‹ Le maître amour; comédie dramatique en 4 actesChapitre 29 sur 36 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Monsieur et Madame Vainrrct

Monsieur. — Ça n'a aucune espèce d*impoiianc«. Est-c« qu« nous y avons touché ? Non... Eh bien, alors...

Madame. — Non, mais Monsieur Shelton avait bien recommaiMlé de maintenir la terre humide, de mouiller les Uncee.... On ne l'a pas bien fait, et voilà : la terre s'est desséchée, il y a dea fisinires ..

ni

Monsieur. — Je ne suis pas gftcheur de terre, moi, ni __,.^, modeleur I Ta, ta, ta ! Ce n'est pas un malheur ! Il oomprandra qu'il faut en finir avec ces petits jeux, ne pas perdre son tampa à fabriquer des choses qui qui ne tiennent pas debout I

Madame. — Tu m'as promis de ne pas le brusquer, à cause de sa santé...

Monsieur. — Sa santé ! Allons donc I Je ne donne pas dant oa panneau-là I Jean est fort comme un chêne t

Madame. — J/avis des médecins..

Monsieur. — Evidemment, les médecins I II leur fiiut des malades pour bien se porter ! Je bisque... I J'en ai assez, j'en ai trop I J'ai été jeune aussi, mais je n avais pas cette maladie-lâ, moi I Ça ne m'a pas empêché de faire mon chemin, au contraire 1 II faut une fin I Dans mes vieux jours, j'ai bien gagné de vivre en paix I

Madame. — Tu m'as promis de fermer les yeux momentanément, de faire bonne mine... Ainsi, mon neveu trouvera tout pour le mieux dans la famille...

Monsieur. — Ah, ce neveu I Si son arrivée n'était pas instante.

jamais je n'admettrais que...

Madame. — Ne revenons pas là -dessus

Monsieur. — Je bisque, je bisque !... .^",i. ^^n. Mais si noos avions attendu sa rentrée, nous aurions £iit du petit garçoo ce que nous aurions voulu... Tandis que m.iintenant, oue va-t-il se figurer ? Que nous calons ? . .Ah, mais ! Ce qui est dittéré... Dire qu'il va falloir ronger son frein I Et pendant des mois i Eapéntm que ton Yankee aura le mal du pays...

Madame. — Cache ton jeu, surtout I

Monsieur. — Veux- tu dire qu'il faille baisser pavillon ?

Madame. — Ce qu'il faut, c'est que, pendant le séjour du neveu, notre foyer respire l'union, la concorde... Je ne cesse de te le répéter. N'oublions pas que mon frère, malgré tout, était un cœur excellent, d'une générosité extrême... Il a voulu que son fils vienne faire notre connaissance, évidemment pour voir si nous méritons qu'il s'intéresse à nous... M. Willie a fort bien compris...

Monsieur. — Te voilà entichée de l'autre Peau-Rouge, maintenant ! Et jusqu'il y a huit jours, tu ne lui avais même jamais adressé la parole !...

Madame. — N'est-ce pas lui qui m'a mise sur la piste de Jean et qui nous l'a ramené hier soir ?

Monsieur. — Joli service qu'il nous a rendu !

Madame. — Mais, sans cela, quelle était notre situation ? Voyons, toi-même, tu t'en mordais les pouces... Ce soir, ce soir même, demain au plus tard, le neveu débarquera, et Jean sera près de nous... Voilà ce qui importe. Le temps manque pour obtenir qu'il se transforme à ton gré. D'ailleurs, il ne comprend pas ses intérêts... Eh bien, nous mettons un décor, un semblant. Voilà tout.. Monsieur Jean Vaingret, avocat, de qui le nom est gravé sur cuivre à la porte, se délasse de ses travaux en faisant de la sculpture... Au bout du jardin, il a son petit atelier... On peut être amateur... pas mal de gens très bien peignent ou sculptent, à leurs moments perdus... C'est une chose admise, quand on a des loisirs... Ainsi tout s'arrange. Gardons-nous de tout gâter par maladresse... Quel air aurions-nous vis-à-vis du neveu, s'il découvrait que...

Monsieur. — Et tu as confié tout cela à ce galopin de Willie ?... 11 est Américain, comme l'autre; s'il allait lui dire ?... M, Bride, lui, t'avait pourtant conseillé de ne pas ébruiter cette affaire. Bon conseil, car si elle aboutissait à zéro...

Madame. — Je n'en ai parlé qu'à ces deux personnes, avant-hier seulement, et en peu de mots. J'ai confiance en Willie. Il a beaucoup d'amitié pour Jean ; je l'ai vu pleurer en parlant de lui.

Monsieur. — Pauvre petit !

Madame. — D'ailleurs.ces étrangers vont quitter l'Europe ; donc...

Monsieur. — Ah, ton sacré neveu ! C'est bien pour lui que je mets de l'eau dans mon vin !... Et puis, j'ai mon idée...

Madame. — Quoi donc ?

MoNsiEUk. — Attendons, il ikiit v^tr Vous n« !• pas, notre h6te..

Madame {inquiiU). — Je voudrais pourtant Mvoir...

Monsieur. — Rien. . mais je me dis que souvent, lonqo'ib débarquent en Europe, ces jeunes gens se libèrent de leor «mUL C'ert la revanche du naturel : ils s'amusent ici pour ce qu'ils s'wmokot là-bas...

Madame. — Tu supposes que mon neveu vient avec des idéit

pareilles ?

Monsieur. — Pourquoi pas? Serait'tl le premier qui. en voyage... Madame. — Evidemment : vous êtes tous las mêmes I Monsieur. — Dame, c'est jeune...

Madame. — Admettons ; mais je ne vois pes...

Monsieur. — Moi, j'entrevois. . S'il a le sang de feu ton frère, il ne déteste pas l'aventure, le plaisir : il lui fauofra un second, un camarade...

Madame. — Un complice 1

Monsieur. — Eh bien, notre Jean est lA 1

Madame. — Oh !

Monsieur. — Quoi, ■ oh 1 b Ce serait de son âge que diable ! Jusqu'à présent, il a été d'une modération, avooon»^, excessive... Ce n'est pas une raison pour qu'il ne se change pat s'il a un compagnon moins calme... Le diable m'emporte I A vingt* cinq ans !

Madame. — Soit. Et puis, après ?

Monsieur. — Tu ne cooiprends donc pas que ça le détoumarait

de l'art 1

Madame (pinsivt). — Ah... — Mais son mariage ?..

Monsieur. — Ça, ce serait pour la fin. Est-ce qu'on ne voit pas cela tous les jours ?... Et dans le meilleur monde ?..

Madame. — Mais encore... {Lmm Dupri vitiU éâ ifpiii, a#>^er«tsl

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