‹ Le maitre à aimer; comédie en un acte, en vers [par] Pierre Veber & Hugues DelormeChapitre 5 sur 19 · COUR VA LIN · texte numérisé non relu

COUR VA LIN

Vrai aient !

BONFANT

Ce commis exagère !

LA PRÉSIDENTE

Enfm, il tient sur vous des propos médisants : Que vous vous accoutrez comme il y a dix ans, Ayant le teint jauni des très vieilles estampes, Et que l'on voit soudain s'étoiler sur vos tempes La patte d'oie !

COURVALIN

liment!

BONFANT

Parbleu !

LA PRÉSIDENTE

Cris superflus !

Les bourgeoises, dit-il, de vous ne veulent plus...

COURVALIN

Faquin!...

BONFANT

Vit-on jamais perversité pareille?

COURVALIN

Pleutre insolent ! Je vas le couper une oreille ! Ah! je suis un bellâtre éconduit?... Tu verras !

[Fausse sortie.)

LA PRÉSIDENTE

Non ; La Suite commence : offrez-moi votre bras. Vous ne me quitterez de toute la soirée ; Il faut me reconduire à ma place !

couRVALiN, sortant avec elle.

Adorée !

Je suis, vous le savez, tout à vous pour toujours Et mon amour est le plus constant des amours.

(Ils sortent.]

■ SCENE V BOiNFANT, puis MONSIEUR DE PELFRÈNE

BONFANT, seul.

0 stupides maris! maris de répertoires!

Bramant comme des cerfs et faisant des histoires,

Othello tyrannique ou Dandin vagissant,

Vous qui vouliez laver vos cornes dans le sang,

Jocrisses en péplum, Ménélas en savates,

Que vous fûtes de pauvres gens!... Vous vous privâtes

D'un spectacle inouï : — C'est la satié(é,

C'est l'ennui, chaque jour à plaisir augmenté.

De ceux qui vous avaient outragé! — Sganarelle,

La voilà, la vengeance exquise et naturelle!...

DE PELFRÉîSE, entrant essouflé; à la cantonade. Gardez-le bien! qu'il ne s'échappe de nouveau!

BOxVFANT, redescendant.

Quoi! Pelfrène!... Excellent ami!... mais qui me vaut...? Yiens-tii donc du Béloulcliistan?

DE PELFIŒNE

Non : de la Bresse

BONFANT

C'est plus lointain encor...

DE PELFRÈNE

Et chez toi je m'empresse D'accourir.

BONFANT

Il y a là-bas de beaux chapons, N'est ce-pas? onctueux, succulents...

J'en réponds On ne saurait trouver sur terre, où que l'on aille Plus délicat manger et plus tendre volaille : Sans éloge inutile et sans compliment sot, La poularde est bressane et le chapon manceau. Mais, à propos, comment va notre Présidente?

liONFANT

Merci pour Y « à propos ». Elle va bien!

DE PELFRÈNE

Contente?

BONFANÏ

Très contente !

DE PELFRÈXE

Depuis huit ans, je ne l'ai pas Revue! Ah! qu'elle avait de grâces et d'appas! Toujours charmante?

BONFANT

Oui, pour les autres.

Quelle femme

DE PELFRENE BONFANT

On compare la femme au fruit.

On la diffame !

BONFANT

On a raison! La femme est comme les fruits mûrs Qui, les étés venus, tombent aux pieds des murs. La femme mûre tombe aisément!

DE PELFRENE

Quoi?... La tienne?..

BONFANT

Suffit! Je me comprends! Laissons là cette antienne. Cher Pelfrène, en entrant, à qui donc parlais-tu?

LE MAITRE A AIMEH 23

DE PELFRÈNE

A mon neveu, nigaud d'une extrême vertu.

BONFANT

Son âge?

DE PELFRÈNE

Dix-sept ans! Et coquebin encore!

BONFANT

A dix-sept ans il est encor...? Qu'on le décore! Il n'y a plus d'enfants à dix-sept ansi

DE PELFRÈiNE

Ma sœur Gémit non sans raison de le voir possesseur D'une virginité qu'elle perdit plus jeune, Et craignant pour l'enfant les excès d'un long jeûne M'a dit de l'amener, dès le pensionnat, A Paris, afin qu'il s'y décoquebinât...

BONFANT

Bien, cela... C'est agir d'une façon civile...

DE PELFRÈNE

Et prît en même temps les modes de la ville.

BONFANT

Ton savoir sur ce point me paraît contesté !

DE PELFRÈNE

Je sens ma gaucherie et mon indignité

BONFAXT

Il risque auprès de toi de retourner en Bresse Gros-Jean comme devant. *

DE PELFRÈNE

Je le crains. Le temps presse I Dans l'inutilité sa jeunesse s'endort; Il faudrait un malin pour instruire Lindor ; Un homme habile, fin, d'allure lutinière Avec le sexe... Il lui montrerait la manière D'agir avec audace et pourtant galamment.

BONFANT

J'ai ton affaire I

DE PELFRÈNE

Qui donc?

BONFANT

Mais parbleu, l'amant De ma femme.

DE PELFRÈNE

Un amant I... Ta femme!

BONFANT

Bon Pelfrène Ne lève pas les bras vers les cieux et refrène L'inutile pudeur de ton é'tonnement :

Monsieur de Gourvalin est un marquis charmant. Pas trop jeune, agréable, auquel cependant j'ose — L'homme n'est point parfait — reprocher une chose

LE MAITUE A AIMER

Avec ma douce femme aux capiteux attraits Il n'est plus tendre autant que je le permettrais.

DIC PELFIŒiNE

Quoil... Toi!... parler ainsi!

Page 1