DU BON ET PRUDENT USAGE DES CHOSES
Nescio vos unde sitis : discedite a me , omnes operarii iniqidtatis, (Luc. i3. 27.)
Je ne sais d'où vous êtes : retirez-vous de moi y vous tous qui êtes ouvriers injustes.
Ces ouvriers injustes sont ceux qui se servent des choses injustement et contre la fin de leur création. C'est un grand trait de prudence et un souverain moyen pour avancer beaucoup et en peu de temps dans la vertu , que faire bon usage des choses , lequel consiste à en user aux fins pour lesquelles Dieu les a produites; et comme il les a produites toutes
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pour nous aider à nous sauver et à nous rendre parfaits , et qu'il leur a imprimé pour cela une force cachée et une vertu secrète , de là vient que toutes les choses qui nous arrivent , de quelque façon qu'elles nous arrivent , nous peuvent être utiles , et des instruments très-propres de notre salut et de notre perfection , excepté le péché seul , lequel encore nous devons , après l'avoir commis , nous rendre profitable , et de cette vipère qui nous a mordus , faire la thériaque pour guérir sa morsure par la contrition , par l'humilité , par la défiance de nous-mêmes , et ensuite en veillant sur nous et en fuyant les occasions de tous péchés. Suivant cela , vous n'avez que faire , ni de rien désirer , ni de rien craindre , mais vous devez attendre en repos tout de la main de Dieu , puisque tout vous peut être profitable. Par votre soumission , vous obtiendrez le moyen de vous sanctifier et de vous sauver ; par le bon usage des choses , même celles que vous craindrez le plus, comme la pauvreté , les déshonneurs , les maladies et les autres peines,, vous seront les plus avantageuses, parce que, comme elies sont plus contraires à votre nature gâtée , elles la font aussi plus promptement et plus efficacement mourir, et c'est laque consistent votre perfection et votre vraie vie , de même que le remède qui est le plus opposé aux humeurs peccantes du malade et qui chasse plus puissamment les causes de sa maladie , passe dans l'estime de tous pour le meilleur.
III. CHAP. VI. DE LA FOI. 293 §. 56. DE LA MODÉRATION DANS SON TRAVAIL.
Venite seorsum in desertum locum , et rcquiescite pusillum. (Marc. 6. 3i.)
Venez à l'écart en un lieu éloigné du bruit, et reposez-vous un peu.
C'est prudence de ne point surcharger son esprit ni son corps, mais de borner toujours leur travail dans l'étendue de leurs forces. Il ne faut pas que l'arc soit continuellement bandé , si Ton veut qu'il serve.
§. 5y. DE LA BONNE CONDUITE DE SA LANGUE.
Ex verbis luis justifie ab eris , et ex verbis tuis condemnaberis . (Matth. 12. 3y.)
Tu seras justifié par tes paroles , et tu seras condamné par tes paroles.
C'est pourquoi il faut apporter un grand soin pour les bien régler et pour conduire prudemment sa langue , dont le pouvoir est si grand que , comme dit le Sage , la vie et la mort sont en sa disposition.
Bonus homo de bono thesauro cordis sui pro/ert bonum , et malus homo de malo the~
sciuro profert malum. Ex abundantia ciùm cordis os loquitur. (Luc. 6. 45.)
L'homme de bien tire de bonnes choses (et des paroles sages) du bon trésor de son cœur, et le méchant en fait sortir de mauvaises de son mauvais trésor , car la bouche parle de l'abondance du cœur. (Et les paroles marquent la disposition de l'âme.)
ni.
Dico vobis qnoniam omne verbum otioswn qnod locuti jaerlnt homines , reddent rationom de eo in die judicii. (Mat th. 12. 36.)
Je vous avertis que les hommes rendront compte , au jour du jugement , de toute parole oiseuse qu'ils auront dite.
Et qu'ils en seront punis. Une parole oiseuse est une parole inutile, qui ne nuit point, mais aussi qui ne sert à rien de bon. Si toutes ces paroles seront condamnées et punies par le feu du purgatoire , à combien plus forte raison le seront celles qui sont pires ! Partant , veillez diligemment à gouverner prudemment votre langue.