ACTE V
ÉLISE
Non! non! calmez-vous! clans ma détresse, au contraire, •cous avez été toujours et partout ma tutelle et ma providence !
Ne dites pas cela! vous m’accablez!... Par bonheur, je vous ai confiée à une autre tutelle, à une providence meilleure. Mais moi, moi, il faut me renoncer, Élise, il faut me maudire!
ÉLISE
Dieu du ciel! me croyez-vous si ingrate et si aveugle? Est-ce que je ne vois pas ce que vous faites pour moi? ce que vous êtes? Depuis deux jours, je réfléchis, je me souviens, je compare...
ÉVERARD, avec effroi.
Taisez-vous! ah! laissez-moi un peu de courage!
ÉLISE
... Depuis deux jours, en pensant à vous, j’écoute et j’interroge en moi avec ravissement je ne sais qupl sentiment de respect et de tendresse, qui certes ne m’est pas nouveau, mais qui sans doute ignorait lui-même sa force et sa raison d’être...
ÉVERARD, éperdu.
Tais-toi !... oh! tu vois bien que tu me tues! (u tombe, anéanti,
tur un genou, se retenant d'une main crispée au lauteuit placé près de la table.)
ÉLISE
Mon Dieu!... vous chancelez!... Ah! du secours! du secours! (Elle sonne.)
ÉVERARD, luttant contre sa faiblesse.
Non... CC n’est rien... (Entrent successivement et en désordre PÉR1NET, BUX, PÉBItETTE.)
ÉLISE
Du SeCOlirSÎ Pénnet! (Permet sort par le fond. À Périneltc.) Là, CllGZ moi, CCt élixir à respirer!... (Permette sort parla gauche.)
ÉVERARD, se maîtrisant, se redressant.
Non! je ne veux pas défaillir! Ah! ce corps brisé essaye de
104 LE MAITRE D’ÉCOLE
me trahir, lui aussi ! Mais ici la volonté résiste et l’âme est
maîtresse î (Périnet, rentrant en hâte, pote *ur la table, prè« d'Éverard, un plateau et un
terre dw) Un nuage devant la vue, le front et la lèvre en feu,
si 011 n’avait (jue cela à vaincre! (Tout en parlant, il a pris le rerre, et il a bu deui ou troij gorgées. Permette accourt et lui présente un flacon h respirer, qu’il re-
pou»*.) Inutile, Périnette. Me voilà debout, ranimé, calmé. (Tout
à coup il chancelle de nom eau.)
ÉLISE
Mais, mon Dieu, non ! vous n’ôtes pas mieux, vous voyez bien!
PÉRINETTE
Vous changez encore de visage I
É V E R A R D , «'interrogeant.
Oui, c’est étrange 1... Ce n’est plus émotion ou défaillance... non, une espèce de vertige 1... Ohl c’est bien étrange!... (son
regard s'arrête sur le verre à moitié vide. Frappé d'une idee soudaine.) Ab !... (Doucement
à périnet.) Périnet ! approche, mon enfant. Qu’est-ce. donc que tu m’as apporté là? qu’est-cc que ce breuvage?
PÉRINET. naïvement.
Je ne sais pas, monsieur... je courais, j’appelais... on m’a mis dans les mains ce plateau, là, dans l’obscurité... Ah! c’est M. Varadel
M. Varade!
PÉRINET
Oui, à présent je me rappelle, en tournant le corridor, j’ai vu M. Varade verser vite dans le verre des gouttes d’un flacon...
D’un flacon bleu?
PÉRINET
Oui, pareil à un qui est à la maison.
Bl! x.
Et qu’est-ce qu’il en a fait, du flacon?
PÉRINET
M. Dellomare l’a appelé. U l’a remis comme ça, là, sur lui.
(il indique une poche de gauche.)