COUR VA LIN
Vrai aient !
BONFANT
Ce commis exagère !
LA PRÉSIDENTE
Enfm, il tient sur vous des propos médisants : Que vous vous accoutrez comme il y a dix ans, Ayant le teint jauni des très vieilles estampes, Et que l'on voit soudain s'étoiler sur vos tempes La patte d'oie !
COURVALIN
liment!
BONFANT
Parbleu !
LA PRÉSIDENTE
Cris superflus !
Les bourgeoises, dit-il, de vous ne veulent plus...
COURVALIN
Faquin!...
BONFANT
Vit-on jamais perversité pareille?
COURVALIN
Pleutre insolent ! Je vas le couper une oreille ! Ah! je suis un bellâtre éconduit?... Tu verras !
[Fausse sortie.)
LA PRÉSIDENTE
Non ; La Suite commence : offrez-moi votre bras. Vous ne me quitterez de toute la soirée ; Il faut me reconduire à ma place !
couRVALiN, sortant avec elle.
Adorée !
Je suis, vous le savez, tout à vous pour toujours Et mon amour est le plus constant des amours.
(Ils sortent.]
■ SCENE V BOiNFANT, puis MONSIEUR DE PELFRÈNE
BONFANT, seul.
0 stupides maris! maris de répertoires!
Bramant comme des cerfs et faisant des histoires,
Othello tyrannique ou Dandin vagissant,
Vous qui vouliez laver vos cornes dans le sang,
Jocrisses en péplum, Ménélas en savates,
Que vous fûtes de pauvres gens!... Vous vous privâtes
D'un spectacle inouï : — C'est la satié(é,
C'est l'ennui, chaque jour à plaisir augmenté.
De ceux qui vous avaient outragé! — Sganarelle,
La voilà, la vengeance exquise et naturelle!...
DE PELFRÉîSE, entrant essouflé; à la cantonade. Gardez-le bien! qu'il ne s'échappe de nouveau!
BOxVFANT, redescendant.
Quoi! Pelfrène!... Excellent ami!... mais qui me vaut...? Yiens-tii donc du Béloulcliistan?
DE PELFIŒNE
Non : de la Bresse
BONFANT
C'est plus lointain encor...
DE PELFRÈNE
Et chez toi je m'empresse D'accourir.
BONFANT
Il y a là-bas de beaux chapons, N'est ce-pas? onctueux, succulents...
J'en réponds On ne saurait trouver sur terre, où que l'on aille Plus délicat manger et plus tendre volaille : Sans éloge inutile et sans compliment sot, La poularde est bressane et le chapon manceau. Mais, à propos, comment va notre Présidente?
liONFANT
Merci pour Y « à propos ». Elle va bien!
DE PELFRÈNE
Contente?
BONFANÏ
Très contente !
DE PELFRÈXE
Depuis huit ans, je ne l'ai pas Revue! Ah! qu'elle avait de grâces et d'appas! Toujours charmante?
BONFANT
Oui, pour les autres.
Quelle femme
DE PELFRENE BONFANT
On compare la femme au fruit.
On la diffame !
BONFANT
On a raison! La femme est comme les fruits mûrs Qui, les étés venus, tombent aux pieds des murs. La femme mûre tombe aisément!
DE PELFRENE
Quoi?... La tienne?..
BONFANT
Suffit! Je me comprends! Laissons là cette antienne. Cher Pelfrène, en entrant, à qui donc parlais-tu?
LE MAITRE A AIMEH 23
DE PELFRÈNE
A mon neveu, nigaud d'une extrême vertu.
BONFANT
Son âge?
DE PELFRÈNE
Dix-sept ans! Et coquebin encore!
BONFANT
A dix-sept ans il est encor...? Qu'on le décore! Il n'y a plus d'enfants à dix-sept ansi
DE PELFRÈiNE
Ma sœur Gémit non sans raison de le voir possesseur D'une virginité qu'elle perdit plus jeune, Et craignant pour l'enfant les excès d'un long jeûne M'a dit de l'amener, dès le pensionnat, A Paris, afin qu'il s'y décoquebinât...
BONFANT
Bien, cela... C'est agir d'une façon civile...
DE PELFRÈNE
Et prît en même temps les modes de la ville.
BONFANT
Ton savoir sur ce point me paraît contesté !
DE PELFRÈNE
Je sens ma gaucherie et mon indignité
BONFAXT
Il risque auprès de toi de retourner en Bresse Gros-Jean comme devant. *
DE PELFRÈNE
Je le crains. Le temps presse I Dans l'inutilité sa jeunesse s'endort; Il faudrait un malin pour instruire Lindor ; Un homme habile, fin, d'allure lutinière Avec le sexe... Il lui montrerait la manière D'agir avec audace et pourtant galamment.
BONFANT
J'ai ton affaire I
DE PELFRÈNE
Qui donc?
BONFANT
Mais parbleu, l'amant De ma femme.
DE PELFRÈNE
Un amant I... Ta femme!
BONFANT
Bon Pelfrène Ne lève pas les bras vers les cieux et refrène L'inutile pudeur de ton é'tonnement :
Monsieur de Gourvalin est un marquis charmant. Pas trop jeune, agréable, auquel cependant j'ose — L'homme n'est point parfait — reprocher une chose
LE MAITUE A AIMER
Avec ma douce femme aux capiteux attraits Il n'est plus tendre autant que je le permettrais.
DIC PELFIŒiNE
Quoil... Toi!... parler ainsi!