‹ Le maitre d'ecole drame en cinq actesChapitre 23 sur 97 · ACTE I. ' ' f · texte numérisé non relu

ACTE I. ' ' f

damné Loriot, pendant je dormais, imbécile!... j’ai été surpris, traqué, lié, par les gardes de M. Dellemare. Mon compte était clair, la prison pour commencer. Mais un loup comme moi ne vit pas en cage ! On ne peut pas toujours casser sa chaîne, on peut toujours se casser la tête, et mon parti était pris. Alors on m’a offert la clef des champs, si je voulais, ce soir, pendant que vous n’y étiez pas, m’introduire ici, forcer l’armoire que voilà, y prendre toutes vos paperasses et les rapporter...

- • . ÉVERARD

A qui ?...

• <. . . BUX.

A M. Dellemare.

ÉVERARD

Dieu du ciel!

BUX.

A lui et à cet élégant, à ce ricaneur qui est au château. Ma foi, j’ai dit oui... ça me sauvait et ça ne vous tuait pas.

ÉVERARD

Bux ! qu’en savais-tu?...

BUX.

Bref, j’ai juré sur mon honneur — sur mon honneur à moi — ou de rapporter vos écritures, ou de revenir me livrer Mais puisque je ne suis pas un homme, puisque je recule parce qu’on ne se défend pas, c’est bien, je suis perdu, je serai demain en prison et après-demain en terre. Bonsoir.

- ÉVERARD

Bux, attendez.

BUX.

Non, laissez-moi. Vous êtes le plus fort, et au fond, c’est bien fait, il n’y a rien à dire : je suis un réprouvé, et vous êtes un juste. Adieu.

ÉVERARD

Un juste! Attends, te dis-je! Non, tu ne dois pas payer pour moi! non, je ne suis pas plus que toi un juste! Et même, tu n’es pas un meurtrier, toi et qui sait si je n’en suis pas un ?...

BUX.

Vous?

LE MAITRE D’ÉCOLE

'* ÉVERARD

Qui sait si je n’ai pas une mort sur la conscience?

BÜX.

Qu’est-ce que vous dites?

É VER A RD, avec une amertume douloureuse.

De sorte que, si tu veux, nous allons nous entendre et nous sauver l’un l’autre comme deux complices, (u va à l’armoire d*

chêne et l'ourre.)

BÜX.

Qu’est-ce que vous faites?

ÉVERARD

Bux, parmi les écrits renfermés dans cette armoire, il en est qui ne m’appartiennent pas, qui sont comme un dépôt sacré. Mon devoir était de les anéantir, je n’en ai pas eu le courage. Tu vas me laisser, devant toi, brûler ces lettres.

, BUX.

Des lettres!... on rA’a averti justement qu’il s’agissait de lettres.

ÉVERARD

Tu diras que tu ne les as pas trouvées, et tu porteras ces autres papiers, qui ne livrent que des secrets à moi. C’est ta part; voici la mienne.

BÜX.

Mais est-ce que ce n’est pas celle-là qui me vaudrait ma liberté?

ÉVERARD

Peut-être; mais pour l’avoir, il faudra me tuer.

BUX.

Non ! J’aurais moins de peine à me tuer, moi !— Allons, brûlez vos lettres, je prends le reste... (a part.) Et, avec, un de ces flacons, comme le Parisien me l’a recommandé... Qu’est-cc qu’il en veut faire? ça le regarde! (Haut, revenant à Évmrd.) Maintenant écoutez, monsieur Éverard : vous venez là de me mater terriblement, et vous me faites courir une satanée chance. Par ainsi, en un mot comme en cent, si je vous redevais quel-

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