SCÈNE ï
CHARLOTTE
Monsieur Jean Leblanc !
JE.\> LEBLANC
Non : je ne veux pas dire du mal de votre papa ; mais il est plat comme une limande envers l'autorité... C'est des couronnes de laurier eia chêne que vous faites-là?
Oui : il n'y a qu'un laurier dans tout le pays, chez monsieur Grivet... c'est son épouse qui le lui a donné pour sa fête... il n'a pas voulu nous le prêter pour ça.
JEAX LEBLANC.
Comme si ça l'aurait abîmé d'en faire des couronnes!... sont-ils grigous, ces Grivet!
CHARLOTTE , se levCUlt.
Vous nous avez apporté notre pain?
JEAN LEBLANC
Il est là avec les petites flûtes. Pourquoi donc que vous me dites toujours vons, mademoiselle Charlotte? Il n'y a pas encore quinze jours que vous me tutoyiez comme les autres?
CHARLOTTE
C'estqu'alors vous étiez à l'école chez mon père... au lieu qu'à présent, vous voilà un jeune homme... je ne suis pas habituée à vous voir comme ça... ça m'intimide.
JEAN LEBLANC
Ah ! bah ! je trouvais bien plus gentil , quand vous me parliez autrement. Dites donc, v'ià l'heure delà classe ; je les entends... [Prenant son ixuùer. Pendant que Charlotte serre les couronnes dans un placard.)Si ça vous est égal , j'vas me sauver par le jardin.
CHARLOTTE
Pourquoi donc?
JEAN LEBLANC
Je n'aime pas me trouver avec votre papa... il a Tha-
8 LE MAITRE DÉCOLE.
biliide de me tirer les oreilles toutes les fois qu'il n.". rencontre.
CHARLOTTE
Attendez donc que je vous aie payé votre pain dt quatre livres.
JEAN LEBLANC
Je repasserai tantôt, pendant la récréation... en revenant de chez la mère Chamouillard, qui m'attend pour prendre son café... ça lui donne des crampes d'estomac , quand elle ne le prend pas à six heures.
CHARLOTTE
Il en est huit... Mais, attendez donc, est-ce qu'il ne faut pas que je vous ouvre le jardin?... Est-il •étourdi !
ENSEMBLE
-, Air : Sortez ; vers nous, il s'avance. (86 moins vy.)
CHARLOTTE
Parlez, partez, v'ià l'heur' de la classe, Papa sTàcherait s'il voiis trouvait ici. Chez nous , pourquoi n'avez -vous plus vot' place , Surtout un jour conim' celui -cl?
JEAN LEBLANC
Mam'zeîic , je pars , c'est l'heur' de la classe ; Et d'puis quinz' jours , j'n'en suis plus , Dieu merci ! J's'rais bien fâché d'y reprendre ma place , Môm' dans un jour comm' celui-ci.