Réponds à ces questions, Sandjaya ; car tu es un habile narrateur ! » 7,893.

(1) Ranamourddhani, texte de Bombay.

Il avait les yeux de sang, reprit l'interrogé, un grand corps, la bouche enflammée, un ventre profond, les cheveux hérissés, la barbe verte, des oreilles en forme d'épieu et de vastes mâchoires. 7,89/1.

Sa bouche était fendue jusqu'aux oreilles ; il avait les dents aiguës, en saillie, comme des boutoirs. Ses lèvres et sa langue étaient rouges et très-longues ; il avait les sourcils grands et larges, le nez gros. 7,895.

Épouvantables, ses membres étaient noirs, son cou rouge ; il avait la hauteur d'une montagne ; son vaste corps avait de longs bras, une grande tête, une vigueur immense. 7,896.

C'était un Démon terrible, grand, adulte, inspirant le dégoût, au toucher rude, au nombril caché, à la croupe volumineuse, mais molle et relâchée dans sa substance musculaire (1). 7,897.

Versé dans la grande magie, les mains ornées de joyaux, les bras ceints de bracelets, il portait sur la poitrine un médaillon, comme une montagne élève un bouquet de fleurs. 7,898.

Sur sa tête brillait une tiare étincelante, admirable, faite d'or, embellie de plusieurs figures et semblable à une porte arcadée. 7,899.

11 portait des pendeloques pareilles au soleil enfant, un éblouissant bouquet de fleurs d'or et une vaste cuirasse de cuivre à la grande splendeur. 7,900.

Décoré de drapeaux et de guidons rouges, son grand char, couvert de la dépouille des ours et gazouillant par des centaines de clochettes, mesurait un nalva (2). 7,901.

(1) Explication du commentaire.

(2) Nalvamâtran, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 261

Il était monté dans ce char, enguirlandé de drapeaux, qui roulait sur huit roues, qui avait le bruit profond des nuages, qui était muni des plus excellentes de tontes les armes. 7,902.

Ses chevaux d'une couleur changeante à volonté, les yeux teints de sang, étaient vigoureux, inspirant l'effroi, doués de rapidité et semblables à des éléphants en rut.

Robustes, ayant vaincu la fatigue, secouant de grands faisceaux de crinière, hennissant mainte et mainte fois, ils portaient le formidable Rakshasa. 7,903 — 7,90Zi.

Son cocher Viroûpaksha aux pendeloques, à la bouche enflammée, modérait les chevaux de ce Rakshasa dans le combat, avec des rênes, semblables aux rayons du soleil.

Accompagné de lui, Ghatotkatcha se tenait dans ce char comme le soleil avec Arouna : d'une stature élevée, il semblait un grand nuage, suspendu sur une montagne.

Un vautour carnassier, qui de sa tête allait toucher le ciel, emblème frappant de la plus grande terreur, était le drapeau immense, qui s'élevait en sa voiture de guerre.

Il tirait la corde solide d'un arc, qui avait le son du tonnerre d'Indra et qui mesurait douze coudées manifestes en longueur sur une coudée de circonférence.

Il couvrait tous les dix points de l'espace avec ses flèches, aussi grandes que la roue d'un char ; il s'avança vers Karna dans cette nuit, exterminatrice des héros.

Se tenant le pied bien appuyé dans son char, le bruit de l'arc, qu'il déchargeait, se fit entendre comme le fracas du tonnerre. 7,909— 7, 910.

Effrayées par le son, toutes les armées de ta majesté,

Bharatide, étaient ébranlées comme les grandes vagues de la mer. 7,911.

Quand il vit accourir, le terrible Viroûpaksha, Râdhéya, en riant, se hâta de l'arrêter. 7,912.

Lançant des flèches, Karna s'avança de l'autre part vers lui, qui décochait : tel un éléphant s'approche d'un rival ; tel un taureau, chef d'un troupeau, affronte un autre taureau. 7,913.

La rencontre de ces deux héros, de Karna et du Rakshasa, était pleine de tumulte, souverain des hommes; elle ressemblait à celle d'Indra et de Çambara. 7,91/i.

Ayant pris deux arcs bien terribles au son épouvantable, se meurtrissant de leurs grandes flèches, ils s'en couvrirent l'un et l'autre. 7,915.

Puis, quand ils eurent, s' envoyant des traits longs, puissants, aux nœuds inclinés, rompu leurs cuirasses de cuivre, ils se déchirèrent mutuellement. 7,916.

Tels que deux tigres avec leurs ongles, ou tels que deux éléphants avec leurs défenses ; ils se mirent en pièces réciproquement avec leurs flèches, avec leurs grandes lances de char. 7,917.

11 était impossible de fixer les regards sur eux, tandis qu'ils se coupaient les membres, qu'ils encochaient leurs traits, qu'ils consumaient C ennemi par les multitudes de leurs flèches. 7,918.

Tous les organes du corps blessés par les dards, arrosés par des flots de sang, ils brillaient, comme deux montagnes, qui roulent de l'or dans le cours de leurs eaux. 7,919. *

Tous les membres déchirés par la pointe des flèches et se déchirant l'un l'autre, ces deux grands héros, en dépit

DRONA-PARVA. 263^

de leurs efforts, ne purent s'ébranler mutuellement. 7,920.

Ce combat de nuit, qui fut livré sur ce champ de bataille, par ces deux joueurs du jeu des existences, Karna et le Rakshasa, était égal et varié. 7,921.

Le bruit de l'arc du guerrier, qui encochait ses flèches acérées et les envoyait sans relâche, répandit également la terreur parmi les ennemis et parmi les siens. 7,922.

Karna ne surpassa point alors Ghatotkatcha, sire ; et, le plus excellent des héros, qui connaissent les astras, il fit apparaître un astra céleste. 7,923.

A peine eut-il vu Karna lier à sa flèche l'astra divin, Ghatotkatcha, le souverain des Rakshasas, de manifester soudain la magie Rakshasique. 7,924.

11 apparut, environné d'une nombreuse armée de Rakshasas aux formes épouvantables, portant des maillets d'armes et des lances, tenant à leurs mains des arbres et des montagnes (1). 7,925.

Les souverains des hommes furent émus de terreur, lorsqu'ils le virent, élevant sa grande flèche, comme le bâton terrible de la mort, s'avancer, tel que la fin de tous les êtres. 7,926.

Saisis de crainte aux cris de guerre, que vomissait Ghatotkatcha, les éléphants de lâcher sous eux l'urine, et les guerriers de ressentir un profond effroi. 7,927.

Ensuite, ce fut une immense, une très-épouvantable averse de pierres, qui plut de tous les côtés. Lancés en masse, au milieu de la nuit, par les Rakshasas aux forces supérieures, 7,928.

Les disques de fer, les bhouçoundis, les lances, les leviers, les tridents, les çataghnis et les pattiças, infli-

(1) Çoûlamoudgaradhdrinyû çailapâdahastayâ, texte de Bombay.

geaient à chaque "instant leur cuisante brûlure. 7,929.

Dès^qu'ils virent ce. combat terrible, plus qu'effrayant, les combattants, et les rois, et tes fils s'enfuirent, émus de crainte. 7,930.

Seul, l'orgueilleux Karna, qui se vante de sa force et de ses traits, n'en fut aucunement troublé ; il dissipa de ses flèches la magie créée par Ghatotkatcha. 7,931.

Lorsqu'il eut vu ses prestiges détruits, celui-ci, dans sa colère, envoya d'épouvantables dards, en son désir d'arriver à la mort du fils de cocher. 7,932.

Aussitôt qu'ils eurent fendu le corps de Karna, ces traits, imprégnés de sang, se plongèrent dans le sein de la terre, comme des serpents irrités. 7,933.

Étalant son audace, l'auguste fils du cocher à la main légère déchira, dans son courroux, le Bhîmasénide avec dix flèches. 7,93Zi.

Blessé dans ses membres par l'Adhirathide, Ghatotkatcha, plein de trouble, saisit un disque céleste à cent angles, 7,935.

Au tranchant de rasoir, orné de joyaux et de perles, semblable au soleil enfant , et l'envoya irrité au fils du cocher, avec le désir de lui arracher la vie. 7,936.

Lancé d'une extrême vitesse, mais abattu par les flèches de Karna, ce projectile, sans porter coup, comme la volonté d'un misérable, tomba sur la terre. 7,937.

Bouillant de colère à la vue de son disque renversé, Ghatotkatcha couvrit Karna de ses traits : ainsi Râhou masque le soleil. 7,938.

Sans être ému, le fils du cocher, qui avait le courage d'Indra, d'Oupéndra et de Roudra, ensevelit rapidement l'Hidimbide sous ses dards. 7,939.

Alors une massue, ceinte de bracelets d'or, lancée en

DRONA-PARVA. 265

tournoyant par Ghatotkatcha, tomba, frappée des flèches de l'Adhirathide. 7,940.

Ensuite, le grand magicien s'éleva dans les airs, en poussant des cris comme le nuage de la mort, et déchaîna une pluie d'arbres de la voûte des cieux. 7,9/11.

Mais Rarna de blesser avec ses dards, au milieu du ciel, cet enchanteur, le fils de Bhîmaséna, tel que le soleil perce un nuage de ses rayons. 7,94*2.

Quand il eut abattu tous ses chevaux et divisé son char en cent morceaux, l'Adhirathide répandit une averse de llèches, comme un nuage pluvieux verse les eaux. 7,943.

Il n'y eut pas dans le corps de son rival un espace large de deux doigts seulement, qui fût exempt de blessures: on le vit dans un moment tel qu'un porc-épic, hérissé d'aiguillons. 7,944.

On ne vit, ni ses chevaux, ni son char, ni son drapeau, ni Ghatotkatcha lui-même, qui ne fussent pas dans cette bataille couverts par des multitudes de flèches. 7,945.

L'enchanteur, détruisant l'astra céleste de l'Adhirathide par un autre, opposa au fils du cocher un combat de magie. 7,946.

Il fit la guerre à Karna par ses prestiges et sa légèreté ; il envoya alors dans le ciel- des foules de traits invisibles.

Le Bhîmasénide, grand magicien, ô le plus excellent des Kourouides, fascinant son ennemi, se changea luimême au moyen de la magie. 7,947—7,948.

Plein d'énergie, il se donna des bouches monstrueuses, horribles à voir, et dévora les astras célestes de l'Adhirathide. 7,949.

On le vit ensuite tomber sur le champ de bataille, la

vie détruite, le courage éteint, son vaste corps coupé en cent morceaux. 7,950.

Croyant qu'il n'était plus, les héros de Kourou jetèrent des cris joyeux: -mais il reparut en toutes les plages du ciel avec d'autres corps nouveaux. 7,951.

Après ce prestige, on en vit un autre, Mahârâdja ; son corps gigantesque avait une centaine de ventres et cent têtes, comme le mont Maînaka. 7,952.

Puis, le Rakshasa de nouveau se montra avec la taille d'un pouce seulement : tel que s'il était soulevé par une vague au sein des mers, tantôt il était de travers, et tantôt il surnageait à la surface, 7,953.

