ACTE I
JEAN-FRANÇOIS
Non! ça, c’est une chanson de cabaret, monsieur Loriot l’aubergiste. Généreuse, chante plutôt voir : Joli dragon revenant de la guerre.
LES PAYSANS du côté de Jean-François.
Oui ! Joli dragon !
LORIOT
Non, c’est une chanson de caserne, ça, monsieur Jean-François l’ex-troupier !
JEAN-FRANÇOIS
Par exemple ! une de. nos vieilles chansons du Jura ! Mais les f airs de la montagne te font mal aux nerfs, maintenant que tu as pour protecteur ton monsieur Varade, un incroyable de Paris.
LORIOT
Mon monsieur Varade, l’incroyable de Paris, vaut bien ton monsieur Fabien, le muscadin de Mijoux.
JEAN-FRANÇOIS et les siens, indignés.
Par exemple !
GÉNÉREUSE
Hé ! là ! là ! vous allez donc encore vous disputer et faire ici deux camps : les ceux qui tiennent pour le château, à droite, et les ceux qui sont pour le village, à gauche ! D’abord, quand les hommes s’entre-chamaillent pour autre chose que pour les femmes, je dis que c’est des bêtises !
LORIOT
Eh! c’est ce greffier de mairie manqué que...
JEAN-FRANÇOIS
Mais non, c’est ce cabaretier frelaté qui...
PÉRINETTE
Voyons, voyons, mes gens ! la paix, je vous en prie ! Rappelez-vous où vous êtes : chez M. Everard, ou plutôt, comme il dit, chez vous, dans la maison paternelle. Voilà trois semaines que le cher homme est parti pour Paris; pendant ce temps, M. Dellemare et M. Varade, l’associé de sa banque, sont justement arrivés au château, et la zizanie s’est mise entre vous, on ne sait pas pourquoi. Mais heureusement nous attendons
• LE MAITRE D’ÉCOLE
M. Éverard ce soir, dans la minute; Élise, notre demoiselle du château, va sans doute venir aussi; est-ce qu’ils vont vous retrouver en train de vous battre, dites?
JEAN-FRANÇOIS
Ce ne sera pas mademoiselle Élise, toujours!... on ne la voit plus, la chère demoiselle. Saus doute on lui défend defréquenter d’aussi petites gens que nous.
LORIOT
Non, mais maintenant mademoiselle Élise peut comparer : voilà !
JEAN-FRANÇOIS
Comparer qui? comparer quoi? Ce serait à toi plutôt de comparer notre honnête veillée avec ton auberge suspecte. Quand mademoiselle Élise vient ici, qu’est-ce qu’elle y trouve? de braves gens qui l’aiment comme leur enfant; et si M. Varade va chez toi, comme on dit qu’on l’y a vu, qu’est-ce qu’il y rencontre? des chenapans, des contrebandiers, des braconniers !
PÉRINETTE, douloureusement, 4 part.
Des braconniers !
LORIOT
Imbécile ! qui parle de braconniers devant la Périnette !
JEAN-FRANÇOIS, empoignant Loriot.
Ah 1 tu m’appelles imbécile, toil...
LES FEMMES, se jetant entre eux.
François 1... Loriot!...