CHAPITRE IV
§. I. EMPECHEMENT PARTICULIER DE CETTE UNION I TOUTE ATTACHE A LA CREATURE.
Modicum, et non videbitis me. fJoan. iô\
Fort peu de chose empêchera que vous ne me voyiez.
Dieu est un esprit si pur que ce n'est pas merveille s'il demande que l'âme à qui il veut s'unir et se donner , et la faire participante par excellence de ses perfections , soit très-pure, et si une chose forf petite est suffisante pour servir d'obstacle à une opération si relevée.
Ego veritatem dico volis: expedit vobis ut
çgo vadam ; si enini non ablero , Paraclitus non veniet ad vos ; si autcm abiero , mittam eum ad vos. (Joan. 16. 7.)
Je vous dis en vérité, il est expédient pour vous que je m'en aille , car si je ne m'en vais, le Saint-Esprit ne viendra point à vous, niais si je m'en vais , je vous l'enverrai.
Mon départ sera cause de sa venue, et la privation de ma présence corporelle , à laquelle vous tenez trop , vous amènera la présence de cet Esprit saint et sanctificateur , et une communication trèsabondante de ses dons. Si l'attache et l'application un peu trop grande que les apôtres avaient à l'humanité de Notre-Seigneur, quoiqu'infiniment sainte, fermait la porte au Saint-Esprit , pour ne point s'unir parfaitement à eux et les combler de ses grâces, combien davantage nous priveront de ce bonheur tout péché et toute attache aux choses indifférentes , et encore plus aux mauvaises. Comme il n'y a qu'une seule chose au monde qui soit notre dernière fin , c'est à savoir Dieu, et que toutes les autres nous sont seulement des moyens pour aller à lui, dont le premier et le principal est l'humanité sacrée de Notre-Seigneur , il n'y a aussi que Dieu seul à qui nous devions nous attacher, parce qu'il est notre fin dernière, en qui nous sommes finis et achevés , et à qui il nous faut nécessairement arriver pour l'être ; mais toutes les autres choses ne nous tenant lieu que de moyens pour nour porter à Dieu , nous ne devons pas nous y arrêter ,