On le vit encore fendre la terre et se plonger dans les eaux ; puis, en resortir et se montrer d'un autre côté !

Lorsque, revêtu de sa cuirasse, il eut parcouru la terre, les airs et les plages du ciel, il en redescendit et se tint dans son char, ornementé d'or. 7,954 — 7,955.

Le visage paré de pendeloques vacillantes, il s'avança vers le char de Rarna, et tint, souverain des hommes, ce langage au fils du cocher : 7,956.

« Reste maintenant ! Où t'en iras-tu vivant, échappé de mes mains? Je conduirai aujourd'hui même pour toi, fils du cocher, la cérémonie funèbre du combat sur le champ de bataille! » 7,957.

A ces mots, le Rakshasa au courage terrible, ses yeux rouges de colère, prit son essor dans les airs et se mit à rire d'une manière éclatante. 7,958.

Ghatotkatcha de frapper Karna, comme un lion s'élance sur un Indra des éléphants, et de verser sur le plus excellent des maîtres de chars une pluie de flèches, grandes

DRONA-PARVA. 267

comme les roues d'un char: tel un nuage répand ses gouttes d'eau. L'Adhirathide abattit une averse de traits, venus de loin. 7,959 — 7,960.

Quand il vit Karna détruire son prestige, Ghatotkatcha disparut, et manifesta une nouvelle illusion. 7,961.

On vit se dresser une montagne très-élevée, dont les arbres rendaient les sommets impraticables : il y avait une grande cataracte, où les tridents, les traits barbelés, les épées, les massues remplaçaient la chute des eaux. 7,962. Dès qu'il vit cette montagne, roulant des armes terribles dans ses cascades, ressembler à une masse de collyre, Karna n'en fut nullement ému. 7,963.

Il produisit en riant un astra céleste et, renversée par lui, la reine des montagnes périt. 7,964.

Ensuite le très-épouvantable enchanteur, s'étant métamorphosé en un sombre nuage, sur leçjuel était peint l'arc d'Indra, inonda le fils du cocher avec une pluie de rocs et de pierres. 7,965.

Le fils du Soleil, Karna-Vrisha, le plus habile des hommes versés dans les astras, encocha l'astra du vent et dissipa ce nuage de la mort. 7,966.

Il couvrit de tous côtés les plages du ciel avec la foule de ses flèches, et paralysa, grand roi, l'astra, qu'avait envoyé le Bhîmasénide à la grande force. Celui-ci, en riant, de manifester dans le combat une puissante magie contre le fameux héros, son rival. 7,967—7,968.

Lorsqu'il vit le meilleur des maîtres de chars, Ghatotkatcha sans émotion s'avancer de nouveau sur un char, environné de nombreux Rakshasas, 7,969.

Portés sur l'échiné des coursiers, montés en des chars, ou se tenant sur des éléphants, semblables à des probos-

cidiens en rut et tels que des tigres ou des lions ; 7,970.

Lorsqu'il le vit entouré de ces terribles guerriers, armés de traits variés, avec des ornements et des cuirasses de toutes les sortes, comme Indra marche escorté des Vents, 7,971.

Karna au grand arc combattit le Rakshasa, et Ghatotkatcha le blessa de cinq flèches. 7,972.

Il poussa un cri épouvantable, effrayant tous les princes ; et, redoublant ses coups, il trancha lestement avec force, d'un andjalika, l'arc placé dans la main de Karna, avec le faisceau de ses dards. Celui-ci prit un nouvel arc grand, solide, capable de supporter une charge, élevé comme l'arme d'Indra ; mais l'autre le coupa vigoureusement dans le poing de Karna, qui décocha, puissante majesté, des flèches, 7,973—7,974—7,975.

Empennées d'or, homicides de l'ennemi, volant au sein des airs, aux plus vaillants des Rakshasas. En proie à ces dards, la horde des Rakshasas à la poitrine tannée 7,976.

Fut comme un troupeau confus d'éléphants sauvages, attaqués par un lion. Quand l'auguste eut dispersé de ses flèches les Rakshasas avec leurs chevaux, leurs cochers et leurs éléphants, 6,977.

Gomme le vénérable Feu, qui incendie les êtres à la fin d'un youga, le fils du cocher, destructeur de l'armée Rakshasane, resplendit, 7,978.

Tel que le Dieu Mahéçwara, après qu'il eut jadis brûlé dans les cieux la ville de Tripoura. Entre ces milliers de monarques et de Pândouides, respectable roi, 7,979.

Qui que ce fût ne pouvait fixer les yeux sur lui, puissant seigneur, excepté Ghatotkatcha à la grande force, l' Indra des Rakshasas, doué de la vigueur de Bhîmaséna,

DRONA-PARVA. 269

irrité comme la mort en personne ! La colère fit naître le feu dans ses deux yeux, comme la flamme fait poindre des gouttes de résine à deux grandes torches. Frottant l'une avec l'autre les deux paumes de ses mains et mordant ses lèvres, 7,980—7,981—7,982.

LHidimbide monta dans son chariot, créé par la magie, attelé de chevaux, pareils à des éléphants, et d'ânes aux visages de Piçâtchas. 7,983.

Il dit avec colère à son cocher: « Conduis-moi vers l'Adhirathide ! » Et le plus excellent des maîtres de chars s'en fut avec son char livrer, souverain des hommes, un duel en chars au fils du cocher. Le Rakshasa de lancer à Râdhéya une foudre à huit disques aigus, toute remplie d'épouvante et forgée par Çiva lui-même. Ayant sauté à bas de son char, où il avait déposé son arc, Karna reçut le tonnerre ; 7,984— 7,985— 7,986.

Et renvoya son arme au Rakshasa. Celui-ci de s'élancer hors de son char léger. Quand le trait à la grande splendeur eut mis en cendres sa voiture, son drapeau, son cocher et ses chevaux,

Il fendit la terre et s'y plongea. Tous les Dieux furent saisis d'étonnement, et soudain tous les êtres applaudirent à Karna, parce qu'il était sauté à bas de son char, et qu'il avait rempaumé la grande foudre, ouvrage du Dieu des Dieux. Après cette prouesse dansle combat, l'Adhirathide remonta dans son char, 7,987—7,988—7,989.

Ei, homicide des ennemis, il se mit à décocher des traits acérés. Nul autre parmi tous les êtres ne peut accomplir, ô toi, qui donnes l'honneur, ce que Râdhéya exécuta alors dans ce combat à l'aspect épouvantable. Frappé de ses nârâtchas, comme une montagne l'est par les eaux de la pluie, 7.990 — 7,991.

Son char, qui avait les formes de la ville des Gandharvas, disparut de nouveau. C'est ainsi que ce grand magicien, destructeur des ennemis, réduisait à néant ces astras divins par sa magie et sa légèreté. Malgré que ses astras fussent neutralisés par la magie du Rakshasa,

7,992—7,993 Rarna sans trouble combattait avec lui. Irrité, Mahârâdja, le Bhîmasénide à la grande force, 7,994.

Jetant la terreur parmi les grands héros, se multiplia soi-même. Alors on vit accourir de compagnie les hyènes, les tigres, les lions, des serpents aux langues de feu, des oiseaux à la tête de fer. Submergé des flèches, envoyées par l'arc de Karna, 7,995 — 7,996.

Le Démon à l'aspect semblable au roi des montagnes disparut encore une fois. Des Rakshasas, des Piçâtchas et des Yâtoudhânas, 7,997.

Des chacals et des loups en grand nombre à la gueule difforme accoururent de tous les côtés, fondant sur Rarna comme pour le dévorer. 7,998.

Ils cherchèrent à l'effrayer avec leurs menaces et leurs cris épouvantables; mais Rarna les blessa- tous individuellement avec plus d'une flèche et par ses armes levées, nombreuses, terribles, humides de sang ; il opposa à la magie Rakshasique les coups de son astra céleste.

Il immola ses formidables coursiers avec des flèches aux nœuds inclinés ; et les chevaux rompus, les membres détruits, le dos mis en lambeaux par les flèches, 8,001.

Tombèrent sur la terre sous les yeux du Rakshasa. L'Hidimbide, qui voyait sa magie paralysée, dit à Rarna, le fils du Soleil : « Celui, qui te parle, a juré ta mort ! » Et, ce disant, il disparut. 8,002—8,003.

DRONA-PARVA. 271

Tandis que le combat du Rakshasa et de Karna se déroulait ainsi, le roi des Rakshasas, le vigoureux Alâyoudha s'approche 8,004.

A la tête d'une nombreuse armée, environné par des milliers de Rakshasas hideux, tous héros, tous portant des formes variées ; il se rendit auprès de Souyodhana. Il n'avait pas oublié son ancienne inimitié; en effet, le vaillant Vaka, le mangeur de brahmes, était de sa famille.

// comptait parmi ses parents Kirmîra à la grande splendeur, il avait eu Hidimba pour ami ; et, depuis longtemps, il gardait le souvenir de cette vieille haine. 8,007.

Ayant eu connaissance de ce combat de nuit, il désirait tuer Bhîmaséna dans cet engagement. Tel qu'un éléphant en rut ou comme un serpent irrité, 8,008.

Aspirant à cette bataille, il tint ce langage à Douryodhana : « Il est connu de toi, grand monarque, que Bhîma fit mordre la poussière à ces Rakshasas, mes parents, Hidimba, Vaka et Kirmîra, que le choix, fait jadis par la jeune Hidimbâ, montra son dédain pour nous autres Rakshasas : quelle autre chose te dirai -je ? Je suis venu ici de ma seule volonté pour tuer cet Hidimbide avec ses conseillers, son armée, ses éléphants, ses chars de guerre et ses chevaux ! Aujourd'hui, quand j'aurai immolé tous ces fils de Kountî, à commencer par le Vasoudévide, je les dévorerai avec tous leurs suivants. Arrête cette armée entière; nous combattrons, nous, avec les Pàndouides! » {De la stance 8,009 à la stance 8,014.)

Joyeux de ces paroles entendues, Douryodhanadel'embrasser et de lui répondre, environné de ses frères :

« Nous te mettrons au premier rang et nous combat-

trons les ennemis : certes ! mes guerriers tiendront maintenant le pied firme, et leur esprit ne sera, plus tourné vers la fin de cette guerre ! » 8,014—8,015.

« Qu'il en soit ainsi ! » répondit au roi le plus grand des Rakshasas ; et, environné de ses antropophages, il se hâta de se rendre vers Bhîmaséna. 8,016.

Le corps flamboyant et monté sur un char couleur du soleil, tel enfin, Indra des rois, qu'était Ghatotkatcha luimême. 8,017.

Son grand char, peint de nombreuses arcades, mesurait un nalva ; toutes ses parties étaient couvertes avec des cuirs de taureaux, et son retentissement était égal à celui du char de l'Hidimbide. 8,018.

Son attelage de cent chevaux aux grands corps, à la taille d'éléphants, aux pieds agiles, au bruit immense, tiraient leur nourriture de la chair et du sang. 8,019.

Le roulement de son char était semblable au fracas des grands nuages ; son arc était sans mesure, sa corde ferme et très-forte. 8,0*20.

