‹ Le maitre à aimer; comédie en un acte, en vers [par] Pierre Veber & Hugues DelormeChapitre 11 sur 19 · LIN DO II · texte numérisé non relu

LIN DO II

Monsieur, votre conduite, à coup sûr, exaspère Les craintes de Tépoux et les fureurs du père : Par les raffinements de votre esprit trompeur, Vous êtes celui dont les familles ont peur ; Chez lequel les plus fiers amants trouvent un maître : Et celui que la femme aime sans le connaître... Pourtant, vous n'aurez pas, j'en jure par mon sang, D'élève plus docile et plus reconnaissant I

LE MARQUIS

Bravo!... Restez ainsi... Là!... que je me recule !

[Il fait quelques pas en arrière et examine son

élève.)

Bonne tournure!

LINDOR

Oh ! non ! Je me sens ridicule î

LE MARQUIS

A dix-sept ans, un peu d'embarras n'est point laid. Chiffonnez ce jabot... Entr'ouvrez ce gilet... Mettez dans les cheveux un brin de négligence... Hors des poches les poings... Lorsque l'on a la chance D'avoir de fines mains, on les montre, pardi! Regardez, tour à tour hypocrite ou hardi, Les femmes en dessous et les hommes en face. Ayez l'air de penser. Un malin, quoi qu'il fasse, Ne vaut pas un rêveur... Évitez les poltrons ! Et tout ira des mieux... Cela dit, nous entrons !

LE MAITRK A AIMER

LTNDOR

Dans le salon? Déjà?

LE MARQUIS

Mais, oui, déjà!

LINDOR

Je n'ose!

LE MARQUIS

Pourquoi donc?... Vous voilà redevenu tout chose 1

LINDOR

L'emploi de séducteur novice a des appas... Mais comment s'y prend-on?,..

LE MARQUIS

Mais on ne s'y prend pa«..,

LINDOR

Vous raillez?

Elles vous prennent!...

LE MARQUIS

Je n'aurais garde 1 Quand on a dix-huit ans, quel besoin qu'on regarde Les femmes!... Il vaut mieux, même, être indifférent. Vous en verrez venir, jeune homme, de tout rang, Vous opérez en pleine pâte, en pleine crème. Se laisser désirer!... C'est le devoir suprême '.

3't LE MAITRE A AlMEll ^

Qao les dames surtout devinent, à vous voir,

Cette fougue instinctive et ce joli savoir

D'un quelqu'un qui connait les formules exactes

Pour passer promptement des paroles aux actes,

Et pourtant se contient, ne daignant pas oser

L'entreprise facile et brève du baiser!...

Les dames oseront pour vous !... 11 ne vous reste

Que le soin d'accomplir, pour conclure, le geste

Obligatoire — hélas 1 banal — mais triomphant!...

LIN D OR

Oh! cher maître! Elles vont me trouver bien enfant!

LE MARQUIS

Tantmieux! morbleu !...Tantmieux! Quecedéfauttereste! Car Tamour de la femme est fait d'un peu d'inceste ; Et dans chaque maîtresse, on trouve une maman... Garde-la, ta jeunesse, ainsi qu'un talisman !...

LINDOR

Faire l'enfant, ça n'est pas très malin en somme...

LE MARQUIS

Pourvu qu'on prouve au bon moment qu'on est un homme I

Compris!... Et quelle dame aborder?

LE MARQUIS, le menant an fond.

Hem!... Voici Les duchesses de Roidébat, de Sanmercy,

LE MAITUE A AIMER 35

La comtesse de Frélémoy... Je ne vois guère Aux charmes de laquelle ii faut faire la guerre, Toutes ont des défauts exquis, des qualités Déplorables!... Ma foi, chevalier, accoslez La première venue... et ce sera la bonne!

LINDOR

l-:hquoi?... La bonne aussi?

LE MARQUIS

Non. L'on ne s'enjuponm; Pas de torchons!... Fi donc! s'encanailler!... Mais on Compte sur vous pour ne quitter cette maison Qu'après avoir mené rondement quelque intrigue ! Dépensez de l'amour en cavalier prodigue; Ou je vous mène au mauvais lieu, tout bonnement!

LINDOR

Moi qui sors de chez les Pères!...

LE MARQUIS

C'est le moment Peut-être d'aller chez les filles!...

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