III. CHAP. Iî. DE LA. VERTU EN GÉNÉRAL
Levè-toi , prends ton lit et marche.
C'est ce que Notre-Seigneur dit au paralytique corporel , et ce qu'il dit encore tous les jours au paralytique spirituel. Lève-toi , prends ton lit ; defais-toi de cette passion , où tu prends un mauvais repos et un sommeil fort inquiet ; retire de ton chemin tous les obstacles de ton avancement , et marche à grands pas à la vertu.
§. 8. DE L'OBLIGATION QUE NOUS AVONS, DANS LE CHRISTIANISME , D'UNE VERTU PLUS GRANDE.
Dico vobis quia nisi abundaverit justitia vestra plus quant scribarum et pharisœorum, non intrabilis in regnum cœlorum. (Matth. 5. 20.)
Je vousdis quesi votre justice et votre vertu nedépassentcellesdesscribesetdes pharisiens,' (qui néanmoins étaient tenus parmi les Juifs pour les plus pieux et les plus vertueux), vousn'entrerezpasdansle royaume des cieux.
Omni cui multum clatum est , multum quœretur ab eo ; et cui commendaverunt multum, plus pètent ab eo. (Luc. 12. 48.)
A quiconque ou aura donné beaucoup ,
on redemandera beaucoup ; et à qui on aura
confié davantage , on lui fera rendre plus de
compte,
Gomme on exige plus d'un serviteur à qui on a donné dix écus que de celui à qui on n'a donné que dix sous. Et partant, les Chrétiens , à qui Dieu confère bien d'autres dons en grâces actuelles, en connaissances, en instructions, en sacrements, et en tant d'autres manières, qu'il n'a jamais conférés aux au'res nations , ni même aux Juifs , sont obligés à une perfection bien plus grande , et doivent aussi s'attendre à un examen beaucoup plus rigoureux,
Qaod natum est ex carne , caro est ? et quod natum est ex spiritu , spiritus est. (Joan. 3. 6,)
Ce qui est né de la chair est chair , et ce qui est né de l'esprit est esprit.
Comme le Chrétien qui, dans le baptême, est régénéré par l'eau et par le Saint-Esprit , ainsi que JN'otre-Seigneur le dit immédiatement avant : d'où ensuite le Chrétien doit être esprit , et mener une vie spirituelle et du Saint-Esprit , en pureté , en sainteté , en charité et en dégagement de tout ce qui est charnel.
ITI. CH4P. Iî. DE LA VERTU EN GÉNÉRAL, 173 §. g. jusqu'où VA LA VERTU CHRÉTIENNE.
Mutuum date , nihil incle sperantes. (Luc. 6. 35.)
Prêtez sans espérer ni en demander aucun profit.
Omni petenti te tribue , et qui aufert quœ tua sunt, ne répétas. (Luc. 6. 3o.)
Donne à quiconque te demande , et à celui qui t'ôte le tien, ne le redemande point.
Qui vult tecum judicio contendere et tunicam tuam tollere , dimitte ei et pallium. (Matth. 5. 4o.)
Si quelqu'un te met en procès pour avoir ta robe, donne-lui encore ton manteau.
JV.
Quicunque te angariaverit mille passus , -vade cum Mo et alia duo. (Matth. 5. 4i.)
Si quelqu'un te force de faire avec lui mille pas , avance encore , et fais le double en sa compagnie.
174 jÉsus-cïinisr enseiginàint lis hommes.
Àudistis quia die tu m est : Oculum pro ocu* la y et dente m pro dente. Ego autem dico vobis 9 non resistere malo , sed si quis te perçussent in dexteram maxillam tuant , prœbe illi et altérant. (Matth. 5. 38.)
Vous savez que la loi vous permet le talion , et vous donne le pouvoir de demander en justice à qui vous aura ôté un œil ou une dent ? qu'il soit traité de même ; mais moi je vous dis qu'il ne faut point apporter de résistance à celui qui vous fait du mal ; mais si quelqu'un vous donne un soufflet sur la joue droite , tendez-lui la gauche pour en recevoir encore un autre.
Si vis perfectus esse , vade , "vende quœ habes 9 et da pauperibus . (Matth. 19. 21.)
Si tu veux être parfait ? va-t-en , vends tes biens, et donne-les aux pauvres.
Sunt eunuchi qui seipses castraverunt propter regnum cœlorum. (Matth. 19. 21.)
Il y a des eunuques volontaires , qui se privent des plaisirs du corps , même de ceux
HT. CHAP. îr. DE LA VERTU EN GÉNÉRAL. 175
qui sont permis , pour le royaume des cieux,
Afin d'y pouvoir aller plus facilement et l'acquérir plus avantageusement.
Estote perfecti sicut et Pater vester cœlestis perfectus est. (Matth. 5. 48.)
Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
Il parle aux Chrétiens , et il les exhorte à se rendre si vertueux qu'ils expriment en eux , autant qu'une créature en est capable ici-bas , les perfections divines. Ces actes signalés de vertu et ces conseils de perfection chrétienne ont-ils été enseignés par Notre-Seigneur pour être seulement écrits dans un livre , et non principalement pour être pratiqués ? Où en est néanmoins la pratique ? Pourquoi si on donne un soufflet sur une joue, disait Sainte Paule , ne tendrai-je pas l'autre , bien que je n'y sois absolument tenue ? Si je considère ce que le Fils de Dieu a fait pour moi , i'affection qu'il me porte , les exemples qu'il m'a donnés et les enseignements qu'il m'a laissés , ferai-je trop pour lui ? Il le faudrait faire , quand ce na serait que pour rendre de l'honneur et du respect à sa doctrine.
§. IO. l' OCCASION EST LA PIERRE DE TOUCHE