Ses flèches, empennées d'or, aiguisées sur la pierre, étaient pareilles à des roues. C'était, comme Ghatotkatcha, un héros aux longs bras. 8,021.

Les chacals et les corneilles respectaient son drapeau, égal au soleil ou à la flamme : sa bouche, plus heureuse par la forme que celle de Ghatotkatcha (?) était flamboyante d'un feu troublé. 8,022.

11 portait des bracelets flamboyants, un bouquet de fleurs et un diadème flamboyant; une guirlande était liée à son turban ; il était ceint d'un cimeterre. Armé d'une massue, d'un bhouçoundi, d'un pilon, d'un soc de charrue, d'un arc, la duretéde son corps valait une cuirasse. 8,023.

DRONA-PARVA. 273

Errant çà et là sur son char à la splendeur du feu, et mettant l'armée des Pândouidesen déroute, il brillait dans le combat, tel qu'au milieu des cieux un nuage par sa guirlande d'éclairs. 8.02/j.

Les plus grands rois à la force immense, revêtus de cuirasses et portant des boucliers, les vaillants guerriers des Pândouides combattirent de tous les côtés, remplis d'ardeur. 8,025.

Aussitôt qu'ils virent ce héros aux œuvres épouvantables arrivé dans le combat, tous les Kourouides ressentirent de la joie ; 8,02(5.

Et tes fils, Douryodhana à leur tête, ayant rencontré ce navire, lorsqu'ils étaient sans barque, eurent, en quelque sorte, le désir de traverser cette mer. 8,027.

Tous les princes alors, se regardant comme des morts, rendus à la vie, applaudirent à l'Indra des Rakshasas, Alâyoudha, par des acclamations de bien-venue. 8,028.

Tandis que ce combat, qui n'avait rien d'humain et qui inspirait l'effroi, se déroulait entre Karna et le Rakshasa, cette nuit prit un aspect épouvantable. 8,029.

Les Pântchâlains et l'assemblée des rois regardèrent en souriant avec mépris (1) ; et tes fils, jetant les yeux (2) , çà et là, Drona, Açwatthâman, Kripa et les autres, s'écrièrent avec émotion, à la vue de cette prouesse de l'Hidimbide sur le champ de bataille : « Ce n'est pas postule!»

Tout était dans le trouble, hors de soi-même et s'écriait : « Hélas ! hélas ! » Ton armée perdit alors toute espérance, Mahârâdja, pour la vie de Karna. 8,030—8,031 — 8,032.

(1) De quoi s'agit-il ? Quelle est celte prouesse de l'Hidimbide ? Cela ne se lie pas avec ce qui précède: il y aurait donc ici une lacune?

(2) Vikshamânds, texte de Bombay.

ix 48

Quand Douryodhana le vit tombé au fond de cette infortune, il appela Alâyoudha, l'Indrâ des Rakshasas, et lui dit ces mots : 8,033.

« Voici le fils du Soleil, Karna, qui en est venu aux mains avec l'Hidimbide; il accomplit dans le combat une œuvre immense et qui est digne de lui-même. 8,034.

» Vois ces vaillants princes immolés sous les flèches variées du Bhîmasénide, comme des arbres, qu'un éléphant a frappés. 8,035.

» C'est un lot, que je t'ai réservé entre tous les rois dans le combat ; marche donc hardiment, héros, avec ma permission, et tue ce Rakshasa, 8,036.

» Avant que ce criminel Ghatotkatcha, appuyé sur la puissance de sa magie, ô toi, qui traînes les cadavres des ennemis, n'ait immolé Karna, le fils du Soleil ! » 8,037.

A ces mots du roi, le Rakshasa aux longs bras, au bouillant courage, lui répondit : « Il en sera ainsi ! » et fondit sur Ghatotkatcha. 8,038.

Le Bhîmasénide alors, abandonnant Karna, broya de ses flèches, majesté, le nouvel ennemi, qui s'avançait.

11 s'éleva entre ces deux rois irrités des Rakshasas un combat tel que, dans une forêt, celui de deux éléphants en rut, aux fumées de leur mada. 8,039 — 8,040.

Délivré du Rakshasa, le meilleur des maîtres de chars, Karna de s'avancer vers Bhîmaséna sur son char, flamboyant comme le soleil. 8,041

Sans tenir compte du héros, qui s'approchait, dès qu'il vit Alâyoudha, qui dévorait Ghatotkatcha dans le combat, de même qu'un lion dévore un taureau, chef d'un troupeau, 8,042.

Le plus vaillant des combattants, Bhîma, sur son char,

DRONA-PARVA. "275

semblable au soleil, s'avança, dispersant des multitudes de traits, vers le char d'Alâyoudha. 8,043.

Aussitôt qu'il le vit s'approcher, Àlâyoudha, seigneur, abandonnant alors son combat avec Ghatotkatcha, marcha à la rencontre de Bhîmaséna. 8,044.

Le destructeur des noctivagues, celui-ci, l'affrontant soudain, ensevelit sous des pluies de traits l'Indra des Rakshasas et ses gens. 8,045.

De même, le dompteur des ennemis, Alâyoudha, l'ayant déchiré de ses flèches reluisantes, en fit tomber mainte et mainte pluie sur le fils de Kountî. 8,046.

Tous les horribles Rakshasas, portant des traits divers et désirant (1) la mort de tes fils, s'élancèrent contre Bhîmaséna. 8,047.

Blessé par des traits nombreux, ce bien vigoureux les perça tous individuellement de cinq dards acérés. 8,048.

Combattus par Bhîma, tous les Rakshasas aux âmes cruelles jetèrent de grands cris et s'enfuirent aux dix points de l'espace. 8,040.

Lorsque le Démon à la grande force les vit terrifiés par ce héros, il courut avec rapidité et le couvrit de ses flèches. 8,050.

Bhîmaséna le frappa dans le combat de ses traits à la pointe acérée. Alâyoudha ensuite, des traits envoyés par l'ennemi sur le champ de bataille, 8,051.

Trancha les uns avec hâte et reçut les autres. Quand Bhîma au courage épouvantable eut vu cet Indra des Rakshasas agir ainsi, 8,05*2.

1) Djaynlshiaas. texte «Je Bombay

11 lui expédia une massue au vol, semblable à la chute de la foudre. Vautre de frapper avec sa massue la massue pleine de flamme, qui accourait avec rapidité, et le pilon de continuer sa course vers Bhîma. Le fils de Kountî submergea de ses pluies de flèches l'IndradesRakshasas. Les Pântchâlains, les Srindjayas, les coursiers, les éléphants de la plus haute taille, 8,053-8,054-8,055-8,056.

Chargés lourdement par les Rakshasas, ne purent obtenir là un moment de tranquillité. Quand il vit ce grand combat devenu très-épouvantable, 8,057.

Krishna, le plus éminent des hommes, tint ce langage à Dhanandjaya : « Vois Bhîma aux longs bras, qui tombe sous le pouvoir de l'Indra des Rakshasas ! 8,058.

» Suis les pas de ce héros, sans balancer, Pândouide ! que Dhrishtadyoumna et Çikhandî, que Youdhâmanyou et Outtamaâudjas de compagnie, que les grands héros Draâupadéyains aillent affronter Karna ! Que Nakoula, Sahadéva et le vigoureux Youyoudhâna immolent, d'après ton ordre, Pândouide, les autres Rakshasas. Arrête, guerrier aux longs bras, cette armée, qui a mis à sa tête Drona; car un grand danger nous menace, terrible héros ! » A ces paroles, les plus vaillants des chars, suivant l'ordre, qu'ils en avaient reçu de Krishna,

Se portèrent dans le combat vers Karna, le fils du Soleil, et vers les autres Rakshasas. L'auguste Indra des noctivagues trancha l'arc de Bhîma, en lui adressant des flèches longues, puissantes, semblables à des serpents. Le vigoureux monarque tua de ses traits aigus ses chevaux et son cocher, malgré tous les efforts de Bhîmaséna dans

la bataille^ Celui-ci. qui avait perdu son cocher et de qui les chevaux étaient immolés, s'élança hors du banc de son char. 8,063—8,064—8,065.

Il poussa un cri et lui envoya sa massue pesante, épouvantable. Le terrible Rakshasa de frapper avec son pilon cette grande arme, qui volait avec un bruit effrayant, et de jeter un cri de victoire. Quand il vie l'œuvre du roi des Rakshasas, glaçant d'une profonde terreur,

Bhîmaséna, l'âme pleine d'ardeur, saisit une massue formidable. Ce fut alors une bataille tumultueuse que ce combat de l'homme et du Rakshasa, 8,068.

Qui ébranlaient profondément la terre du bruit de leurs massues déchargées. Ces deux héros, quittant leurs pilons, s'approchèrent enfin l'un vers l'autre ; 8,069.

Et réciproquement se frappèrent avec leurs poings, qui avaient le bruit de la foudre. Pleins de colère, ils prenaient tout ce qui se trouvait sous la main, les roues de char, les attaches au joug, les galeries des voitures, les bancs, les armes de rechange, et s'en portaient des coups mutuels. Ruisselant de sang, s'étreignant l'un l'autre, ils s' entretiraient comme deux gigantesques éléphants. A ce spectacle, Hrishîkéça, qui se plaisait dans le bien des Pândouides, 8,070—8,071-8,072.

Excita l'Hidimbide à défendre Bhîmaséna, 8,073.

Dès qu'il vit Bhîma, que le Rakshasa était près de dévorer dans le combat, le Vasoudévide adressa ces paroles à Ghatotkatcha : 8,07/i.

« Vois, guerrier aux longs bras, Bhîma, que ce Démon va dévorer dans la bataille aux yeux de tous les combatbattants et sous tes regards, héros à la grande splendeur ! 8,075.

» Laisse Karna! et couche mort sur la terre Alàyoudha, héros aux longs bras, avant que ce roi des Rakshasas n'ait immolé Karna! » 8,876.

A ces mots du Vrishnide, le vigoureux Ghatotkatcha. le cousin (1) de Vaka, abandonnant Karna, combattit avec l'Indra des Rakshasas. 8,077.

Horrible et tumultueux était le combat de ces deux héros, l'Hidimbide et le Rakshasa Alàyoudha au milieu de lannit. 8,078.

L'héroïque Youyoudhâna irrité, ses arm?s à la main. Nakoula et Sahadéva blessèrent de leurs flèches acérées les Rakshasas d' Alàyoudha, vaillants guerriers, à l'aspect épouvantable, accourant avec rapidité, l'arc au poing.

Disséminant ses traits de tous les côtés, sire, Bîbhatsou à la tiare abattit à la ronde sur le champ de bataille tous ces éminents kshatryas; 8,079—8,080—8,081.

Et Karna dispersa en fuite Dhrishtadyoumna, Çikhandî et les autres princes et grands héros des Pàntchàlains.

A peine Bhîma au courage épouvantable les eut-il vus taillés en pièces, il s'approcha à la hâte de l'Adhirathide. qu'il couvrit de ses flèches dans le combat.

