‹ Le maître de forgesChapitre 19 sur 119 · ACTE l; SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE l; SCÈNE IX

chimiste? Parfait. Vous êtes un homme charmant I Nous allons faire des expériences, cher monsieur, c’est une bonne fortune pour moi de vous avoir rencontré.

H prend Philippe par le bras et remonte au fond, 5 vers la terrasse; Bachelin va les rejoindre. Us restent tous les trois en vue du public,

La Baronne. Ah çà ! qu’a donc mon mari ?

Octave. Il a, ma chère cousine, qu’il est parti sur son dada favori, prenant en croupe M. Derblay. lo

La Baronne. Eh bien I ils vont aller loin, comme ça, si on n’arrête pas le baron . . .

Octave. Et pourquoi l’arrêterait-on ? Je trouve excellente cette fraternisation de M. Derblay et de Préfont. L’un, descendant des preux, incarne dix 15 siècles de grandeur guerrière ; l’autre, fils d’industriel, représente un siècle unique, celui qui a produit la vapeur, le gaz et l’électricité. Ils vont l’un à l’autre, apprécient leur valeur et, en un instant, nous montrent l’accord de ce qui fait un pays 20 grand entre tous : la gloire dans le passé et le progrès dans le présent.

La Baronne, gaîment Octave, mon cher, on voit que vous êtes avocat ; vous parlez bien. Mais, pour le fils de votre père, je vous trouve un peu dé- 25 mocrate.

Octave. Eh! cousine, la démocratie nous envahit. Tâchons de créer une aristocratie dans la démocratie même. Fondons, si nous pouvons. Taris-

tocratîe du talent, la seule qui soit digne de succéder à l’aristocratie de naissance.

La Baronne. Le hasard vous a donné l’une, vous prétendez conquérir l’autre? . . . Vous n’êtes qu’un 5 petit présomptueux. Tâchez de conserver ce que vous avez, mon pauvre garçon, et n’ouvrez pas, vous-même, la porte aux réformateurs.

Le Baron, sur la terrasse. Une voiture vient de s’arrêter devant la grille.

lo La Marquise. Ce sont nos voisins, les Lavardens, probablement . . . C’est leur jour.

Un domestique entre qpar la porte pan coupé gauche, apporte une carte sur un plateau à la marquise et remonte au fond, à droite de la porte,

. 15 La Marquise, prend son lorgnon. Monsieur et made moiselle Moulinet.

La Baronne. Voilà qui est un peu fort I

La Marquise. Que nous veulent ces gens-là ?

Bachelin. Mon Dieu, madame la marquise, il est pro- 20 bable que monsieur et mademoiselle Moulinet, étant nouvellement installés dans le pays, ont jugé convenable de faire quelques visites de bon voisinage. ,

La Baronne. Je suppose, ma tante, que vous n’allez 25 pas vous prêter aux familiarités de la famille Moulinet.

Le Baron, doucement. Je pense, chère amie, que votre tante n’a pas besoin qu’on lui donne des conseils.

La Marquise. Voilà une situation embarrassante.

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