CHAPITRE IV
§. I. DE LA PURETÉ d'iNTENTION.
Lucerna corporis tui est oculus tuus : S[ oculas tuus simplex fuerit ? totum corpus tuum lucidum erit / si aulem oculas tuus fuerit nequam, totum corpus tuum tenebrosum erit. (Matth. 6. 22.)
La lampe de ton corps (qui sert pour te conduire) , c'est ton œil : si ton œil est sain, tout ton corps sera éclairé de sa lumière ; niais s'il est mal disposé, tout ton corps sera en ténèbres. n*
190 JÉSUS-CHRIST ENSKIfiA'VNT LES HOMMES.
Ton œil , c'est ton intention et le motif pour lequel tu fais tes œuvres. (S. Aug.) Le grand s?cret du christianisme au sujet de nos actions est de savoir que l'intention fait tout , et que c'est elle qui leur donne leur prix : si notre intention est bonne , notre action Test aussi ; si elle est très-bonne, notre action est de même ; comme au contraire, si elle est mauvaise, elle est mauvaise aussi. Donnez cent mille écus aux pauvres sans aucune intention , votre aumône est perdue ; donnez-les par un motif de vanité , elle est criminelle, et vous en serez puni ; donnez un sou pour l'amour de Dieu , cette action est excellente et »vès-inéritoire.
Attendite ne justitiam vestram faciatis coram hominibus , ut videamini ab eis ; alioquin mercedetn non habebitis apud Patrern vestram , qui in cœlis est. (Matth. 6. i .)
Prenez bien garde de ne point faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour être vus et estimés d'eux , autrement vous n'en aurez point de récompense devant votre Père qui est aux cieux.
Comment faites-vous les vôtres , pour quelle fin? IS'est-ce pas pour acquérir un peu de réputation ? n'est-ce pas par routine et sans aucune intention bonne? Est-ce pour des intentions très-bonnes et des motifs fort purs ? Examinez-vous.
TH. CIUP. IV DE L\ PURETÉ d'iNÎENTîCTT. 191
Ml.
Mittite in dexleram navïgii rete. (Joan.
Jetez vos filets à la droite ,
Dit Notre-Seigneur aux apôtres , qui avaient péché toute la nuit inutilement , mais qui , ayant jeté leurs filets à la droite , firent une pêche de cent cinquante-trois grands poissons. C'est pour nous apprendre que si nous voulons mériter et ne pas perdre notre temps et nos peines, nous devons jeter nos filets à la droite , c'est-à-dire , faire nos œuvres avec une intention droite.
Honorifico Patrem meum* (Joan. 8. 49-) Je glorifie mon Père.
Je cherche sa gloire en tout , je n'ai point d'autre intention en toutes mes œuvres. Voilà votre modèle'• formez-vous là-dessus. Comme Dieu nous a faits pour soi et pour sa gloire , qui est la dernière fin qu'il peut se proposer en tous ses ouvrages , nous devons sans doute employer tout ce que nous sommes , tout ce que nous avons et tout ce que nous faisons pour lui procurer de la gloire , sans réserve de chose aucune , pas seulement d'un clin d'œil ou d'un mouvement de doigt , puisque nous sommes faits pour cela. De même que l'arbre qui est en voire jardin y est absolument pour vous , qu'il ne peut porter aucun fruit, ni aucune (leur , ni même h moindre feuille pour soi , mais qu'il doit porter
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tout pour vous, et s'il s'en attribuait quelque chose, quelque petite qu'elle fût , il vous ferait tort, Dieu de même nous a plantés en ce monde comme des arbres mystérieux pour soi et pour son honneur : de sorte que nous devons nous user et nous consumer entièrement pour ce dessein ; et c'est ce que nous pouvons faire de plus honorable et de plus utile , attendu que la gloire , la perfection et le bien d'une chose, c'est qu'elle tende et arrive à sa fin. Mais de plus , qu'est-ce que Notre-Seigneur n'a pas fait pour nous procurer de la gloire ? quels abaissements n'a-t-ii point pratiqués pour nous relever? à quels opprobres ne s'est-il pas soumis, et quelles infamies n'a-t-il pas voulu souffrir pour nous mériter de l'honneur ? N'est-il pas bien juste d'employer pour cela toutes nos forces pour lui en acquérir ? I! nous a donné son corps , son âme , son humanité sa Divinité , ses actions , ses mérites , et tout ce qu'il possède : ne serions-nous donc pas bien misérables et bien malheureux si, après nous avoir donné tout ce qu'il est , tout ce qu'il a et tout ce qu'il a fait , et avec tant d'amour , nous ne lui donnions tout ce que nous sommes , tout ce que nous av'ons et tout ce que nous faisons , sans nous retenir seulement un regard , attendu aussi l'infinie inégalité qui est entre les choses données.
Diliges Dominum Deum tuum ex toto cercle tuo. (Matth. 22. 3j.)
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur.
m c. v. s'acquiter de son devoir. 103
Ce commandement ne nous oblige-t-il pas à avoir des motifs très-purs en toutes nos œuvres, et à les produire pour l'amour de Dieu , autrement ce ne serait pas l'aimer de tout notre cœur ?