Alors, victorieux des Rakshasas, Nakoula, Sahadéva et le grand héros Sâtyaki s'avancèrent vers le lieu où était le fils da cocher. 8,082— 8,083— 8,084.

Les Pàntchàlains combattirent Karna et Drona luimême. Alàyoudha irrité frappa à la tête avec une massue gigantesque Ghatotkatcha, le dompteur des ennemis. Par ce coup, le vigoureux Bhîmasénide à la grande énergie fut étourdi, et son âme resta un instant frappée de stupeur. Ensuite, il lui expédia une massue

■1) Littéralement: le frère.

DRONA-PARVA. 279

ornementée d'or, embellie par cent clochettes et semblable au feu allumé. Lancée rapidement par le Démon aux actes épouvantables, elle réduisit en menus fragments son char sonore, son cocher et ses chevaux. S' appuyant sur la magie rakshasane , il s'élança lestement à bas de son char, qui avait son timon et son drapeau fracassés, ses moyeux, ses roues et ses chevaux brisés. Recourant à ses prestiges, il lit pleuvoir un torrent de sang. (De lu Hance 8,085 à la stance 8,091.)

Le ciel, rempli de nuages ténébreux, était illuminé d'éclairs, et le fracas du tonnerre accompagnait la chute répétée de la foudre. 8,091.

Un vaste cliquetis d'armes régnait alors dans ce combat. Quand le Rakshasa vit ses prestiges détruits par son rival,

L'Hidimbide s'élança dans les airs et paralysa la magie par une autre magie. Aussitôt qu'il vit ses illusions rendues vaines par les illusions de son antagoniste,

Il fit crever l'orage d'une confuse pluie de pierres sur Ghatotkatcha. Mais le vigoureux dispersa dans toutes les plages du ciel par ses grêles de flèches cette effroyable averse de rochers : ce fut comme un prodige. Ensuite, ils déversèrent l'un sur l'autre les pluies de divers traits : 8,092— 8,093— 8,09/»—8,095.

Des pilons en fer, des lances, des massues, des moushalas, des maillets d'armes, des tridents, des glaives, des leviers en fer, des traits barbelés et des kampanas, 8,096.

Des nâràtchas, des bhallas aigus, des flèches, des disques de guerre et des haches, des boulets de fer, des bhindipâlas, des tètes-de-taureau et des hibous (1) mêmes.

(i) Noms de différents traits.

De fortes branches, qu'ils arrachaient, et des arbres variés, qu'ils déracinaient, tels que des acacias, des pilous, des karils et des champakas, 8,097 — 8,098.

Des ingoudis, des jujubiers, des ébéniers en fleurs, des butéas feuillus, des mimosas fétides, deshibisques populnéïdes, des nyagrodhas et des figuiers religieux. 8,099.

11 se frappaient l'un l'autre en ce combat avec de grandes cîmes de montagnes diverses, couvertes de nombreux métaux. 8,100.

Ils produisaient un vaste bruit, comme deux tonnerres, qui frappent. Ce combat singulier du Bhîmide et d'Alâyoudha, sire, fut épouvantable et tel que fut jadis le duel des rois simiens, Bâli et Sougrîva. Tous deux armés de cimeterres, ils se frappaient l'un l'autre en cette bataille, tenant à la main différentes armes et des flèches acérées. Ces deux athlètes à la vigueur immense coururent se prendre mutuellement aux cheveux.

Le corps brisé, ils versaient la sueur à flots; et le sang coulait de leurs vastes membres , comme la pluie dégoutte de deux nuages. 8,10/i.

Soudain l'Hidimbide s'élance avec rapidité, fait tourner le nocti vague sur lui-même, l'abat sous le poids de sa force et lui tranche sa grande tête. 8,105.

Quand il eut enlevé au corps ce chef, orné de brillantes pendeloques, le Bhîmasénide aux vastes forces jeta un cri de victoire avec toute l'ampleur de sa voix. 8,106.

Dès qu'ils virent mort ce géant, dompteur des ennemis, ce parent de Vaka, les Pântchâlains et les Pândouides poussèrent à Cenvi leurs cris de guerre. 8,107.

Les enfants de Pândou firent parler des milliers de tam-

DRONA-PARVA. 281

bours et des myriades de conques pour célébrer la chute de ce Rakshasa. 8,108.

Cette nuit, qui leur apportait la victoire, brillait du plus vif éclat, illuminée de tous les côtés par des guirlandes de lanternes. 8,109.

Le Bhîmasénide à la grande force de jeter la tête d'Alâyoudha mort sous les yeux de Douryodhana. 8,110.

Celui-ci à la vue de ce héros, privé de la vie, fut, avec son armée, Bharatide, en proie à la plus vive terreur.

Car, venu au camp de lui-même, poussé par le souvenir de son ancienne inimitié, il avait promis qu'il tuerait Bhîmaséna dans la bataille. 8,111 — 8,112.

Et le monarque regardait Viikaudara comme déjà tombé sous ses coups certains, et ses frères à lui comme assurés d'une longue vie. 8,113.

Mais à présent qu'il voyait ce héros immolé par le fils de Bhîmaséna, il lui semblait au contraire que c'était Bhîmaséna lui-même, qui avait déjà rempli sa promesse.

Après qu'il eut tué Alâyoudha, Ghatotkatcha, l'âme joyeuse et placé à la tête de l'armée, salua son triomphe par différents cris. 8,11 h — 8,115.

A l'audition de cette clameur tumultueuse, qui ébranlait les éléphants, une terreur bien épouvantable, grand roi, se glissa parmi les tiens. 8,116.

Lorsqu'il avait vu Alâyoudha s'attacher au vigoureux Bhîmasénide, Karna aux longs bras s'était élancé contre les Pântchâlains. 8,117.

Il déchira Dhrishtadyoumna et Çikhandi chacun avec dix flèches, qu'il envoya longues, solides, fortes, aux nœuds inclinés. 8,118.

Ensuite, de ses nârâtchas supérieurs, il ébranla You-

dhâmanyou avec Guttamâaudjas,et, de ses traits, Sâtyaki, le grand héros. 8,119.

De tous ces guerriers, qui décochaient leurs dards à droite et à gauche, souverain des hommes, on voyait les arcs toujours mis en cercle. 8,120.

Le bruit éclos à la surface des cordes et le fracas de la roue des chars étaient aussi tumultueux clans cette nuit que le tonnerre des nuages à la fin de l'été. 8,121.

La nuée du combat, sire, grosse d'une multitude de flèches, en versait la funeste pluie ; la cîme des drapeaux marquait sa masse, l'arc était sa foudre ; elle tonnait avec le son des roues et le grincement des cordes. 8,122.

Cette merveilleuse pluie était versée dans le combat, Indra des hommes, par le fils du Soleil, qui écrasait les troupes des ennemis, qui était inébranlable comme une montagne et de qui la taille égalait une montagne. 8,123.

Le magnanime fils du Soleil, qui se plaît dans le bien de ton fils, enlevait dans ce combat les ennemis par ses flèches aiguës à i'empennure ornée de peinture et d'or, par ses leviers de fer, qui tombaient comme la foudre.

Les uns avaient leurs drapeaux rompus, mis en pièces ; ceux-là avaient leurs corps déchirés et brisés par les flèches violentes; ceux-là furent bientôt réduits sans char, sans chevaux par l'Adhirathide. 8,12A — 8,125.

L'armée d'Youclhishthira était maintenant plongée entre ceux, à qui la fortune ne souriait pas dans la guerre. Quand il la vit enfoncée, mise en déroute, Ghatotkatcha entra dans une bouillante colère. 8,126.

Monté clans son grand char, varié de pierreries et d'or, il

jeta son cri de guerre; et, s'étant approché de Rama, le fils

du Soleil, il le perça de flèches, semblables au tonnerre.

DRONA-PARVA. 283

Les deux guerriers inondèrent les deux de karnis, de nârâtchas, de çilimoukhas, de nâlîkas, de bâtons, de foudres, de vatsadantas, d'oreilles-de-sanglier, de pointesde-déiense et de dards en fer à cheval (1).

Couverte de ces traits, empennés d'or, allant droit au but, enflammés de splendeur, l'atmosphère brillait dans ce combat, comme de bouquets de fleurs variées. 8,129.

Tous deux, ils resplendissaient également d'un éclat incomparable, et se frappaient des plus sublimes astras ; personne ne vit en ce combat une supériorité de l'un sur l'autre dans ces guerriers éminents par le courage.

Le duel, plein de trouble, effrayant par la chute des traits, entre ces deux, le fils de Bhîma et celui du Soleil, était varié à l'infini, d'une forme sans comparaison avec une autre et tel que, dans les cieux, la lutte enflammée de Râhou et du Soleil. 8,130—8,131.

Voyant qu'il n'avait pas vaincu Karna, Ghatotkatcha, le plus habile des hommes, versés dans les astras, sire, manifesta alors un astra violent. 8,132.

A peine eut-il tué d'abord, grâce à son astra, les chevaux et le cocher de ce guerrier, le Démon Hidimbide s'évanouit aussitôt dans l'invisibilité. 8,133.

« Quand ce Rakshasa. qui combattait avec des prestiges, eut disparu, interrompit Dhritaràshtra, conte-moi, Sandjaya, ce qui fut exécuté par les miens. » 8,13/i.

Dès qu'ils virent le Rakshasa disparu , lui répondit Sandjaya , tous les Kourouides de s'écrier : « Comment ce Démon nocticague, qui combat avec la fraude.

(1) Noms de flèches. A la demande d'une spécialité, le dictionnaire ne répond que wrow.

ne tuerait-il pas Rarna, s'il le voyait dans le combat. »

Celui-ci aux astras divers et légers couvrit toutes les plages de la multitude de ses traits, et l'on ne distingua plus aucun être dans l'atmosphère, que les flèches avaient remplie de ténèbres. 8,135—8,136.

Soit qu'il prît ses dards, soit qu'il les encochât, ou qu'il touchât ses deux carquois avec le bout de ses doigts, on ne voyait pas le fils du cocher, si grande était sa légèreté ! faire l'une ou l'autre dé ces actions, tandis qu'il couvrait toute l'atmosphère de ses flèches. 8,137.

Ensuite, nous vîmes le Rakshasa (1) manifester dans le ciel une magie terrible, effrayante, épouvantable (2), pareille à un nuage de sang et telle que la flamme violente d'un feu embrasé au plus haut point. 8,138.

Des éclairs et des météores flamboyants apparurent, Indra des Kourouides ; puis, éclatèrent leurs bruits, glaçant d'épouvante, au milieu des tambours, qui résonnaient par milliers. 8,139.

Des airs, il tombait des flèches empennées d'or, des lances de fer, des traits barbelés, des moushalaset d'autres armes, des haches frottées d'huile de sésame, des cimeterres au tranchant enflammé, des pattiças et des leviers de fer. 8,140.

De tous les côtés apparaissaient des pilons étincelants, garnis de fer, des massues diverses, des tridents aux pointes aiguisées, de lourdes* massues et des çataghnis, revêtus d'étoffes tissues en or. 8,141.

