COMÉDIE MÊLÉE DE CHANTS
Le tlieàtre représpnle une chamlire mansardée , mais proprement meul)lée. — Au fond , au milieu , une grande fenètte , à quatre pieds du sol , s'ouvrant sur un toit qui est \isible et praticable. Derrière ce toit et à gauche et à dsoite.une perspective de maisons , de loils, de cîiemine'es. I^resque au milieu du toit praticable et près de la fenêtre , une clieminée ayant d'Alix pieds de hauteur. A gauche de la fenêtre, toujours au fond, la porte d'entrée de la mansarde. Sous la fenêtre , une comniode. A gauche de la commode, une chaise. A droite de la commode, un lit à rideaux, appliqué au mur dans sa longueur, et dont la tê e fait une petite ruelle avec le lîtéral de droite. A la tète du lit, une table de nuit sur laquelle sont un nambeau et un briquet d'allumettes chimiques. — A gaucîip , latéralement, premier plan, la chambre de Louise : immédiatement après, une petite armoire à haiiteurdapi»ui, sur laquelle sont deuxstatuettesburlesqueset un pot de dahlias rouges et blancs ; immédiatement api es l'armoire , la porte d'un cabinet. Près de la chi!nl)re de Loui.se. une table sur laquelle sont u'i na!;il)eau allumé et un journal. — A droite latéralement, premier plan, une chambre; deuxième j)lan , nn grand miroir. Près de la chambre, une table ; à la gauche de cette table, une chaise sur le dossier de laquelle sont des costumes chargés de paillettes et de clinquant. — Quelques tableaux au mur, çà et là. L'aspect de cette mansarde doit être riant et propret.
SCEIXE F«.
LOUISE, DECx Commissionnaire, BOl^AUD.
ENSEMBLE. ^
Air. : «
ilissons^^^^l'^"^^"^^'
Déjà s'avance la nuit Allons, faites"'d"^Sence ; Mais . sans éclat et sans bruit.
(Pendant ce morceau d'ensemble, un connmissionaaire sortant du cabinet de f^auche , au dessus de l'armoire, a successivement donné à un second commissionnaire . qui les emporte sur le palier du fond où elles disparaissent rapidement : une figure de bonne , juge , de grand seigneur, de saltimbanque. Louise surveille le transport des figures.)
BOULARD, cmpaquelanl des costumes sur la table à droite.
Dépêchons-nous, dépêchons-nous ; vous emballerez proprement ces figures dans les caisses, là, sur le palier. Allons, allons, il se fait (ard... (Pendant ce qui précède, le premier commissionnaire , ressorti du cabinet, a donné au second , toujours sous la surveillance de Louise , une figure de brigand italien. Le second commissionnaire la laisse tomber. Boulard accourt et dit :) Ménagez donc mon brigand !.,. Allons , voilà qu'il laisse tomber le poignard... {La figure disparaît sur le palier, et Boulard ^ ayant ramassé le poignard , le porte sur la chaise près de la table de droite. Le premier commissionnaire , ressortant du cabinet, donne au second commissionnaire , qui revient du palier , une figure de gendarme que Louise rajuste maladroitement. Boulard courant à Louise.) El mon gendarme ! il est dans un joli état !... [A Louise.) Tu lui as crevé un œil... [Le gendarme et les deux cornmissionnaires disparaissent au fond sur le palier.) Si c'est Jimme ça que tu traites la force armée...
LOUISE , redescendant la scène avec Boulard.*
Ah ! mon frère , que lu as bien fail de venir ce
•Louise. Boulard.
SCÈxNE I. , 7
soir retirer les figures de cire. Mon mari arrive demain, après deux mois d'absence. Oh ! tu mexposes à des scènes terribles de sa part !
BOCLARD.
Dame ! que veux-tu ? je ne suis pas riche. II y a quinze jours, j'arrive à Paris avec ma collection ; je suis obligé de me rendre à Rouen ; fallait-il pour quinze jours payer un loyer de mes figures ? J'ai mieux aimer les" déposer chez toi , c'est une économie. Ah ! si ton mari eût été là , je ne l'en aurais pas parlé... Est-ce qu'il me garde toujours rancune?...
(Il se remet à empaqueter des costumes.)
LOUISE
Ah î je crois bien î et c'est tout simple. Tu étais à Marseille , lorsqu'il fut question , il y a un an , de mon mariage avec Amilcar. Je l'écrivis; je te fis part de mes projets. Tu me répondis que tu ne voulais pas en entendre parler ; que d'après la réputation d'Amilcar,tu le regardais comme le plus grand sot et le plus grand imbécile. J'égarai ta lettre; il la trouva ; il la lut , et il le répondit que tu étais un impertinent et qu'il ne voulait jamais faire ta connaissance. Et puis, il est si orgueilleux î je lui ai dit que tu es négociant ; car, s il savait la modeste industrie que lu exerces, il croirait s'être mésaillé , en épousant la sœur d'un homme qui montre des figures de cire...
(Le premier commissionnaire, revenant du palier,
entre à gauche dans le cabinet des figures.)
BOULARD
Je ne le connais pas ; je ne l'ai jamais'vu. C'est donc un homme terrible? Il serait capable...
Il m'a menacée , si je te revoyais jannais, de me
s LA MANSARDE DU CRIME.
planter là après nvavoir souffletée; et il nVa dit que s'il t'arrivait de mettre les pieds dans sa maison , il te ferait sortir par la lenèlre... et nous sommes au cinquième.
BorLARD, effrayé.
Diable ! c'est dangereux ! Voyons î ces commissionnaires sont d'une lenteur 1...
LE PREMIER cùMMissiONNAUiE , sorlaïil du cahhict
et tenant dans ses bras la figure de la viciime.
Voici la dernière.
LE SECOND COMMISSIONNAIRE, QU [oud.
Les caisses peuvent à peine contenir les autres figures. Celle-ci est de trop.
EOULARD.
Ah! diable !...
(Le commissionnaire dépose la fir^ure près de l'avantscène et lui t'ait taire face au pul)lic.j
LOUISE
C'est la plus drôle de toutes. Ça représente?...
POULARD
Chacune de mes figures a un emploi. C'est une troupe de comédiens mnels avec lesquels je reproduis (ous les événemcns bouffons ou sinistres de l'époque. Tu as vu passer le tyran, le meurtrier, l'amoureux , le gendarn:e, le juge... Cette figureci , dans la farce, joue les niais, les dupes , et , dans le drame, les gens assassinés, asphixiés, empoisonnés , noyés.
LOLîSE, riant.
Mais, pour un assassiné, il a l'air du niardi-gras î
BOULARD
C'est la figure que nous appelons, suivant le rôle qu'ellejoue, tantôt l'actionnaire tantôt la victime... (Le commissionnaire remet la figure dans le cabinet
sur un signe de Boulard.;