‹ Le maître de forgesChapitre 80 sur 119 · ACTE IV : SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV : SCÈNE V

8Ûre que l’instant, qui va me mettre face àface avec lui, est par moi, depuis longtemps, ardemment attendu I

Claire, avec angoisse, Philippe !

Philippe. Ce n’est pas pour rien, allez, que j’ai souffert 5 sa présence chez moi. Je voulais l’avoir à ma portée. Je savais de quoi il était capable, et il fallait, pour ma justification complète à vos yeux, qu’à l’outrage de son abandon, il ajoutât l’outrage de son nouvel amour î lo

Claire, avec dégoût. Ah I

Philippe. Mais je vous connais aussi. J’étais sûr que ce serait par vous-même, dans une heure de suprême révolte, que cet homme me serait livré. Vous avez fait ce que j’attendais de vous. Maintenant, le iS reste me regarde.

Claire, s'attachant à lui. Oh I mais cela, c’est impossible ! Philippe, c’est de la folie I ... Je ne vous quitterai pas.

Philippe. Laissez-moi I 20

Claire, avec désespoir. Mais je ne veux pas qu’il vous tue! Ah! Philippe, rien qu’un instant! . . . Ecoutez-moi, regardez-moi! . . . Vous ne voulez donc rien comprendre ? Mais vous ne voyez donc pas que je vous adore? . . . Vous ne l’avez donc 25 pas deviné depuis longtemps, dans le trouble de ma voix, dans l’égarement de mes yeux ?

Philippe, essayant de la repousser, Claire !...

Claire, la tête sur son épaule. Oh ! tu ne m’empêcheras

pas de parler I Si tu savais corame je t’aime I Reste là près de moi, tout à moi ! Nous sommes si jeunes, nous avons tant de temps à être heureux 1 {Philippe fait un mouvement pour lui échapper, ) Ne t’éloigne 5 pas 1 Que t’importe cet homme et cette femme qui nous détestent? . . . Nous les oublierons. Partons, veux-tu, loin d’eux ? Là, ce sera l’amour, le bonheur et la vie I

Philippe, la détachant de lui. Ici, c’est le devoir et lo l’honneur I Claire. Non! nonl

Le baron paraît au fond,

Philippe. Silence !

Claire. Ah ! c’est fini, je suis perdue I . . .

15 Le Baron, à Philippe, Il est temps.

Il sort,

Philippe, à Claire, doucement. Adieu I Claire, suppliante, venant à lui. Ah I ne me quittez pas ainsi I Pas sur ce mot glacé! Dites-moi que 20 vous m’aimez ! Ne partez pas sans me l’avoir dit I Philippe. Priez Dieu que je vive !

Tl sort par le fond ; la porte se referme, Claire, avec désespoir. Ah ! {Elle tombe, puis au bout d'un instant reprend ses forces, cherche Philippe, 25 ne le voit plus, et, chancelante, se dirige vers la fenêtre,) Le voilà qui s’éloigne ... Il gagne le parc ... au détour de l’allée, il disparaît !... Mon Dieu I si j’allais ne plus le revoir !... Non ! non I c’est impossible! . . . Mais pourquoi l’ai-je laissé

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