Il tombait çà et là par milliers de vastes rochers et des tonnerres, accompagnés de foudres; il apparut aux yeux,

(1-2) Ddrounâm.... Rahshaséna, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 285

en plusieurs centaines, des disques de guerre et des rasoirs, qui avaient l'éclat du feu. 8,142.

Karna ne put détruire avec la multitude de ses flèches cette grande pluie, qui tombait embrasée, de lances de fer, de lacets, d'épées, de haches, de traits barbelés, de sabres, de foudres et de maillets d'armes. 8,1 Zi3.

Il régnait un bruit immense de chevaux tombant sous l'atteinte des flèches, de grands éléphants abattus par les foudres, de fameux héros mordant la poussière, immolés par les différents projectiles. S,lhh.

Frappée avec la chute des traits ennemis de formes variées, envoyés par Ghatotkatcha, l'armée de Douryodhana était en souffrance de tous les côtés : on la vit dispersée comme les nuages, 8,l/i5.

Éplorée, bouleversée, périssant et les formes abattues. On ne voyait pas alors, par un noble mouvement de la nature, les plus vaillants des hommes montrer le front à l'ennemi. 8,146.

Lorsqu'ils virent tomber cette pluie rakshasique, épouvantable, plus effrayante quun orage, composée d'immenses projectiles, et couchés morts la plus grande partie de leurs gens , un vaste effroi se glissa dans tes fils.

Les chacals, d'une langue enflammée par le feu, jetaient par centaines leurs glapissements épouvantables. Entendant rugir les troupes des Rakshasas, les guerriers de l' Indra des hommes étaient agités par la terreur.

La bouche et la langue flamboyantes, les dents en saillie, le corps démesuré comme des montagnes, ceux-là, effroyables, voyageant par les airs, des flèches suspendues à la main, déchargeaient comme des nuages, leur violente averse. 8,147— 8,148— 8,149,

Et les ennemis tombaient, mis en pièces par les flèches, les lances de fer, les piques, les massues terribles, les haches étincelantes, les tonnerres, les tridents, le coup des foudres, les disques de guerre et le çataghnî. 8,150.

Ils répandaient sur l'armée de ton fils les balles, les pierres, les bhouçoûndis (1), les épieux, les enclumes de fer, revêtues d'étoffes ; et un terrible abattement d'esprit saisit alors tes guerriers. 8,151.

Les héros gisaient, les membres rompus, les têtes fracassées, les dards éparpillés en morceaux, leschevaux déchirés, les éléphants brisés, les chars mis en pièces sous la chute des pierres. 8,152.

Ainsi les Yâtoudhânas répandaient sur la terre une immense pluie de traits ; et les magies, créées par Ghatotkatcha, n'épargnaient ni l'homme craintif, ni C humble suppliant. 8,153.

Dans cette horrible destruction des héros Kourouides et dans cette extermination des kshatryas, que fit naître la mortj tous les Kourouides rompus fuyaient d'un pied rapide et poussaient alors ces cris : 8,15Zi.

« Fuyez, fils de Rourou! Ce n'est pas ce que vous pen sez : ce sont les Dieux mêmes, Indra à leur tête, qui nous immolent dans l'intérêt desPândouides! » Aucune lampe ne brillait aux yeux de ces Bharatides, plongés dans l'obscurité. 8,155.

Tandis que ces gémissements confus s'agitaient, et que l'armée rompue des Kourouides périssait, on ne pouvait distinguer, ni les enfants de Kourou, ni leurs adversaires, dans la partie même éclairée des armées. 8,156.

1) Bhouçoundi, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 287

Dans cette retraite sans borne, aux formes épouvantables, cherchant, vides d'appui, un support dans toutes les plages du ciel, ils n'y voyaient que Karna seul, entré à grands pas, au milieu de cette pluie de flèches. 8,157.

Plein de pudeur, accomplissant une prouesse difficile et noble, Karna ne perdit pas la tête dans la guerre, et, combattant la divine magie du Rakshasa, il couvrit l'atmosphère de ses flèches. 8,158.

Alors les Sindhiens et les Vâhlîkas, voyant la victoire du Rakshasa, mais applaudissant à la tranquillité d'esprit du fils de cocher, tournèrent de son côté leurs yeux épouvantés. 8,15 9.

Lancé par lui, le çataghnî, accompagné du tchakra, abattit du même coup les quatre chevaux à la fois de Ghatotkatcha sans langue, ni yeux, ni dents ; ceux-ci de leurs genoux s'affaissèrent sur la terre. 8,160.

Jeté dans l'embarras, il s'élança hors de son char, qui n'avait plus de chevaux, au milieu des Rourouides en déroute ; et, quand il vit son astra céleste neutralisé par la magie, l'Adhirathide ne se laissa pas encore égarer par la pensée que le moment d'employer sa lance était arrivé,

A l'aspect de cette épouvantable magie, tous les Rourouides : « Tue le Rakshasa, avec ta lance, Karna, lui dirent-ils ; car il entraîne rapidement aujourd'hui à leur perte ces Rourouides, enfants de Dhritarâshtra.

« Que peuvent nous faire le Prithide et Bhîmaséna? Tue dans cette nuit le scélérat, qui nous consume ! Le guerrier, qui nous sauvera de ce combat aux formes épouvantables, pourra combattre les Prithides en bataille !

» Tue donc avec la lance, que t'a donnée Indra, ce

Rakshasa à l'air terrible 1 Que les Kourouides avec leurs guerriers ne meurent pas tous, Karna, dans ce combat de nuit! » 8,163— 8,164.

Lorsqu'il vit la terreur régner (1) dans la nuit au milieu de l'armée, et qu'il entendit, sire, ces grands cris des Kourouides, Karna, blessé par le Rakshasa (2), conçut aussitôt la pensée d'envoyer sa lance. 8,165.

Irrité, comme un lion, et rempli de fureur, ne pouvant supporter dans ce combat les représailles du Bhîmasénide, et voulant accomplir sa mort, il saisit la lance triomphante, invincible, et la meilleure des armes ; 8,166.

Excellente pique, tenue en réserve des multitudes d'années, faite convenablement pour la mort de Phâlgouna (3) dans la bataille, et que Çakra lui-même avait donnée au fils du cocher, en échange (û) de ses pendeloques. 8,167.

Le fils du Soleil envova cette lance au Rakshasa, de même qu'un serpent de feu épouvantable, ou comme (5) la langue de la Mort (6) , accompagnée de son fatal lacet, ou telle que la sœur du trépas, ou semblable à une torche enflammée. 8,168.

A peine eut-il vu cette arme flamboyante, sublime, destructive des corps de l'ennemi, placée dans la main de l'Adhirathide, le Rakshasa, tremblant de terreur, s'enfuit, sire, et se donna lui-même une taille égale (7) à la hauteur du Vindhya. 8,169.

Dès qu'ils virent cette lance, tenue au poing de Karna,

(1-2) Sa badyamanau Rakshasa.... trâsyamânan balan, texte de Bombay.

(3-4) Phâlgounasya.... nimûya, même texte.

(5-6) [va djihvân.... djvalitâm ivaulkânij môme édition.

(7) Toutyapramânan, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 28»

tou3 les Bhoûtas de pousser des cris au milieu des airs ; les vents tumultueux de souffler comme des ouragans, et la foudre de tomber sur la terre. 8,170.

Aussitôt qu'elle eut réduit en cendres sa magie flamboyante et percé d'outre en outre le cœur du Rakshasa, elle s'éleva, embrasée, dans la nuit, au sein des cieux, et prit place au milieu des étoiles. 8,171.

Après qu'il eut combattu avec différentes multitudes de traits admirables, héroïques, humains, rakshasiques et divins, le Démon jeta mainte et mainte clameurs effroyables et fut, par l'arme de Çakra, forcé d'abandonner sa chère existence. 8,172.

Par la mort de l'ennemi, C Adfriratfri.de accomplit cette œuvre et une autre admirable, ayant les formes d'un prodige. Dans ce temps, C Hidimbide, majesté, ses membres rompus par la lance merveilleuse, brillait comme le nuage d'une montagne. 8,173.

Quand le guerrier aux faits épouvantables eut exécuté de cette manière l'action terrible, effrayante, le Bhîmasénide tomba, et son corps écrasa dans sa chute, sire, une partie de ton armée. 8,1 7/i.

Le Rakshasa, tout privé de vie qu'il était, fit encore une chose agréable aux Pândouides, en écrasant tout à coup ton armée complète avec la chute de son grand corps, qui s'étendit par-delà toute mesure. 8,175.

Ensuite, on entendit les conques, les tymbales, les tambourins mêler leurs symphonies aux acclamations de guerre ; et les Kourouides, voyant la magie détruite et le Rakshasa couché mort, éclatèrent en cris joyeux. 8,17(5.

Honoré par les enfants de Kourou, comme Çakra l'avait été par les .vents après la mort de Vritra, l'Adhirathide îx 19

monta dans le char de ton fils, et rentra, admiré, au milieu de son armée. 8,177.

A l'aspect de l'Hidimbide tombé sans vie, comme une montagne écroulée, le chagrin remplit de ses larmes les yeux de tous les enfants de Pândou. 8,178.

Inondé d'une grande joie, le Vasoudévide poussa un rugissement de guerre, dont les Pândouides furent, pour ainsi dire, agités. 8,179.

Cette clameur jetée, il embrassa Phâlgouna et modéra ensuite les transports de sa joie. 8,180.

Il dansait, environné de l'allégresse, comme un arbre secoué par les vents ; il embrassa de nouveau le Prithide et se battit les bras plus d'une fois. 8,181.

Remonté sur le banc du char, le sage Atchyouta poussa de nouveaux cris ; et Dhanandjaya, voyant cette joie, qui transportait Kéçava, 8,182.

Lui dit ces mots d'une âm > peu joyeuse : « Cet excès de joie, meurtrier de Madhou, n'est point ici maintenant à sa place. 8,183.

» La mort de l'Hidimbide fait naître un autre moment, qui est celui du chagrin. Nos armées ont tourné le dos, quand elles ont vu Ghatotkatcha étendu sans vie. 8,1 8k.

» La mort, donnée à l'Hidimbide, nous a profondément émus ; la cause de notre douleur, Djanârddana, n'est donc pas légère. 8,185.

» Veuille répondre la vérité à ma question, ô le plus excellent des hommes véridiques ; daigne me dire, vainqueur des ennemis, ce qui ne te fut pas confié comme un secret. 8,186.

» Dis-moi en cet insiant, meurtrier de Madhou, àquelle cause attribuer ce changement de ta constance. Cette lé-

DRONA-PAKVA.. 291

gèreté de ta part peut surprendre, à mon avis, autant qu'on le serait de voir l'océan se tarir, ou le mont Mérou marcher sur la terre. :> 8,187 — 8,188.

u Ecoute, Dhanandjaya, répondit le Vasoudévide, cet excès de joie, qui m'arrive et fait sortir puissamment de ses bornes la placidité di mon âme. 8,189.

