ACTE III
VARADE
De celui qui anime journellement Périnette contre vous, — de M. Éverard.
BU X
Tonnerre! si j’en étais sûr!
VARADE, vivement.
Qu’est-ce que vous feriez?
B U X , farouche.
Je n’en sais rien.
VARADE, se rapprochant.
Je m’intéresse à vous, Bux. On ne vous offenserait pas impunément, vousl Coup pour coup, n’est-ce pas? c’est la loi de nature! Bux, vous n’avez voulu que blesser le garde-chasse qui vous avait tiré dessus. Mais un vieux sermonneur qui causerait le malheur de votre vie, celui-là, je réponds qu’à l’occasion vous ne le manqueriez pas?
B U X , le regardant.
Oh! le garde-chasse était armé. Ça fait une différence!
VARADE
Hé! la différence c’est que l’un voulait vous confisquer une pièce de gibier, et que l’autre s’obstine à vous aliéner des cœurs qui sont à vous. Qu’est-ce donc qui vous retiendrait? Les maladroits risquent la prison, la justice, mais bien sot qui se laisse prendre ! et quand on choisit sa place et son heure!... Bux, en ce moment, depuis que le maître d’école est séparé d’Élise, tout le monde sait qu’il est au désespoir. On le trouverait un matin frappé à mort au coin d’un bois, une arme auprès de lui, que son suicide n’étonnerait personne. D’ailleura la frontière n’est pas loin, et s’il ne vous fallait qu’une dizaine de mille francs pour aller vivre tranquillement en Suisse avec votre femme et votre fils...
BUX.
Ah! çà mais, mon bon monsieur, c’est un assassinat que vous me conseillez là?
VARADE
Moi? — vous rêvez! — C’est vous qui disiez tout à l’heure que, seul dans vos grands bois, vous n’aviez peur de rien.
LE MAITRE D’ÉCOLE
BUX.
Je n’ai peur ni de loup, ni de diable, ni de la mort! mais j’ai peur du mépris d’un gaillard nommé Bux; et c’est justement parce que je vis seul dans mes grands bois, que j’aurais peur d’y vivre en téte-à-tôte avec un gredin!
VARADE, à lui-même.
Je suis allé trop loin et trop vite ! (Haut.) Ah çà 1 où voyez-vous qu’on vous conseille un crime? Je croyais seulement que, comme moi, vous en aviez assez des droits que s’arroge sur votre famille cet homme sans famille.
Ça, c’est vrai !
VARADE
Je voulais avoir une bonne fois raison des résistances de ce donneur d’avis. Et vous auriez pu épouser Périnette, et j’aurais pu épouser Élise.
BUX.
Comment! est-ce que vous n’allez pas l’épouser tout à l’heure?
VARADE
0b 1 je me défie d’Éverard, et je prends mes précautions d’avance. Il domine ma fiancée comme il domine votre femme. Mais je saurai bien, moi, briser cette autorité usurpée. Et vous, Bux, si vous aviez du cœur, vous m’aideriez à délivrer et à reconquérir ce que nous aimons.
BUX.
Eh bien... soit ! — A une condition.
VARADE
Laquelle?
BUX.
Jurez-moi qu’il n’y aura pas de sang versé.
VARADE
Je vous le jure. N’est-ce pas vous qui agirez d’ailleurs?
BUX.
C’est juste. — Et qu’est-ce que j’aurai à faire?