» Sache, héros à la grande splendeur, que Ghatotkatcha, de cette lance même, qu'il a renvoyée, vient d'immoler Karna sur le champ de bataille. 8,190.

» Il n'était pas dans ce monde un seul homme, pas même Kârttikéya, qui pût tenir ferme dans un combat en présence de Karna, quand cette lance armait sa main.

» Mais, par bonheur, il a déposé sa cuirasse naturelle ! Par bonheur, on lui a ravi ses pendeloques ! Par bonheur, il a déchargé sur Ghatotkatcha cette lance, dont le coup ne devait pas être vain (1). 8,191—8,192.

» S'il portait encore sa cuirasse, s'il portait ses bouclesd'oreilles, le vigoureux Karna seul de sa personne vaincrait les trois mondes avec les Immortels eux-mêmes !

» Soit Indra, soitKouvéraouleDieu deseaux, Varouna, soit Yama, aucun d'eux n'oserait attaquer Karna dans un combat! 8,193—8,194.

» Ton altesse, élevant l'arc Gândîva, et moi le disque de guerre Soudarçana, nous sommes capables de triompher dans un combat de cet éminent guerrier, qui n'est plus, accompagné de es q utilités. 8,195.

» C'est dans ton intérêt qu'une fraude de Çakra lui a ravi ses pendeloques ; c'est pour toi qu'il a dépouillé de sa cuirasse ce conquérant des cités ennemies. 8,190.

(1) Amo ghdsy a, texte de Bombay.

» Parce qu'il a coupé sur lui-même sa cuirasse et ses girandoles étincelantes pour les donner à Çakra, Karna fut appelé à cause de cette action Yaîkartana ou le Découpeur. 8,197.

» Karna me semble comme un serpent irrité, qui ne peut fermer sa gueule par la vertu d'une prière magique, ou pareil à un feu, qui a perdu sa flamme. 8,198.

» Depuis le temps que le magnanime Indra lui avait donné, en échange (1) de ses pendeloques et de sa divine cuirasse, cette lance de fer, qu'il a déchaînée aujourd'hui contre Ghatotkatcha, l'Adhirathide t'avait toujours regardé comme déjà couché mort dans le combat.

» Les choses étant ainsi, il est possible de le jeter dans la tombe, mais non par un autre quelconque, si ce n'est par toi, irréprochable héros : je te le jure sur la vérité.

» 11 est pieux, véridique, pénitent, inébranlable en ses vœux, plein de compassion pour ses ennemis eux-mêmes : c'est pour cela qu'il fut surnommé Vrisha (2) ou la vertu.

» Ivre de batailles, guerrier aux longs bras, l'arc toujours levé, rugissant, comme un lion dans une forêt contre des éléphants en rut, chefs d'un troupeau,

» Il ravit l'audace aux plus éminents des héros, sur le front de la bataille, tel que le soleil, sur qui l'on ne peut fixer les yeux, une fois parvenu au milieu de sa carrière.

» De même que l'auteur du jour en automne, il a pour millier de rayons ses multitudes de flèches, répandues sur

(1) Nimâya, texte de Bombay.

(2) Vrisha, le taureau, ou la venu symbolisée dans les formes de ce ruminant.

DRONA-PAIWA. 293

les tiens, tigre des hommes, sur les principaux et magnanimes combattants. 8,20/i — 8,205.

» Pareil au nuage a la fin de l'été, il verse mainte et mainte fois ses torrents de flèches; nuage d'astras célestes, Rama ressemble a la nuée enceinte de pluies.

» Il est impossible de le vaincre aux Tridaças mêmes, décochant de tous côtés une averse de traits, faisant couler le sang et la chair. 8,206 — 8,207.

» Privé de sa cuirasse et de ses pendeloques, fils de Pândou, dépouillé par le don, qu'il en fit à Çakra, il est réduit maintenant à la pure condition d'un homme.

» 11 y aurait un moyen de parvenir à sa mort : commence par l'observer de toute ton âme, et, bien attentif à surprendre son défaut, tue-le, lorsqu'il n'est pas sur ses gardes et qu'il est engagé dans une crise, la roue de son char embourbée. 8,208—8,209.

» Mais, quand il tient levé son arc dans un combat, Indra lui-même, sa foudre à la main, ce héros unique dans le monde, ne pourrait tuer cet invincible! Djarâsandha, le magnanime roi de Tchédi, et le souverain du Nishâda, Ékalavya aux longs bras, 8,210.

» C'est pour ton bien, que par tel ou tel moyen, l'un après l'autre, j'ai immolé tous ces monarques. C'est aussi pour toi que furent tués les Indras des Rakshasas, Hidimba, Kirmîra et Vaka, le premier, 8,211.

» Alàyoudha, qui écrasait l'armée des ennemis, et l'impétueux (1) Ghatotkatcha aux terribles exploits. »

« Comment et par quels moyens, Djanârddana, furentils immolés pour mon bien, lui demanda Phàlgouna, ces

(1) Turasvi, texte de Bombay.

monarques de la terre, Djarâsandha et les autres ? »

« Si je n'avais pas tué d'abord, répondit le Vasoudévide, Djarâsandha, le roi de Tchédi et le Nishâdhain à la grande force, ils inspireraient maintenant une immense terreur. 8,212—8,213—8,215.

« Douryodhana certainement choisirait ces éminents héros pour ses alliés; et ces guerriers, qui furent toujours nos ennemis, embrasseraient le parti des Kourouides.

» Tous ces braves aux grands arcs, versés dans les armes, combattants solides, défendraient le Dhritarâshtride à l'égal des Immortels. 8,215—8,216.

» Le fils du cocher, Djarâsandha, le roi de Tchédi et le fils du Nishâdain, associés à Douryodhana, triompheraient de cette terre. 8,217.

» Écoute de ma bouche les moyens, quels qu'ils furent, Dhanandjaya, sous lesquels ont succombé ces héros invincibles aux Dieux mêmes, s'ils étaient privés de ton alliance.

» Chacun d'eux individuellement affronterait un combat, fils de Prithâ, avec l'armée entière des Dieux, défendue par les gardiens du monde. 8,218 — 8,219.

» Bouillant de colère, l'audacieux Djarâsandha, le Ro hinide, envoya pour nous donner la mort une massue, exterminatrice de tous les êtres, qui avait l'éclat du feu et dessinait comme une raie de chair sur le front du ciel. Elle parut aux yeux dans son vol, telle que la foudre d'Indra.

» Dès que le fils de Rohini vit cette massue accourir, il décocha, pour l'arrêter, un astra, nommé Sthoûnâkarna.

» Frappée par la rapidité de cet astra, la massue tomba surtla divine terre, lui fendit le sein et fit trembler, pour ainsi dire, les montagnes. 8,220 — 8,221 — 8,222 — 8,223.

DRONA-PARVA. 295

» Une Rakshasi épouvantable, d'une grande puissance, appelée Djarâ, avait réuni ensemble, au temps de sa naissance, les deux parties du terrible Djarâsandha. 8,224.

v Née de deux mères, chacune à part avait produit la moitié de son corps; ces deux moitiés furent liées dans un seul et même tout par C ange impure, et de là vint son nom de Djarâsandha. 8,225.

» Descendue sur la terre, la Rakshasi fut tuée,Prithide, avec ses parents, avec son fils, par la massue et par cet astra Sthoûnâkarna. 8,226.

» L'union artificielle, ouvrage de Djarâ (1), fut détruite par la massue dans ce grand combat ; et le roi fut tué par Bhîmaséna sous tes yeux, Dhanandjaya. 8,227.

» Si l'auguste Djarâsandha vivait encore, sa massue à la main, les Dieux mêmes avec Indra seraient incapables de l'immoler dans une bataille. 8,228.

» C'est pour toi que Drona, feignant de lui donner ses leçons, priva du pouce le fils du roi des Nishâdains au courage de vérité. 8,229.

» Le Nishadide à la valeur inébranlable, ayant attaché la manique autour de ses doigts, parcourut les forêts, où il brillait, plein de fierté, comme un second Râma.

» Les Ouragas, les Rakshasas, les Dânavas et les Dieux étaient incapables, Piithide, de vaincre jamais dans un combat Ékalavya, jouissant du pouce ; 8,230 — 8,234.

» Mais à présent qu'il est réduit à la force d'un homme, il est possible de fixer les yeux sur lui. Ce guerrier au poing ferme, adroit, et qui pouvait sans cesse décocher ses traits le jour et la nuit, 8,232.

(i) Explication du commentaire.

» Je l'ai tué dans ton intérêt au front du combat ! Le vaillant roi de ïchédi fut immolé sous tes regards,

» Lui, que n'auraient pu tuer dans une bataille tous les Asouras et les Dieux mêmes ! C'est pour lui donner la mort et à tous les autres ennemis des Dieux, que j'ai recula naissance; et je suis devenu ton compagnon par l'amour du bien des mondes. Bhîmaséna fit mordre aussi la poussière à Hidimba, à Vaka, à Rirmîra,

» Qui avaient des existences égales à la vie de Mvana, et qui étaient les destructeurs des sacrifices et des brahmes. L'enchanteur Alâyoudha périt encore sous les coups de l'Hidimbide ! 8,233— 8, 23A — 8,235— 8,236.

» Celui-ci même a succombé sous un moyen merveilleux, par la lance de Karna. Certes, si l' Adhirathide ne l'eût immolé de sa lance dans une grande bataille,

» Je l'aurais tué moi-même, ce Ghalotkatcha, le fils de Bhîmaséna ! S'il n'est pas d'abord tombé sous mon bras, ce fut par le désir d'arriver à une chose, qui vous fût agréable.

» Car c'était un Rakshasa à l'âme criminelle, qui exécrait les brahmes, qui haïssait les sacrifices, qui détruisait les cérémonies religieuses : à cause de cela, il méritai la mort! 8,237—8,238—8,239.

» Un moyen, fourni par moi, irréprochable guerrier a trompé la lance, donnée par Indra. Certes ! aux violateurs du devoir, je dois la mort, fils de Pândou. 8,240.

» J'ai fait cette promesse pour l'établissement de la vertu. Partout où l'on voit la piété, la vérité, la répression des sens, la pureté, le devoir, la pudeur, le succès, la fermeté et la patience, je suis toujours là. 11 te faut apporter de l'attention à l'égard de Karna, le fils du Soleil.

» Je t'enseignerai l'expédient, par lequel tu pourras le

DRONA-PARVA. 297

vaincre, et Vrikaudara tuer Souyodhana dans le combat.

» Je te dirai, Pândouide, le moyen d'arriver à sa mon. Mais voici un bruit tumultueux, qui s'élève du côté de l'armée des ennemis. 8,241— 8,242— 8,243— 8,244.

» Tes guerriers s'enfuient par les dix points de l'espace. Les Kourouides ont atteint leur but et dispersent ton armée. 8,245.

» Le meilleur des combattants, Drdna nous consume dans le combat. » 8,246.

« Puisque (1 ) le fils du cocher n'avait pas besoin de cette lance pour tuer un chef des guerriers, s'enquit Dhritarâshira, pourquoi n'abandonna-t-il pas tous les autres et n' envoya -t -il pas sa pique au fils de Prithâ?

» Tous les Pândouides et les Srindjayas auraient succombé avec lui sous les coups de cette lance. Pourquoi ne pensa-t-il point dans le combat que de la mort cle Phâlgouna dépendait la victoire? 8,247 — 8,248.

« Provoqué, je ne m'abstiendrai pas ! » C'est le vœu, qu'il a prononcé. Il fallait donc que Phâlgouna lui-même reçut le défi du fils du cocher. 8,249.

» Pourquoi, l'ayant fait venir dans un duel en char, Vrisha n'a-t-il pas tué Phâlgouna avec la lance, que Çakra lui avait donnée? Conte-moi cela, Sandjaya.

» Abandonné certainement de son intelligence et dépourvu de compagnon, comment mon fils criminel et brisé déjà par ses adversaires, pourrait-il vaincre les ennemis? 8,250—8,251.

» De cette lance sublime, à laquelle était attachée sa victoire, le Vasoudévide a fait dévier le coup sur Ghatotkatcha. 8,252.

(1) Yadâ, texte de Bombay.

» Telle que le fruit du kouni (1), tombé sous la main, est enlevé par un plus fort, de même cette lance infaillible fut rendue vaine en Ghatotkatcha. 8,253.

') Le Vasoudévide recueille, à mon avis, homme intelligent, dans la mort de Karna et de l'Hidimbide, le même gain, que le valet d'un chenil ferait à la mort d'un sanglier et d'un chien, qui se livrent un combat l'un à l'autre.

» En effet, si Ghatotkatcha avait tué Karna, il en fût résulté pour les Pàndouides un avantage supérieur dans le combat ; mais parce que c'est le fils du Soleil, qui fit tomber sous ses coups le Rakshasa, la lance disparaît, ayant accompli son affaire. » 8,25/1—8,255.

Connaissant le dessein de Karna, répondit Sandjaya, le meurtrier de Madhou, Djanârddana aux longs bras engagea, sire, Je monarque des Rakshasas, Ghatotkatcha à la grande énergie dans ce duel en chars afin d'anéantir cette lance infaillible : ce fut la conséquence des mauvais conseils, donnés à ta majesté. 8,256 — 8,257.

Nous serions heureux, nous, propagateur delà race des Kourouides, que Krishna ne défendît pas le Prithide contre Karna, le grand héros (2). 8,258.

Sans Djanârddana, l'auguste maître des Yogas, ce Prithide serait tué dans le combat, avec ses chevaux, son drapeau et son char mis en pièces, par les armées du roi Dhritarâshtra. 8,259.

C'est grâce à la protection de Krishna que son altesse le fils de Prithâ, conservé par divers et nombreux moyens, remporte la victoire sur des ennemis, qui lui présentent le front. 8,260.

(1) Cedrela tunna.

(2) Pârthan Karnûnmahârathât, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 299

Krishna a sauvé les Pândouides de la lance infaillible, supérieure à toute chose : telle que la foudre casse un arbre, cette arme aurait bientôt couché mort le fils de Kountî. 8,261,

« Mon fils a le cœur jaloux, il est mauvais conseiller, il est orgueilleux de sa science : comment, s'enquit Dhritarâshtra, ceKarna à la haute intelligence, le plus vaillant de tous ceux, qui portent les armes, de qui le moyen, donné pour la mort de Djaya, fut éludé, n'a-t-il pas envoyé sa lance infaillible sur Dhanandjaya?

» Comment, fils de Gavalgani, as-tu négligé de m'instruire sur cette chose, toi, homme d'une vaste intelligence (1) ? » 8,263— 8, 264— 8,265.

Voilà quelles observations, répondit Sandjaya, furent sans cesse et tous les jours mises devant ses yeux par Douryodhana, Çakouni, Douççâsana et moi : 8,266.

« Abandonne tous les guerriers, Rarna ; immole Dhanandjaya; ensuite nous dévorerons, comme des serviteurs, les Pântchâlains et les Pândouides. 8,267.

» Mais le Prithicle mort, le rejeton de Vrishni pourrait le lemplacer dans le combat par un autre des fils de Pândou, que Krishna meure à cause de cela! 8,268.

» Krishna est la racine des Pândouides, le Prithide a cru comme le tronc; les autres enfants de Piïthâ sont les branches, les Pântchâlains sont nommés les feuilles.

» Les Pândouides ont Krishna pour asy le, Krishna pour force, Krishna pour défenseur ; Krishna est leur grand centre d'attraction, comme la lune est celui des étoiles.

(1) Mahâbouddhai, texte de Bombay.

» Ayant donc abandonné le tronc, les branches et les feuilles, sache, fils du cocher, que Krishna est en tout et partout la racine des Pândouides. 8,271.

» Si Karna tue le Dâçârhain, ce fils d'Yadou, la terre entière sera bientôt sous ta puissance : il n'y a, sire, aucun doute ! 8,272.

»> Si le magnanime fils de Pândou, qui descend d'Yadou, gît sans vie sur la terre, tout ce globe, Indra des hommmes , ne tombera-t-il pas sous ta puissance , avec ses mers , ses montagnes et ses forêts ?

» Que ton intelligence, établie sur ces bases, veille sur Hrishîkéça, l'Infini , le monarque des Tridaças, et ne s'abandonne point à la défaillance.

» Kéçava toujours conserve Arjouna, le fils de Kountî, et ne veut pas le placer dans le combat en face du fils de cocher. 8,275.

» L'impérissable Atchyouta a jeté devant lui d'autres grands héros : «•Comment rendrai-je vaine cette lance infaillible?» s'est-il dit, seigneur. 8,276.

» C'est ainsi que Krishna à la vaste étendue d'esprit sauve de Karna le Prithide : et comment le plus grand des hommes ne l' environnerait-il pas, sire, de sa protection ?

» En vain j'y pense, en vain je regarde le dompteur des ennemis, qui a pour arme un tchakra : je ne vois pas dans les trois mondes un guerrier, qui puisse vaincre Djanârddana. » 8,277 — 8,278.

Sâtyaki au courage infaillible, le tigre des hommes, adressa ensuite une demande à Krishna aux longs bras, sur l'héroïque Karna : 8,279.

« C'est la confiance en Karna, qui parle. Pourquoi le

DRONA-PARVA. 301

fils du cocher n'a-t-il pas jeté alors cette lance à la puissance infinie sur Phâlgouna? » 8,2S0.

« Douççâsana, Karna, Çakouni et leSindhien, répondit le Vasoudévide, délibéraient toujours sous la présidence de Douryodhana : 8,281.

« Karna, Karna au grand arc, guerrier au courage sans mesure, lui disaient-ils, c'est à toi, ô le plus vaillant des conquérants, et non point à un autre qu'il appartient d'envoyer cette lance. » 8,282.

» En effet, tel qu'Indra surpasse les Dieux, tel il excellait sur eux en renommée, excepté sur le très-héroïque Prithide, Dhanandjaya, le fils de Kountî. 8,283.

r, Lui, couché mort, tous les Pândouides et les Srindjayas auraient l'âme abattue, comme jadis les Dieux, quand le Feu les eut abandonnés. 8,284.

« Qu'il en soit ainsi ! » c'est la promesse, héros des Çinides, que fit alors Karna ; et, depuis ce moment, la mort du guerrier à l'arc Gândîva fut toujours fixée au fond de son cœur. 8,285.

» Mais, ô le plus vaillant des combattants, je fascinai Râdhéya, qui n'a point envoyé sa lance sur le Pândouide aux blancs coursiers. 8,280.

« Je la garde pour la mort de Phâlgouna (1), disait -il ; et ni le sommeil ni la joie ne peuvent assoupir dans mon cœur le désir de combattre. » 8,287.

» Aujourd'hui que j'ai vu cette lance épuiser, héros des Pândouides, sa vertu dans Ghatotkatcha, je regarde Dhanandjaya comme échappé à la gueule de la Mort. 8,288.

» Je ne dois pas mettre plus de soin à conserver, ou

(1) Sa mrityouriti, texte de Bombay.

302 LEMAHA-BHARATA.

mon père, ou ma mère, ou bien vous, mes hères, ou les souffles de ma vie, qu'à sauver Bîbhatsou clans un combat.

» Je n'ambitionnerais pas, Sâttwatide, l'empire même des trois mondes ou une autre chose, quelle qu'elle fût, d'une acquisition bien difficile, si Dhanandjaya, le fils de Prithâ, n'était là pour en jouir avec moi. 8,289 — 8,290.

» Je ressentis une bien vive joie, Youyoudhâna, quand je vis aujourd'hui Phâlgouna ressuscité, pour ainsi dire, d'entre les morts. 8,291.

» C'est moi, qui envoyai le Rakshasa au combat avec Karna; car nul autre n'était capable en cette nuit d'affronter Karna dans une bataille. » 8,292.

Tel était alors ce langage, que fit entendre à Sâtyaki le fils de Dévakî, qui embrassait les intérêts de Dhanandjaya et se faisait toujours un plaisir de ce qui était agréable à son frère. 8,293.

« Une grande puissance, observa Dhritarâshtra, fut ravie à Karna, à Douryodhana et ses frères, à Çakouni le Soubalide, et principalement à toi-même, mon fils.

» Puisque vous saviez (1) que cette lance ne pouvait immoler qu'une seule personne dans le combat, quoique les Dieux mêmes avec Indra ne pussent, ni l'arrêter, ni la supporter, 8,294—8,295.

» Pourquoi Karna n'avait-il pas commencé plus tôt à s'en servir dans la bataille, et n'avait-elle pas été envoyée, Sandjaya, au fils de Dévakî ou même à Phâlgouna? » 8,296.

Voici (2) le conseil, monarque des hommes, répondit Sandjaya, qui fut donné par nous tous, qui nous étions

(1) Djùnîsha, texte de Bombay.

(2) Mantrasayan, même texte.

DR0NA-1URVA. 303

abstenus cette nuit du combat, ô le plus vertueux de la race des Kourouides: 8,297.

« Karna ! Karna ! disions-nous continuellement, il te faut, demain, au retour de la lumière, envoyer cette lance à Kéçava ou bien sur Arjouna ! » 8/298.

Mais, à la naissance du jour, les Dieux étouffèrent cette pensée dans l'esprit de Karna et des autres combattants.

Oui ! ce fut, à mon avis, par la force du Destin, qui est supérieur à tout, que Karna n'immola point dans le combat avec cette lance, qu'il tenait à sa main, le fils de Prithàou Krishna, de qui Dévakî fut la mère.

Karna n'a pas déchargé, comme la nuit de la mort, cette lance, placée dans sa main, où elle frémissait d'ardeur, parce que le Destin avait frappé son esprit. 8,301.

11 n'a pas envoyé l'arme d'Indra pour la mort, ni à Krishna, le fils de Dévakî, parce qu'il était fasciné par la magie du Dieu, ni au fils de Prithâ, parce qu'il était semblable à Çakra. 8,302.

« Vos esprits étaient frappés, observa le roi Dhritarâshtra, par le Destin et par Krishna ; et la lance d'Indra poursuivit son vol, après qu'elle eut tué Ghatotkatcha, traité comme une poignée d'herbes. 8,303.

» Cette fausse conduite a déjà mené aux demeures du Vivasvatide Karna, et mon fils, et tous les autres princes.

» Raconte-moi encore de quelle manière ce combat des Kourouides et des Pântchâlains s'est déroulé, après la mort de l'Hidimbide ; 8,30/1—8,305.

» Quelles nombreuses armées fondirent, les armes à la main, sur Drona ; comment les Srindjayas avec les Pântchâlains soutinrent ce combat; 8,306.

30A LE MAHA-BHARATA.

» Comment ils résistèrent h Drona, qui s'avançait après la mort du Somadattide et du Sindhien, qui se plongeait dans l'armée et qui avait, dans sa colère, fait le sacrifice de sa vie; 8,307.

» Comment les Srindjayas et les Pàndouides vinrent-ils à la rencontre de ce Drona, qui décochait ses traits, semblable à un tigre prêt à dévorer, ou tel que la Mort, sa bouche ouverte ; 8,308.

» Qui furent ceux, qui défendirent l'Atchârya, sous les ordres de Douryodhana; quels exploits, mon fils, ont exécuté dans ce combat le Dronide, Rarna et Kripa. 8,309.

» Dis-moi, Sandjaya, comment les miens se présentèrent dans la bataille devant Dhanandjaya et Vrikaudara, qui désiraient faire mordre la poussière au Bharadwâdjide.

» Comment soutinrent-ils le combat dans cette nuit, irrités, bouillants de fureur par la mort du roi deSindhou et le trépas du noclivague Ghatotkatcha ? »

Après la mort du Rakshasa Ghatotkatcha, tombé dans cette nuit sous les coups de Rarna, répondit Sandjaya, au milieu des tiens, sire, pleins d'ardeur, qui désiraient combattre, poussaient des cris, 8,312.

Et se portaient sur l'ennemi avec rapidité, le roi Youdhishthira, plongé dans un abattement suprême de l'esprit, au sein de cette nuit, qui s'écoulait, et parmi son armée, taillée en pièces, 8,313.

Ce terrible fléau des ennemis dit à Bhîmaséna : « Arrête, héros aux longs bras, l'armée desDhritarâshtrides. 8,314.

» La mort, donnée à l'Hidimbide, m'a jeté dans un immense trouble de l'esprit. » Quand il eut prescrit cet ordre à Bhîma, il s'assit dans son char. 8,315.

DRONA-PARVA. 305

Le visage rempli de larmes, poussant maint et maint soupir, le monarque, à la vue du courage de Rama, fut jeté dans un affaissement d'esprit épouvantable. 8,31(5.

Dès qu'il l'eut vu dans un pareil trouble, Krishna lui tint ce langage : « Ne t'abandonne pas à cette émotion, fils de Kountî : cela ne te sied pas. 8,317.

» La faiblesse d'esprit, ô le plus vertueux des Bharatides, est d'un homme vil. Relève-toi, sire ; combats ! Porte, seigneur, ce lourd timon. 8,318.

» Si tu tombes dans l'abattement d'esprit, la victoire va devenir incertaine. » A ces paroles de Krishna, Youdhishthira, le fils d'Yama, 8,319.

Ayant, de ses mains, essuyé ses yeux, répondit ces mots à Krishna : « Je connais, héros aux longs bras, la plus haute voie des vertus. 8,320.

» Ghatotkatrha ne s'est pas aperçu qu'il recevait le fruit de la mort, donnée par lui à un brahme. Tandis que nous habitions les forêts, le magnanime Hidimbide, encore dans l'enfance, fit société avec nous, Djanârddana. Quand il eut appris le départ du Pànclouide aux blancs coursiers à la recherche d'un astra, 8,321— 8,322.

» Ce héros au grand arc, Krishna, vint me voir à Kâmyaka ; et il habita avec nous tout le temps que Dhanandjaya fut absent. 8,323.

» Dans le voyage au Gandhamâdana, il nous fit traverser des lieux infranchissables, et porta sur son dos même la Pântchâlaine fatiguée. 8,32/i.

» Tu n'ignores pas, seigneur, ce qu'il a fait dès le commencement (1) des combats : ce magnanime a exé-

(i) Suivant le texte de Bombay: ûrambhât.

ix 20

306 LE MAHA-BHARAÎA.

cuté pour moi des prouesses bien difficiles. 8,325.

» Ghatotkatcha me donnait deux fois autant de joie, que m'en inspire, Djanàrddana, le caractère (1) de Sahadéva lui-même. 8,326.

» Ce héros aux longs bras m'était dévoué ; j'étais aimé de lui autant que je l'a mais : consumé de chagrins, je trouvais en lui, Vrishnide, l'appaii-ement de mes peines.

» Vois nos armi es mises en déroute devant les Rourouides ! Vois ces deux grands héros, Rarna et Drona, qui réunissent leurs t fforts dans la bataille! 8,327 — 8,828.

» Vois cette armée des Pândouides écrasée au milieu de la nuit, comme une grande forêt de lotus, foulée aux pieds par deux éléphants en rut ! 8,329.

» Sans tenir compte, Mâdhava, des bras vigoureux de Bhîmaséna et de l'habileté en astras variés du fils de Prithâ, les Rourouides s'avancent hardiment. 8,330.

» Voici que Drona, sa majesté Raina et Douryodhana lui-même, après qu'ils ont abattu le Rakshasa dans le combat, poussent de joyeux cris de victoire. 8,331.

» Comment l'Hidimbide, tandis que nous vivions encore, nous et toi, Djanàrddana, a-t-il pu trouver la mort dans un engagement avec le fils du cocher? 8,332.

» Comment, nous ayant tous plongés dans l'infortune, le Bhîmasénide à la grande force, ce fameux Rakshasa a-t-il succombé, Rrishna, aux regards de l'Ambidextre?

» Quand Abhimanyou fut immolé, Rrishna, par ces criminels Dhritarâshtrides, l'héroïque Dhanandjaya n'était pas ici présent au combat. 8,333 — 8,33Zi.

» Nous étions tous alors arrêtés par le magnanime Sin-

(1} Sivabhôvadyû, texte de Bombay.

DRONA-PARVA. 307

dhien : Drona et son fils, Açwntthâman, lurent donc une cause dans cette prouesse. 8,335.

» Le gourou lui-même enseigna à Karna le moyen de lui donner la mort; et il mit en morceaux avec son cimeterre le cimeterre du héros, qui luttait de toutes ses forces. 8,336.

» Soudain Kritavarman de frapper en homme méchant les chevaux du guerrier, plongé dans l'infortune, et les deux valets de pied, qui conduisaient les deux premiers de ses quatre coursiers. 8,337.

» Les autres héros ont abattu le Soubhadride dans la guerre (1) ; et l'archer du Gândîva immola, ô le plus vertueux des Yadouides, le roi du Sindhou dans cette cause pour lui assez légère ; mais qui n'est pas très-agréable pour moi. S'il convient aux Pàndouides d'accomplir la mort d'un ennemi, 8,338—8,339.

» Il faut avant tout que je fasse mordre la poussière du combat à Drona et à Karna ! voilà mon sentiment. Car ils sont tous les deux, ô le plus grand des hommes, la racine de nos chagrins. 8,340.

» Que Souyodhana rassuré s'avance vers eux dans la bataille, où Drona doit recevoir la mort, ainsi que le fils du cocher et ses suivants ! 8,3M.

» Le héros aux longs bras, Arjouna, a couché mort le Sindhien, qui habitait en des régions lointaines ; c'est à moi nécessairement de faire la répression de l'Adhirathide. 8,342.

» Je vais combattre, héros, avec le désir d'arracher la vie au fils du cocher ; et le vigourenx Bhîmaséna en vien-

(i) Youdhy opfirayan, texte de Bombay.

dra aux mains avec l'armée cle Drona. » 8,343. A ces mots, Youdhishthira s'avança à la hâte vers Karna, en brandissant son grand arc, et soufflant dans sa conque des notes effrayantes. 8,344.

Ensuite, environné par trois cents milliers de chars et d'éléphants, par cinq mille chevaux et trois milliers de braves, Çikhandî s'empressa de suivre les pas du roi. Puis, les Pântchâlains et les Pândouides, revêtus de la cuirasse, Youdhishthira à leur tête, battirent les tambours et soufflèrent dans les conques. Le Vasoudévide aux longs bras dit alors à Dhanandjaya: 8,345 — 8,346— 8,347.

« Voici Youdhishthira, qui, pénétré de colère, s'avance à pieds hâtés : il a le désir d ôter la vie à l'Adhirathide, et il ne met pas en toi l'espérance de ce projet ! » Il dit ; et Hrishîkéça-Djanârddana de pousspr rapidement ses chevaux et de suivre le roi, qui s'était avancé déjà loin. 8,348-8,349.

Dès qu'il le vit s'approcher lestement, l'âme frappée de chagrin et consumé comme par le feu, avec le désir de porter la mort au fils du cocher, Vyâsa de s'avancer vers Youdhishthira, le fils d'Yama, et de lui adresser ce langage : 8,350—8,351.

« Phâlgouna a le bonheur de conserver la vie, après qu'il alfrunta Karna dans le combat ; car il avait gardé sa lance dans le désir d'arriver à la mort de l'Ambidextre. » Par bonheur, Djishnou n'est pas entré dans un duel en chars avec lui au milieu d'un grand combat (1) ! Par bonheur, ils n'ont fait que jeter des astras célestes de tous les côtés à l'envi l'un cle l'autre ! 8,352—8,353.

(1) Taina mahâranai, édition de Bombay.

DRONA-PARVA. 309

» Accablé et ses astras neutralisés, le fils du cocher eût pour sûr, Youdhishthira, envoyé dans le combat la lance, qu'il avait reçue d'Indra ; 8,354.

» Et de-là fut résulté un malheur épouvantable, ô le plus sage des Bharatides. C'est donc un bonheur que le fils du cocher ait tué le Rakshasa dans cette bataille!

» Celui-ci fut touché par la mort elle-même, grâce à cette lance, qui mit en œuvre la vertu d'Indra: c'est à cause de toi, mon fils, que le Rakshasa fut tué dans le combat. 8,355 — 7,356.

» Ne livre ton âme, ô le plus excellent des Bharatides, ni au chagrin, ni à la colère ! Il a subi, Youdhishthira, la condition qui est ici-bas, celle de tous les êtres animés.

» Secondés par tes frères ,et tous ces magnanimes princes, soutiens le combat, Bharatide, contre tous les enfants de Rourou. 8,357 — 8,358.

» Dans cinq jours, la terre sera à toi ! Garde continuellement ta pensée, tigre des hommes, fixée uniquement sur le devoir. 8,359.

» Honore dans une profonde joie, fils de Pândou, la pénitence, l'innocuité, l'aumône, la patience et la vérité : le devoir accompli te donnera la victoire. » 8,360.

Dès qu'il eut dit ces paroles au Pândouide, Vyâsa disparut alors dans l'invisibilité. 8,361.

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